MAURICE DONNAY II
tent d'un même principe, d'un libre don d'ellemême. Elle se retrouve dans son enfant ; elle se rajeunit, elle se fortifie et s'apaise : on ne règle point les battements de son cœur et on ne se maîtrise pas quand l'amour vous donne raison... Cependant, écoutez-la ; elle résiste à son amant, parce que Denise est malade ; elle l'écarté avec douceur et par ces seuls mots :
«... Denise est souffrante, ce soir, et j'ai toujours peur que ce soit ma punition de t'aimer. »
Et Vétheuil obéit. Il aime Claudine, d'abord, un peu, en homme léger; puis en homme mûr qui se prête ; bientôt vient la gêne, la situation fausse de l'homme du monde, du galant homme, « amant de cœur «.Il en souffre sincèrement; il veut sa maîtresse à lui seul, — rien qu'à lui ; il l'aime au point, néanmoins, de ne pas en faire de griefs à Denise ; à cause d'elle,Claudine refuse de rompre avec Ruyseux. Cette situation devient cruelle, puis intolérable ; encore si Ruyseux était un mari ! Insensiblement, avec les jours qui passent et qui apportent sinon l'apaisement, du moins la réflexion aux sentiments, Vétheuil trouve dans sa souffrance, de moins en moins sincère, comme une raison avouable à un détachement qu'il sent né-
lié ESSAI DE PSYCHOLOGIE DRAMATiaUE
ccssaire pour elle et pour lui. Quelques heures de rêve en Italie^ un moment où ils furent bien l'un à l'autre, deux cœurs qui s'arrachent, un grand cri de femme en détresse, enfin le linceul du temps recouvre les dépouilles de ce qui a été leur amour... C'est une sorte de résurrection, ce retour de Vétheuil, après plusieurs années d'absence ; j'imagine que le long sommeil de ces deux cœurs a engourdi leur sensibilité ; quelques mots échangés, à peine des reproches, des regrets, des plaintes affaiblies, et la résignation vient et demeure comme une glorieuse cicatrice... Vétheuil se marie. Il a raison; c'est une fin pour ceux qui n'y voient point un commencement, et Claudine consent à devenir tout à fait et socialement l'honnête femme que présageait son cœur d'amante... L'œuvre de Maurice Donnay, féconde et caressante à l'ironie mystérieuse du cœur, exquise avec l'Affranchie par exemple, et romanesque avec V Autre danger, s'élargit parfois et, demeurant fidèle à son principe — la description des caractères — aborde et pose des problèmes qui minent notre époque. Le jour, où continuant à sourire par élégance, le délicat écrivain songea au Retour de Jérusalem, il ne dressa point un réquisitoire