‹ Essais de philosophie et de moraleChapitre 6 sur 49 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

privilège des philosophes, en est aussi l'écueil : sor* tis du peuple, ils risquent d'oublier leur origine, et de perdre de vue, à mesure qu'ils s'élèvent, ses^ idées fondamentales et ses besoins immortels. Quand ils ont renié le peuple, celui-ci les renie à son tour, et les condamne comme des représentants infidèles. Ainsi conimence et se consomme le divorce de la philosophie et de r humanité, divorce fatal pour Tuae et pour Fautre : comme si un arbre, devenu grand, prenait la terre en mépris et m détachait ses racines, ou bien.encoxe si, à peine sorti du sol, il craignait de perdre pied en grandissant, ainsi condamné, par r ignorance de sa vraie nature, à la triste alternative de rester enfant ou de se dessécher et de périr. 11 faut rappeler à la pensée, selon le besoin, ou son fondement on sa destinée, représenter au philosophe qu'il est homme avant tout, que, sorti du peuple, il doit y tenir, en garder, dans tout son développement ultérieur, les croyances nécessaires et les généreuses inspirations. Déjà une révolution heureuse s'opère : la philosophie reconnaît qu elle part du sens commun et doit y revenir ; désormais la croyance à l'existence du devoir, de Dieu, de l'âme et de la hberté , seront les articles constitutifs de tout système qui voudra durer; mais il ne faut pas s'arrêter là , il faut fortifier la croyance au devoir par le sentiment moral , la croyance à Dieu par le sentiment religieux, la croyance à l'âme et à la liberté par le sentiment de la dignité liiiiuaine. L lujinaiiité ne se borne pas à donner des solutions logiques à certains problèmes, ce n est pas seulement sa raison qui porte d'immortels principes, il se meut en nous une autre faculté , également féconde ; cette faculté a un autre sea*et, mais elle a la

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même puissance, elle nous parle une autre langue, mais eUe nous entretient des mêmes vérités : c'est le sentiiTient. La philosophie puisera l'être dans le sens coiummi, c est ici qu elle Ironvei a Ja vie ; c'est à ce feu que la science reli'oidie doit se raininer, c'est & cet air natal que la pensée appauvrie doit se refaire. Si la réflexion venait à s'égarer encore, comme elle s'est égarée déjà, si ce monde lui semblait se suffire et que riniini en disparût, le sentiment démentirait et ramènerait une rai^n abusée : celui qui nie le soleil, au moment ou il ferme les yeux à la lumière, peut-il n'en pas ressentir la chaleur?

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