‹ Essais de philosophie et de moraleChapitre 21 sur 49 · il · texte numérisé non relu

il

R88A1 SUE LA P1U>V1DSNCB

elle se coiileiite de créei* une espèce, ici elle répaujd la vie à profusion, ne consultant rien qu eUe-méme,

ne considérant que ce qu elle se doit, ne songeant qu'à se produire dans tout son éclat. Admettez-vous que le noxubre (les êtres pouj-rait être plus grand» ou que la simplicité des moyens pourrait être mieux entendue, aussitôt la création se dégrade, la [jei Icctiou de Dieu s'éclipse» et au-dessus de ce uionde admirable encore la raison conçoit un monde nouveau, plus digne à la fois et de sa contemplation et du suprême artisan. Nous ex|)lif|iieiait-on pourquoi dans ces deux instaiRs divers où Dieu crée, il agit si diversement, si contrairement, d'abord se contentant de produii e un sevd être, puis donnant la vie à une multitude de termes inriombiables, épuisant toutes les . combinaisons des organes, des couleurs et des ligures, etc.? D'où vient cette sagesse nouvelle dans un être f{ui lie reçoit en lui rien de nou\ eau? Est-ce (fu il n'agit pas toujours avec toute sa perfection ? ou plutôt ne voit-on pas que la même vertu par laquelle il crée toutes les natures autres que l'homme, il l'apporte aussi dans la t rêatioii de l'homme lui-même ; qu'il ne la trouve ni ne la perd, et qu'ainsi, au même moment où il conçoit Thomme, il conçoit toutes choses avec lui, et ces choses et rhoimiK? eiiseuil)lc dans leur rapport avec ses propres atu ibuls, avec sa puissance et sa sagesse, qui appellent l'existence mobile de la. nature, et ne brillent de tout leur éclat que dans l'extrême diversité des créations et l'extrôujc miité qui les régit.

Ne paiions donc plus d'un premier dessein par

lequel Dieu crée l'honune, d'un dessein ultéi ieur par lequel il crée les existences nécessaires à celle-là. Ne tenons plus des discours qui ne conviennent pas à la

Digiiized by

CUAPITHE XI.

dignité de TBireque nous voulons honorer, et euvisageoiiâ les chos^ plus largement^ plus sainement. Lorsque vous croyez me donner l'homme seul, avec lui, du même coup, vous me donnez la nature entière : elle est là dans ce petit espace comme elle sera plus tard dans T étendue. J^ur inventer l'homme, il faut d'abord avoir inventé le monde, ou pour parler plus exactement, ils sont contemporains dans l'intelligence de Dieu , parties inséj)ai*ables d'un même deaeêkirinitnifestations diverses, mais harmonieuses, dt^ki sagesse qui unit en même temps qu elle conçoit et quelle crée, jjaice quelle agit toujours tout entiërê, qu elle ne varie point, et qu'elle ne s ignore jamais. Non, l'observation l'atteste, le Créateur n*a pas prétendu agir en ami de l'homme, mais Dieu agir en Dieu. Or agir en Dieu, c'est procéder avec sagesse, c'est imprimer à son œu\ re le double cai^actère de la simplicité et de la fécondité ; c'est aussi ne les borner

pas arl)itrai! Ciiieii( , car elles ne \ aient que par leur (^)positiûn : la simplicité des voies- ne ressort guèie dans une création restreinte, se rehausse à mesure que le monde se peuple, et éclate dans la profusion infinie; la multitude, si elle n'est engendrée par des voies simples, U'ahit dans son auteur une sagesse plus ou moins pauvre, et la profusion n*est plus que confusion.

VfiSans doute l'homme est centre , car il vit, mais le lion et la fourmi sont centres comme nous, car comme nous ils vivent ; et tout ce qui respire est centre , car il subsiste; et on peut dire aussi de l'univers animé : « C'est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part. » Mais si .certains phénomènes et certains êtres nous servent, il faut avouer aussi que certains êtres et certaine piiéno-

Uigiiizeo by LiOOgle

ESSAI SUA LX FEaVJDENCE.

mêmes ne nous servent point. Alors d'où viennentils? Ëvidemaient lia ne soat pas im jeu d'uue nature trop puissante , ils srnit produits par un ordre* Cet ordre nous reo:arde donc , iniiis en même temps il regaitle ailleui*s ; il nous touche en passant, et poursuit par-dessus nos têtes ; il était avant que nous fussions, il seraii (juand nous ne serions plus: il met ici T homme, ailleurs Télépliant et T oiseaumouche ; il contente chaque créature, mais en même temps il contente la sagesse divine, qui veut toutes les créatures ensemble. Ainsi la Providence travaille pour chacun de'nous, plantes et animaux, mais avant tout elle travaille pour elle-même, ))our sa gloire : elle a ses proportions qui ne sont pas les nôtres.

