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ROUF DL DEY KM K

Pinvasion et dépayse l'énergie. Cette fois, rien ne peut mettre obstacle à la précipitation des conjonctures : un cataclysme d'une violence inconnue ébranle tout d'abord la France, par contre-coup l'Europe et le monde. Puis une évolution en procède, qui depuis un siècle se poursuit, graduelle et sûre, à travers des phases contrastées d'ordre et de désordre, des alternatives de bouleversements politiques radicaux et de restaurations mitigées. Sensiblement, Taxe social a fléchi ; le monde oscille encore à l'heure où nous parlons, et tend vers un nouvel équilibre, vers un ordre de choses inédit.

Quelle que soit la part, prépondérante selon nous, des menées occultes dans le drame de 1789-1793, cette cause décisive ne fut pas la seule à nos yeux. A plus forte raison n'attribuerons-nous point à l'exclusive préméditation des néo-templiers l'avènement d'un cycle social rénové. C'est qu'en France, l'œuvre vehmique s'est combinée, enchevêtrée avec le processus normal des événements; cette vigoureuse impulsion en a hâte", mais aussi troublé le cours.

Voyez cependant les lys noyés à deux reprises « dans l'effusion de leur sang d'azur », — et la triple couronne du Pape qui perd ses fleurons, avec le Pouvoir temporel par trois fois aboli! Voilà bien l'accomplissement du double programme de la vengeance templière: Pulvérise la tiare, foule aux pieds les lijs.

La grande Révolution, cette période culminante et peut-être unique dans l'histoire du monde; alors que l'action providentielle et la Nécessité fatidique, également éclipsées pour une heure, parurent anéanties dans l'é-

norme explosion où la Volonté (I) se complut, triomphante, mais sur-le-champ divisée et tournant ses armes contre elle-même dans l'ivresse de sa victoire; la Révolution française se signale entre toutes autres crises, par le conflit des grands Collectifs humains.

L'àme templière s'incarna dans la vaste Société jacobine, tandis que les Génies potentiels d'autres traditions secrètes, plus vénérables par leur antiquité et leur sagesse, prenaient corps, mais trop hâtivement, dans les groupes feuillant et girondin. L'esprit libéral et décentralisateur fléchit sous le despotisme unitaire de la Montagne. La Commune de Paris fît échouer la cause des communes de France. Les feuillants se dispersèrent, et la Gironde fut sacrifiée!...

L'histoire de la Convention est surtout précieuse à qui veut saisir sur le vif les rivalités meurtrières d'Entités collectives, dont l'àpre compétition dans l'Invisible se traduit ici-bas en actes sanglants. Dans quel enthousiasme de toute-puissance s'épanouit l'Égrégore victorieux ! Comme il imprime à son armée terrestre l'irrésistible élan de sa confiance et de son courage altiers ! Mais, s'il vient à faiblir dans la lutte avec son adversaire

(1) Il semble que la Volonté domine tout à l'époque révolutionnaire. — comme la Providence parait tout conduire au tomps de Jeanne «l'Are, — et le Destin tout nécessiter aux derniers jours de Byzance.

Cette prépondérance alternée des Puissances reetrices du monde rentre, à titre d'exception, dans le système de l'Équilibre universel. Aussi n'est-ce point l'empire passager d'une Puissance sur les deux autres, mais l'absolutisme de cette domination souveraine, qui nous fait qualifier d'unique l'époque des Mirabeau, des Sieyès et des Robespierre.

(occulte comme lui), queile déroute parmi ses logions î Quels revirements au cœur de l'Assemblée î... Tout appui cède qu'il aurait cru ferme, toute fidélité mollit qu'il croyait à l'épreuve d'un revers de fortune. Les plus surs instruments de son règne lui manquent à la fois (1).

