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Chapitre III

sible.

En haut, l'Absolu manifesté, le Verbe, potentiel d'une inépuisable création. C'est le sphinx égyptien, qui résume en sa forme synthétique celles des quatre animaux sacrés de la Kabbale (Haïoth hakkadosch tfmpn nvn), figuratifs des quatre lettres de l'incommunicable Iod-ht-

vau-hé nin\

Typhon, descendant à gauche, symbolise l'exode involutif des sous-multiples verbaux, qui sombrent dans la matière, entraînés au poids de leur chute, et qui donnent ainsi le branle à la grande roue du Devenir.

A droite, Hermanubis emblématise, en remontant, l'évolution des formes progressives de cette matière même, réactionnée par l'Esprit, et le retour des sousmultiples à l'intarissable Unité-mère d'où ils furent émanés.

C'est, d'une part, le daïmon de Vlnvolution, qui, dans sa chute grimaçante, n'a pu perdre entièrement la figure humaine, — similaire de l'image divine, — cette figure que ne parviennent point à dénaturer les cornes de la rébellion, de l'égoïsme et de l'orgueil. — D'autre part, le daïmon de VÊvolution ascendante, qui, brandissant le caducée de la science et de l'équilibre, et sur le point d'escalader la plate-forme sphingienne, garde encore sur son visage le stigmate infamant de l'animalité, symbole des règnes inférieurs d'où il émerge... Quel contraste plus grandiose et plus significatif?

Les deux silhouettes monstrueuses figurent, en dernière analyse, un seul et même personnage, — Y Adam Cosmique, — sous les deux aspects complémentaires de la chute et de l'ascension, ou, si Ton veut, dans les deux

tendances inverses de l'Analyse et de la Synthèse, de la différenciation et de l'intégration universelles.

Mais que dire de la conséquence immédiate de ce mouvement double : le branle imprimé à la roue du Temps sans borne, qui va multiplier ses tours, embrassant Y Espace illimité dans la sphère de sa rotation ? N'est-ce point qu'elle touche au sublime, l'éloquence hiéroglyphique des auteurs du Tarot, habiles à préciser, en cette simple image, le Comment et le Pourquoi du rapport mystérieux et profond qui lie à la déchéance de l'Adam céleste, la création de l'univers physique et l'ouverture du cycle temporel ?

Au point de vue du total Cosmos, envisagé non plus dans les principes de sa genèse, mais dans le fait de son gouvernement et les ressorts de son déterminisme occulte, notre pentacle ne sera pas moins significatif : le sphinx deviendra l'emblème de la Providence, le cynocéphale, celui de la Volonté, et le démon celui du Destin.

Or, ces trois Puissances rectrices du Cosmos constituant en vérité sa triple nature, intellectuelle, psychique et instinctive, — voilà la transition logique entre les vues qui précèdent et un autre ordre de correspondances non moins essentielles.

Que si nous passons en effet de la Cosmogonie à l'Ontologie, la dixième clef du Tarot nous révélera la constitution ternaire de tout être : Esprit, Ame, Corps.

Le sphinx symbolisera Y élément spirituel, actif et mâle, ou le soufre-principe A des Alchimistes ; — Ty-

phon, Vêlement corporel, passif et féminin, ou le sel © des alchimistes; — Hermanubis, enfin, figurera le moyen terme entre l'Esprit et le Corps : Y élément (mimique, ou Mercure des alchimistes, qui est androgyne, c'est-àdire actif relativement au Corps et passif k l'égard de l'Esprit (1).

Ceci nous donne la polarisation générale de chaque être : pôle positif, +, l'Esprit; pôle négatif, — , le Corps; centre d'équilibre, oo, l'Ame.

D'ailleurs, l'Esprit, l'Ame et le Corps, envisagés séparément, présentent chacun son ternaire de polarisation bien distinct : pôle positif, pôle négatif, et neutre équilibré ; — ainsi qu'on peut s'en rendre compte en étudiant à ce point de vue le magnifique schéma publié par Fabre d'Olivet, dans son Histoire philosophique du Genre humain (2), en une planche hors texte (3), et qui fait malheureusement défaut dans un grand nombre d'exemplaires.

Mais c'est loin d'être tout. — Nous sommes amené à

(1) Voy. l'estampe du Grand Androgyne de Khunrath, que nous avons reproduite au Seuil du Mystère, et le Commentaire que nous en avons donné (pages 129-150).

A un autre point de vue, — car tout est dans tout, — les hermétiques, pour qui le Soufre (universel ou spécifié, volatil ou fixe) est toujours le Père ou principe actif, envisagent le Mercure comme la Mère, ou principe passif, ot le Sel comme le Fils, ou produit de l'union du Soufre et du Mercure, du Père et de la Mère, de l'Actif et du Passif.

Cf., au chap. VII, notre précis d'art hermétique.

(2) C'est la 2« édition (1824) de son État social de l'Homme, publié en 1822. Le schéma ne se trouve point dans les exemplaires du premier tirage.

(3) Insérée à la page 26 du tome I.

faire connaître ici les principes d'un système de polarisation double et sextuple, applicable à tous les êtres vivants, depuis les Puissances constitutives de l'Univers envisagé comme tel, jusqu'au plus humble exemplaire individuel qu'on veuille choisir, soit chez l'homme, soit même dans la série animale (1),

Cette loi d'universelle polarisation des êtres constitue l'un des arcanes les plus occultes de la Magie. Sa révélation précise s'adresse aux seuls initiés... C'est un joyau qu'on détache en leur faveur de cet écrin magnifique où l'Antiquité sacerdotale entassa les trésors de son ésotérisme : profonde réserve scientifique du passé, où l'avenir peut longtemps puiser à mains pleines, sans nul risque d'en tarir les richesses.

