I.A HOUE DU DEVKMI» d\o
et le système nerveux du sujet, qui, dès qu'on touche la poupée, perçoit de suite la sensation telle qu'il l'eût éprouvée à l'état de veille, si Ton avait agi sans intermédiaire sur la peau même. Bien plus, il la perçoit a la place de son eorps précisément correspondante à celle où Ton a touché le volt. Enfin, — chose plus étrange encore! — de mémorables expériences du colonel de Rochas ont établi qu'une plaque photographique étant imbue de la sensibilité du sujet en hypnose, dès qu'on égratigne la pellicule à un point donné de l'image, un stigmate s'imprime aussitôt par répercussion sur la chair du sujet (1), au point correspondant. L'expérience a réussi d'une chambre à l'autre, en des conditions de contrôle et de publicité qui ne peuvent laisser aucun doute. Ainsi M. de Rochas a scientifiquement vérifié le principe de l'envoûtement à distance.
Fermons cette parenthèse, pour revenir à nos mystères de la multitude.
Nous n'avons mentionné ces étonnantes constatations que pour faire mieux comprendre comment, — à fortiori, — des Invisibles peuvent s'emparer du fluide vivant épanché par les sensitifs dans le phénomène de l'extase; puisque d'inertes objets qu'on immerge dans les couches de ce fluide le retiennent en s'en imbibant.
C'est à ce titre que nous avons pu dire, que les parfums, en provoquant l'extase chez des sensitifs, improvisent des médiums.
Mais il faut bien convenir que les authentiques apo-
(1) Ce phénomène ne réussit bien que sur des sujets très sensibles.
310 l\ CLF.F DK LA M AGIR NOIR F.
théoses flamboyaient assez rares dans les temples du vieux monde païen : les spectres de la lumière négative y étaient surtout chez eux, au détriment des purs Esprits de la lumière de gloire.
Comme un prince pervers et cruel n'invite et ne retient guère à sa cour que des hommes hypocrites ou corrompus, l'Égrégorc du lieu, rarement pur, attirait de préférence à soi des Entités d'ordre équivoque; et Vaura sanglante des victimes aimantait l'atmosphère au profit des Larves, des Lémures semi-conscients et des dénions mauvais.
La loi des sacrifices sanglants gardait, comme on Ta vu, dans l'antiquité sacerdotale, une autorité quasi-universelle.
Moïse, sous ce rapport, n'inaugura point d'exception : son culte apparait, dans toute la force du terme, un culte de sang.
Le grand prêtre de sa Loi n'offrait pas seulement à Jéhovah des prémices d'huile et de farine en fleur : nombre de génisses, de béliers, de colombes étaient journellement immolés sur l'autel des holocaustes; le feu sacré en dévorait la graisse et les entrailles, le sang en était répandu tout alentour. On aspergeait le voile du sanctuaire de pourpre vivante; on en frottait les cornes d'airain, sur l'autel des parfums, « pour être à Ihôah une oblation de très agréable odeur » ! Le sang enfin parait un Nectar dont Adonaï seul a droit d'être abreuvé; le sang devient la propriété du Seigneur, si exclusive et si inviolable, que, contre tout homme qui mangerait le sang
des animaux avec leur chair, Moïse édicté la peine de mort (1)!
Les sacrifices humains ne font pas défaut en Israël : k toutes les pages de la Bible, le Seigneur ordonne des massacres ou des holocaustes. La dévotieuse barbarie est une tradition qui date de loin. A cette postérité d'Abraham, qui devait être un jour plus nombreuse « que les étoiles du ciel et les grains de sable de la mer » (2), ce saint Patriarche apparaît constamment dans une gloire, le glaive sacerdotal levé sur son propre sang.
