‹ Essais de philosophie morale et de morale religieuseChapitre 35 sur 50 · EN MORALE. I9I · texte numérisé non relu

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vérité des doclrines religieuses sur lesquelles il repose. Or, l'auteur, après avoir établi que « les uiis- « sionnairesne peuvent agir sur les peuples déjà cice vilisés que par la supériorité de vérité du système « chrétien, que la supériorité de vérité est aussi une « supériorité de force, et donne la supériorité d'at- « traction,» après avoir annoncé qu'il « chercherait, « par l'histoire et Yearamen, lequel de ces systèmes « est le plus vrai, » n'a cependant point entrepris de prouver, autrement que par les résultats, la supériorité de vérité qu'il attribue au Christianisme. Son second article, fort beau d'ailleurs, et qui ne nous aurait nullement déçu si notre attente n'eût été tournée ailleurs, offre le développement de tout autres idées. Déçu! mais pourquoi déçu? Nous ne l'avons pas été. En étudiant avec quelque soin ce second article, nous y avons trouvé, sinon le résultat que nous cherchions, du moins des données qui le supposent ou qui le nécessitent. Nous allons nous expliquer.

Après avoir comparé les peuples sauvages avec les peuples civilisés, puis les nations civilisées entre elles, il finit par se placer au centre de la civilisation chrétienne, et trace un parallèle entre les trois peuples européens qui sont à ses yeux les représentants des diverses formes et les dépositaires des différentes forces de cette civilisation. Il fait voir ce que le système qu'ils représentent en commun gagnerait à leur union toujours plus intime; il rend

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sensible ce que chacun y gagnerait lui-même, et achève par prouver que, pour travailler vraiment dans l'intérêt d'une nation, il faut enfin travailler dans le sens de l'humanité; car, en vertu de la plus admirable des lois, et dans la plus grande sphère comme dans la plus bornée, l'intérêt de tous est identique à l'inlérêt de chacun.

Nous ne pouvons nous empêcher de remarquer, à cette occasion , que la maxime inverse est à la base des systèmes qui tendent aujourd'hui à prédominer. On paraît avoir admis en fait que l'intérêt de chacun est identique et concordant avec l'intérêt de tous, et que le premier conduit au second comme le second au premier. En sens abstrait, cela est vrai, et l'on peut, sans inconvénient, renverser les termes de la proposition. S'il y a en effet identité (et comment en douter, à moinsde renier Dieu, d'introniser le hasard et de nier l'évidence?), s'il y a identité, il doit être indifférent ( toujours en sens abstrait) de commencer par l'un ou par l'autre bout. Mais ce n'est pas en sens abstrait que l'individu travaille, c'est en sens concret, c'est-à-dire dans le sens d'une individualité donnée, qui est la sienne, et qui se compose d'un instinct de justice et desympathie d'une part, et de passions qui le contrarient puisqu'elles ne sont que les différentes formes d'un égoïsmeavide,envahisseuret dévorant. Dèslors, l'identité ne peut plus exister, la concordance estrompue; et l'on peut parfaitement concevoir que, si un

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seulégoïsme trouble l'oidi e, mille égoïsmes, en conflit non-seulement avec la société, mais entre eux, le troubleront bien davantage, et que, bien loin que de leur développement combiné résulte le bien social, c'est le mal social qui doit en ressortir. Or, le mal social ne peut qu'être, en définitive, le mal des individus; en sorte que, par une répercussion inévitable, la misère de la société retombe sur chacun de ses auteurs.

Mais une nation ne peut pas plus qu'un individu se servir de règle à elle-même. Une nation est un individu, passionné, égoïste, injuste, qui, en prenant son intérêt pour seule règle, compromet les intérêts de l'humanité et les siens. Raison qui doit faire monter des nations à l'humanité comme des individus aux nations; car la tâche nous est donnée de monter toujours jusqu'à ce que nous ayons trouvé un intérêt qui ne puisse pas devenir égoïsme, parce qu'il sera le résumé et la source de tous les intérêts. Cet intérêt ne peut être que celui de l'humanité.Or, on peut entendre par A«mâ;«fYe deux choses ; la masse des hommes qui peuplent notre planète^ et V ensemble des attributs qui constituent la qualité d'homme. Dans le premier sens, la loi providentielle trouve déjà son application, puisque les faits prouvent que le mal d'une nation ne peut faire le bien des autres, ni son bien leur mal. Mais ces faits ne conduisent qu'à une réalisation très imparfaite de la loi, soit parce que la conséquence pra-

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