MAURICE DONNAY I
res devinées, un drame se dessinait, des figures s'animaient ; une association d'idées, claire, simple, mêlait au tableau « tous les autres », tous ceux qui n'ont point de part directe à notre existence, mais qui sont nos proches par la souffrance commune, Tespoir, la désillusion, tout ce qui s'agite, gronde, murmure, s'apaise et meurt dans notre âme. Les plaignait-il, les aimait-il ? Qui peut dire de quels sentiments est née la conception de cet artiste ?
M. Maurice Donnay a beaucoup éprouvé, assurément. Il a connu les admirations les plus sincères, celles qui exercent une influence sur toute la vie. Il ne songeait point encore au théâtre ; mais, déjà, le tourment de créer à son tour s'éveillait en lui. De tout ce qu'il apprit, de tout ce qu'il aima, de son intelligence et de ses peines, de son savoir et de ses distractions, il a tiré des observations qui ont cimenté son œuvre originale, légère et forte ; un don rare d'assimilation, une langue précise, une pensée éveillée et souriante, une divination des peines cachées et, surtout, la souplesse d'une âme vigoureuse et tendre, ont donné
son théâtre ce qu'il contient de vrai, de flou, de joli, de drôle, de spirituel, de mordant.
Ne nous méprenons pas sur la façon dont M. Maurice Donnay envisage la société. Il ne s'agit point, ici, d'une critique serrée de telle loi, ni d'arguments techniques lancés, d'une main sûre, contre tels ou tels abus. Il est infiniment trop sensible pour systématiser de la sorte son inspiration. Et puis, franchement, ce ne serait pas la peine d'être sorti de l'Ecole centrale, pour appliquer des procédés artificiels, quasi mécaniques, à l'art dramatique, le plus capricieux des despotes. Sachons gré à l'écrivain de s'être, en quelque sorte, recréé une nature ; d'avoir tenté de dégager de son caractère même une personnalité nouvelle ; d'avoir, en un mot, cherché l'artiste sous l'homme et de le chercher encore avec une inquiète et spirituelle angoisse. Mais, de même que la pensée primitive s'agite parfois, sous l'inspiration ondoyante, de même la société palpite sous les fictions de ses personnages. La société est une forme de l'existence momentanée, localisée, que subissent des êtres en chair et en os. Elle est aux contemporains ce qu'est l'humanité à la pensée qui poursuit, à travers les siècles, un