‹ Essais de philosophie morale et de morale religieuseChapitre 34 sur 50 · DU CENTRE DE GRAVITATION EN MORALE · texte numérisé non relu

DU CENTRE DE GRAVITATION EN MORALE

(A l'occasion des Mélange* philosophique; de M. JoufTroy.)

Deux des morceaux les plus remarquables de ce recueil sont ceux qui ont pour liire commun : De rÉtat actuel de Vhumanité. Le premier seulement nous était connu. Lorsqu'il parut dans le Globe, en 1826, nous nous rappelons qu'il porta vivement notre curiosité vers le serond article qu'il faisait attendre, et qui ne parut point. L'auteur s'était attaché, dans la première partie de son travail, à montrer l'extrême probabilité, ou plutôt la nécessité philosophique, du triomphe de la civilisation chrétienne, laquelle devait, selon lui, absorber successivement dans son sein tous les autres systèmes de civilisation. Remontant d'abord à la cause de la différence qui sépare les peuples civilisés des peuples sauvages, M. Jouffroy l'avait trouvée dans le différent degré de précision qu'a obtenu chez ces peuples respectifs la solution de la question religieuse. Ainsi, sur son passage, l'auteur indiquait du doigt une grande vérité, qui ne fut remarquée peutêtre que d'un petit nombre de ses lecteurs : c'est que l'homme est un animal religieux; c'est qu'il est invinciblement forcé de subordonner toute ques-

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tion à la question religieuse; c'est que, d'après sou instinct, toutes choses ne sont bonnes ou mauvaises, utiles ou nuisibles, que selon leur conformité ou leur opposition à la loi qtii place dans le temps les conditions de l'éternité ; c'est que la société ne peut se rassembler avec sécurité et avec espérance qu'autour d'une parole de Dieu; c'est que la loi ne peut être que la volonté de Dieu appliquée au fait social; c'est, même, que la société, ainsi que l'individu, a été créée pour accomplir à sa manièreetavec les moyens qui lui sont propres le service de Dieu. Il est aisé de comprendre, d'après cela, que plus la solution du problème religieux sera précise, dit l'auteur (et nous disons, nous, plus elle sera vraie), plus la société se trouvera en harmonie avec les desseins de Dieu, dont l'accomplissement constitue l'ordre et la beauté en toutes choses, et le bonheur dans le monde sensible et intelligent, aux différents degrés de vérité religieuse doiventcorrespondre avecexactitudelesdifférentsdegrés de civilisation, depuisl'étai absolument sauvage, qui n'est que le terme infime d'une gradation continue, jusqu'au plus grand perfectionnement social qui soit connu. La comparaison des peuples civilisés entre eux présentera des résultats parfaitement analogues. La vérité relative du système religieux déterminera la supériorité du système social, tout comme à son tour la supériorité du système social et son aptitude à s'étendre, sa puissance conquérante, témoigneront pour la

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