Nous ne sachions pas que cette théorie ait jamais été divulguée. Le docteur Adrien Péladan lui-même n'en fait pas mention dans son livre génial de YAnatomie homologique (2). Du moins est-il certain qu'il la connaissait. Joséphin Péladan transcrit en effet, dans l'introduction qu'il a mise en tète du livre posthume de son frère, une page très remarquable d'une brochure antérieure, où le docteur Adrien fait une allusion directe à la loi de polarité cérébro-sexuelle, et déduit ingénieusement l'une de ses conséquences. Quant aux autres ouvrages du même genre que nous avons pu consulter, il ne s'y trouve pas vestige de cette théorie.

(1) Jusque dans les règnes végétal et minéral, on pourrait relever des analogies, susceptibles d'être rattachées à cette loi.

(2) L'Ânatomie homologique ou Triple dualité du corps humain, Paris, 1887, in-8°.

Nous parcourions naguère la collection du Lotus, excellente revue d'occultisme, qu'une disparition prématurée empêcha seule de tenir ce qu'elle promettait, et ce qu'un bon lexique des matières collationnées par ordre en eût fait à coup sûr : l'encyclopédie théosophique des études boudhistes en France. lia page 102 du premier tome mit sous nos yeux un article (reproduit du Théosophist), où se trouve posé, sous la signature N. C, le problème de la polarité humaine, à propos de deux livres

parus quelques mois auparavant, l'un de M. le docteur

Chazarin, l'autre de M. le Professeur Durville.

Tout en rendant justice au mérite comme à la courageuse initiative dont firent preuve ces deux explorateurs d'un monde assez nouveau, M. N. C. aborde, au nom de la science occulte, la critiquedes deux ouvrages. Ce n'est guère le lieu de résumer ces opinions. Bien que le censeur nous paraisse, à vrai dire, sinon partial en faveur du docteur Chazarin, du moins un peu sévère pour M; Durville, dont l'ouvrage est des plus remarquables, nous ne prétendons point décider à qui revient la palme de la découverte, ni même examiner si découverte il y a.

C'est le critique lui-même que nous mettrons sur la sellette.

Il cueille et nous offre, avec la curiosité consciencieuse d'un érudit herboriseur du Mystère, un certain nombre de détails d'un réel intérêt; mais qu'il nous permette de lui marquer notre surprise, — puisqu'il prend la parole au nom de l'Occultisme, de le voir négliger les grandes avenues de la science, pour battre les buissons à la recherche de ses fleurettes.

Sans doute, les amateurs de physiologie secrète seront heureux d'apprendre (s ils ne le savent déjà), que dans l'homme il y a sept forces, correspondant aux sept principes analytiques de M. Sinnett, et que chacune de ces forces se polarise à part sur son plan spécial d'activité ; que la moitié droite du corps est positive, l'autre négative ; que les artères et les nerfs moteurs sont de nature positive, les veines et les nerfs sensitifs de nature négative; que deux liquides de caractère chimique différent, séparés par une cloison poreuse, génèrent, ainsi que Ta démontré M. John Trowbridge, un courant d'électricité : d'où il résulte que l'endosmose, s'exerçant à travers les tissus de l'organisme, doit donner naissance à un courant ; — qu'enfin le coude est légèrement positif pour la poitrine, et la main quelquefois négative pour le pied, quelquefois positive.

Il y a beau temps que les étudiants en occultisme savent ces choses et quelques autres de même importance: les eussent-ils oubliées, du reste, que les analogies des révolutions de lêvê, d'une part, et de l'autre, l'étude du Pentagramme ou de l'Étoile flamboyante appliquée à la physiologie, leur permettraient de reconstituer géométriquement tous ces rapports.

L'auteur de l'article cite fort à propos la Kabbale et renvoie au glossaire de Rosenroth (tome I de la Kabbala Denudala), où se trouvent d'intéressantes notions sur la polarité : entre autres la localisation de l'axe magnétique

(1) Découverte de la Polarité humaine, Paris, Doin, 1886, in 18. (t) Traité expérimental et thérapeutique du Magnétisme, 1 886, in-8.

dans l'axe du système cérébro-spinal, ce qui semble, en vérité, d'un intérêt déjà capital.

Mais ce que les étudiants ignorent et ce que, — parlant au nom des maîtres, — il eût été sans doute à propos de leur enseigner, c'est la grande loi de l'équilibre vital, cette loi synthétique et rigoureuse qui permet de déduire tant d'autres lois,et, englobant à la fois les trois foyers d'activité qui constituent la vie de tout être, sert d'infaillible critérium pour localiser à priori, non seulement la bipolarité de chacun des trois systèmes dynamiques, — l'intellectuel, l'animique et l'astral, — mais aussi les termes d'une polarisation qui s'aftîrme cruciale, en mode double de réciprocité inverse et complémentaire, et qui va de l'intellectuel au physique, d'une part, et de l'individu mâle à l'individu femelle, de l'autre.

C'est bien là, non pas ailleurs, la clef absolue de la biologie occulte, — dite en magie, clef de la composition des aimants, — une loi vraiment universelle, et, par surcroit, révélatrice d'une foule d'autres : celles, par exemple, de la Sociologie et de l'Histoire primitive; ou (si, nous élevant du plan terrestre à des plans supérieurs d'existence, nous voulons généraliser), celles de la Cosmogonie et de la Théogonie occultes.

