CHAPITRE X
ou PLAK DB LA -CRÉATION. — 1* DESSEINS ET LUIS.
Il est très-vrai qu'on a abusé de Targuaient des causes finales. Fénelon même n'est pas à ce sujet sans reproche. Bernardin de Saint-Pierre s'est un peu compromis, quand il a inventé que les volcans, placés, dit-il, au bord de la mer, sont placés là pour purifier ses eaux, en brûlant les matières grasses qu'elle transporte ; quand il a inventé encore que les cliaran( ous, qui dévoi*ent le blé dans les greniers, sont oréés exprès pour empêcher les accaparements, et autres découvertes de ce genre. Mathieu Garo, qui loue Dieu de tontes choses, et le louo d'avoir suspendu des glands aux chênes, au lieu U y suspendre des citrouilles, pour épargner le nez des dormeurs, après avoir été frondeur, est un peu complaisant, et je ne sais ce qu'il aurait dit du Iruît des cocotiers; enlin on
ESSAI SUR LA PftOVlDENCB.
miimpatàeaté^ dans certaîDs livres, de celte admira*
tion infatigable qui se prend à tout, saUvS mesure et sans choix, de cette naïveté qui prête d'abord à Dieu aes petitea idée», et ensuite s*exlasie devant ces idées ; i disposition touchante dans les grands esprits, souvent un peu niaise chez les moindres. Mais enlin c'est le défaut de ceux qui louent la Providence, ce n'est pas k dé&ut de la Providence; parce qu elle a des adîni* lainirs indiscrets, ce n'est pas une raison pour qu elle ne soit pas ce qu elle est ; la sagesse incumparaUe qui & créé ks. ipconteetabies harmonies cte riu!tvei*s.
11 faut croire à des desseins , car ils existent : Yoàl eat évidemment lait pour voir, T oreille pour entendre, le poumon pour respirer, Testomac pour digérer ; il faut y croire, car on ne peut s'empêcher d'y croire : quand on ne les voit pas, on les cherche et on les trouve, et quand on ne les trouve pas, on- les affirme encore; il raut y croire, car cette croyance fait deviner das faits réels, positifs : comme il arriva par exemple à Uarvey, qui, par l'inspection des val*» raies des veines, découvrit la cireulalion du sa»g. Quand on y renonce, on renonce à rien mtendre à la création, et tous les mouvements de la nature ne sont plus que des parcdes, si Ton veut barnM)nieusea» qui n'ont pas de sens.
Le mal est que les partisans des causes finales ne veulent voir souvent que les causes finales, et pr©scriveat la recherche des lois naturriles : il leur sem» ble que cette rscherche fait tort à la grandeur de Dieu. D'abord on s oilense de la prétention de la science humaine à lier Dieu par ses propres décrets : SemeljtimU semper paret, disait l'ancien ada^ « U ordonne une fois, il obéit toujours ; » on ne croit pas