Tantôt, sur l'ordre dWdonaï, c'est Moïse qui fait égorger vingt-trois mille Israélites adorateurs du veau d'or, et qui félicite les enfants de Lévi « d'avoir consacré leurs maitis au Seigneur en tuant leur /ils et leur frère, afin que la bénédiction de Dieu leur fut donnée- » (3). Et de fait, le sacerdoce est, de ce jour-là, exclusivement acquis aux Lévites : ils ont reçu l'onction ! Tantôt c'est Jephté, triomphateur des Ammonites, qui accomplit un vœu, en
( ! ) Cette loi draconienne est répétée à plusieurs reprises dans la Bible. Nous citerons seulement deux passages du Lèritique: • Toute personne qui aura mangé du sang périra du milieu de son peuple (vu, 27) ; » o Car la vie de toute chair est dans le sang; c'est pourquoi j'ai dit aux enfants d'Israël : vous ne mangerez point du sang de toute chair, parce que la vie de la chair est dans le sang; et quiconque en mangera sera puni «le mort (xvii, 14). » (Traduction Le Maislre de Sacy; c'est à elle que nous empruntons nos citations, quand il s'agit d'une version exotérique).
Rn méditant le Traitp de l'Abstinence de Porphyre, on découvrira les vrais motifs de cette interdiction si sévère. La raison capitale qui a décidé Moïse était hien connue des platoniciens. La vérilé e.«l une. et identique à elle-même sur l'Olympe et sur le Sinat.
(2) 0'enese, xxii, V. 17.
{'X) E.rode, \\\\\. \\ 2i».
318 LA CLKF l)K LA MAGIE NOIRE
saeriliant sa propre fille au dieu dlsaae et de Jacob. Quant aux ennemis vaincus, le Seigneur exige leur extermination jusqu'au dernier (1). Chananccns, Madianites, Amalèeites, etc., ils y passeront tous : Moïse l'ordonne au nom d'Adonaï, et surveille avec un zèle jaloux l'exécution de cette loi. Le successeur du théocrate n'est pas plus débonnaire : les habitants de Jéricho, d'Azor et des autres villes que ses armes ont soumises sont passés au (il du glaive, et Josué accumule, en l'honneur de Jéhovah et toujours par son ordre, une hécatombe de trente et un monarques ! Si impérative est la prescription de tailler en pièces les Amalécites et de tuer tout, « depuis l'homme jusqu'à la femme, jusqu'aux petits enfants et ceux qui sont encore à la mamelle » (2), que Samuel, cinq siècles plus tard, vient signifier au roi Saïil son anathème, le Seigneur l'ayant rejeté pour ce qu'il a fait miséricorde à son prisonnier Agag, roi d'Amalce; après quoi l'illustre et saint Nabi, sans se laisser attendrir par les lamentations du malheureux Agag, « le coupe en morceaux devant le Seigneur, à Galgala » (3). Terminons par ce trait du plus grand des prophètes : après qu'à sa prière le feu du ciel est descendu, Élie ordonne l'immolation des prêtres de Baal, ses concurrents
( I ) « Mais quant à ces villes qui vous seront données pour héritage, vous ne laisserez la vie à aueun de leurs habitants ;
« Mais vous les ferez tous passer au fil de I epéc. c'est-à-dire, les llétérns. les Amoniiécns. les Chananéens. les Phérczécns, les Ilévéens. les Jèbuséens. et les liergeséens, comme le Seigneur votre Dieu vous l'a commandé, etc. » (Deutéronome, xx, >v. 16-17).
(i) Premier livre dus Hoh, w. \\ ;i.
{X) ibhi., w, y. rs.
\.\ IIOL'K DU DEVKMIV «ilO
naladroits, qui s'«;taieiit montrés inhabiles à obtenir le Tième miracle, et les fait périr jusqu'au dernier sur le uord du torrent de Cison (I).
L'implacable despote qui commande toutes ces horreurs, qui semble se complaire à ces barbaries, est-il bien le Dieu vivant, Ihôah .Elohim? Il est permis d'en douter un peu.
Réfléchissons pourtant. L'œuvre mosaïque n'est pas une œuvre aimable; sublime et nécessaire, elle l'a été! Le théocrate des Hébreux a déployé une force écrasante, mais pour le triomphe du plus pur Esprit... De brutalité plus idéale, il n'en fut jamais.
