‹ Essais de philosophie morale et de morale religieuseChapitre 8 sur 50 · INTRODUCTION. XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIX

un attribut commun à tous, celui de l'infini, qui est l'être encore, dans sa notion la plus simple et la plus abstraite. Rien de plus spontané, rien de plus coulant que toute cette déduction, aussi longtemps que nous nous tenons à distance de l'application ou de la pratique. Mais dès qu'il s'agit de mettre en mouvement cette théorie, nous sommes invinciblement arrêtés, et nous découvrons que le char où nous sommes si commodément assis, serait parfait si seulement il avait des roues ; car il s'agit d'appliquer ces deux perfections de Dieu, la justice et la bonté, à des créatures à la fois sensibles, c'est-à-dire qui ont besoin de bonheur, et pécheresses, c'est-à-dire qui ont encouru une peine. Or, la justice absolue ne pardonne rien, et ia bonté infinie pardonne tout. Le péché et la souffrance, l'un au point de vue moral, l'autre au point de vue physique, répugnent également, l'un à la sainteté, l'autre à la bonté divines; en sorte que, dans le même Etre, de deux attributs infinis et par conséquent égaux, l'un condamne sans retour, et l'autre absout sans réserve. Ici, qu'il me soit permis de m'arrêter, pour faire observer au lecteur que, de la région métaphysique où notre pensée semble pour le moment s'être enfermée, rien n'empêche que nous ne descendions, lui et moi, dans la région de l'expérience, pour y trouver la confirmation du même fait, ou plutôt la reproduction du même problème. La conscience, qui est Dieu en «oz/^,lasensibihté qui est nous-mêmes,

XX iNTRoniTcrrioiv.

MOUS offrenîla répétition du même conflit. La seconde veut du bonlieur à tout pris et en tout temps; la première, aussi implacable que la j)lus dure des théories, aussi incorruptible que la plus aride des abstractions, demande vengeance, et ne trouve de satisfaction, et ne conçoit d'ordre (|ue dans la vengeance; bien entendu que la vengeance n'est CjU€ la réaction du mal sur lui-même, la correspondance d'un désordre avec un autre, du péclié avec la souffrance, et, dans cetle correspondance, l'oidre même et la \o'\ ; car la loi se satisfait de deux manières : par son accomplissement , lorsqu'il ;< lieu, et par le mal de l'agent responsable, quand l'accomplissement a été refusé. Ainsi le veut la conscience; et elle le veut si bien qu'elle le voudrait jusqu'au sein d'une religion qui l'aurait subjuguée en apparence, et lui auiait indiqué quelque autre source de satisfaction , telle que le repentir, les oeuvres surérogatoires , etc. On pourrait l'endormiralors; maison ne pourrait faire que, éveillée et les yeux ouverts, elle ne maintînt et ne reproduisît les mêmes exigences avec une imperturbable obstination.

J'ai donc pu dire que la notion de justice , soit qu'on l'envisage en Dieu , soit qu'on l'observe en la consctencCyqui est encore Dieu, demande le contraire de ce que demande la bonté infinie, laquelle correspond exactement à notre sensibilité , également infinie à sa manière , c'esl-à-dire en désirs. Tl

IIVTRODUCTION. W]

y a tiième une inanière de poser le prohlèiiie, qui, sans accroître la difficulté (car l'infini ne peut croîire et l'impossible n'a point de degrés) donne à cette impossibilité une nouvelle face. Une transgression, je dis une seule, dénonce un principe de mal; le péclié actuel correspond au péché virtuel; celui-ci est le vrai mal, mal dont la présence est insupportable, dans toute la rigueur du terme, au\ 4 égards de 1 Etre saint, mal qui est hors de notre portée et que nous ne pouvons extirper; car il est si profond qu'il est nous-mêmes. Si nous pouvions le déraciner, ce seiait au moyen de (pielque force bonne plus profonde (jue n'est ce uial ; or, (si elle existait, ce mal n'aurait pas pu naître. Il ne <s'agit donc pas de moins, on le voit, que d'une ^M'éation nouvelle; et autant il serait absurde, en mécanique, de chercher le point d'appui dans le (Corps même qu'on veut mouvoir, autant il léserait en morale de vouloir faire un être nouveau avec les éléments mêmes de cet être. Or, la réhabilitation devant Dieu , la réintégration dans nos rapports primitifs avec lui n'est possible qu'à ce prix ; le pardon est tellement inséparable de la régénération que cette régénération elle-même est la substance du pardon et sa consouunation ; qu'il ne peut se concevoir que sous cette forme, et qu'une fois dégagés des notions de bonheur que nous fournit la sphère des choses temporelles, nous sonnues contraints de nous représenter le bonheur cl h

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