Qu'on étudie à ce point de vue la crise du fédéralisme girondin, et l'effondrement d'un parti qui, disposant d'une majorité massive, tenait tous les postes d'honneur et de sûreté à la Convention ; — puis la chute inopinée du colosse en qui respirait l'esprit et semblait battre le cœur des foules, et qui, prévenu des projets de ses ennemis la veille de son arrestation, haussa si magnifiquement les épaules : « Ils n'oseraient, dit-il ; on ne touche pas à Danton : je suis l'arche ! »; — enfin, plus tard, au lendemain de l'apothéose de Robespierre dictateur, la réaction dévorante de Thermidor : on jaugera mieux, à la faveur de ce triple exemple, l'inanité des marionnettes individuelles, en de pareilles tempêtes d'âmes collectives. Le vouloir de tel ou tel acteur isolé équivaut au Néant même, quand les Volontés générales se heurtent et se brisent dans l'éther orageux ! La vraie bataille est au Ciel psychique : tout se décide entre les grands champions collectifs. Ces formidables Dominations de l'Invisible posent et sacrifient les pions de chair sur l'é-

(I) Pour qu'il en fût autrement, il aurait fallu que l'Kgrégore mis en échec comptât parmi les siens quelque auxiliaire rompu au mauiernent occulte des foules; un lieutenant capable de le suppléer à l'heure de la défaillance, et qui sût conjurer la débandade, on resserrant la chaine .sympathique de groupement. Mais do tels hommes sont rares. La Révolution, si féconde en valeurs individuelles, n'en vit surgir dans aucun des groupes qui se succédèrent au pouvoir.

chiquer social; ils se jouent de nos individualités hautaines, avec la désinvolture d'un enfant qui range ses soldats de plomb sur une table, et d'une pichenette, les abat par files !

D'ailleurs, dans la mêlée occulte dont la Convention nationale est le centre, interviennent d'autres acteurs invisibles. Tandis que les intérêts majeurs s'agitent entre les grands Collectifs séculaires, d'autres initiatives, subsidiairement intercurrentes, viennent modifier les événements dans leur forme extérieure et dans les détails qui leur font cortège. En pareil cas, les Volontés individuelles, à peu près nulles au regard des résultats décisifs à obtenir, suffisent à provoquer isolément des résultats secondaires, notables encore. La somme de l'addition n'en varie guère, mais licence est faite aux individusd'intervertirou même d'altérer (en les balançant) les chiffres de la colonne.

Toute rivalité mise à part entre les Dominations collectives qui troublent de leurs orages la sérénité du Ciel humain,— il reste à l'âme des foules assez d'autres mobiles pour justifier son allure instable, ambiguë, et ses fiévreux écarts. C'est la réciprocité des atmosphères fluidiques, le jeu mutuel des Ascendants, puis aussi l'influence répercussiveque les Larves passionnelles exercent sur leurs auteurs : voilà bien des éléments à porter en compte. Qu'on s'étonne après cela de la complication des trames enchevêtrées, chaos où prennent leur origine ces entraînements soudains de pitié, d'enthousiasme ou de terreur, ces courants imprévus, ces revirements à confondre l'esprit!

Au sein même des grands Collectifs se forment de moindres agrégations, jouissant d'une vie propre en même temps que de la vie commune; pareillement, dans l'unité d'un parti politique, se détachent plusieurs compagnies de nuances distinctes, et dans chacune, on discerne sans peine plusieurs groupes : toutes fractions qui participent de l'ensemble sans se fondre ni disparaître en lui.

Du reste, les rares individus restés libres de toutes attaches, pour ne s être point inféodés aux Entités potentielles préexistantes, peuvent, en se groupant, donner naissance à des Collectifs nouveaux.

C'est ce qui se produisit tardivement au berceau du Socialisme, par l'effort de Babeuf et de ses amis... Quatre-vingt-treize ne fut pas plus socialiste que ne l'avait été Quatre-vingt-neuf : pareille tendance ne s'observe, ni dans la rédaction des cahiers du Tiers, ni dans le tempérament des plus fougueux tribuns de la Montagne ; et, lorsque éclata la Révolution, il parait certain que nul courant n'existait en ce sens. Tant d'autres réformes, et plus urgentes, sollicitaient la Conscience publique ! Babeuf se fit fort d'en créer un ; et s'il y parvint, sous le règne du directoire, ce ne put être que par l'emploi, plus ou moins instinctif, de la chaîne sympathique. La conspiration de l'an V devait échouer : le moderne Gracchus paya de la tête son humeur partageuse et l'imputation de rêver une nouvelle loi agraire (I) (?> prairial); mais le

(1) Babeuf allait plus loin. Son idéal était le communisme, comme le prouve une Adrrxte au Peuple français, trouvée dans ses papiers.

vaste complot qu'il avait su ourdir demeure un singulier exemple de mouvement improvisé dans un milieu sinon réfractaire, du moins sans préparation à cet effet.

