‹ Essais de psychologie dramatiqueChapitre 4 sur 7 · MAURICE DONNAY III · texte numérisé non relu

MAURICE DONNAY III

que implacable. De là, peut-être, cette première impression d'une vague incertitude, d'un tâtonnement^ qui se précisent, tout à coup. Le va-etvient de ses personnages, la fluctuation des idées, les propos échangés créent insensiblement une atmosphère qui vous transporte en pleine action. Puis, le bruit s'atténue : le milieu social défini, ou, du moins, décrit, le monde se retire ; il ne reste plus en présence que deux tourments, que deux âmes qui luttent. Cependant le murmure déjà lointain se devine encore et, sous la mélodie amoureuse, la basse fondamentale évoque les pensées les plus profondes et plus profondément humaines. Puis, tout s'apaise : cris, sanglots, reproches ; une accalmie se fait ; on étouffe un élan et, dans le silence, qui vient à peine, perçoit-on les dernières notes qui vibrent et meurent... Maurice Donnay n'a point trouvé une conclusion, mais une solution, ou, mieux, un arrangement, une résolution harmonieuse entre deux dissonances...

Est-ce la triste, l'inquiète Georgeite Lemeunier, ou l'héroïne affolée du Torrent, ou Hélène Ardan, de la Douloureuse^ il reste, en ces femmes, quelque chose d'encore inexploré : la mort, elle-même, ne

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met ou ne mettrait pas fia à leurs déchirements, parce que leurs peines appartiennent désormais à tous ceux qui viennent d'en écouter la confidence. Nous continuons l'œuvre après Tavoir entendue et nous nous en revenons, accompagnés par un autre « moi » qui se défend contre l'ironie implacable ou la tristesse de son destin. Et, avec cela, on sourit. Tous ces gens vivent dans le milieu agité, qui s'amuse « pour de bon, » ; le monde et sa morale sont, ici, très optimistes, parce que très sceptiques ; il n'en est, d'ailleurs, que plus cruel d'y retrouver des bribes de l'amour, de la foi, de la droiture, de toute l'intimité souffrante des sincères ; dès demain ils rentreront dans la mêlée, pour regarder ceux qui viennent ; l'optimisme— ou l'esprit — ainsi entendu, voisine avec l'indifférence et, peut-être l'amertume. Voyez Éducation de Prince, il y flotte comme une brume transparente, qui en atténue les tons éclatants. Voici, encore, la puissante et pitoyable Clairière, ou Oiseaux de passage, auxquels M. Lucien Descaves a apporté, en collaboration, son talent d'âpre observation ; il reste, de ces tableaux, le souvenir attristé de gaietées passées ou de passions éteintes ; si différentes qu'elles soient, toutes

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