Nous voici derechef dans l'ésotérisme le plus secret des temples antiques. La connaissance de cette loi pivotale n'était transmise qu'au seul Épopte, par voie traditionnelle etsous la garantie d'un serment solennel et terrible... Non pas qu'une pareille révélation se traduisit par un aphorisme immoral ou dangereux en soi; mais elle

permettait de fabriquer un passe-parlout, à l'habile emploi duquel il n'était guère de portes, dans le sanctuaire, qu'on estimât susceptibles de résister.

Or, si le secret juré ou quelque motif du même genre fermait la bouche à M. N. C, du moins aurait-il du, — montant dans la chaire théosophique pour juger excaihédrâ MM. Durville et Chazarin, — démontrer l'existence d'une loi de synthèse, et en déduire celle, plus particulière déjà, mais encore générale, d'une loi de polarité chez l'homme.

Quant à nous, que nul engagement ne lie, nous allons prendre à tâche d'exposer au bref cette théorie, large comme l'univers, simple comme la nature, et rigoureuse comme une équation d'algèbre : néanmoins, pour ne pas nous écarter du point de départ de cette digression, nous entendons, la formule générale une fois énoncée, en restreindre l'application toute schématique à la physiologie de l'homme, ou, pour mieux dire, à la biologie de l'Androgyne humain.

Le Lecteur nous saura gré, peut-être, de laisser à son intelligence sagace le soin, d'ailleurs facile, soit d'en étendre l'adaptation à des objets plus universels, soit au contraire de la restreindre à de plus spéciaux.

La loi peut se formuler en ces termes :

Le mâle est positif dans la sphère sensible, négatif dans la sphère intelligible.

La femelle, par contre, est positive dans la sphère intelligible, négative dans la sphère sensible.

Inversement complémentaires, le mâle et la femelle

sont neutres dans la sphère médiane du psychique. Cette similitude animique (1) est même leur seul point de fusion. C'est moralement la charte d'En haut qui consacre l'identité de la race, entre individus de sexe opposé.

Mais cette règle se conçoit à peine, condensée en une formule aussi générale, et son incalculable portée apparaît bien vague encore, pour ne pas dire bien nulle.

A celte heure, il convient d'en faire brièvement l'adaptation, dans les limites que nous nous sommes tracées d'avance.

Donc, appliquant cette loi vraiment universelle à l'homme terrestre, — au couple humain, — c'est-à-dire à letre adamique envisagé au plus haut point où son évolution aboutit sur notre planète;

Considérant qu'on peut compter en lui trois centres d'activité: — 1° le foyer intellectuel, localisé dans le cerveau, et dont le pôle occulte réside aux circonvolutions supérieures de cet organe; — 2° le foyer animique, localisé principalement dans le cœur et le grand sympathique et dont le centre occulte n'est autre que le plexus solaire ; — 3° le foyer sensitif, qui distribue son énergie aux divers organes des sens, et dont le pôle occulte (2) aboutit à l'organe génital ;

Nous disons que chez l'homme, l'organe génital est mâle ou positif, et le cerveau féminin ou négatif;

(1) Que si l'on était porté à mettre en doute cette similitude, en songeant quelles nuances très marquées différencient les âmes masculine et féminine, nous prierons qu'on se reportât à la note 3 de la page 246 (et suiv.J. Nous croyons avoir résolu cette difficulté.

(il Non le centre apparent.

Qu'à l'inverse, chez la femme, l'organe sexuel est féminin ou négatif et le cerveau mâle ou positif;

Qu'enfin, chez l'homme comme chez la femme, le plexus solaire consiste le point central équilibrant de l'organisme tout entier.

Qu'est ce qu'un organe mâle? — C'est celui qui produit la semence, le germe rudimentaire que l'organe féminin reçoit, réactionne, geste, nourrit, élabore et développe un temps plus ou moins long, à l'expiration duquel ce dit organe met au jour un èlre parfait, c'est-à-dire évolué en acte, et conforme au germe fécondateur qui ne contenait cet être qu'en puissance.

Ces choses apparaissent évidentes, à n'envisager que le pôle génital chez les individus des deux sexes : nul ne contestera que le phallus de l'homme est actif, c'està-dire un instrument de fécondation ; lectéisde la femme passif, c'est-à-dire un instrument de réception, de gestation et d'élaboration définitive.

L'inverse n'est pas moins certain, si nous considérons le cerveau, cet organe où se manifeste la contre-polarité du sexe (1).

(1) Vainement objecterait-on la presque identité du cerveau, chez les individus des deux soxes, en regard de la dissemblance profonde qui s'accuse aux organes de la génération. Les idées, étant d'ordre intelligible, n'ont que faire de véhicule phallique ou de cavilé utérine pour l'accomplissement de l'hymen idéal. Il leur suflit d'un organe condensateur qui est le cerveau, analogue chez l'homme et chez la femme, comme deux bouteilles de Lcyde toutes pareilles peuvent être chargées d'électricité de nom contraire. (Qu'on nous pardonne ce grossier rapprochement!)

D'ailleurs, c'est fréquemment sous une apparence sentimentale, que

Le cerveau mâle de la femme ne donne que des germes d'idées, mais lui seul donne ces germes, c'est-à-dire le mouvement initial et la substance première, en un mot le sperme intellectuel (1).

C'est le cerveau mâle de la femme qui féconde la cervelle féminine de l'homme.

Ainsi, d'une part, le cerveau de la femme est à la cervelle de l'homme, comme le phallus de l'homme est au ctéis de la femme.