L'ordre religieux, aussi bien que Tordre politique et social, comporte ses Entités collectives, dont l'examen relève pareillement des mystères de la Multitude.

Nous nous estimons tenu sur ce point à la plus scrupuleuse réserve : ce n'est pas qu'il nous parût contre-indiqué de produire ici des explications catégoriques; mais, — la matière étant ardue et délicate, — nous n'appréhendons pas tant d'être trop compris, que mal interprété.

Aussi ne prendrons-nous nos exemples que dans les cultes qui appartiennent au passé. Il est certain que telles faces delà question demeureront ainsi dans l'ombre : peut-être semblera-t-il au public qu'à certains égards nous nous soyons contredit. Quoi qu'il en soit, nous préférons nous taire.

Pour les adeptes de la Science, nous en aurons dit assez.

Une classe particulière d'êtres collectifs mérite d'être

— • La loi agraire (y lit-on) ou le partage des terres fut le vœu instantané de quelques soldats sans principes... Nous tendons à quelque chose do plus sublime, de plus équitable, le Bien commun, ou la communauté des Biens!... La terre n'est ù personne... Les fruits sont à tout le monde... t [Extrait des pièces trouvées chee Babeuf, imprimées par ordre de l'Assemblée: Adresse au Peuple français, pas*im. — Cité par Bunuel, Mémoires pour serrir a l'histoire du Jacobinisme, Lvon, 1818, t. IV, p.:Uf).

signalée à part, et nous toucherons un mot des Dominations théurgiques.

« La théurgie (s'exclame Kliphas Lévi, dans un de ses livres les plus admirables et les moins connus), la Théurgie, mol terrible, mot à double sens, qui veul dire création de Dieu ! Oui, dans la Ihéurgie, on apprenait au prêtre comment il doit créer des dieux à son image et à sa ressemblance, en les tirant de sa propre chair et en les animant de son propre sang. C'était la science des évocations par le glaive et la théorie des fantômes sanglants .. Les grands mystères étaient la sainte Vehme de l'antiquité, où les francs-juges du sacerdoce pétrissaient de nouveaux dieux avec la cendre des anciens rois, détrempée dans le sang des usurpateurs et des assassins (1 ). »

(i)\La Science des Esprits (pp. 216-217, passim).

Quelques lignes plus loin, Éliphas Lévi s'explique par un exemple : « Ninus était le roi des prêtres : Sémiramis voulut être la roinc des peuples, et s'assura, par un crime, la possession de la couronne de Ninus. Le monde politique n'avait pas alors de tribunal qui pût juger cette femme, tant elle se justifia par de grandes choses. Elle semait le monde de merveilles. Ses envieux soulevaient contre elle les multitudes : elle venait seule, et les révoltes s'apaisaient. Mais elle avait un (ils. que les prétros gardaient pour otage; Ninyas était initié aux grands mystères, et il avait juré de venger Ninus, dont il ne connaissait pas encore le meurtrier. Sémiramis, de son côté, était obsédée de fantômes et de remords. La femme, chez elle, l'emportait secrètement sur la reine, et souvent «lie descendait seule dans la nécropole, pour pleurer et frémir sur les cendres de Ninus. C'est là qu'elle rencontra Ninyas, poussé par les hiérophantes: entre le (ils et lanière, se dressa le spectre du roi assassiné. Sémiramis était voilée ; le fantôme ordonna de frapper. Le jeune initié s'avance : Sémiramis pousse un cri et lève son voile: elle a reconnu Ninyas: « Non, tu n'es plus Ninyas, dit le spectre, tu es moi-même, tu os Ninus sorti do la tombe! » Et il sembla absorber le jeune homme en lui-même et se confondre avec lui ; de telle sorte que la reine ne vit plus devant elle quo le spectre de Ninus, pâle et le glaive sacré à la main. Elle retira alors le voile sur sa této et présenta son flanc, comme devait faire plus tard Agrippinc. Quand Ninyas revint à lui, il était couvert du sang de sa mère : « Est-ce donc moi qui l'ai tuée ? s'éeriait-il avec égarement . — Non, répondit Sémiramis en l'embrassant pour la dernière fois, nous sommes deux victimes ;

