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PROPHÉTIE D'ORVAL

En ce temps-là, un jeune homme (Napoléon) venu d'Outremer (Corse) dans le pays du Celte gaulois se manifestera par conseils de force (Toulon, Vendémiaire,

(1) Est-il besoin de prévenir que les observations entre parenthèses sont de nous? Le texte (en italiques) reproduit les termes mêmes de la prophétie d'Orval.

campagne d'Italie) ; niais les grands qu'il ombragera (les membres du Directoire) renverront guerroyer dans les pays de la Captivité (réminiscence biblique : Égypte, lieu de captivité d'Israël).

La Victoire le ramènera au pays premier (retour d'Égypte). Les fils de Brutus (les Républicains) moult stupides seront à son approche, car il les dominera (18 Brumaire) et prendra nom empereur (1804). Moult hauts et puissans lioys seront en crainte vraye, et son aigle enlèvera moult sceptres et moult couronnes. Piétons et cavaliers portant aigles et sang autant que moucherons dans les airs, courront avec luy dans toute V Europe qui sera moult esbahie et moult sanglante (guerres continuelles de l'Empire).

// sera tant fort, que Dieu sera cru guerroyer d'avec luy : r Église de Dieu moult désolée (par l'impiété révolutionnaire) se consolera tant peu en voyant ouvrir encore les temples à ses brebis tout plein égarées (suites du Concordat) et Dieu sera béni.

Mais c'est fait, les lunes sont passées ; le vieillard de Sion (le pape) maltraité (captivité de Fontainebleau) criera à Dieu, et voilà que le puissant (Napoléon) sera aveuglé par péchés et crimes. Il quittera la grande ville avec armée si belle que oncques fut jamais pareille (levées en masse pour la campagne de Russie, 1812); mais oncques guerroyeur ne tiendra bon contre la face du tems. (Anathème contre les conquérants, dont les jours sont comptés). La tierce part et encore la tierce part de son armée périra par le froid du Seigneur puissant (c'est précis : retraite désastreuse de Moscou). Alors deux

lustres seront passés depuis le siècle de solalion; et voilà que les veuves et les orphelins crieront à Dieu, et voilà que les liants abaissés (princes français et nobles émigrés — ou encore les souverains étrangers) reprendront force; ils s'uniront pour abattre F homme tant redouté.

Voicy venir avec maints guerroyer s le vieux sang des siècles (retour des Bourbons, à la faveur des années coalisées), qui reprendra place et lieu en la grande ville (première Restauration : Louis XVIII, 1814) ; alors r homme tant redouté s'en ira tout abaissé (abdication de Fontainebleau) pris le pays d'outremer d'où il étoit advenu (File d'Elbe est à côté de la Corse).

Dieu seul est grand! (Cette exclamation, dans la prose du bon Solitaire, marque presque toujours un changement de règne). La lune onzième n'aura pas encore reluy, et le fouet sanguinolent du Seigneur (Napoléon, autre Fléau de Dieu) reviendra en la grande ville (retour de nie d'Elbe) et le vieux sang quittera la grande ville (fuite des Bourbons, 1815).

Dieu seul est grand! Il aime son peuple et a le sang en haine. La cinquième lune reluyra sur maints guerroyers d Orient (les Alliés, bataille de Waterloo); la Gaule est couverte d'hommes et de machines de guerre (seconde invasion des Alliés). C'est fait de l'homme de mer! (Napoléon, captif à Sainte-Hélène). Voicy venir encore le vieux sang de la Cap (le sang des Capétiens, les Bourbons ; retour de Louis XVIII ; deuxième Restauration, 1815).

Dieu veut la paix, que son saint nom soit bény ! Or, paix grande sera dans le pays Celte-gaulois ; la fleur

blanche (la fleur de lys) sera en honneur moult grand ; les maisons de Dieu ouyront moult saints cantiques (floraison du culte, protection du clergé). Mais les fite de Brutus (les Républicains) voyent avec ire la fleur blanche et obtiennent règlement puissant (seraient-ce les Ordonnances royales contre les jésuites ?) dont Dieu est encore moult fasché à causes des siens ; et pour ce que le saint jour est encore moult profane', ce pourtant Dieu veut éprouver le retour à luy par 18 fois 1$ lunes.