D'autre part, chez la femme, le cerveau est au ctéis, comme, chez l'homme, le phallus est à la cervelle.

le sperme d'ordre intelligible est transmis par la femme: ce sont, dans ce cas, les centres animiques, ou médians, qui deviennent les lieux propres au phénomène de la copule, non pas à celui de la fécondation : car le sentiment, transmis au centre animique de rhomuie.se sublime pour atteindre sa cervelle, matrice appropriée où il va reprendre sa première qualité de sperme idéal.

(1) Lere préhistorique nous en présente un exemple frappant, si

De ces prémisses on peut déduire d'innombrables conséquences, dont nous n'esquisserons que les principales et les plus décisives (i).

C'est ici le lieu d'invoquer la loi fameuse en physique générale : les contraires s'attirent, les semblables se repoussent.

En faisant à notre schéma l'application de cette formule, nous comprendrons de suite :

L'horreur de la femme intellectuelle pour le type du viveur, expressif à son gré de toute la bestialité du mâle; — et réciproquement, le mépris du viveur pour la femme intellectuelle, qu'il traite volontiers de bas-bleu (ligne positive des semblables);

Le dédain de l'homme de pensée pour la femme pure-

nous fixons nos regards sur l'origine des sociétés humaines. Ces temps reculés n'ont sans doute laissé que d'indécis vestiges, et des monuments d'une authenticité comme d'une signification souvent douteuses. Mais la Légende supplée presque avantageusement aux récits de faits positifs : elle synthétise, en des types de généralisation symbolique, des notions que les récits de faits ne pourraient nous offrir que particularisées et disséminées... Or. l'Histoire et la Légende ne s'appuient-elles pas l une sur l'autre, pour venir nous apprendre que les premiers germes do civilisation furent toujours semés par la femme, dans le Destin des races adolescentes ? L'œuvre que la femme a ébauchée, l'homme la développe et la perfectionne.

N'est-ce point l'Amour, dans la cosmogonie phénicienne, qui tire le monde du chaos? (Voy. Sanchoniaton, texte et trad. dans Fourmont, Hé flexions sur l'origine des anciens peuples. Paris. 1747, 2 vol. in-4«, tome I, pages 4-21). — Cf. Fabre d'Olivct, Hist. philos., tome l,passim.

(1) L'examen du présent schéma va permettre au Lecteur de les déterminer toutes géométriquement, pour ainsi dire. Une figure ultérieure lui doit offrir encore d'autres indications, à l'effet de pousser ses recherches plus avant, si bon lui semble

ment sensuelle, — et réciproquement, l'aversion de celle-ci pour celui-là (ligne négative des semblables).

La raison de ces antipathies ? — Voici : la tête positive de la femme méprise le phallus également positif <ïe l'homme, et vice versa. — La tête négative de l'homme a le plus profond dédain pour l'utérus de la femme, négatif aussi, et réciproquement ; c'est que : les semblables se repoussent.

Il ne serait pas plus difficile de qualifier de même les sympathies inverses de ces antipathies ; c'est que : les contraires s attirent (1).

Quant au centre moral (ou médian), équilibrant les deux pôles occultes, — intellectuel (ou cérébral) et sensitif (ou génital), il est neutre, aussi bien chez l'homme que chez la femme. Aussi faut-il voir en lui le point de suspension, non seulement de la balance bi-polaire dans chaque individu, mais encore de la balance quadri-polaire dans l'androgyne humain.

V Amour proprement dit, qui est bien la force déployée par ce centre et qui lui appartient en propre (2), Pamour est de même essence chez l'homme et chez la femme. Il se révèle identique, ici et là (3), avec son cor-

(1) Chacun peut poursuivre et compléter le tableau de ces relativités.

(2) Comme étant avant tout passionnelle, c'est-à-dire animique, bien que susceptible de se porter plus haut ou plus bas : soit au pôle cérébral (adoration), soit au pôle sexuel (appétit vénérien).

(3) Identique en son essence, non point en sa tendance. Ceci mérite un surcroit d'attention... Le Lecteur est prié de porter les yeux sur le précédent schenu: les courants passionnels y sont figurés par des flèches en divers sens.

tège misérable et sublime de dévouement et d'égoïsme, de tendresse et de jalousie, de serments éternels et d'effective instabilité.

Ajoutons qu'il constitue encore le moyen-terme, la relativité sentimentale entre individus de sexe opposé. Il est donc toujours central, ou médian, soit qu'on envisage les individus isolés, ou les couples humains.

Aussi bien (comme nous l'avons fait voir au Seuil du

Pour nous en tenir à l'Amour onvisagé séparément, chez l'homme, puis chez la femme, notons que la logique même de notre figure le distingue, ici et là, en deux courants de direction précisément inverse. Le courant, chez l'homme, monte du sexe (positif) à la cervelle (négative) ; chez la femme, au contraire, il descend du cerveau (positif) vers l'utérus (négatif).

Ce contraste doit nous suffire ; c'est là qu'il faut chercher la cause profonde de ces nuances qui différencient l'Amour d'un sexe à l'autre, — nuances que nous négligeons do détailler, car chacun les connaît.

Un exemple, pourtant, et significatif. — Pourquoi, chez l'homme, le désir a-t-il coutume de paralyser les facultés intellectuelles, qu'il semble au contraire stimuler chez la femme ?... C'est un fait indubitable et cent fois vérifié, que l'homme le plus spirituel devient aisément gauche et parfois stupide, en présence do la femme qu'il aime ou simplement qu'il convoite; alors que celle-ci se montre à l'homme qu'elle a distingué, plus brillante, plus désirable que jamais... L'hommo demeure en panne, ou brûle ses vaisseaux, sitôt débarqué : timide outre mesure, il parait niais ; ou, résolu soudain, il casse tout. — La femme, ellr. ourdit à loisir les plus subtiles trames, pour capter sa chère proie ; et, le sourire aux lèvres, achève de la fasciner, dissimulant les manœuvres d'une tactique impeccable derrière les enfantillages de sa coquetterie et les gràcos de son babil... — C'est que, chez cette dernière, le courant passionnel va du cerveau à l'utérus, laissant toute liberté d'action à l'organe de la pensée. Chez l'homme, au contraire, le fluide erotique (si l'on peut dire), remontant par brusques bouffées de l'organe génital, afflue au cerveau, l'offasque et y détermino une congestion fatale au libre jeu des facultés intellectuelles.

