‹ Essais de philosophie et de moraleChapitre 7 sur 49 · PROVIDENCE VISIBLE DANS L' ORDRE DE LÂ NATURE · texte numérisé non relu

PROVIDENCE VISIBLE DANS L' ORDRE DE LÂ NATURE

Voici d'abord le Dieu législateur. Les phénomènes sont liés, le» causes agissent selon un ordre certain :

mouvements et formes, tout est réglé. Il y a dans le monde des lois, et constantes, car sans constance il n'y a pas de lois.

Le modèle de cet ordre est le système céleste : depuis que les astres roulent, il est manifeste qu'ils roulent avec la même vitesse dans la même orbite ; Tastronome décrit sûrement le thème du ciel qui fut il y il des milliers d'années, et celui qui sera dans des milliers d'années encore. Mais si la régularité est là plus visible, elle est également partout, et partout, si nous nous donnons la peine de la chercher, nous ne manquerons pas de la découvrir.

Cet ordre n*est pas seulement constant ; il est pré-^ cib : les lurmcb sont les formes géoméuiques, et les

nombres les nombres exacts. La natoe est ime mathématique universelle.

Cet ordre iVest pas seulemeot constant et précis ; il est à la fois simple et fécond, d'une simplicité extrême et d'une extrême fécondité. Au-dessus de nos têtes, un même principe enferme tous les chaugeiueats de ces corps innombrables, qui changent sans cesse ; autour de nous, quelques lois physiques règlent les mouvements des êtres inanimés, et quand la vie survient, elles la servent Au dedans de nous est vi** siblement un ordre semblable; car s'il y, a une nature matérielle, il y a aussi sans doute une nature morale, quelque chose qui est Tintelligence humaine et le cœur humain*

C'est un des plus sensibles plaisirs de la vie, et qui s'usent le moins, de contempler la variété merveilleuse de la création : d'abord les trois règnes, si tranchés ; dans ces règnes les grandes familles, quadrupèdes, bipèdes, reptiles, oiseaux, insectes, pois- . sons, coquillages, arbres, arbustes et plantes, métaux et pierres; dans chacune de ces familles les espèces distinguées, les loruies, les couleurs, les attitudes, les physionomies, les jnouvements; toutes les fantaisies dans la fourrure, le plumage, la cuirasse et la gaze des animaux, dans les feuilles, le calice et les pétales des ileurs, et jusque dans les plus petites par-; ties que le microscope révèle, des chefs-d'œuvre de couleur et de dessin. Et les hommes se pkdgnent chaque jour qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, comme s'ils connaissaient toutes les choses que ce soleil écldre. Si la nature leur préparait un seul spectacle et le cluuigeait tous les lualins, ils courraient au spectacle et remercieraient la nature qui prend soin " de les divertir, mais elle n'a pas fait ainsi : elle a

BSSAl SDR LA PROYIDENGB*

réuni au même instant tous les spectacles Infiniment divers; et riiomine, qui pourrait, en s y promenant, varier ses ans^ ses jours et ses heures, reste immobile, s'ennuie de runiformité et se plaint de la nature. Pour moi, je ne puis faire un pas sans rencontrer du nouveau et découvrir à tout moment quelque merveille que j'ignorais; je m'étonne^et m'en veux d'être venu à mon âge sans la comiaitre. Plus facile à contenter, tous les printemps me sont nouveaux, et chaque rose qui natt m* est nouvelle.

Fénelon a.écrit sur les lois universelles qui font ces belles choses ; « Le mouvement des astres, dirat-on, est réglé par des lois immuables. Je suppose le fait; mais c'est ce fait même qui prouve ce que je veux établir. Qui est-ce qui a donné à toute la nature des lois tout ensemble si constantes et si salutaires, des lois si simples qu'on est tenté de croire qu'elles s établissent d'elles-mêmes, et si fécondes en effets • utiles qu on ne peut s empêcher d'y reconnaître un art merveilleux? La nécessité de ces lois, loin de m'empècher d'en chercher l'auteur, ne fait qu'augmenter ma curiosité et mon admiration. 11 fallait qu'une main également industrieuse et puissante mît dans son ouvrage un ordre également simple et fécond, constant et utile. Je ne craiiis donc pas de dire, avec l'Eaitme, que chaque étoile se hâte d'aller où le Seigneur l'envoie, et que quand il parle, elles répondent avec tremblement : « Nous voicî, Admmns. »

Après le Dieu législateur, le Dieu industrieux. Considérons le corps de l'homme. Je vois d'abord une charpente composée d'os très-solides, qui s'emboîtent de mafiière à se mouvoir aisément, sans se disloquer, et forment des cavités pour protéger des organes plus délicats. Sur ces os sont insérés des muscles ou le^

Page 1