DOUBLE CONCLUSION, CONTRE T,A SUPERSTITION ET
L'ATHÉiSM£.
Entre les mains de spiritaalisles intempérants, que sont devenues la nature et Fàme?
Dtetif après s* être reposé une éternitét à un certain moment crée Tirnivers ; dans le vide infini apparaît la succession de la duiée et de T étendue. Ainsi il e^ visible que le monde est sans racines dans le passée et qu'il est un pur accident.
Ce a' est pas assez d'avoir borné sou existence du côté de son origine* il faut encore qu'elle soit bornée dans l'avenir, sinon sa durée sans fin risquerait d'imiter 1 éternité, et de faire ombrage à Dieu. 11 mourra donc, çt il mourra bient6tt en témoignage de sa misère, pour qu'il soit manifeste que Dieu seul est grand. Aussi l'époque où la doctrine de l'esprit a le plus séduit les homme9t loro de la naissance et des premiers progrès du christianisme* est Tépoque où on croyait le plus fermement à la fin prochaipe de funivers* On vivait dans cette attente, et chacun âait de quelle frayeur la chrétienté fut saisue la veille du premier jour de Fan 1000, quel fut rétoiiiieuient quand à l'heure fatale le sol ne s'ébranla pas, les étoiles ne se détachèrent pas du ciel, avec quel enthouîjiubiiie on salua ce soleil qu'on ue devait plus revoir* Telle est la condition faite au monde ; né d'hier, il mourra demain.
Mais, qu'importe? Sa uai^sauce voisine et sa pro-
MAI SUR LA PROVIDENCE
chaîne destruction ne sont pas toujours présentes à la
pensée ; tel qu'il est, il peut encore nous séduire : la raison n est pas toujours en éveil, et rimagmation est facile à entraîner. Quand élevant nos regards vers le ciel, nous venons à contempler les corps innonibra- . bleset éclatants qui s'y pres^tut, à suivie les prodigieux juouvemeuts qui les emportent, ou qu abaissant notre vue sur ce globe, nous considérons la variété des phénomènes qui s'y passent et des formes que la vie anime, nous sonunes éblouis, et le [)restige que le monde a perdu en perdant sa*durée, il le retrouve par sa richesse. Le spiritualisme, qui se croit menacé, anéte cet eiithousiasfne; il fait de l'univers deux parts ; d'un côté il met l'hounue, de l'autre tout le reste de la création, et il décide que l'ensemble des corps célestes et la terre sur laquelte nous marchons n*ont par eux-n)énies aucune valeur, aucun sens, et que ce sont seulement des dépendances de Thumanité ; que le soleil a été fait uniquement pour éclairer nos jours, la lune et les étoiles pour illuminer et décorer nos nuits, les animaux pour nous servir de spectacle ou de compagnons, de serviteurs ou de pmB. Et voilà la création rétrécie.
Est-ce assez d'abaissement ? Peut-être. Dans ce triste état la nature peut avoir encore quelque dignité ; si elle se gouverm par des lois générales et constantes, si dans cette brève existence, dans ce rang subalterne, elle se dé\eloppe avec harmonie, elle retrouvera sa considération perdue. Quand on ne loue pas dans un peuple le long âge, les vastes possessions, l'indépendance conservée, il peut encore, par son activité et la sagesse soutenue de sa conduite, forcer TadUHration. Le spiritualisme excessif Ta senti : il se tait sur les lois, ou s*il en parle, c'est quand ell^
ciiAPimE xvm.
soot violées, parce que cette violatiea Atteste Tintei^ ventioii d'uiie puissance umiti'esse, qui se fait obéir comme il lui plaît Or, du moment qu'on s'iniagine donner à la Piwidence tout ce quon ôte à la nature, il n'est plus possible de s'arrêter eu chemin : dans la préoccupation d'un esprit religieux, la Providence devra envahir tout l'univers, les lois uniforuïes disparaîtront, et la marche de la iiatme sera mi xuiracle perpétuel.
Enfin cette dégradation est sans doute à son comble, cai* le monde n'a plus rieu à perdre ? Détrompons nous : si misérable quil soit, il*lui reste encore l'existence, et il la perdra, il ne sera plus qu une vaine appaieuce, mie pure illusion*
De tels excès appellent la répression ; die arrive, et violente, par malheur, sous la forme de Talhéisme. £u face de ceux qui sacri lient le monde à Dieu, d'autres sacrifient Dieu au monde, suivant la loi de Tesprit humaiii,qui va toujours aux extréiuités, incapable de garder la mesui e, surtout dans le combat. Vraiment ne semble-t-il' pas qu'ils s'excluent, et que riiouune solL réduit à opter entre les deux ? Quand l'un s'élève l'autre s'abaisse, quand l'un brille Tauti^e s'efface; on croirait voir deux rivaux impatients d'une autoiilé [)ai tagée, qui se disputent Tempire de l'espace. Ils se disputent paieillement le cœur humain. Conune il faut toujours qu'il se donne, on ne lui laisse que le choix. Se livre-t-il aux^all'eclions terrestres, uu spirituaiiste indiscret lui crie : que faites-vous? vous embrassez un fantôme; ces feux errants vous mènent aux aLimos; tout j)asse, sauf im seul Otre; à lui seul votre amour. Le naturalisme à son tour : cest le monde qui est, c'est Dieu qui n'est pas ; après tout, mieux vaut un fantôme que le vide, et rillusiun que
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le néant; le plaisir senti est vraivriilusion qui ne s*en ' va qu'avec la vie vaut la réalité.
