‹ Essais de philosophie et de moraleChapitre 35 sur 49 · CHAPITRE XXJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXJ

CONTRE l'athéisme.

11 y a chez certaines personnes une illusion qui leur lait voir des athées pailout. Elles raisonnent ainsi : il n'y a qu'un seul Dieu qui soit le vrai, c'est le nôtre, et quiconque ne le reconnaît pas ne connaît pas Dieu, est un athée; tous les païens, tout ce qu'il existe maintenant d'hommes en dehors de cette religion, athées encore; tous ceux qui dans son sein se iont des opinions pat*ticulières, différentes de la règle, athées tout de nouveau. Et, pour rencontrer de pareils jugements, il n'est pas besoin de tomber jusqu'au père Hardouin, le plus paradoxal des hommes^ qui rangeait, bravement parmi les athées Descartes, Alalebranche, Nicole, Jansénius, Pascal, etc., on rencontre de ces assenions chez des huimnes plus sages, comme Mersenne et Nicole. Nicole y voyais désormai3

WSêAl sut LA PBOVIDIIICS

h grande hérésie da monde, et Mersenne comptait

cinquante mille athOes à Paris. Le dnni:er de pareilles allégations est immense; comment ne le voit-on pasî Si en effet la meilleure partie du genre humain est athée, la religion est une hérésie ; la nature ne nous mène pas invinciblement vers Dieu; son existence n'est pas une de ces vérités constantes par Tasseutiment universel, sur lesquelles on n'ose porter la main, et on cherche en vain dans les âmes cette idée de Tètre pariait, de la cause première, que Desiarles appelait si justement la marque de l'ouvrier. Si on voulait faire des athées, il ne faudrait pas s'y prendre autrement. Quoi ! c'est le même de ne pas connaître Dieu tel qu il est, ou de ne pas le counaiue du tout ! 11 n'y a aucune croyance, aucun sentiment qui tint contre une telle manière de raisonner. Cet enfant qui aiiijc de toutes ses forces sa uière sait-il donc par quels liens il tient à elle, conmient elle Ta porté dans son sein, comment il a vécu de sa vie, par quel art s'exerce cette providence qui l'enveloppe dans tous ses mouvenieiiis, où elle le conduit, si même elle le conduit quelque paî t, quel est le sens profond de ses préceptes, le *secret de ses démarches 7 11 ignore tout cela, mais il connaît qu'un être [)]us grand que lui, plus fort que lui, veille sur son bonheur, et en retour il l'aime. Oserez-vous comparer cet enfant à celui qui, élevé à l'aventure, n'a rien vu ni rien senti de tel ; et le cfriii (le l'un vous paraît-il aussi vîde que celui de l'autre ? Ce serait insupportal3le. Dites, si vous voulez, que l'amour filial n'est pas fait pour demeurer dans ces rudiments, et qu'il ne s'achève en nous que le jour où nous comprenons parfaitement tout ce qu'il y a de profond, d'intime, de sacré dans ces rapports qui nous unissent à celle qui nous a faits ce que nous

Page 1