Dieu seul est grand! Il purge son peuple par maintes tribulations ; mais toujours les mauvais auront fin. Sus donc lors, une grande conspiration contre la fleur blanche chemine dans l'ombre par mainte compagnie maudite, et le pauvre vieux sang de la Cap quitte la grande ville. (Révolution de juillet 1830, Charles X prend la route de l'exil). Et moult gaudissent les fils de Brutus (courtes illusions des Républicains). Oyez comme les servons Dieu crient tout fort à Dieu et que Dieu est sourd, par le bruit de ses flèches qu'il retrempe en son ire pour les mettre au sein des mauvais.

Malheur au Celte-gaulois ! Le coq (symbole de la branche cadette, de la maison d'Orléans) effacera la fleur blanclte (le lys de la branche ainée, symbole des Bourbons). Un Grand s'appellera roy du peuple (Louis-Philippe). Grande commotion se fera sentir chez les gem, parce que la couronne aura été posée par mains d'ouvriers qui ont guerroyé dans la grande ville (premières années de la Monarchie de juillet : instituée révolutionnairement, elle est constamment menacée par la Révolution).

Dieu seul est grand! Le règne des mauvais sera vu croître. Mais qu'ils se hâtent : voilà que les pensées du Celte-gaulois se heurtent et que grande division est dans l'entendement. (Instabilité ministérielle?) Le Roy du peuple est en abord vu moult foible (jusqu'au ministère

Périer) et pourtant contredira bien les mauvais Mais

il riéloil pas bien assis et voilà que Dieu le jette bas ! (Révolution de Février 1848).

Hurlez, fils de Brutus! (République de 1848). Appelez sur vous les bêtes qui vont vous dévorer! (Fanatisme du peuple pour Louis-Napoléon ; l'aigle de l'Empire reparait en France avec son cortège d'oiseaux de proie). Dieu grand! quel bruit d'armes (guerre de Crimée, guerre d'Italie, guerre du Mexique, guerre franco-allemande). // n'y a pas encore un nombre plein de lunes et voicy venir maints guerroyers... C'est fait! (L'année terrible va amener l'invasion et la chute du second Empire). La montagne de Dieu (Pie IX), désolée, a crié à Dieu (politique perfide avec Rome). l*es Fils de Juda ont crié à Dieu de la terre étrangère et voicy que Dieu n'est plus sourd.

Quel feu va avec ses (lèches ! Dix fois six lunes et pas encore six fois dix lunes, ont nourri sa colère. Malheur à toyy grande ville ! Voicy les Roys (le roi de Prusse, les rois de Saxe, Bavière, Wurtemberg, etc.! Les rois!) armés parle Seigneur (rien ne prévaudra donc contre eux, tout effort est inutile). Mais déjà le feu Va égalée à la terre (bombardement de Paris). Pourtant, les justes ne périront point. Dieu les a écoutés. La place du crime est purgée par h 'feu (les incendies de la Commune). Le grand

ruisseau (la Seine) a éconduit toutes rouges ses eaux à la mer (implacables représailles des Versaillais : la Commune est écrasée dans le sang). La Gaule vue comme délabrée (1) (l'Alsace et la Lorraine en sont violemment arrachées) va se rejoindre (reprendre haleine et se réparer).

Dieu aime la paix. Venez, jeune prince : quittez Yîle de la Captivité (Premier voyage de M. le comte de Chambord en France. — Le prophète voit le comte de Chambord dans l'intégrité de son droit ancien ; il le voit, en 1830, lorsqu'âgé de dix ans h peine, il part pour l'exil, accompagné de son grand-père Charles X et de son oncle le duc d'Angoulèmc qui ont abdiqué tous deux, et gagne l'Angleterre, File de la Captivité : un roi exilé n'est-il pas un roi captif?) Voyez! (Réfléchissez avant d'agir: l'heure n'est pas encore venue). Joignez le lion à la fleur blanche. (Faites alliance, ô prince des lys, avec celui dont le Lion est l'héraldique emblème ; abouchezvous avec le Maréchal de Mac-Mahon, président de la République intérimaire). Venez! (Deuxième appel ; l'heure a sonné : 1873. — A partir de cette ligne, la prophétie d'Orval ne concorde plus avec les événements ; pourquoi? Serait-ce point qu'Henri V a modifié Tordre des choses, en ne répondant pas à l'appel combiné du Destin et de la Providence?... La prophétie finit ainsi) :

Ce qui est prévu, Dieu le veut! Le vieux sang des siècles terminera encore grandes divisions. Lors un seul pasteur sera vu dam la Celte-gaule. L homme puissant

(1) D'autres copies portent décabrée.

par Dieu s'asseoira bien. Moult sages réglemens appelleront la paix. Dieu sera cru d'avec lmj% tant prudent et sage sera le rejeton de la Cap.

