‹ Essais de philosophie morale et de morale religieuseChapitre 6 sur 50 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

tout ce qui est, s'il est nous-mêmes, nos rapports cessent dans cette fusion. Partie essentielle de la Divinité, nous perdons notre personnalité en lui, comme il perd la sienne en nous absorbant; car la personnalité suppose dans le sujet qui en est revêtu une circonscription quelconque, la limitation d un /7ZOi par un autre moi. Si nul, bors de Dieu, ne peut diremo/, lui-même ne le saurait dire; et réciproquement, si Dieu n'est pas wx\moi^ personne n'en est un. Des rapports entre le Créateur et la créature sont donc, dans ce système, métapbysiquement impossibles ; ils le sont aussi dans un autre point de vue. Dieu recueillant en soi toutes les existences. Dieu étant tout ce qui est, le mal comme le bien devient un élément de son être, une partie de sa notion ; dès lors , dans l'individu fictif ou apparent qui s'appelle homme ^ le mal est nécessaire, légitime, divin, comme le bien; ou plutôt rien n'est mal et rien n'est bien que dans un sens relatif, je veux dire au point de vue de l'être bumain; la distinction entre le bien et le mal n'est plus dès lors qu'une fiction temporaire, une illusion née dans notre borizon borné et destinée à y mourir. Ainsi se constitue, sous le nom adouci de panthéisme, un fatalisme sans issue; et le philosophe , pour avoir voulu serrer de plus près et mieux posséder son idée , la voit s'abîmer sans retour, et reste plus pauvre que le vulgaire, qu'un anthropomorphisme grossier a laissé du moins en

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possession des contours et du fantôme d'un Dieu personnel.

Mais un Dieu personnel, quelque besoin qu'en ait notre nature, n'offre pas moins de difficultés à la pensée; et, chose remarquable, cette idée, suivie de près , nous mène par uneautre courbe h la même extrémité que nous avions voulu fuir. La personnalité de Dieu établit une distinction, une séparation entre lui et son œuvre. Or, que Dieu ne soit pas localement dans chaque partie et substantiellement dans chaque clément de son œuvre, c'est ce que tout le monde agrée sans difficulté ; la difficulté serait toute dans le système opposé ; mais s'il n'est pas dans son œuvre , il faut pourtant que son œuvre soit en lui, et que, de cette façon, sinon de l'autre, l'identité reparaisse. Il faut que son œuvre soit toute en lui; il faut qu'elle y soit sans cesse, que rien ne soit hors de lui , que rien ne se fasse que par lui, que rien ne soit qui ne soit lui-même. La pensée, sollicitée avec insistance , ne nous accordera jamais un Dieu hors de qui quelque chose peut être, un Dieu qui se retire de son œuvre après l'avoir créée, et qui, par-là même qu'il consent à ce que quelque chose existe qui n'est pas lui, se hmite, s'assujettit, se mutile , se nie. La personnalité de Dieu est inconcevable comme son impersonnalité, et l'àme humaine est ici d'accord avec la pensée; elle réclame avec la même instance cette identification , celte fusion avec la Divinité, qui seule

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