K L INFLUENCE
plus intimement à l'âme. Du moins est-il sûr que les péchés dont il est le siège , et qui , tenant à l'âme , tiennent de plus à lui, se mettent à vivre de sa vie, s'identifient à lui, comme des caractères gravés dans une écorce croissent et se développent avec l'arhre qui les porte. Ce n'est pas du reste dans un sentiment de mépris pour le corps que l'apôtre en parle comme nous venons de voir. Une fait pas du corps, ainsi que quelques philosophes et quelques mystiques, un fâcheux accessoire, un fardeau de l'âme. Il en fait, s'il est permis de s'exprimer ainsi , une des personnes de la trinité mystérieuse que présente l'individualité humaine; le corps est à ses yeux (et sa doctrine sur la résurrection correspond à cette idée) une partie éternellement nécessaire, éternellement permanente de l'homme , essentielle à l'homme comme Xâme^X. Yesprit) il dislingue soigneusement le corps et la chair: la chair, substance contingente et muable du corps; le corps, forme subsistante et perpétuellement inhérente à l'être humain; et s'il dit de la chair qu'il ne faut pas en avoir soin pour en satisfaire les convoitises, il dit du corps qu'il faut le respecter comme « le temple rt du Saint-Esprit. » Cette idée sublime et sanctifiante relève le corps de l'imprudent mépris qui, sous prétexte de ne veiller que sur l'âme, laisserait pénétrer parle corps jusqu'à elle toutes les semences de péché qu'un vent funeste agite et fait tourbillonner sur la surface du monde. Que pourrait-on
opposer de plus fort à la volupté que cette parole : Ce corps que tu entreprends de souiller est le « teinte pie du Saint-Esprit ; » et celle-ci du même apôtre : « Que tout ce qui est en vous, l'esprit , l'âme et le « corps, soit conservé irrépréhensible pour l'avé- « nement de notre Seigneur Jésus-Christ ( i . Thess. « V, 23)! » Ainsi l'Évangile ne méprise aucune des parties de notre être, et même à peine les divise, mais sanctifie « tout ce qui est en nous. » Le mépris du corps ne serait pas aussi sûr; ce mépris spéculatif conduit facilement à l'esclavage en pratique.
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Xr ESSAI.
DE l'inclination THEATRALE.
Pourquoi la langue ii'a-t-elle pas fait la dépense d'un nom pour l'un des penchants les plus universels et les plus distincts de la nature humaine?
Le système de Gall, que je ne connais presque pas, ne fait-il point mention de l'inclination théâtrale? Ou si, comme il est possible, cette inclination n'est point, chez l'homme, primordiale, jyr/m/ ordinis, ne tient-elle pas de bien près à quelqu'un des éléments constitutifs de l'être moral? Je n'ai point palpé de crâne, mais j'ai un peu tâté la nature humaine , et j'y trouvequelquechoseque j'appellerai, en attendant mieux, \ Inclination théâtrale^ et sur quoi je vais présenter quelques idées.
li y a chez tous les peuples, et, je pense, aussi chez tous les hommes, un goût naturel pour le spectacle, c'est-à-dire pour les actes frappants, extraordinaires, disposés par le hasard ou par lindustrie de manière à ébranler vivement l'imagination ou le cœur. Et comme la vie ordinaire, même à son plus haut période d'agitation, n'est que rarement spectaculeuse, on a pourvu aux besoins de l'imagination par des combinaisons artificielles, qui tantôt sont dramatiques et tan lot ne le sont pas.
DE l'inclination THEATRALE. 2^5
Costumes, gestes, mascarades, décorations, étiquette, processions, cérémonies, audiences, tragédies, tout cela est du spectacle; tout cela amuse et captive dans toutes les périodes de la civilisation ; jusqu'à présent aucun peuple ne s'en est passé; le spectacle est même un objet de la législation. Partout les lois ont pourvu à ce que cette nourriture idéale ne manquât point au peuple.
