MAURICE DONNAY I
Dieu fuyant devant elle. Elle est l'humanité dégagée de toute notion à priori, de toute généralité insaisissable, — une « catégorie » de l'humanité^ pourrait-on dire en jargon philosophique. Et c'est pourquoi les héros des pièces de Donnay souffrent ou, s'ils ne souffrent pas, laissent une impression quasi triste. Lysistrata, ellemême, si vaporeuse qu'elle soit, sourit avec trop de satisfaction au « bouillant » Agathos, et Lycon, l'époux faible, est trop étrangement et vraiment excessif, pour qu'on n'éprouve pas quelque vague souci, un je ne sais quoi de mélancoHque, de cruel, à travers cette fantaisie. On est plus près de Boubouroche, — ce chef-d'œuvre de Courteline, — que de la fantaisie de la Belle Hélène. Maurice Donnay a trop le souci d'être vrai, pour n'être point pessimisste jusque dans la gaieté : elle forme un contraste saisissant entre ce qui est, ce qu'il a voulu et ce qu'on ressent à l'entendre ; l'œuvre est plaisante, mais l'imagination se voile sous les mots d''un réalisme mordant : l'œuvre est drôle et triste à la fois. C'est la voix de Gavroche. Si Maurice Donnay avait suivi sa première vocation, je gage qu'il eût conçu le projet de quelque entreprise audacieuse et
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légère. Il n*eut peut-être point réalisé son plan et l'on aurait dit de son projet ce que Eironès, le philosophe de Lysistrata, dit de la philosophie :
... Elle doit être une science souriante et fleurie. Je la comparerais volontiers à un ruisseau aux ondes claires coulant entre des rives gazonnées... Le philosophe est sur une rive, et ce qu'il veut démontrer est sur l'autre, et, pour traverser le ruisseau, son esprit subtil et léger saule sur des pierres blanches convenablement espacées, tel un jeune pâtre poursuivant son amante. ;
Eironès, vous êtes un indiscret : Maurice Donnay va se fâcher, — quelque peine qu'il ^ en ressente, — mais vous abusez de la confiance qu'il vous a témoignée et voici que vous dévoilez la poésie de son âme pensive...
Ne cherchons point, vainement d'ailleurs, les procédés de Maurice Donnay. S'il connaît les raisons qui le déterminent à écrire une œuvre, s'il n'est point de ceux qui les codifient, ou qui les déduisent arbitrairement d'une donnée paradoxale, il voit, il entend : il s'abandonne à son inspiration et les scènes se succèdent en vertu d'une association d'idées, bien plus qu'en raison d'une logi-