MAURICE DONNAT II
les œuvres de M. Maurice Donnay sont parentes entre elles.
Enfin, plus poétique, Amants traduit toute l'inspiration de l'écrivain. Comment, même déçu, on se reprend à aimer ; comment Tamour trouble le cœur le plus droit, l'engage aux transactions, lui rend le mensonge facile, puis, avec quelle cruelle brutalité la vie le ressaisir, le foudroie ; enfin, comment on oublie, on se tasse, on rentre dans la longue théorie des amants assagis et domptés, telle m'apparaît l'aventure de Claudine et de Vétheuil. Claudine aime Vétheuil, certes ; mais sa passion n'est plus de la première jeunesse, de la toute première, de celle qui croit n'avoir plus d'illusions... Claudine sait qu'elle est passionnée ; elle sait qu'elle aimera Vétheuil passionnément ; elle n'a plus guère d'illusions, mais elle veut en avoir. Elle sait d'avance ce qui va arriver : elle le voit venir. Vétheuil est seul, il cherche, elle se trouve là : ils s'entendent. Oui^ ils s'entendent sur ces mille détails, sur les riens, sur les intimités, les goûts, sur tout ce qui rapproche, mais ne lie pas définitivement. Ils s'attachent, parce qu'ils sont l'un et l'autre au moment précis où ils ont besoin de s'attacher, parce
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qu'il le faut. Mais Claudine est mère et elle aime son enfant, la précoce petite Denise, qu'on ne voit presque jamais et qui est toujours présente. Est-ce elle qui a pris de Claudine a ce qui dure », qui a transformé cette âme de femme en un cœur de mère ? Assurément, elle n'aime plus Ruyseux : il n'est que le père de son enfant. Elle l'estime, et puis, elle a besoin de lui. Denise a fait de cette liaison un mariage : Claudine — ne nous y méprenons pas — commet un adultère.
Elle s'oppose et oppose à Vétheuil tous les arguments de la femme mariée; elle vient à lui, vaincue ; elle a l'imprudence craintive de l'épouse, avec le romantisme de la maîtresse qui trompe son amant; elle a les délicatesses de l'amie et les tourments de l'honnête femme. Elle a jusqu'à des superstitions, ce qui, pour les amoureuses d'une certaine race, équivaut à des remords. Oui, des superstitions, — et cela est très naturel : la lutte s'engage au fond d'elle-même, entre l'homme qu'elle aime et son enfant ; seulement, le sentiment est plus noble dans l'espèce, car il est tout d'instinct : aucune loi, aucune convention sociale ne la rattachent à Denise. L'amour qu'elle ressent pour sa fille et sa passion pour Vétheuil par-