Moïse ? Un saint, mais plus encore un Titan. Or, si la force n'est point chose sympathique, même exercée par des mains surhumaines et pour un résultat capital ; gardons-nous de méjuger d'un homme tel que Moïse, non plus que de l'autorité céleste dont il fut le mandataire et le porte-glaive, ici-bas !
Voyez ce puissant Législateur, cet Épople de l'absolue Vérité, dont la mission exceptionnelle est de pétrir de la glaise humaine, pour y imprimer le sceau divin !
Il a écrit le Livre des principes cosmogoniques, Scpher Berœshitli, où la science colossale du passé (2) dort sous
( I ) Troisième livre des Rots, wui, ,Y. 40.
it) « Fils «lu passé et gros do l'avenir, ce livre, héritier de toute la science des Kgypticns, porte encore les germes des sciences futures. Fruit d'une inspiration divine, il renferme en quelques pages et les éléments de ce qui fut, et les éléments de ce qui doit être. Tous les secrets de la nature lui sont confiés. Tous. 11 rassemble en lui, et dans le seul Herrrshith. plus de choses que tous les livres entassés dans les bibliothèques européennes. Ce (pie la nature a de plus profond, de plus
un triple voile d'hiéroglyphes (1), jusqu'au prélîx de la manifestation.
Il a érigé l'Arche, symbole irrévélé d'un suprême Areane, témoignage cher au théurge de son alliance avec le Ciel et point d'appui de son verbe fulgurant; l'Arche sainte, redoutable athanor du feu céleste, où repose la présence réelle de son allié d'en Haut, la SliéekJna/i dVKIohim!
Et il a placé le Livre dans l'Arche. — Comme l'œuf d'Orphée ou le coffre d'Osiris, l'Arche contient désormais le germe d'un monde futur, la graine intellectuelle qui doit ensemencer l'avenir.
Maintenant, cette Arche sainte, il faut un peuple pour la porter, pour la servir et pour la défendre.
Moïse a séleeté ce peuple et l'a constitué en corps de nation, après l'avoir affranchi de la servitude : puis, vingt ans et plus, il l'a traîné de désert en désert jusqu'au seuil de Chanaan!
Pétrir en un tout homogène une foule diverse et bariolée (plus dVunc encore que d'aspect); frapper l'Israël nouveau d'un cachet indélébile et unique au monde, en lui révélant l'Unité de Dieu, dogmejusqu'alors tout ésotérique, et le plus secret arcane du sanctuaire des nations ; graver au cœur sémite le nom dVElohim et l'horreur de
mystérieux, ce que l'esprit peut concevoir de merveilles, ce que l in telligence a de plus sublime, il le possède... » (Fabrc d'Olivet, Langue hébraïque restituée, t. II. discours préliminaire, p. 6).
(1) « Lo sacerdoce judaïque, destiné à garderie Sépher de Moyse. n'a point été généralement destiné a le comprendre, et encore moins a l'impliquer... f/t/., ihitl.. p *>>.
l'Idolâtrie; improviser le peuple de Dieu, puis enfin l'épurer, — fût-ce en le décimant!... ce n'était point une médiocre tâche, ni de celles qu'on peut accomplir par la douceur, la mansuétude et le pardon.
De toutes parts surgissent autour de la multitude en marche des peuplades vautrées dans les abominations du paganisme le plus obscène, et les revenants d'un exil égyptien n'ont pas encore désappris le culte du veau d'or.
Que fera Moïse? Pour éprouver ce métal humain qu'il façonne, Moïse le fera passer au creuset de l'épreuve : dans la fournaise du désert, il jettera sans doute un minerai d'âmes bien alourdi de gangue; or, il veut que la statue se coule en pur bronze, pour l'immortalité. Coûte que coûte, il va falloir que l'impur s'évanouisse enfumée, ou s'élimine en scories...
