CHAPITRE VI. 6i
viers de chair, qui se contractent, et, en se contractant, les font ployer ; et ces leviers sont disposés de bçm à produire les mouvements les plus étendus et les plus variés avec le moins de dépense. Entre eux et les os sur lesquels ils s insèrent est répandue une boite qui en adoucit le jeu. Pour mouvoir les muscles, des nerfs les parcourent jusque dans leurs derniers éléments, en iilets très-niiiices. Pour nourrir ces muscles encore, une liqueur, le sang, les arrose. Pour porter ce sang, il existe un curieux appareil. Figurezvous deux arbres dont les branches creusées coaimuuiquent par leurs derniers ramuscules, lesdewt troncs plongeant dans un même réservoir. De ce réservoir, qui (\st le < <rur, le saug est lancé, par les contractions de cet organe, dahs les artères, qui, se contractant à leur tour, le poussent plus loin ; il arrive ainsi dans les vaisseaux les plus déliés, où il monte par une force nouvelle, la capillarité, et passe, par la même force, dans les rameaux du second arbre, dans les vaines, n trouve là, pour l'empêcher de rétrograder, des soupapes, des valvules, et ainsi, d* écluse en écluse, il est conduit dans Tautre gros tronc, et retombe dans ie coeur. Sur son chemin, il a distribué aux chairs le meilleur de sa substance et ne revient qu'épuisé. Pour le nourrir plusieurs appareils concourent. La bouche reçoit les aîiments, les ctents les coupent et les broient, la salive, en les décomposant, leur donne une première préparation ; Testomac les prend alors, et, par l'action de nouveaux sucs, continue à les élaborer ; rejetés de là, par la contraction de l'estomac, dans les intestins, où ils glissent par une ondulation continuelle, de nouveaux liquides achèvent de les décomposer, et il se fait une dernière séparation entre la substance utile el la ijabstauce inutile. PeudanL tout
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ce trajet, des vaisseaux, qui donnent dans la bouche, dans restomac et les intestins, pompiuit l'élément nourrissant, qui, directement ou indirectement, est porté dans lès veines, et s'y mêle avec le sang qui est de retour. Ce nest pas tout; ce mélange maïuiiie, pour remplir les ionctions du sang, d*un certain lëu que Fair lui donnerait; il faut donc qu*il soit mis en communication avec Tair, sans se répandre : un autre appareil y pourvoit. Les poumons sont comme deux soufflets, composés d'une multitude de ufômbranes extrêmement minces, qui aboutissent à une multitude de cellules extrêmement petites ; entre ces cellules circule un système de vaisseaux, d' al tères et de veines, semblable à celui que nous avons décrit. Tandis que les membranes, en se gonllaiit, reroivenl Tair dans les dernières cellules, les vaisseaux peuveat recevoir le sang qui leur sera amené. Le mélange de
sang épuisé et d'aliment digéré, dont nous avons i)ar]é tout à r heure, y est en eilèt porté par d'autres contractions du cœur. L'air, ainsi rapproché du sang, se décompose, lui cède sa partie vitale, et, tandis que les poumons, en s affaissant, chassent le reste, le sang vivifié est ramené au cœur, où commence le mouvement que nous avons dit d'abord.
Yoilà déjà une machine merveilleuse ; et il faut songer que nous nous sommes contentés de retracer grossièrement les principaux appareils par lesquels elle s'entretieiiL. Mais il ne sulFil pas d'avoir une bouche et le reste pour se nourrir, il faut encore trouver son aUment dans la foule des corps qui sont sur terre. Or voici tout un nouveau système, les sens, par lesquels nous comiaissons les corps qui nous entoiuent. Des nerfs, dont les exti^mités sont infini ment délicates, partent du cerveau pour ae rendre
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anx yeux, aux oreilles, au nez, à la bouche, à la surfeice de tout le corps, abondamment aux doigts. Une
même substance des nerfs, diversement ébranlée par les objets extérieurs, fournit la variété de ces sensations surprenante : la vue, Touïe, Todorat, le goût et 1p toucher. Tandis que le nerf de la vue tapisse le fond de l'œil, pour empêcher que la lumière ne le blesae, des milieux divers sont ménagés ; des membranes , des humeurs et une sorte de cristal. Pour que, dans un petit e^])ace, il reçoive rinipression entière de grandbs objets, ces membranes, ces humeurs et ce cristal ont la nature et la forme voulue pai* l'op^ tique, de sorte que les rayons, en convergeant de plus en plus, vont peindre sur la rétine une image réduite des objets, et non pas d'un ou deux objets seulement,' mais d*un univers enscml)le, sans confusion, les choses et les proportions des choses. De même, entre le neii de Touïe qui est au fond de Toreille, et Fair violemment agité, à la fois pour le conduire et le ménager, il y a des intermédiaires : un entonnoir qui le recudlie, une membrane qui vibre sous ses coups, des osselets qui la tendent et la distendent, enfin une sorte de conque étroite, où il se réduit et chemine jusqu'au point où r impression a lieu. Et il n'est pas nécessaire qu'une impression cesse pour que Tautre se fasse , mais j'entends ensemble ces bruits divers, confus, qui sans cesse s'élèvent autour de moi, et j'entends toute une symphonie, des centaines d'instruments qui jouent en même temps», je distini^ue leur direction, leur ton, leur timbre, leur harmonie. Tandis que la lumière et Tair, mus par les objets, frappent Tœil et roreîHe, les objets eux-mêmes, leurs émanations qui s'envolent et les particules qui se détachent, touchant d'autres nerfs, donnent d'autres sensations, qui pa-
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reillement se rencontrent et se démêlent Enfin les nerfe du tact , partout répandus , qui partout nous
donnent l'impression de chaleur et de froid, de mollesse et de dureté^ d*âpre et de poli, se concentrent en certains lieux et y prennent une nouvelle vertu : exercés par ces mains moitiés, qui se ploient en tous sens, pour embrasseï* les objets et se promener autour d'eux, ils nous donnent la notion précise de la forme.