Cela se vérifie même de visu, et s'inscrit en hiéroglyphes purement physiques : l'homme rougit au feu du Désir, et la femme devient pâle. Les lèvres de l'un sont brûlantes, celles de l'autre toujours glacées, etc.

Mystère (1), c'est l'Amour qui peut, — s'il est réalisé dans sa perfection et qu'il s'affirme dans la stabilité d'un merveilleux équilibre, — replacer l'être humain dans la voie de sa future réintégration, en le restituant à l'état d'androgyne harmonique.

C'est alors qu'identifiés dans une fusion tout intime, les centres neutres de l'homme et de sa compagne ne font plus qu'un seul centre : les deux époux ne font plus qu'un seul Adam-Éve, en voie de se réintégrer à sa plénitude ontologique, dans l'apothéose de l'Unité adamiquc et céleste, qui a nom l'éternel Verbe.

L'androgyne est devenu cet aimant quaterne, dégagé des quatre courants élémentaires, dont le schéma peut se tracer comme suit :

(1) Appendice, pages 143-144.

Il parait superflu de pousser plus avant ces déductions. Nous avons formulé la loi suprême qui régit la composition des aimants dans les trois mondes, — formule vraiment magique, pour ceux-là qui sauront la saisir et l'appliquer à propos. La grande Isis peut être conjurée par l'adepte qui aura toute l'intelligence de cet apophtegme sacré ; qu'il sache le proférer en temps et lieu, les derniers voiles de la déesse tomberont à sa voix.

Un mot encore, avant de poursuivre notre chemin : nous ne saurions dissimuler au Lecteur que cette loi(l), dont renseignement vient de lui être transmis, est cellelà précisément que vise Éliphas Lévi, à la page 132 de son Dogme de la haute Magie. Apres avoir exposé les doctrines attribuables au second feuillet du Livre universel

(1) Fabre d'Olivet en fait plusieurs fois mention dans ses œuvre*, sans jamais en livrer la formule. Nous relevons ici une allusion presque directe, qu'on peut lire au tome I de son Histoire philosophique : « Mais l'homme n'avait pas été destiné à vivre seul et isolé sur la terre ; il portait en lui un principe de sociabilité et de perfectibilité qui ne pouvait pas rester toujours stationnaire : or, le moyen par lequel ce principe devait être tiré de sa léthargie, avait été placé par la haute sagesse de son auteurdans la compagne d'homme, dans la femme, dont l'organisation différente dans des points très importants, tant physiques que métaphysiques, loi donnait des émotions invehses. (Page 73). » Mais Fabre d'Olivet n'a garde d'exposer en quoi cette organisation diffère. Passant de suite à l'un des corollaires du théorème dont il éludo renonciation, il ajoute seulement : « Les mêmes sensations, quoique procédant des mêmes causes, ne produisaient pas les mêmes effets sur lt«s deux sexes. Ceci est digne de la plus haute attention et je prie le lecteur de fixer un moment avec force sa vue mentale sur ce point presque imperceptible de la constitution humaine. C'est ici le germe de toute civilisation, le point séminal d'où tout doit éclore, le puissant mobile d'où tout doit recevoir le mouvement dans l'Ordre social. — Jouir avant de posséder, voilà l'instinct de l'homme ; posséder avant de jouir, voilà l'instinct de la femme, etc. » (page 74).

de la vie, le savant maître trace ces lignes mystérieuses et inquiétantes «pour les profanes :

« Tels sont les secrets hiératiques du binaire ; mais il en est un, le dernier de tous, qui ne doit pas être révélé... L'arbre de la science du bien et du mal, dont les fruits donnent la mort , est l'image de ce secret hiératique du binaire... Ce n'est point le grand arcane de la magie; mais le secret du binaire conduit à celui du quaternaire, ou plutôt il en procède et se résout par le ternaire, qui contient le mot de l'énigme du sphinx, tel qu'il eut dùêtre trouvé pour sauver la vie, expier le crime involontaire, et assurer le royaume d'OEdipe (1). »

Nous avons vu, en effet, par l'inspection des schémas, comment le Binaire engendre le Quaternaire. Curieux d'exprimer par un symbole graphique le mécanisme de la résolution par le Ternaire, et du même coup celui du retour à l'Unité (qu'Éliphas sous-entend), il va nous surtire de considérer la figure de l'aimant quaterne (i* schéma) comme analogue à une paire de ciseaux, montés sur axe au point central du schéma, et susceptibles de se fermer comme de s'ouvrir, ad libitum. Puisque, sur chaque plan d'activité, les semblables se repoussent et que les contraires s'attirent, les pôles positif et négatif de la région conceptuelle, d'une part; les pôles négatif et positif de la région sensible, de l'autre, vont s'attirer et se confondre. Quant au point central, équilibrant, il ne bouge point : les ciseaux se sont fermés, et nous avons obtenu, — selon la manière d'envisager notre ligure, — soit un Ternaire, soit une Unité.

