‹ Essais de philosophie et de moraleChapitre 20 sur 49 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

1^ ])U PLAN m ÏA CaÉATJON. — 2^ l' HOMME £M EST-IL LB GEirTBE ? — S"" BEAUTÉ VIVANTE DE LA GRÊ AT]ON«

Au premier i-egard jeté autour de lui, l'homme considéra la terre comme le centre du mcmde; la science le démentit. Elle détruisit une prétention fausse, mais non la vanité, qui est la uièi^e des iUu*sions, et ne devait pas tarder à reparaître sous une .forme nouvelle. Qu'importe après tout ce point de

CJIAPITRE II.

Fespaoe également distant de toutes les extrémités?

Existe-t-ir seulement ? Mais s il existe un être pour lequel tous les autres soient faits, uu être pour lequel travaillent tous les pouvoirs de la nature, n'allons pas chercher plus loin : sur quelque partie de cette, vaste sphère qu'il réside, là où il est, là est le vrai centre de la création. Un globe est déplacé , il est rejeté peut-être dans un coin de l'univers, mais il porte une puissance plus grande que lui, une puissance qui échappe aux bornes de la matière, l'humanité. Ouvrez les livres qui traitent de la Providence, . la plupait se proposent uniquement de montrer que toutes choses ne sont faites qu'à notre intention. L(M*sque IMeu soitit de son repos, l'homme fut son but }>rincipal, tout le reste l'ut adapté à ce premier dessein : il appela du néant cette foule de créatures que nous voyons et qui ne sont pas Thomme, pour les t disposer autour de lui, donnant à chacune ponr unique fonction de servir sa ciM^ature privilégiée, de con^ tribuer à sa conservation et à son^bonheur.

Qu'il soit permis de le dire, (hiand il s'agit de prouver la providence oui' existence de Dieu, nous ne sommes pas assez sévères, nous acceptons des arguments de toutes sortes et de toutes maiiis : une considération qui appuie notre thèse est j)ar cela môme bienvenue ; peut-être n'est-elle pas au fond très-solide, mais elle est honnête, et fortifie une croyance salutaire ; convaincus que nous sommes de ces vérités, nous admettons volontiers que tout chemin y mène, et transportant dans la spéculation l'axiome si connu dans la pratique : la lin justifie les moyens, toute opinion qui étaye une doctrine incontestablement vraie participe à nos yeux de son caractère, et se légitime par ce rapport; il sepdjle (ju'elles soient

iii ESSAI SU LA -fiaviDnfGi.

entre elles déscH-maîa coidine le prineipe'est à la ooi^ séquence, indissolublement liées, et si l'on ntlaqaci

ruiie d'elles, anéanties du nieiue coup. Aussi est-on presque toujours mal reçu quaud on porte la uiain sur ces théories. La science, primitivoaieût <teitinée à dissiper les ténèbres et à établir la vérité, se trouve par là lorcée de dissiper les pré\ eu lions et de détruire Terreur; au lieu d'être simplement aimée de quelques hommes, elle est haïe de la multitude ; le monde^ quipoui'tai]L est son (loinaiiie, lui est fermé, et, pour le conquérir, il faut qu eiie rende des combats sans ûn^. que, dans des luttes innombrables contre les homme» et sans cesse renaissantes, elle chasse pied k pied de chaque intelligence un fantôme, soji ancien possesseur. Mais quoi ! on s'adresse à l'intelligence, ce n'est pas elle qui répond : c'est la sensibilité qui se révolte contre une scienc e ifupitoyable, réclame en faveur d'une illusion plus douce que la réalité même, et s y replonge avec l'ardeur d'une jouissance inquiète et ombrageuse.

Disons là-dessus ce qui nous semiile vrai ; il n'y a de religieux que la vérité*

Pour réfuter l'opinion que l'homme est le centre de la création on s'y prend mal : on nous étonne par le spectacle des masses énormes qui se meuvent dans l'espace, puis on nous ordonne de reporter les yeux sur nous-mêmes; l'imagination toute pleine de cea vastes objets, nous avons peine à nous apercevoir , et pienons en pitié notre petitesse; nous ne pouvqi^ plus comprendre qu'on vœe dans ce point impercep* tible le centre de l'univers infini, et nous rions de la vanité immense qui se loge dans un atome, (l'est réfuter injustement, ai c'est réfuter habilement. Oui certes, si nous comparons notre corps k ces corps

Oigitized by

gip^anlesr(iies, il est ridicule de prétendre que le tout, iuiuiimeiit grand, a été fait potu* la partie iutmimeut petite; mMs nous ne sommes pas pure matière, nous sommes en même temps un esprit; etdes deux, la nature maîtresse et supérieiue, ce n'est pas la matière, c'eetl' esprit. «L'houuae est un roseau pensant» » Lors donc que, pour le comparer àrunivers, vous le pesés et le mesurez, votre comparaison est essentiellement vicieuse : vous prenez le vêtement pour la personne. Quesi yom voulez réparer cette injustice» vous trouvères c|u'il n'y a pas de commune mesure entre la masse tic riiiiivers et l'ânie de l'homme ; l'evenant enfin à la droite raison, qui les estiuie pai* leurs qualités, vous plaoeres infiniment aunl^us des éléments aveugles, inertes et périssables, la substance intellip^ente, libre et inunortelle. Que les astres se meuvent donc pour le l espect de Thomme, un tel honneur n*a rien qui le doive surprendre : les rangs sont observés. Si notre destiriue est celle que nous assigne le spiritualisme, de marcher vers Dieu à travers les épreuves de la vie physique, qu'on ne nous parle plus « de très- » grands préparatifs pour une petite chose, h càr cette petite chose est plus grande que tous ces grands préparatifs.