Ce fait ne sera contesté que par ceux qui attacheraient au mot spectacle un sens étroit et spécial , qui n'est pas le nôtre. Tout le monde conviendra que , si la société décidait de s'en tenir à la réalité en toute chose, la vie sociale prendrait immédiatement un tout autre aspect, dont la règle des quakers, dans sa pureté, peut nous donner une représentation assez fidèle. Autre comparaison : supposez, si vous le pouvez, une langue absolument sans images , une langue encore plus austère que celle des livres d'algèbre; vous aurez une idée du système que nous indiquons.
Cette dernière comparaison nous paraît d'autant plus convenable que, réellement, la vie sociale est une langue aussi bien qu'une vie. Ses divers actes ne sont pas seulement des faits, mais l'expression de certaines pensées générales dont la société s'alimente intérieurement. Il faut à ces pensées, de temps à autre, une expression solennelle; elle est nécessaire, du moins, pour les esprits paresseux, qui sont en grand nombre, et que les images seules
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peuvent réveiller. Quand la réalité nous touchera sans le secours des iniermédiaires, quand cette langue artificielle de la société pourra tomber, nous serons beaucoup plus civilisés que nous ne le sommes présentement; et peut-être la vraie civilisation de chaque peuple est-elle en raison inversedu nombre des signes conventionnels dont se revêtent les pensées sociales.
Il faut voir dans ses plus diverses applications rélément dont nous parlons: le besoin ou le goût du spectacle. Il est aussi dans la parole humaine, il y a une éloquence spectaculeuse; mais pourquoi faire ici du néologisme en pure perte? Disons donc qu'il y a une éloquence théâtrale, et répétons que le plus ou moins de crédit decette éloquence mesure aussi la culture sociale ou la civilisation. Le spectaculeux a aussi son influence dans l'art. Il y a des peintres rhéteurs et des peintures qui déclament. Enfin, à de certaines époques, la poésie tout entière est un spectacle.
Mais le triomphe de l'inclination théâtrale est, à coup sûr, le théâtre proprement dit. Ici la vérité demande quelques distinctions.
En représentant l'inclination théâtrale et la civilisation comme deux bassins de balance, dont l'un en descendant fait monter et en montant fait descendre l'autre, nous n'avons pas entendu, il s'en faut bien, représenter le développement poétique d'un peuple comme hostile à son développement
DE LINCLINATIOIN THÉÂTRALE. Il"]
social. L'élément poétique, à notre avis, complète l'homme. La poésie n'est pas la parure des choses; elle en est l'idée intime, ou, du moins, elle est la poursuite de cette idée qui, peut-être, était présente et éclatante aux yeux del'homme, avant que le péché eût olDSCurci sa vue spirituelle. L'élément poétique, pris en lui-même, et abstraction faite de son application , correspond aux meilleures parties de notre être, et ne peut donc déchoir à mesure que l'état social se perfectionne; car une vérité ne peut contredire une autre vérité.
Maislegoûtthéàtralest d'une autre nature. C'estle besoin de voir la vie comme elle n'est pas; c'est le besoin de sefaire illusion surles véritables proportions desobjets. C'esirempiredeiapartiesensitivederétre sur la partie spirituelle. La partie sensitivea ses droit s; mais ces droits sont ceux d'un vassal , non d'un maître. Elle estau service de la partie spirituelle, pour travailler dans le sens et dans l'intérêt de cette dernière, non dans son sens et dans son intérêt propres.
Elle se légitimait, j'ose le dire, lorsque, dans les immenses théâtres de la Grèce, espèces de foruiti, temples plus vénérables peut-être que ceux des divinités du pays, elle concourait à entretenir, à réveiller dans les âmes toutes les grandes idées politiques qui faisaient la vie de l'État. Ce n'est pas le lieu de discuter la bonté de ces idées : il suffit, pour le moment, que c'étaient des idées ^ une religion publique; et, du moins en un sens relatif, le théâtre