‹ Essais de philosophie morale et de morale religieuseChapitre 16 sur 50 · X DE LA SPONTANEITE · texte numérisé non relu

X DE LA SPONTANEITE

iiauteur, la religion et la philosophie se nient réciproquement. •

La religion , se disant la voix même de Dieu , s'attribue un caractère absolu de souveraineté. La philosophie, en le lui reconnaissant, s'abdiquerait par-là même; en ne le lui reconnaissant pas, elle nie la religion et s'installe en son lieu et place. Voix de la raison, elle aspire aussi, dans son sens, à la souveraineté ; mais sa souveraineté, à elle, a pour condition la spontanéité ; à ce titre seul elle peut compter sur l'au thenticité de ses résultats, et se poser comme autorité dans le monde des esprits. Ce n'est pas là son unique loi; mais c'est une loi inflexible, une garantie qu'elle ne peut se dispenser de fournir. Nous nous proposons d'examiner, dans cet Essai ^ si elle la fournit en effet, en recherchant quelle est, en matière philosophique, la spontanéité et la pureté du mouvement de l'esprit humain.

Si nous nous reportons au point de départ, à l'impulsion première de tout le mouvement philosophique, au moment où le genre humain s'est mis à philosopher ( et ce moment est celui où les traditions ont cessé de lui suffire), nous trouverons assurément mêlés , dans une forte proportion, à la curiosité dont on voudrait faire le seul mobile du mouvement philosophique, d'autresélémentsmoins abstraits et moins désintéressés. Aujourd'hui que la philosophie est devenue un art, une profession, un état dans le monde, nous concevons moins la

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situation OÙ se trouvèrent alors les esprits, ou pour mieux dire les âmes. La tradition, écho des révélations primitives, était allée en s'affaiblissant; la foi des enfants à la parole des pères avait fait défaut; on avait laissé échapper, au milieu des ténèbres, la main qui avait guidé jusqu'alors; il fallait pourtant avancer; et il répugne de croire qu'on ait passé sans intervalle de la vivante naïveté de la foi à la stupeur inerte du matérialisme. Il est impossible d'adniettre qu'à une confiance qui avait eu pour principe -la plus puissante des sollicitudes, ait immédiatement succédé sur les mêmes questions une curiosité froide et pleine d'abnégation. Le mouvement philosophique eut une aurore troublée et sombre; la curiosité était de l'angoisse; le besoin qui cria alors fut de l'âme et non de l'esprit : l'être moral détaohé de son centre, la volonté séparée de sa raison, cherchait par l'intelligence à s'y réunir. La philosophie, en se rattachant à des débris de religion, fut plus d'à moitié religion. Plus tardée* deux éléments se dégagèrent insensiblement l'un de l'autre; la philosophie, répudiée par les masses, devint l'occupation exclusive des penseurs de profession chez qui l'habitude d'abstraire tend à affaiblir ou à voiler les caractères généraux de l'humanité : toujours la multitude est plus humaine que le savant. Ainsi la philosophie devint peu à peu ce que nous la voyons être; mais en vain voudrait-elle abjurer les souvenirs de son berceau; il est impossible de mécon-

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