On plaide la petitesse de l'homme, il fallait plaider

la grandeur de Dieu, qui s'arranj^e mieux d'autres desseins. Prenons le monde comme un spectacle admirable, qu'y voyons-nous à admirer? D'abord sa richesse prodigieuse. Le regard le plus perçant ne découvre du ciel ([ue la première apparence ; sous la lunette des astronomes, des corps aui)arav ant invisibles étincellent ; dans les espaces vides de la voûte céleste des étoiles innombrables se i)ressent , des ftbimes se creusent, tout pleins de globes de feu; lem*

144 ESSAI SUR LA PROVIDENCE

j 1 lu l ti i iide confond la vm, leur distance lasse le calcul; derrière eu\ nous souproiuions d autres corps, d'autres abimes, pareillement peuplés, et nos plus pai iaits instruuients ser\'ent encore moins à nous découvrir des astres nouveaux qu'à nous révéler Timniensité des espaces qui nous échappent, (les mondes sont, connue la terre, l'empire du mouvement, de la ualsrsance et de la mort : on les voit s'illuminer, changer de couleur, s éteindre, dévorés par de terribles incendies* Et qui sait ce qui les peuple ? Car persomie n'osera assurer que la vie se concentre sur notre petite ])1 ciiiète, et cfu elle y épuise ses formes. Mais quittons cette iuuuensité et revenons au lieu o* nous sommes. Ce sol a été travaillé par des révolutions sans nombre; cette tence, notre mèi-e, a eu d'autres entants : nous marchons sur leui's débris ; nous en connaissons quelques-uns, le reste est à jamais perdu. Mais quittons ces temps éloignés et revenons à cette heure où il nous est donné d'exister : quelle immense ' vaiiété d'êtres vivants ! La science s'épuise à les classer. Mais on n'a pas visité le lond des mers, et, dans l'air que nous respirons, dans l'eau que nous buvons, dans les aliments que nous mangeons, outre ces infiniment petits que nous avons aperçus avec tant de peine, n'y a-t-il pas peut-être tout un nmnde d'êtres plus petits encore, qui s'agitent sans que rien nous avertisse de leur ])résence? «Nous avons beau » enfler nos conceptions au delà des espaces iuiagii> nables, nous n'enfantons que des atomes au prix de » la réalité des choses. »

Cette richesse infinie de la création coûte peu : il n'est pas de plus grand spectacle à moins de frais» Tous les phénomènes célestes, passés, présents et à venir, daiis tous les points de l'espace, sont produits

cuAmuE XI. 145

])ar line seule loi, tous les plu iiomènes [)liysic|ues par quelques agents, tous les corps par quelques corps simples , toutes les espèces vivantes par quelques organes. f'I la sc'kmico n'est pas encore conteiilo : elle travaille chaque jour à nmltipliur les pliénomcucs et à i*éduire les causes. De quelle admimtion n'est-on pas frappé quand on considèi*e ce bel ordre qui veut que tant de choses se fassent avec si peu de dépense, qu'une même force meuve les soleils dans l'espace, soulève les mers dans leur lit, et conduise notre sang dans les plus étroits canaux des veines ; que quelques substances, pai* l'artifice de leurs combinaisons, don- *' nent tour à tour un corps brut, une plante, un anU nml; que la ni^^nie sul>stnnce, sans aucun inélangc, soit successivement le vil charbon et le précieux diamant; que quelques organes, ici nassemblés, là dispersés, ici simplifiés, Jà c omplifjués, portas à la surlace ou enfoncés dans l'intérieur, clomient la foule incalculable des espèces animales ! On voit dans le inonde une économie merveilleuse, qui fait beaucoup avec peu, et la simplicité des voies égale à la grandeur des effets ; nous sommes à la fois enchantés et confondus de trouver la multitude des choses réduite à l'unité, et l'unité enfantant la multitude des choses ; BOUS sentons bien qu'elles se relèvent mutuellement, et que celui qui diminuei*ait Tune ou l'autre ferait tort à Dieu.

' Or la sagesse qui multiplie ainsi ses œuvres se contentera-t-elle de produii-e un seul être, acceptant

le reste comnie une conséfpjence de cet unique dessein? Oui, selon une certaine opinion. Mais voyez donc cette puissance à l'ouvrage, quand, après avoir résolu de former l'homme, elle forme reste de l'univers : elle dillère étrangement d'elle-même. Là

Page 1