Qui ne voit que de ces deux ])]ans, l'un qui s'ap-plique à notre seule destinée, l'autre qui embrasse une foule innombrable de destinées divei^ses, Tun est plus large que Fautre, le comprend et le dépasse, et quil est contre toute loc^iqne de subordonner le second au premier, d'eniermer le contenant dans le contenu ? Dans les deux il y a ceci de commun, que i Immanité ast amenée à sa fut; mais que les démarches sont différentes! Ici Dieu se propose ce seul but, et invente des moyais sûrs qu'il y adapte : opération peu merveilleuse ; là il conçoit, il décrète T existence de tous les êtres possibles, chacun avec sa destinée propre , il vise à des fins sans nombre; et telle est la sagesse de son dessein, que dans ime complication si grande il règne un ordre irréprochable. Chaque être a son jour; quand ce jour arrive, cest que tout est préparé pour le recevoir : il naît dans un monde ami , dont les hôtes se prêtent à ses nécessités et à ses plaisirs. Un peu plus tut, m peu plus tard, un peu plus loin, ce sé-

. ûttAUlTIlE Xh UO

jour n'aurait pour lui que des rigueurs; niais (clui qui Ty a envoyé ne se trompe ni de date ni de latitude ; il dispose tout m son tentp? et en son lieu. Ainsi nulle c^^éature n'est fourvoyée dans l'univers : . sa place y est arrêtée à l'avance , elle y tr()u\'e lé vivre, et le uf^'oessaire^ et les douceurs de la viô* liais il ne suffit pas que les êtres particuliers soient traités favorableiuent , il faut aussi que Tensemble lattarclie , que sur un terrain étroit les espèces ne se œiiitipU^t pas sans mesure ; Dieu y a pourvu : au lâiUeu des pliénoinènes et des êtres amis, qui travaillent pour un seul, il a introduit l'enueuii , qui traji^^Uie^ poui* la communauté. Ainsi, par une loi admirable, dans chacun des moments* infinis de la création on rencontre un univers en petit, un tout complet, qui se suiiit à lui-même ; cliaque espèce a «s auxiliaires et son contrepoids. .

«^-^Dites, si vous voulez, que parmi ces êtres qui peuplent le monde, il en est un supérieur aux antres pai' la hauteur de sa destinée, })ar la richesse de ;ses facultés, vous ne soutenez rien que de fort raisonnable : il est visible que toutes les créatures ne :peuvent être de même rang. Dites encore que cette créature supérieure à toutes celles que vous conluûssez est l'homme : cette proposition n'est pas seulement très-soutenahle , elle est encore ri ^roureusement vraie. (^)uoi qu en diseVohaire, 1 liomme est roi dn lion qui le déchire : ml ])ar Tintelligence, roi par la force invincible que cette intelli^eiice met entre ses mains, roi eu dépit d'une surprise; mais parce qu'il est roi, ce n'est point une raison pour It >liûre oentre. * *î

Si le (lid, si Ksther revivaient |){)ui' se voir représentés pai' lk)rneiile et llacine , en considérant le

SUB LA PROVIDENCë.

b^n rdle qu'ils jouent, leur édat dominant céliii

des autres personnages, la prédilection dapoëte conicentrée sur eux-mêmes, ils diraient saas doute que le poète a eu l'intention d'élever monument à leur gloire , qu'ils ont été runiqtie ])ul de son travail, qu ils sont le centre de la pièce, que chaque personni^ qui concourt à Tactioii n'est amené sur la scène que dans leur propre intérêt. A-t*il donc aussi voulu élever un monument à la crloire de Phèdre et d A thaiiel La vérité est que T auteur tragique ne travaille pas pour tel ou tel des personnages qu'il représente : son but est de faire une belle œuvre, de réaliser le beau dont la vue l'enllamnie, de traduire dans le langage des hommes Tinvisilde idéal. S'il ranime le Gid vengeant l'honnenr de son père malgré son amour pour (Ihimène, AudKuiiaque défendant son lils, Phèdre combattue entre le devoir et une passion insensée, c'est que ces luttes sont im spectacle sublime, c'est que les orages de l'àme, comme les orages de la nature, nous dévoilent rinlini. Les peindre vivement, avec vérité et grandeur, tel est l'unique dessein du poète; les personnages ne aoat que des instruments; ici ils se couvrent de gloire, ailleurs de mépris ou de honte, peu im])orte, pourvu que Faction soit imposante ; tout est là. Les uns sont sur le premier plan, les autres en arrière, ceux-ci et ceux-là disposés également pour Fefîet, en vue de Tensemble ; ils paraissent sur la scëue tour à tour, puis s'en vont ; et ce qui les amène et les chasse, c'est le besoin de l'action (jui, a li avers toutes ces démarches, fait sou chemin.

N'est-ce pas une juste image de la création? Dai» cette pièce immense l'homme joue, si r<m veuti le premier rôle; mais lorsque Dieu produit ce persou-

Page 1