Tel est rhomiiie : ou bien il s'attache à la terre, et tout lui dérobe la vue du soleil : le brouillard, un nuage, la nuit, la maladie; s*il l'aperçoit eucôre, ce globe immense et tout de flai^Dme n'est plus qu'un astre médiocKs tiède et décoloré ; la terre tient d'ellemême son éclat et son mouvement; ou au contraire il s'élance droit vers le soleil, et de là, ébloui, il ne sait plus distinguer ni la terre ni les créatures ([ui s'y meuvent, ni leurs rencontres dans les ténèbres. Tantôt arrêté par la matière, il nie Dieu ou le dépouille de toute vertu, tantôt emporté -par l'esprit, ardent pour r invisible, il se plonge dans le sein de Têtre inûni, et perd la conscience des choses, de lui-même comme de Tunivers*
On voit ce que la superstition a fait de la nature et de l'àme, dans quel état elle met notre raison et notre cœur, et comment elle a été punie. Pour nous, mu» tiendrons fermement notre route entre la superstition et l'athéisme. Nous ne prétendt)ns pas qu'on nous y y suive, mais nous ne trouvons de sécurité que là. On ne corrige pas un excès pai* un autre excès, mais par la mesure : il n'y a de juste et de bon que la sagesse.
C'est pourtant là le procédé habituel des partis. Pour combattre une doctrine, on avilit sans mesure ce qu'elle exalte, et qu exalte sans mesure ce qu'elle avilit : en haine de raimrchie on a vanté le despoitisme, contre les systèmes on a dressé le ppuvoii' e]!:clusif de la tradition, devant Tan indiscret qui re?produit la réalité sans choix, on a prêché h culte d'un immobile idéal. Ou a- 1- on gagné par là? Louis XIV a-t-il déliait déliultivement Tesprit de révolution et
Digitizod by C<.jv.' .ic
CHAFITilE XVIII.
de secte? lY^cole impériale, la licence de l'art? Oui, après Louis XIV, le dix-huitième siècle, après la littérature de r£mpire , la littérature d'hier. Ils ont eoiid)attu vainement un adversaire plus fort que le génie même : la vérité; ils ont rencontré, sans les reconnaître, dans les pai tis la liberté, dans les sectes la raison, dans les excès de Tari la vie, puissances imnaortelles, qui toujours persécutées, réfugiées parfois dans les ruines, les réparent pai' leur vigueur, et les font inviolables comme elles. Sans doute il faut abatti^e ces rumes, mais pour leur disputer leurs hôtes divins ; il i iut que la liberté rentre dans les sociétés, la conscience dans là tradition, la vie dans rart,quele mouvement de TÉtat, de la science et de Fart soit désonnais le jeu de forces contraires et associées, comme le mouvement du cor])s humain, comme le mouvement du monde. Le secret de suppriuier à la fin les révolutions, les sectes, les entreprises de la fantaisie sur la beauté imni uable est là, il n'est que là. Aussi Tesprit public ne s'y trompe point : il poursuit uniquement ce problème, écoutant, mais jugeant toutes les doctrines qm ne suivent pas ce grand chemin.
Paieille lutte entre l'esprit religieux et i'ailiéisme, pareille réfutation entêtée et stérile, et dans le sens public pareille sagesse. L'athéisme est faux : on fait bien d'en mettre à nu la vanité ; il n'a pas de fondis* ment, il ne peut donc se tenir ; il professe que le monde seul existe sans Dieu , vice irrémédiable ; comment le réfuterez-vous? En humiliant ce monde qu'il relève? en prouvant que cette réalité si vantée n'est qu'une chimère? Soit; mais une fois votre disciple si bien prémuni contre les séductions du dehors, enfermez-le dans l'école, gardez que le jour n'y pénètre : un rayon de soleil ramène avec lui toute la
ESSAI SU» LA PtOVI&ENCe,
nature, et elle i^eiUie en niaiti esse dans cette âme d'où vous aviez cru pour toujours rexiier. L'ath^sme
étoulVé par vos étreintes touche terie et revit. Triste victoire en véiîté! pauvi'e doctrine, toujouis eu danger de périr, que tout menace de mort : un brin d'herbe, un papillon , le souffle invisible de la vie univensell^. l^aites mieux , reconnaissez dans Tathéisme quelque chose qui n'est pas lui, et sans quoi il n*est pas, une vertu étraii^^ère qui lui comiiiunique toute sa force, et en se retii'aut, le livrera à sou incurable infirmité : le sentiment de la nature ; recueillez-le pieusement, rendez-le à sa véritable alliance, et qu il prenne sa place dans le spiritualisme agrandi.