CROIX
C'est de cette manière peut-être que M. Jouffroy se serait démontré la vérité absolue du christianisme, s'il se fût livré à l'examen que nous faisait espérer son premier article; et, nous le répétons, nous ne concevons pas qu'il eût pu, du point de départ fixé par lui-même, arriver logiquement à un autre terme. Quant à nous, les considérations de son second article sur la vraie théorie sociale , qui place la société au centre et l'individu à la circonférence, nous ont rendu inévitable la solution chrétienne. De quelque point que l'on parte, pourvu qu'on procède de bonne foi , il faut qu'on termine à la grande synthèse évangélique.
Pris en lui-même, le second article de M. Jouffroy est une belle et noble composition , féconde en conséquences. iNous sommes remontés , tout à l'heure, au principe qui domine la théorie de l'auteur, qui l'explique et qui la justifie; changeons de route maintenant, et, oubliant à quelles hauteurs cette théorie se rattache , étudions seulement à quelles conséquences elle conduit.
iq8 DV CENTRE DE GRAVITATION
A la manière de Copernic, l'auteur a rejeté l'individu du centre où il n'éclairait, ne dirigeait et ne faisait rien , vers la circonférence où il doit graviter. L'humanité maintenant occupe le centre; l'humanité, dis-je, représentée dans chaque contrée, par une société particulière, qui doit être servie comme humanité. Les divisions en familles et en nations ne représentent qu'une grande division de travail, dans un esprit et dans un but sublimes. S'il en est ainsi, bien des changements vont survenir; car qui servait doit commander, et qui commandait va servir. La société n'est plus l'instrument de l'individu, mais l'individu l'instrument de la société. La société n'existe plus pour l'homme, mais l'homme pour elle. Mais tout ceci, dira-l-on, est-il nouveau ? Et n'est-ce pas ce que nous avons déjà mille fois entendu? Nous répondons : Cela s'est dit quelquefois à contre-sens, par exemple dans les républiques anciennes , où l'individu , associant son égoïsme avec quelques milliers d'autres, transportant son moi dans le moi national , attachait la meilleure partie de son bonheur et de son amour-propre aux triomphes souvent injustes de l'association dont il faisait partie; le patriotisme de Rome et d'Athènes n'était guère qu'un marché où l'âme donnait sa part de bonheur individuel contre sa part de la gloire et de la prospérité nationales. Cela s'est dit, dans la plupart des cas, sans dévouement, lorsque les sacrifices n'étaient demandés que comme une bonification équi-