— Vous avez beau dire, objectera-t-on. Rien ne justifie ces atrocités dont l'histoire juive est tissue, et cette Loi draconienne, que Moïse, élu de Dieu, instaura. Pour transmuer les cœurs, Dien n'avait qu'àfaire unmiracle... Raisons humaines, que toutes vos raisons !
— Ces raisons humaines sont des raisons divines aussi, car il n'y a qu'une Raison, comme il n'est qu'un Dieu.
Quand l'homme est atteint de certaines maladies, une opération devient nécessaire, et le chirurgien ne doit pas craindre de débrider la plaie. Lorsqu'un membre est perdu de gangrène, qui plus est, il faut l'amputer, pour le salut du corps qui reste. Eh bien ! au temps de Moïse, une opération pouvait seule garantir laguérisondugrand malade Humanité.
Avant Jésus-Christ, Moïse a sauvé le monde !
:\-2'2 LA CLEF DE LA M.UilK NOIRE
— Soitî admettons, s'il le faut, l'urgence de cette législation terrible et aussi de eette politique sanguinaire dont Machiavel a, depuis lors, consacré le principe (1). Mettons que ces violences fussent légitimes, par la grâce non point du Seigneur, certes ! mais de la Nécessité, cette norme païenne, que les Grecs plaçaient au-dessus de tous les dieux. Mais une objection reste debout, spécieuse pour le moins.
Pourquoi ce culte de sang, en Israël? Pourquoi ces sacrifices pontificalement inaugurés par Moïse, et ritualistiquement sanctionnés par sa Loi? S'il faut répandre le sang, qu'au moins ce ne soit pas sur un autel! Abominable holocauste ! Quel Adonai de contrebande a pu s'y complaire?
Point assurément Iod-hevê (ou Ihôah-.EIohim), le véritable Seigneur Dieu des dieux : nous ne ferons nulle ditliculté d'en convenir.
Selon toute vraisemblance, ceux-là seuls s'y complaisaient, que la vapeur de telles offrandes abreuve et réconforte : Élémcntaux, Larves et Lémures de tout ordre. Moïse savait, comme tous les maîtres de la sagesse, tirer parti de pareilles forces. Et, si notre Lecteur s'en scandalisait, jugeant celles-ci équivoques, nous lui ferions observer qu'il est écrit au Rituel kabbalistique de Salomon,
(1) Machiavel, daus AonLicre du Prince, conseille au conquérant de faire tomber, en son nouvel empire, toutes les tètes qui dépassent ; de ne pas laisser vivre un seul rejeton de la souche de ses anciens rois, et de disperser ou de massacrer en masse le peuple qui pourrait avoir joui de la liberté. Mais, dit-il, mieux vaut anéantir que disperser une telle population.
« que le Sage règne avec tout le Ciel, et se fait servir par tout l'Enfer * (1).
Admettrons-nous d'autre part que, lors de l'exode des hébreux fugitifs, ce fut le Vrai Dieu encore dont la Bible parle en ces termes : « Et le Seigneur marchait devant eux pour leur montrer le chemin, paraissant durant le jour en une colonne de nuée, et pendant la nuit en une colonne de feu, pour leur servir de guide le jour et la nuit (2)?» Le tabernacle du témoignage une fois construit, « la nuée du Seigneur se reposait sur le tabernacle durant le jour, et une flamme y paraissait pendant la nuit » (3).
A l'égard des phénomènes miraculeux que prodigua la science du prêtre d'Osiris, chacun peut consulter le Penlaleuque. On y verra comme ce théocrate, éducateur d'un peuple récalcitrant sous la verge d'airain, le fit marcher de Mitzraim à la Terre promise dans un feu roulant de miracles, dont l'instrument immédiat était l'arche, ce formidable condensateur des forces hyperphysiques.
L'Arche sainte apparait une batterie d'électricité céleste (4), construite sur un plan rigoureusement scienti-
(1) Mss. hébreu cité par Éliphas : Dogme et Ilituel de la Haute Magie, tome I. page 80 (troisième prérogative (a) de celui qui tient les clavicules de Schlômoh dans sa droite, et dans sa main gauche la branche d'amandier fleuri).