Éliphas Lévi, nous l'osons croire, n'a garde de confondre cette théurgie sacerdotale des grands mystères déjà dégénérés, avec la sainte théurgie dont Porphyre et lamblique, héritiers des plus glorieuses traditions de la Mystique héroïque et divine, nous ont transmis les rites et les formules. A toutes pages de son traité si révélateur de l'Abstinence, Porphyre laisse percer son mépris pour les arcanes de la chair et du sang, indissolublement liés à l'évocation des mauvais Génies :

« Ces esprils (dit-il) ne sont occupés qu'à tromper par toutes sortesd'illusions et de prodiges. Les philtres amoureux sont de leur invention : l'intempérance, le désir des richesses, l'ambition viennent d'eux, et principalement l'art de tromper; car le mensonge leur est très familier. Leur ambition est de passer pour dieux, et leur chef voudrait qu'on le crût le grand Dieu. Ils prennent plaisir aux sacrifices ensanglantés : ce qu'il g adc corporel en eux s'en engraisse, car ils vivent de vapeurs et d'exhalaisons et se fortifient parles fumées du sang et des chairs. C'est pourquoi un homme prudent et sage se gardera bien de ces sacrifices, qui attireraient ces génies. Il ne cherchera qu'à purifier entièrement son àme, qu'ils n'attaqueront point, pane qu'il n'y a aucune sympathie entre une àme pure et eux (I ). »

Oii pourrait citer vingt passages analogues du même Porphyre, d'accord sur ce point avec tous les adeptes de

et le sacrificateur, ce n'est pas loi : .le meurs assassinée par le grandpr.-tre «le Hélus! » (/hid., p.

Cf. l'histoire tlAthalie (Unis, liv. IV, rliap. i\ : Parai i pointues, liv. II. eh.ip. wiv). A Jérusalem, comme à Ninive, l'esprit sacerdotal reste identique.

(I) Traité de Porphyre, touchant l'Abstinence de la choir des aninuiu.r. arec In rie de Plot in, etc., et une dissertation sur les dénies, par M. rie Burigny. (Paris, de Bure. 1717. in 12. pp. IHî t i7).

la haute et angélique Théurgie. Le magiste de lumière conjure les Intelligences du Ciel par les invocations, les parfums et le pentacle étoilé. Désireux de les rendre présentes, non plus seulement aux sens, mais à l'esprit, — il s'efforce surtout de leur devenir semblable par la pureté, l'amour et l'essor intellectuel : car il n'est pas de plus infaillible secret pour évoquer l'un de ces êtres, que de s'assimiler à son essence, — ce qui s'appelle, en Magie, forcer la demeure de l'Ange, ou prendre ascendant sur lui (1).

Reste la théurgie prestigieuse dont parle Éliphas, et qui, même au service du Juste et du Vrai, garde toujours un caractère d'ambiguïté, de violence, et comme un stigmate de réprobation.

Cette théurgie est celle dont s'enorgueillit le prêtre féticheur des tribus sauvages, et, en général, tout pontife d'idolâtrie, lorsque, baignant l'autel du sacrifice de sang victimal et conjurant les Puissances de l'Invisible, il semble prêter pour une heure le mouvement, la pensée et la vie, — qui à ses Manitous de bois ou de pierre, qui à ses Belphégor d'airain.

Cette théurgie fut encore celle des mages politiciens de Babvlone et de Ninive, de Suze et d'Ecbatane : instrument de domination théocratique, elle servit longtemps

(1) Méditer, dans V Initiation du l«r octobre 1895 (pp. 7-25), l'étude sur Martine* de l'asqually et tes Miroirs magn/ues, par F. -Ch. Barlet. — On y verra la différence essentielle entre les pratiques incomplètes de niluminisme proprement dit et les rites de la Haute Magic. L'auteur de ces pages péremptoires est sans doute aujourd'hui le plus savant initié de celte vaillante lv-ole française, à laquello nous-méme revendiquons l'honneur d'appartenir.