Les quelques pages qu'on vient de lire seraient mieux

(î) Dogme et Rituel, tome I, pages 1321 33. passim.

k leur place, peut-être, au cours de notre troisième septaine : le Problème du Mal. De puissants motifs nous ont dicté cette anticipation. D'ailleurs nous avions hàte de munir ceux qui veulent bien nous accorder leur attention suivie, d'un mot de passe occulte, qu'ils trouveront plus d'une fois l'occasion de proférer, lorsqu'un obstacle imprévu paraîtra leur barrer la route.

Le dixième pentacle du Tarot est susceptible de commentaires que nous ne saurions développer en ce tome.

Tout le cycle temporel s'y inscrit symboliquement, sous la figure de la Roue Mystique. La roue tourne, et le Devenir s'engendre dans l'orbe de sa rotation. Quand elle s'arrêtera, l'antagonisme étant aboli, avec le règne du Binaire impur, le monde physique aura cessé d'être.

Mais elle tourne : au côté sénestre, descendant, l'Esprit choit dans la matière; au côté droit, ascendant, la Matière évertuée darde la progression de ses formes ambitieuses vers la récupération d'une vie spirituelle. L'être qui revêt ces formes successives n'atteint la spiritualité pleine qu'après le dépouillement de ses écorces corporelles, dont il ne garde qu'un simulacre arômal, flexible comme un rêve... Ainsi, toute la série matérielle évolue vers cet idéal; mais meurt, en tant que matière, avant que d'y atteindre : de cet effort proviennent les êtres mixtes, de vie double et triple : matérielle et spirituelle, et fluidique; les êtres mitoyens entre le Ciel originel où ils tendent à se rapatrier, et la Terre d'exil qu'ils n'ont pas désertée encore.

Tout ordre temporel réside là, dont le Devenir constitue la norme. Le mode de formation de tous les êtres dérive de la Loi de composition des aimants, dont nous avons livré la formule (I).

navra p«, dit Heraclite. Tout s'écoule. Nulle chose n'est; toute chose devient. Dans l'univers, du moins, ajouterons-nous, pour n'infliger point un démenti à l'axiome kabbalistique : « l'Ange qui a six ailes ne change jamais. »

Or donc, si le fugitif Devenir est bien la loi de ce monde déchu, demandons-nous comment ce Devenir s'engendre. Voyons de quoi il est fait.

(i) Peut-être l'occasion nous sera-t-elle fournie ultérieurement, de souligner quelques-uns des cas où cette formulo trouve son application directe. Pour l'instant, un exemple de détail suffira, qui mette en évidence, après les adaptations d'ordre plus général qui ont été proposées, quelle lumière répand la loi universelle des polarités, sur les moindres phénomènes de la psychologie ot de la physiologie courantes.

Les aspirants de la vie mystique connaissent bien, au même titre que les novices de l'existence religieuse, la répercussion génitale des clîorts de spiritualisation, qui se traduit, dans la période qui succède, par de plus fréquentes et de plus sauvages révoltes des sens. — De quels contrastes est faite la vie claustrale! Quelles alternatives de ferveur religieuse et d'aspirations mondaines! Quelle recrudescence d'orages sensuels, après la lumineuse sérénité des Ciels paisibles de lime!... A l'inverse, qui n'a constaté, en suite des pires concessions faites à la chair et à la brutalité des instincts, cette reprise d'idéalité qui sollicite l'être avec toute l'àpreté d'un désir; ce besoin de travail, cette sainte lièvre de l'inspiration qui fermente au cerveau de l'artiste ; cette aube spirituelle, eufin, qui dissipe l'enténèbrement passager de l'âme subjuguée par la matièrô ?

« Dans la brute assoupie un ange se réveille ! »

(Baudelaire).

L'application de la loi susdite s'impose, aussi nécessaire, en ce cas particulier, qu'elle s'imposait dans les exemples généraux d'ordre religieux ou social.

L'on se rendra compte aisément, à observer les choses de haut, que trois Puissances concourent à le produire. Peu de penseurs l'avaient bien nettement senti, avant que Fabre d'Olivet n'eût fixé les termes de cette triple collaboration. Mystiques purs, ou purs déterministes, ou apologistes d'une liberté sans frein, tant d'autres avaient trouvé plus simple désigner une source unique au fleuve de l'Eternel Devenir (i) ! Beaucoup de philosophes en sont encore là.

— Tout se modifie, disent les uns, au gré du divin Vouloir : la Providence est la cause voilée, l'Agent secret et la mesure occulte de l'évolution universelle. — Hé ! non, répliquent les autres: pouvez-vous méconnaître qu'une inflexible loi enchaine l'effet à la cause, nécessairement? Le déterminisme est absolu, ou n'est point: du Destin seul découle le fatal Devenir. — Et la liberté humaine, protestent d'autres philosophes, qu'en faitesvous? C'est la Volonté qui engendre et règle le Futur : et le Devenir n'est autre que le mode normal de sa génération.

Nulle de ces trois Écoles n'est méprisable, car chacune enseigne une part de la vérité. Les trois Puissances qu'elles préconisent isolées concourent à motiver l'ordre des choses futures ; tout le mystère de l'Avenir réside

^ • ... La plupart des écrivains qui m'ont procédé dans la carrière n'ont vu qu'un principe là où il y en avait trois. Les uns, comme Bossuet, ont tout attribué à la Providence ; les autres, comme Hobbes, ont tout fait découler du Destin ; et les troisièmes, comme Rousseau,, n'ont voulu reconnaître partout que la Volonté de l'homme. • (Fabre d'Olivet, Histoire philos., t. I, p. 55).

dans la loi de leur mutualité féconde. Loi créatrice et capitale s'il en fut: absconse et voilée comme Je Futur qu'elle commande. Loi sibylline par excellence : tout art divinatoire doit, pour être sérieux, fonder ses règles sur la formule algébrique de son énonciation; et la prophétie, exercée en mode intuitif ou rationnel, extatique ou déductif, conscient ou non, ne se justifie logiquement que par l'évaluation d'un calcul de probabilités, qui se puisse chiffrer sur la valeur réciproque de ces trois facteurs, combinés et proportionnés en raison de cette souveraine loi.

