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peut lui rendre un Dieu, puisqu'un Dieu distinct de son œuvre, la laissant exister selon les lois qu'il lui a données, et par conséquent soumis à ces lois, un Dieu qui ne se mêle pas sans cesse à son œuvre, qui ne la crée pas continuellement, qui ne nous tire pas incessamment du néant, qui n'est pas à chaque instant, tout de nouveau, la raison de notre être, la source de notre vie, un tel Dieu n'est pleinement Dieu ni pour la raison ni pour l'âme.
Entre ces abîmes, a dit un philosophe moderne, l'humanité a trouvé son chemin, et a su se donner, d'instinct et d'inspiration, le Dieu qu'il lui fallait. Cela est vrai dans un sens ; mais quand cela serait vrai dans tous, et quand le tourment de la dualité, que nous venons de signaler, ne serait infligé qu'aux seuls philosophes, toujours aurions-nous à déplorer qu'un usage légitime et régulier delà pensée ne conduise que vers un abîme. Mais les philosophes n'ont pas si exclusivement qu'on veut bien le dire ce douloureux privilège; seulement ils sentent mieux les difficultés, ils se les avouent, ils usent contre elles les forces de leur intelligence; mais, à sa manière , la multitude aussi souffre des mêmes obscurités. Il n'y a peut-être pas un problème philosophique qui , sous une forme confuse et avec de vagues contours, n'ait, durant des siècles, roulé parmi le vulgaire, avant ou après avoir mis hors de combat les athlètes des écoles. Mille axiomes , mille adages, perpétués chez les peuples, rendent
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témoignage que ces préoccupations, profondes bien que confuses, ont agité la masse des esprits; et les antiques religions, créées pour les peuples, nées de leur sein, ont posé ou tenté de résoudre ces formidables énigmes*. La vie commune se ressent de ces doutes et de ces anxiétés, quoiqu'elle n'en ait pas la conscience ; on sent, à la voir vaciller, que des notions ou des pressentiments contradictoires se la disputent vivement; l'homme simple est tour à tour déiste et panthéiste, fataliste et religieux dans la pratique, le tout sous la profession vague, mais constante, d'une foi quelconque, traditionnelle ou imposée. Le mal du savant tourmente aussi la multitude, mais plus sourdement, mais sans formule et sans nom; et , de même que le savant dans l'intérêt de la pensée , elle, dans l'intérêt de la vie , a besoin d'être éclairée et d'être guérie.
Autre exemple pris dans la même région.
La notion de religion implique, du côté de Dieu, l'administration du monde moral, et cette administration suppose quelques principes, éternels et immuables comme Dieu même, dont ils constituent l'essence. Il est impossible, après avoir admis l'être de Dieu, de ne pas le revêtir de certains attributs , si même il n'est plus juste de dire que la notion de ces attributs , conçus dans leur perfection
(i) N'est-ce pas à tout un peuple que le livre des lois de M^inou disait : •• L'univers repose dans l'Anie suprême ; c'est l'Ame qui « produit la série de? acies accomplis par les êtres animés. »
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absolue , a composé dans notre conscience Tidée de Dieu. Et il ne faut pas objecter que la notion de ces attributs est l'œuvre de notre esprit ; ce que notre esprit produit nécessairement, en vertu de sa nature, est moins son œuvre que sa condition d'existence; autrement il faudrait , au même litre, rejeter la pure idée de Dieu, que nous n'y trouvons pas plus immédiatement, et qui suppose, aussi bien que celle des perfections divines, un emploi des facultés de l'esprit. Les éléments dont se forme en nous la notion de Dieu, ou, si l'on veut, la notion de VÉtre, sont inattaquables comme cette notion elle-même, et à titre exactement pareil. De même que, s'il nous est permis de croire à l'existence des corps, il a dû nous être permis préalablement de croire à l'étendue, à la divisibilité, à l'impénétrabilité, qualités qui subsistent, pour ainsi dire, avant leur sujet, et qui le constituent, de même , dans le monde moral, que la conscience nous révèle, il est nécessaire que nous admettions la sainteté, la justice, la bonté, la sagesse, la miséricorde, choses qui, sous le point de vue moral, constituent l'Être, c'est-à-dire Dieu ; car tout ce qui est contraire à ces choses, en d'autres termes le mal, n'est que non-êtreetnégation. Nous sommes donc plusqu'autorisés, nous sommes nécessités à revêtir l'Être ou Dieu de certains attributs moraux, et entre autres de la justice et de la bonté. La même nécessité nous contraint à concevoir ces attributs eux-mêmes sous