à établir sur des prestiges cette religieuse terreur dont les sacerdoces ambitieux de la toute-puissance ont coutume de frapper le populaire et d éblouir jusqu'aux grands de ce monde, jusqu'aux monarques qu'ils se flattent ou d'asservir ou d'exploiter.

Or, si nous demandons sur la vertu de quels auxiliaires ces adeptes d'une théurgie cléricale justifiaient leur foi et fondaient leur puissance, l'Ésotérisme nous répondra : Sur la coopération d'Entités collectives, qu'ils appelaient leurs dieux.

Oui, de tels prêtres, amalgamant leur àme et celle des multitudes, au moule d'une volonté consciente ou d'un fanatisme instinctif, en façonnaient un Ciel à l'image de leur commun idéal; — et la plus essentielle fonction du Sacerdoce consistait à créer, à nourrir, à entretenir des dieux.

On sent qu'il n'est point question d'idoles, en tant qu'etïigies matérielles. D'ailleurs, idole veut dire autre chose, et plus. Le vocable «*o»Xov n'exprime pas seulement en grec la représentation, l'image ou la statue d'un dieu; il signilie surtout un spectre, un fantôme, une Puissance occulte, enfui. — Même sens au mot latin Idolum.

Sur ce point, l'Antiquité n'a qu'une voix, et la Bible confirme Hérodote et Pausanias, Plutarque et Tite-Live.

Ne lit-on pas dans les Psaumes que tous les dieux des nations sont des démons : Omnes dii fjentium dœmonia ( I ) ?

(I ) Psaume XCV. ...

Nous avons proposé du même tcxle une interprétation différente (!.•

l.\ ROUE DU DEVENIR 3(J9

Nous savons déjà sous quels auspices les Collectifs du Ciel humain prennent naissance et accroissement.

Pas de chaîne magique plus irrésistiblement efficace que celle des volitions adoratrices, dynamisées par la Foi. C'est ici surtout que le Verbe humain réalise d'emblée ce qu'il affirme.

Taxera-t-on de fabuleuses les voix du chêne dodonien et de la statue de Memnon? L'antique autel a pu prophétiser sans doute; le guéridon spirite se mêle bien d'en faire autant.

Pontife et Mage ont été longtemps synonymes... Le grand œuvre théocratique serait-il pas, somme toute, la transposition religieuse et l'extension en espace et en durée de cette occulte genèse, — animique et spirituelle et fluidique, — d'où émerge encore sous nos yeux l'Oracle mensal? La danse et le verbiage des tables n'équivaudraient-ils point à une réduction démonstrative des phénomènes théurgiques et sybillins : de même qu'au laboratoire, moyennant une forte machine de Ramsden et une batterie de condensateurs, l'électricien reproduit la foudre en miniature, l'éclair et sa détonation ?

Quoi qu'il en soit, les éléments demeurent les mêmes, et pareille la loi de génération collective : c'est toujours un cercle de Psychés passives, d'âmes similaires à tendance uniforme, éparses faute de cohésion, et qu'une Volonté énergique, ou un groupe de telles Volontés unifiées synthétise, évertue et féconde. Ainsi, à la faveur

Temple de Sitin, p. 65) ; mais ces deux sens, loin de s'exclure, s'éclairent et se complètent mutuellement.

d'une chaîne sympathique dûment établie, une Entité collective s'engendre.

Mais, une fois clos le circuit d'enthousiasme religieux, rien ne tend à le rompre. Le courant, loin de faiblir, s'accentue avec le temps; car les éléments transitoires de la pile psycho-dynamique, non seulement se remplacent à mesure, mais encore se multiplient. L'être potentiel s'attirme, se développe et consacre bientôt son autonomie, en réagissant d'une sorte despotique sur les membres de son corps social, grouillant et divers.