Les fatalistes disent vrai, quand ils promulguent les aphorismes suivants: une cause étant donnée, l'effet s'ensuit irrésistible. L'effet gît inclus dans la cause comme l'oiseau dans l'œuf. Sitôt produit, l'effet devient cause à son tour, pour engendrer de nouveaux effets, et ainsi de suite, à perte de pensée. Mais les innombrables causes existantes s'enchaînent et se combinent, s'enchevêtrant de telle sorte qu'elles produisent, conjointement ou séparément, des effets variés à l'infini. Si bien, qu'en dépit du plus rigoureux déterminisme, l'effroyable complexité des combinaisons rend impossible le calcul des effets à naître.

Les mystiques de la Liberté n'ont pas tort, quand, faisant émaner toute chose de la libre initiative du Vouloir adamique, dont l'homme est actuellement la plus haute expression incarnée, ils soutiennent que la Volonté serait encore toute-puissante si elle ne s'était divisée, d'où la chute, et l'ouverture du cycle temporel ; — quand ils ne voient dans les obstacles fatidiques qu'elle a maintenant

à combattre, que l'expression, en quelque sorte consolidée, d'un vouloir antagoniste au passé; — quand ils saluent dans le Destin (cette Puissance même qui lie indissolublement l'effet à la cause), une sorte d'attribut de la Volonté, savoir : la garantie de pérennité des libres volitions antérieures, irréductibles et vivaces, à l'épreuve contre les possibles retours de cette Volonté même, et prolongeant désormais leur essor palingénésique à travers la succession des apparences.

Les avocats de la Providence, enfin, ne sont pas moins véridiques, lorsqu'ils célèbrent l'irréfragable et pacifique impulsion que la suprême Puissance imprime à l'Univers : l'infaillible empire exercé sur toutes choses par cette Prévoyance maternelle, — qui est l'intelligence même de la Nature, et qui agit immédiatement sur l'homme, par illumination, inspiration, persuasion; et médiatement sur le Destin, par l'intermédiaire de l'homme, capable de modifier celui-ci, soit en combinant les causes existantes, soit en en créant de nouvelles. Ainsi la Providence édifie l'Avenir, sur les plans de la sagesse; et, répugnant à jamais contraindre la liberté humaine, comme à violenter la règle du Destin, n'en inllue pas moins sur l'une et sur l'autre. En cas de conflit, le dernier mot reste toujours à la Providence. Les deux autres Puissances peuvent bien contrarier momentanément ses desseins, en retarder l'exécution. Mais qu'est le temps, pour la divine Sagesse? Rien ne prévaut, en définitive, contre « l'événement providentiel, précisément parce qu'il est indifférent dans sa forme, et qu'il parvient toujours à son but par quelque route que ce soit : c'est le Temps

seul et la Forme qui varient. La Providence n'est enchaînée ni à l'un, ni à l'autre (I). »

Nos Lecteurs savent déjà comment l'âme humaine, placée ici-bas entre l'esprit et le corps, comme entre un légitime époux et un séducteur de rencontre, décide de sa vie future et en détermine le rhythme, selon qu'elle se comporte à l'égard de l'un et de l'autre amant, qui d'en haut et d'en bas la sollicitent: soit qu'elle se voue à la fidélité conjugale, ou qu'elle s'obstine dans un adultère dégradant. Or, une stricte analogie homologue l'Univers total au moindre individu qui le reflète, en le résumant; car identique est l'essence des êtres et des choses. Tout sort du Grand Adam, l'Adam Kadmôn du Zohar... Providence, Volonté et Destin sont au Cosmos intégral ce que les trois vies spirituelle, psychiquo et instinctive sont à l'exemplaire humain. Aussi la Volonté (soit collective, soit individuelle), inséparable de lame (universelle ou particulière), devient l'artisan du Devenir, en collaboration avec la Providence et le Destin, disons mieux — en commerce avec l'Époux céleste ou le Fatum séducteur (2).

Cependant, en conséquence de la chute universelle el de la matérialisation qui en fut le résultat, la Volonté

(\\ Hixt. philo*, du genre humain, t. I, pages ;i3-54.

(2| Il convient de notilier, en passant, que la grande loi de sexuelle polarisation trouve à s'appliquer ici, par analogie nécessaire. Qu'on ait le talent de manier avec art la clef que nous avons fournie, et l'on sera surpris de la fécondité avec laquelle se déploieront, et la genèse des principos et le processus des conséquences, dans l'ordre tant universel, que particulier.

générale se trouve astreinte à l'engrenage du Destin ; comme l'âme, en conséquence de sa chute individuelle (lisez de son incarnation terrestre), se trouve assujettie aux exigences de l'organisme physique. Il est des rapports forcés entre la Volonté et le Destin, de même qu'entre la Psyché et le Corps.

Tout un monde de mutualités en procède, inéluctablement: contraintes réciproques, répercussions, échanges... Mais, en dépit de cette communauté forcée entre l'Ame et le Corps, entre la Volonté et le Destin : l'àme peut s'interdire de multiplier par sa faute ces points de contact trop nombreux déjà, et vivre dans l'intimité de la vie intellectuelle, en commerce avec l'Esprit pur. La Volonté peut pareillement gouverner de conserve avec la Providence, en éludant les écueils du Destin.

