CHAPITRE XXI
cheux, porté ordinairement par le matérialisme, et disci'édité par tuutes miW.^ d'excès en ce ^enre? Nous nous disons cela à nous-mème, et tout ce qui peut représenter sous un meilleur jour une doctrine qui n'est point méprisable assurément, une doctrine qui a de quoi de tromper les uieilleuis esprits et les cœurs les plus honnêtes; mais enlin» malgré eux, malgré leur désir louable, ce Dieu qui d*abord s'ignore, se cherche longtemps en vain, puis s'ap|)aiaii un jour à luimême pour la première lois daus la conscience d'un homme religieux» se perd et se retrouve et court sans fin après lui-même , n'est pas celui que reconnaît la raisuii : ce qui se perfeclioiuie u est pas paifait ; un Dieu qui devient n'est pas*
Je prends enseoible les trois systèmes qui viennent d'ètie exposés, divers par la forme, unis par ce caractère que dans aucun d'eux le monde n'est l'exécuiiou d'un dessein prémédité; Tœuvre d'une Providence. Je n'ai point de raison nouvelle à apporter contre eux. Dans le cours de ( livre, il m'a pam assez manifestement ({u'on ne i)eut se passer de la Providence pour expliquer l'ordie de la nature et satisfaire à l'ordre moral, que cet ordre de la nature saute aux yeux, que cet ordre moial est nécessaire comme les vérités mathématiques eiles-mênies. Après cela, je ne trouve plus rien à dire, et il n'y a pas d'arguments pour convaincre ceux cpie cet ai ^jument ne convaincrait pas. Pascal a dit pi olbndément ; u Athéisme, n marque de force d'esprit, mais jusqu'à un certain » degré seulement. »
J'ajoute une réllevion. L'existence de Dieu, pour nous, n'est pas seulement une vérité, c'est une vérité première, et celui qui la conteste conteste toute la raison. Or, qu'on veille bien y penser, si on txaite
KSSAi SUR LA PROYIDEKCE.
celte croyance à Dieu de croyance spéculative, métaphysique, et qu'à ce titre on y renonce volontiers, on n*a plus le droit de défendre d* autres croyances auxquelles on tient peut-être davantage, la liberté et la justice, qui portent sur la même autorité* Et non-seu« lement on renoncera à les défendre, mais on devra les nier d'abord. Ce qu'on noanne vérités naturelles sont des illusions naturelles : la civilisation consiste à les user^ Tune maintenant, plus tard une autre, toutes i la lin. Le temps les ronge, comme il ronge le marbre et le 1er, plus lentement. Des milliers d'années de travail sur l'idée de Dieu Font déjà entamée; des milliers d'années passeront encore sur elle, et insensiblement la mineront, jusqu'à ce qu elles en détachent la dernière femme qui y mettait son dernier bonheur. Puis viendra le tour delà liberté, puis viendra le tour de la justice : elles dureront longtemps sans doute, mais, en durant , elles vieilliront, et succomberont défaites par Tâge. Ainsi tontes ces grandes erreurs se dissipant, l'humanité, un matin, se réveillera raisonnable, sachant qu'il n'y a de Dieu qu'elle, de liberté et de morale que le destin. La philosophie prend les devants. Qu elle achève donc. Comme le cœur humain a aussi ses illusions naturelles, il faut savoir qu elles périront avec le reste, que l'amour de la patrie, l'amitié, les aiïections de famille iront un jour où sont allées la foi à la Providence, au libre ar^ bitre et au bien, driDs ce gouffre sans fond où.s'iiigloutit à jamais tout ce que le monde a cm et aimé dans sa jeunesse. Qui a ce courage les suive ; pour moi je ne l'ai p:\s.
11 semble que, depuis quelques années , il se soit levé un mauvais vent sur la France : son esprit, si net d'ordinaire, s'est troublé. De nouveaux Apolo-