Car ce serait une étrange erreur que de croire, avec certains Kabbalistes dévoyés, que la Déité s'incorpore littéralement k son effigie symbolique, y séjourne à demeure; enlin, pour tout dire, qu'elle hante de sa présence réelle les images de bois ou de marbre, d'or ou d'airain. Son corps véritable n'est point là. Quant à la forme tluidique, nous verrons plus loin ce qu'elle peut être, lorsque d'aventure elle se manifeste : phénomène insigne et d'une tout exceptionnelle rareté.

Ici se dresse une objection, facile à prévoir, non moins facile à rétorquer. Les voix traditionnelles de l'Antiquité nous attestent que de multiples apparitions, — totales ou partielles, splcndides ou monstrueuses, ravissantes ou terribles, — ont pullulé autour des autels de ces dieux. Cicéron en rapporte un certain nombre de cas dans son ouvrage de Satura Deorum. L'histoire du mysticisme alexandrin abonde en constatations analogues, et le bon le Loyer, notant d'après Virgile les rites d'usage, lors des sacrifices solennels en l'honneur des grands Olym-

piens, observe que a les sacrificateurs voiloient leur teste, de crainte que pendant qu'ils sacrifioient, ils ne fussent troublez et empeschez de quelque visage ou face ennemie qui eust peu se présenter et offrir à leur veue (I) ».

Dans les temples du Polythéisme, les Immortels ne furent point avares de leur présence visible, et depuis le spectre de l'infernale Hécate glaçant d'effroi les fidèles de ses orgies, jusqu'aux radieuses visions qui signalaient TÉpiphanie des mystères du Samothrace et d'Éleusis, il était permis à l'initié de parcourir du regard la gamme lumineuse des dieux.

Que croire de toutes ces apparitions qui peuplaient l'ombre des sanctuaires et semblaient liées à l'autel? N'v peut-on voir, sinon les formes astrales des divinités, du moins des corps fluidiques d'emprunt, que s'adaptaient les Entités collectives pour se manifester aux yeux de chair? Nous ne le pensons pas. — Si nous écartons l'hypothèse de supercherie sacerdotale, admissible et même probable dans un certain nombre de cas, mais que la critique négative des modernes a le tort de généraliser (2) à

(1) Histoire des Spectres, in-4° (t. If, pp 878).

(2) L'école en question arbore comme un étendard cetabsurde axiome de Yimpossibilité des phénomènes dont la science contemporaine est inapte à rendre raison. Un pareil a priori dispense de toute controverse et même de tout examen des circonstances et des témoignages.

Il est d'ailleurs vraisemblable qu'en quelque occurrence les prêtres aient utilisé leurs notions d'optique, pour suppléer aux phénomènes réels par des eiïets de fantasmagorie. — E Salverte cite une description de Damascius, que Photius nous a conservée en sa Bibliothèque (f,od. 242) et dont les termes tendraient à le faire croire. La voici : < Dans une manifestation qu'on ne doit pas révéler,... il apparaît surla

priori, ces formes lémuriennes se décèleront des indigènes du plan astral, évoluant dans le nimbe ou l'atmosphère occulte de l'Égrégore collectif. Simples Larves le plus souvent, ou encore Èlémentaux, ou Concepts vitalisés. Dans les sanctuaires où le culte des ancêtres a rétabli la grande communion des vivants et des morts, les âmes glorifiées peuvent s'irradier aussi, ou du moins objectiver une image astrale adéquate à leur verbe spirituel. Très exceptionnellement, les substances angéliques manifesteront leur gloire.

C'est qu'en ces murs hospitaliers, les visiteurs de toute hiérarchie trouvent un asile convenable à leur nature. Le milieu s'y prête à miracle : soit un temple voué de temps immémorial aux pérégrins d'un autre monde, — soit la crypte des mystères, toute saturée du triple magnétisme de la terreur, de l'enthousiasme et de l'amour î L'air qu'on y respire vibre au rythme incessant des liturgies, des conjurations, des prières; les lourdes volutes des parfums consacrés se tordent et se déroulent dans la tiède vapeur du sacrifice quotidien.