Grâce au Père de Miséricorde, la sainte Sion récitante en ses temples un seul Dieu bon. Moult brebis égarées s'en viennent boire au ruisseau vif; trois princes et rotjs mettent bas le manteau de l'erreur et vayent clair en tu fog de Dieu. En ce tems-là, un grand peuple de la mer reprendra vrage croyance en deux tierces parts (l'Angleterre et l'Écosse?) Dieu est encore béni pendant 14 fois G lunes et G fois 13 lunes (13 ans, 54 jours)... Dieu est saoul d'avoir baillé miséricordes et, ce pourtant, il veut pour ses bons prolonger la paix encore pendant 10 fois 12 lunes.

Dieu seul est grand! les biens sont faits; les saints vont souffrir. L'homme du Mal arrive; de deux sangs prend croissance : la fleur blanche s'obscurcit pendant 10 fois G lunes et 0 fois 20 lunes (14 ans, 200 jours...), puis disparaît pour ne plus paraître.

Moult de mal et guère de biens en ces tems- à ; moult grandes villes détruites par le feu. Israël viendra à Dieu Christ tout de bon; sectes maudites et sectes fidèles sont en deux parts bien marquées. Mais c'est fait ; lors Dieu seul sera cru ; et la tierce part de la Gaule et encore la tierce part et demie na plus de croyance ; comme aussy tout de même les autres gens. Et voilà G fois S lunes et i fais 5 lunes que tout se sépare et le Siècle de Fin a commencé. Après le nombre non fait de ces lunes. Dieu combat par ses deux Justes (Elie et Hcnoch?) et l'homme du Mal (l'Antéchrist) a le dessus.

Mais cest fait! Le fiant Dieu mél un mur de feu qui obscurcit mon entendement, et je n'y voi/plus... Qu'il soit bény à tout jamais.

Amen!

Telle est cette surprenante prophétie, qui, — en supposant même sa rédaction postérieure aux premiers événements qu'elle relate, — demeure incontestablement contemporaine, au moins, des dernières années de la Restauration. Abandonnons aux risées du scepticisme les faits énoncés jusqu'à cette date : resterait à expliquer la révélation de ceux qui s'échelonnent de l'avènement de la Monarchie de Juillet à la Présidence du Maréchal de Mac-Mahon (1). Rien d'essentiel qui ne soit indiqué, jusqu'au calcul des lunaisons, qui se trouve d'une exactitude constamment vérifiable (2).

(1) On relèvera peut-être, dans le texte de la Prophétie d'Orval, certaines expressions suspectes et quelques tournuies maladroitement archaïques: l'on s'empressera d'en conclure a une pitoyable fraude contemporaine. La conclusion ne nous paraît pas irrésistible. On sait quelles altérations subit un texte dont les copies ont longtemps circulé sous le manteau. Si la rédaction primitive était sous nos yeux, peutêtre serions-nous surpris de constater, une fois de plus, à quel point quelques variantes do transcription moderne dégradent un texte authentique et en ruinent la vraisemblance. — Puis, encore une fois, admettons que cette prophétie date de la Restauration : les événements prédits et révolus de 4830 à 1873 en sont-ils moins avérés?...

(2) Chacun peut s'éviter de fastidieux calculs, en consultant une intéressante brochure, parue, en 1873, sous les initiales F. P.; en voici le titre : Au il février 1874, le grand Avènement, etc., prouvé par le commentaire le plus simple et le plus méthodique, etc., delà célèbre prophétie d'Orval (Bar-le-Duc, août 1873, in-8°, de \)i pages, plus 1 tl non paginé, pour la table des matières).

L'auteur, un fervent de l'autel et du trône, commente mot à mot le

A partir de 1873, nous lavons déjà dit, la concordance cesse, entre les pronostics et les événements accomplis. Nous avons même fait pressentir le pourquoi de cette anomalie.

Henri V fut-il, — oui ou non, — appelé au trône de France par le vœu national, ou du moins à la requête de l'Assemblée nationale, en 1873? C'est un fait indubita-

texte que nous donnons ici (collationné avec quelques variantes sur une copie plus ancienne) ; et prouve, par un calcul minutieux des lunaisons, que l'auteur de la prédiction (chose assez rare chez les prophètes eux-mêmes) localise à jour fixe chaque événement qu'il an. nonce.

L'Introduction de cette brochure renferme une concordance bien frappante entre les événements do la Restauration et ceux qui signalèrent le règne do Louis-Philippe. Résumons quelques traits de ce long parallèle :

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