Ces deux existences, la vie de relation et la vie organique et leurs diverses fonctions, sont distinctes, mais unies ; et ce qui est aussi admirable que char-
cnne d* elles, c'est le lien du tout. Les nerfs des sens et les nerfs de la vie organique jettent hors de leur direction des filets qui se rencontrent et s'entrelacmt et se fondent de telle sorte que les changements survenus dans un organe ont leur contre-coup dans les organes les plus éloignés, et qu'il, règne entre les pièces innombrables de cette machine une sympathie universelle.
On a vu quelle nécessité réunit dans un même être, dans l'homme, les fonctions si variées que nous
avons décrites : elles sont ensemble, par la raison qu'elles ne peuvent être à part, qu elles ne sauraient se passer les unes des autres : une seule donne le reste. Or, de même que les fonctions s'appellent, les formes des organes qui les accomplissent s'appellent ausâ. Donnez à un animal un estomac et des intestins propres à digérer en même temps la chair et les végétaux, il lui feindra et il aura des dents aiguës, pour déchirer la chair, d'autres, tranchantes, pour couper les végétaux, d'autres enfin, en forme de meule, pour les l)royer, et il aura des mains pour saisu* sa proie. Otez à son estomac et à ses intestuis
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la faculté de digérer la chair, la première sorte de ses dents disparaît, et sa main inutile s'engage dans un sabot. Donnez à un animal la faculté de voler, cette opération dépense beaucoup de lorce et de chaleur; il hn faudra et il aura un principe trës^tif de cba-* leur et de forée : son sang coulera vivement, il respirera par les poumons, comme nous, et de plus par leciH'ps entier, pour que partout ce saiig se brûle; an contraire, qu'il nage ou qu'il rampe, comme il lui faut moins de force et mouis de chaleur, leur principe , se tempère; et soit que le sang circule encore comfdéiement ou en partie, dans ces deux cas il ne sera qu'incomplètement rapproché de Tair et incomplètement revivifié. C'est là cette grande loi delà corrélation des formes, qui éclaire si vivement l'anatomie comparée. Il y a de toute éternité dans la nature une puissante logique : il ne s'agissait que de la reconnaître; et, depuis qu'on Ta reconnue, il a été possible, sur rinspection d'une seule deaU de décrire la forme générale d'un animal; un savant, notre Cuvier, a pu, avec quelques débris d'ossements fossiles, recoQstmire un animal perdu, de telle sorte que, lorsqu'on le retrouva plus tard, il était tout semblable à la description. 11 y a des monstres dans les individus, il n'y a pas de monstres dans les espèces.
Cette même logique qui, dans chaque forme ani«* mate, fait suivre les diverses fonctions, et, d'une forme à l'autre, lait suivre les divers changements, cette môme logique unit les espèces vivantes et le grand tout où elles subsistent. Comprenez«-vous le pied de l'homme et des animaux voisins, s'il n'y a pas un sol ferme où il porte? 1 aile de l'oiseau sans l'air, la nageœre du poisson sans l'eau, une bouche* to dents et des entiailles, sans qu'il y ait au dehors
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ni chair, ni herbes» le poumoii sans Tair, TœU sans la lumière, l'oreille sans Tair encore, et le reste? Si la nature avait commis un tel oubli, que ne diriez-vous pas? Et puisqu'elle ne Ta pas commis, ce semble, dites donc que c'est bien fait. Cette même nature ne s est pas contentée de fournir en général à un organe son objet, mais, quand cet objet est dans d'autres conditions, d'autres conditions surviennent dans For* gane. L'homme et le poisson respirent tous les deux, mais Tun vit dans Tair libre et l'autre dansFeau; avec le pomuon de l'homme, le poisson momrait ; aussi il a reçu un autre appareil, qui extrait de l'eaa l'air qu'elle renferme, et le fait respirer aussi aisément que nous. Elle a de moindies attentions. Lia qualité d'un même élément se modifie-t-elle, elle modifie en conséquence les animaux qui doivent y yiTre : elle allonge prodigieusement les jambes et le corps ou le bec de l'oiseau des maiais, et si quelque animal doit à la fois marcher et nager, elle lui donne un appareil à deux fins : elle palme son pied, qui appuie sur la terre el rame dans 1 eau. Le corps de tout animal est une harmonie, et le grand corps du monde, qui nous enferme, animaux et élémaots, est une grande harmonie. ,
Achevons notre spe( t icle, laisons mouvoir tous ces animaux vers leur fin. Elle est double : vivre et donner la vie. Pour \ i\Te, ils ont à se préserver des éléments, à se nomiir, à se détendre de leurs ennemis. Les uns craignent la chaleur ou le froid : ils sont ^protégés contre le froid, ou par une peau épaisse, ou par une fouiriire, soit de poil, soit de plume, qui se garnit encore dans la dure saison, et vivent sans danger en plein air ou se creusent des habitations sous terre. Ceu.\ qui font cela ont rinstrument et l'art né-