La les démons souterrains, les Ombres exhalées du puits de l'abîme trouveront, comme l'enseigne la Magie ténébreuse, à se vêtir de sang condensé; — là de même les Visiteurs d'outre-ciel se tisseront un corps arômal de

paroi «.lu temple une masse do lumière qui semble d'abord très éloignée; elle so transformo, comme en se rosserrant, en un visage évidemment divin et surnaturel, d'un aspect sévère, mais mêlé de douceur, et très beau à voir. Suivant les enseignements d une religion mystérieuse, les Alexandrins l'honorent comme Osiris et Adonis. w Eusèbo Salverte ajoute, après avoir rapporté ce passage: « Si j'avais à décrire une fantasmagorie moderne, m'expliquerais-jc autrement ? » (Des Sciences occultes, 1829. in-8o, t. I. p. 309).

LA ROLE DI' DEVENU; 313

lumière, de musique et d'encens, selon les rites de la glorieuse Théurgie.

La Divinité locale est d'ailleurs présente, encore qu'invisible : mais le halo frémit de son àme collective : àme vivante et mouvante, faite des âmes de milliers ou de millions d'adorateurs, et toute peuplée de rêves lémuriens de cette multitude fanatique.

Pour se rendre manifeste aux organes de la vue, parfois de l'ouïe et du toucher, les Puissances occultes ont besoin d'un milieu tout imbu de force psychique disponible : soit qu'elles s'assimilent le fluide vital émané des chairs meurtries ou du sang répandu ; soit qu'un médium leur prête pour un temps sa propre substance biologique, qu'elles lui restitueront dans l'acte de se dissoudre et de s'évanouir aux regards.

Quant aux parfums consacrés, ils n'offriraient (du moins par eux-mêmes) aux Puissances invisibles que la faculté de revêtir un contour fallacieux et fugace, une image sans consistance et sans vie. Mais, si les fumigations tiennent une très large place dans le Rituel théurgique, c'est que là ne se borne point apparemment leur secret emploi. Improviser des médiums, par l'extase qu'elles provoquent chez les sensitifs; puis épurer les fluides qui s'exsudent des corps sidéraux abmatérialisés de la sorte : voilà la double destination de ces effluves aromatiques. On peut en dire autant, à d'autres égards, des hymnes religieuses dont la magie enchante l'oreille, et des pompes liturgiques dont l'ordonnance charme la vue.

Nous verrons plus loin, à propos des décisives expériences du colonel de Rochas d'Ayglun, que les divers états physiologiques ressortissant au magnétisme passif, au somnambulisme et à l'extase, sont liés à un phénomène très particulier de dilatation extra-corporelle de la substance vivante et sensible; dilatation qui s'effectue par couches ou zones concentriques: c'est là ce que le savant physicien entend par « l'extériorisation de la sensibilité (1) ». Celte faculté a si bien disparu de la peau du sujet, qu'on peut en piquer ou en échauder la surface sans qu'il s'en aperçoive; mais, si l'on répète les mêmes expériences sur l'une des couches sensibles, distantes du corps de plusieurs centimètres ou même de beaucoup plus, l'hypnotisé perçoit la sensation douloureuse, et l'accuse aussitôt (2). Cette sensibilité abniatérialisée est sujette h se dissoudre en certaines substances, telles que la cire, par exemple; à telles enseignes qu'une poupée de cire imprégnée du fluide vivant devient ellemême sensible; ou plutôt qu'un lien s'établit entre elle

(1) Peut T'Uv devrait-on «lire: e.rtèriorer, e.rtrrioration, par analogie avec améliorer, amélioration. Ces mots reposent également sur des comparatifs : exterior et melior. — De même, il conviendrait d'écrire individuer, individuation, et non individualiser, individualisation.

Mais ces termes d'un détestable aloi sont consacrés par l'usage, en occultisme, et tout souci de correction doit disparaître devant la crainte de provoquer dans lo vocabulaire de nouvelles contradictions grammaticales Cette appréhension est si forte chez nous, (pie nous n'hésitons même pas à faire usage de vocables bâtards, composés d'un radical grec et d'un mot latin, en cette sorte : auto-suggestion, auto-création, etc...

K\cusons-nous une fois pour toutes, au sujet de ces locutions que los délicats trouveront barbares, et mémo quelque chose de pis.

(2) Voy. les Ktats profonds de l'Hypnose. Paris. 1892, in-8 (p. 57)-

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