‹ Essais de philosophie et de moraleChapitre 45 sur 49 · UNE PHILOSOPHIE NOUVELLE · texte numérisé non relu

UNE PHILOSOPHIE NOUVELLE

tique en est une autre : chacun en naissant est placé dahd une religion, où il restera ; on la lui enseigne de dix à douze ans ; il a là un moment de vive ardeur,

mais bicMitot il s'aperçoit que si la foi l'occupe tout entier, elle ne tient pas dans le monde la même place ; quelques-uns persistent, et, trouvant que c'est le monde qui a tort, se proposent de le corriger ; le grand nombre change, prend un parti général sur la question des révélations, des miracles et des mystères, se borne à une manière de religion naturelle, vague, où il arrange sa A ie. Entre gens (|ui se frcquenlent, la religion est supposée et ne se discute point ; la théologie est renvoyée au séminaire, la philosophie à l'école : il n'est pas du bon sens de se plonger dans ces choses-lè, et il n'est pas du bon goût de prétendre y entraîner les auti es ; il est clair que si on donnait du temps à converser sur Dieu et la vie future, il n'en resterait plus pour parler du roman de la veille et de l'événement du jour, car la vie est courte. Athées et panthéistes sont mal vus, par ce qu'il faut être comme tout le monde, parce que ces fronts sérieux effarouchent le plaisir public. Lii doi^^ine nouveau peut passer, il n'est pas nécessaire qu'on s'en occupe; mais une doctiîne nouvelle vous sollicite : si vous la laissez faire, elle s'emparera de votre esprit, et si vous la laissez faire encore, elle s'emparera de votre personne pour réformer \ os habitudes, ce qui ne peut se supporter; une loi reçue vous lie peu, mais une loi que vous vous donnez vous lie, et on ne veut pas être lié. Nous ne voyons donc jamais dans ce pays de grands dangers à la métaphysique.

Pour ce qui regarde ce temps-ci en particulier, il y a moins de danger encore ; il n'a absolument rien à craindre des spéculations de la philosophie. Autre-

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foiSf on cherchait commenta été formé le monde;

noiiî^, nous rexploltons. (Juaiit à l'autre monde, ce n'est pas grand' chose, puisqu'on ue peut pas le mettre en actions. On ne prétend donc ici contrarier aucun goût, mais on (leinaiideaux gens positifs Tiiidulgence pour quelques uiédilalii's qui ne iout de mal à personne et ne tourmentent qu'eux-mêmes. Eux aussi» ils désirent toujours^ ils font et défont leur édifice, les uns jamais découragés, mourant dans toute leur ambition, les autres tristement assis sur ces ruines. Us sont inutiles pour le moment; mais quand les hommes, après avoir couteiité leur envie, auront de nouveau le souci des choses divines, ils seront bien aises de retrouver quelques solitaires qui les leur rapprennent. Les maîtres seront-ils d'accord ? (Içla n'est pas probable et n'est pas si nécessaire qu'on le dit. 11 y a, dans la philosophie, la vérité et la recherche de la vérité, celle-la par accident, celle-ci par essence ; on n'est pas pliilosophe parce qu on trouve, mais parce qu'on cherche. Heureux ceux dont la fortune est faite! ils n'ont plus qu'à jouir. Le philosophe fait sa fortune lui-même; c'est son défaut, si on veut, c'est aussi son honneur: qu'il réussisse ou non, il a travaillé. Les philosophes sont ici-bas pour maintenir un petit nombre de problèmes, pour inquiéter les esprits, comme les poètes pour inquiéter les imagina* tiens et les cœurs. Qui ne veut que vivre tranquille peut se passer des pliilosophes et des poètes, mais on ne se passe pas d'eux quand on veut vivre avec dignité

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