‹ Essais de philosophie morale et de morale religieuseChapitre 47 sur 50 · SUR l'aHASVÉRUS · texte numérisé non relu

SUR l'aHASVÉRUS

qu'on est Français, qu'on appartient à cette nation a à laquelle toutes les autres attachent les cordons c( de ses souliers , » et de faire retentir les échos de l'éternité des noms de Napoléon, du maréchal Lannes et de la ville de Paris ? Quoi de plus frivole, disons mieux , quoi de plus profane que de donner pour représentants à tout un sexe quelques-uns des êtres qui l'ont le moins honoré, et d'absoudre les femmes en masse par la raison que dans des amours terrestres, quelquefois criminels, elles ont, sans le savoir, pratiqué l'amour divin? Poète, poète, je vous y prends; votre sérieux n'est pas entier; du coin de la bouche vous avez souri ; vous faites œuvre d'art autant que de désespoir, et lorsque, dans le moment le plus solennel et le plus critique de votre composition , vous éconduisez les idées morales pour donner leur place à de vaines prédilections nationales et à des passions charnelles , je connais bien que vous n'êtes pas mûr pour votre œuvre, pas mûr, vous dis-je, ni pour désespérer, ni pour espérer. C'est au fond de la conscience , du milieu des idées de devoir et d'obéissance, que naît le vrai sérieux; celui qui vient d'ailleurs est faux. Quoi! l'égoïsme patriotique, la vanité nationale, l'amour enfin, tel que l'ont connu l'amante d'Abailard et la maîtresse de Byron , ce serait là le sérieux de la vie, ce serait là tout ce que la poussière du tombeau doit ressemer dans l'éternité! Des affections sans nul rapport à Dieu , des passions et non des vertus,

tels seraient, selon vous, les titres d'admission, les droits de bourgeoisie dans l'immortelle cité! Poète, vous n'avez point vécu ; vous ne savez ce que c'est que vivre; vous parlez comme un enfant des choses viriles; noble intelligence, imagination puissante, cœur exalté, vous ne savez pas encore épeler dans le livre de la vérité. Vous portez en vous, tout endormie , une idée terrible, sur laquelle doit s'édifier toute sagesse, l'idée àe péché. Quand une fois elle se réveillera dans votre sein , qu'alors vous semblera frivole votre ancien sérieux, frivole votre désespoir! Que vous saurez mieux placer vos terreurs! Que vous craindrez de vous jouer des idées éternelles ! Que vous jugerez téméraires et coupables ces jeux d'imagination, ces badinages sur les attributs, les desseins, les mystères de votre Créateur! et avec quel frisson vous parcourrez ces pages brillantes oii vous vous êtes, sans y penser, raillé de votre Maître !

Il est bon de le dire et de le répéter: il n'y a qu'une chose sérieuse au monde: le devoir; et le devoir correspond à Dieu ; car , sans Dieu , le devoir est un non-sens , un être de raison, une idée en l'air. Toute chose n'est sérieuse que par là . Hors du principe de l'obéissance à Dieu , talent , science , industrie , prospérité publique , gloire nationale , tout n'est qu'un jeu, un vrai jeu d'enfants. Si nous vivons, c'est pour Dieu , et ce n'est que pour lui; si nous ne vivons pas pour lui, nous ne vivons pas.

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Le livre de M. Quinet est triste et n'est pas sérieux.

Une manqueia pas de gens qui prendront pour du sérieux V Epilogue de M. Quinet, étrange morceau où Dieu se plaint d'être las, où lEternité l'enlerre , où le Néant est anéanti. Bien loin d'être sérieux, tout cela est extrêmement frivole. Une chose peut être sinistre, épouvantable, et pourtant frivole. Des idées, ou plutôt des phrases qui ne peuvent avoir de sens ni dans l'esprit de l'auteur, ni dans celui du lecteur, des idées que l'impossibilité de les concevoir réduit à, un vain cliquetis de mots, ne peuvent être que frivoles; l'horreur n'y fait rien. Dites , si vous avez le malheur de le croire , que Dieu n'est pas, et que vous ne savez comment le monde existe; dites même que vous ne savez si le monde existe ailleurs que dans votre pensée; faux ou vrai, ce que vous dites a un sens; mais quand vous dites que le Créateur des mondes vieillit, qu'il s'endort de lassitude, que l'éternité lui creuse un tombeau, qu'après que toutes ces choses ont cessé d'être, le néant même cesse d'être, vous dites des choses qui n'ont point de sens, et qui, certes, n'en sont pas plus sérieuses pour cela.

Que le poète se rappelle ce qu'il a dit: «Après

« l'amour, après la foi , l'art est beau , Vart est saint.

« Ce n'est pas le ciel, mais ce n'est plus la terre. »

Mais hors de la vérité , où est la sainteté de l'art?

N'y a t-il donc point de vérité dans le drame d' A.-

hasvérus ? Certes, il y en a beaucoup; beaucoup de cette vérité dont la littérature de nos jours est saturée; car, en-deçà de la vérité qui console, il y a, à la disposition de tous, la vérité qui désespère; et de celle-là, l'ouvrage deM.Quinetest abondamment pourvu. En mesurant l'hommeaux ressources dont il dispose, ses besoins à sa fin , il l'a trouvé misérablement pauvre et impuissant; mais dire la vérité qui désespère, c'est faire la moilié du chemin vers la vérité qui console, c'est indiquer, d'un doigt tendu vers l'horizon , le point encore obscur d'où le soleil doit jaillir. La foi, l'amour divin peuvent seuls, selon le poète, accomplir notre destinée. Les affections terrestres les plus pures et les plus tendres ne peuvent suppléer l'harmonie active et sentie de l'âme avec son auteur. Dépouillé de foi et d'amour, le monde doit mourir. !Nier ces besoins, réduire l'àme à l'aliment que lui offre le temps, ce n'est pas lever la difficulté , c'est étouffer par violence l'inextinguible cri de la nature humaine. Tout cela est vrai; mais ce que l'auteur oublie, c'est que les besoins supérieurs imprimés à notre nature impliquent, dans Celui qui lésa imprimés, l'intention positive de les satisfaire; il serait bien étrange, en effet , bien indigne de Dieu , que toute loi dans la nature trouvât son accomplissement, toute force son emploi, tout être sa place et son but, tout substantif son verbe, et que l'homme seul cherchât et ne trouvât point, et forcé, de poursuivre son but, ne l'at-

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