Ainsi, Providentialistes, Fatalistes et Volontaires exclusifs ont raison chacun pour une part. En conciliant leurs systèmes, ils pourraient, d'un commun accord, déterminer la suprême formule de synthèse et d'équilibre qui leur manque isolément. Et, pour énoncer en mode exotérique la vérité sur ce point, nous dirons que si la genèse pouvait être éclaircie des événements à échoir, elle nous les révélerait attribuables pour un tiers à la fatalité du Destin, pour un tiers à l'initiative de la Volonté, pour un tiers à l'instigation de la Providence.

Seulement, qu'on y prenne garde : cette répartition proportionnelle semblera le plus souvent erronée, par suite d'une illusion d'optique mentale; cela tient à l'exercice constamment occulte de l'intluence céleste ici-bas-

L'action providentielle défie l'observateur, parce qu'elle

est médiate, et ne s'exerce qu'en mode fatidique, sous l'apparence du déterminisme le plus strict ; ou en mode volilif, sous celle de l'initiative humaine la moins contrainte qui soit. — Tel homme, par exemple, apparaît très libre d'accomplir un acte donné, et l'accomplit en effet; mais la Providence l'inclinait intérieurement à ce faire : dira-t-on qu'il a librement voulu et agi ? Sans doute, car il pouvait résister à l'action céleste; niais spontanément? Non point, puisqu'il a voulu et agi en conformité de l'inspiration d'En haut. D'autre part, tel événement, qui apparait fatalement nécessité par une cause antérieure, et semble par là ressortir au pur Destin, fut préparé de longue date et suscité par la Providence, qui, inspirant l'intelligence d'un Élu, ou môme utilisant la malice d'un pervers, a fait, en temps utile, semer par l'un ou l'autre, ou par tous deux, dans le champ du Devenir, la graine d'une plante qui lève à son heure en plein terreau fatidique. — Voilà l'action providentielle déguisée, au premier degré en action volitive, au second degré en action fatidique, ainsi que nous l'avions fait pressentir.

En résumé, des trois Puissances collaboratrices dont dépend l'avenir, la seule Providence peut prévoir à coup sùr, en décidant ce qu'elle fera, et promulguer la marche des choses, en statuant sur l'essor de sa propre initiative.

Théorème évident, d'où procède un irrésistible corollaire : c'est que l'inspiration d'En haut peut seule conférer au prophète une intuition certaine des choses futures. Encore ce dernier ne les percevra-t-il qu'en puissance

d'être, et non point en acte accompli : puisque la forme des événements à intervenir n'est aucunement fixée d'avance, mais dépend des conjonctures plus ou moins propices que fera naître le jeu mutuel du Vouloir humain, toujours spontané dans ses libres allures, et du Destin physique, toujours inflexible en son déterminisme aveugle.

Ainsi tonne un Verbe de prophétie sur les lèvres des Nabis, affirmatif quant à l'essence d'un événement à venir, mais muet, — ou hypothétique et par suite faillible, — touchant le fait de sa forme et l'époque fixe où il adviendra. Sur ces derniers points, la Voix céleste (l) elle-même ne peut prononcer que par calcul de probabilités; mais quelle vraisemblance en faveur de ce qu'a disposé et prévu Celle-là qui, par excellence, prévoit et dispose : pvœvidet eiprovidet! L'aléa se réduit à la quotité négligeable.

La prophétie d'Orval, pour prendre un exemple péremptoire en dehors des prophéties dites canoniques, montre h quelle lucidité peut s'élever l'Intelligence humaine, sous l'inspiration de la Providence divine.

Deux mots touchant l'authenticité de la prophétie

(1) Nous disons céleste (ou providentielle) et non divine. Cette distinction importo, au cas particulier. Rappelons en effet que la Providence est l'Intelligence de la Nature (Cf. page 30). Quand nous accolons à la Providence l'cpithète de divine, nous nous conformons au langage re«;u. C'est d'ailleurs à travers la Providence que Dieu se fait sentir à nous. Puis ces extensions du sens «les vocables sont coutumières en toutes les langues, et nous pensons avec d'Olivet qu'il ne messied point de sacrifier à l'usage en pareil cas, pourvu qu'on le fasse pour la commodité du style, et non par ignorance ou confusion.

(TOrval. — L'hypothétique, d'abord : elle aurait été écrite dans la première moitié du xvie siècle, par un solitaire de l'abbaye d'Orval, et publiée pour la première fois dans un recueil de prédictions imprimé à Luxembourg, en 1544. Voilà ce que nous n'avons pu vérifier. — Mais le certain, c'est qu'on commença d'en parler lors des événements de 1814-1815, etque Mademoiselle Lenormand la connaissait en 1827, puisqu'elle en publia un important extrait dans ses Mémoires de Joséphine, imprimés celte même année. Cette prédiction fut insérée in-exlenso dans le Journal des villes et des campagnes, en 1837 (n° du 18 juillet, n° 100 de la XXVe année) ; et depuis cette époque, souvent citée et reproduite dans nombre de publications.

Or, les événements de notre histoire y sont prédits, de 1797 à 1873, avec une stupéfiante précision; et si, à partir de cette date, la prophétie ne s'adapte plus aux faits, peut-être n'est-ce point défaillance de l'inspiration sibylline, mais, comme nous le verrons, rupture de la chaîne fatidique, par suite d'un acte imprévu, invraisemblable, de la libre volonté d'Henri V.

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