(2) Exode, xm, 21.
(3) Exode, \l, 36.
(4) « L'électricité est là (opine le marquis de Saint- Yves), mais simplement comme force intermédiaire dans notre atmosphère ; il y a derrière, d'autres forces encore, enveloppant ce que les Indiens appellent l'Akasa, voile elle-même d'une concentration de l'Ame du Monde et de l'Esprit pur sur ce tabernacle et sur ce théurge. » (La Mission des Juifs, p. 440).
Nous partagerions sans réticences l avis du savant auteur, pourvu
fique. L'étude sagacc des prescriptions relatives au tabernacle mettrait sur la voie de bien des mystères, inouïs pour nos contemporains. Tout a son importance, l'orientation du tabernacle, la structure compliquée de l'Arche, le Voile, l'Autel des parfums (qui est d or), l'Autel des holocaustes (qui est d'airain) avec sa grille, le Chandelier aux sept branches et aux vingt-deux coupes, le Bassin des ablutions avec sa base, et les Colonnes du temple et les Rideaux du parvis, etc., et, par-dessus toute chose, la disposition réciproque de ces objets consacrés. Les indications significatives abondent, que souligne encore le Rituel des cérémonies.
Les ingénieurs des temples thébains et memphites semblent avoir poussé l'étude approfondie des forces fluidiques ou mystérieuses bien au delà du possible contrôle
qu'il convint avec nous que Ihùah ou lodhévè (,T,T). le Dieu-Nature, ne se manifeste aux sens physiques, par des phénomènes anormaux, que moyennant la médiation d'un homme, ou d'une collectivité humaine (terrestre ou céleste); d'une Puissance adamique en un mot : laquelle Puissance met en œuvre, dans une intention particulière et contingente, les divers agents dont la Divinité ne dispose que pour un usage universel et transccndantal.
C'est d'ailleurs en mrp que l'homme-synthèse et Dieu manifesté révèlent à l'ésotéricien leur identique essence ; mais lo Tout divin ne prend l'initiative que de l'ensemble cosmique ; les détails sont du ressort du sous-multiple hominal.
M. de Saint- Yves, après avoir détaillé les merveilles théurgiques accomplies par Moïse, conclut en ces termes : « Telle était la puissance de la Sagesse et de la Science antiques, au sommet de l'initiation dorienne, quand, chose rare, l'Époptc se trouvait être un homme de génie, capable de manifester la Divinité d'une manière convenable. » {Ibid., p. 464).
Cette phrase, fort significative, semble mettre notre opinion d'accord avec celle de leminent occultiste, et nous en sommes très flatté.
de nos savants positivistes du jour; mais les connaissances que Moïse devait à la culture ésotérique égyptienne n'étaient pas moins positives que les leurs.
L'Être-des-Êtres, que ce théurge a si bien connu (rpntf HTS rVHN) (Aehïeh ashev Aehïeh), l'universel Principe mâle dont il a poursuivi la notion jusqu'en son insondable Unité (Hod ou Wodli), n'a rien qui soit accessible aux yeux charnels. Il n'agit sur la matière que par les lois préétablies... Toute Puissance d'En haut qui se manifeste par des phénomènes et se révèle à nous par d'autres intermédiaires que la lumière occulte des Intelligences, ne peut être qu'une Divinité de remplacement.
Quel est donc cet allié divin que Moïse évoque dans la détresse ou le péril; ce céleste Interlocuteur qui le conseille, le réconforte et l'instruit? avec lequel il discute et dont il détourne la colère embrasée (1)?
Qu'on lise, au chapitre xxxm du Ueuteiwiome, cette
(1) « ... Commo la sédition se formait ot que le tumulte s'augmentait. Moise et Aaron s'enfuirent au tabernacle de l'Alliance. Lorsqu'ils y furent entrés, la nuée les couvrit, et la gloire du Seignour parut devant tous.
« Et le Seigneur dit à Moïse : « Retirez-vous du milieu île cette mul- « titude, je vais les exterminer tous présentement. » Alors, s'étant prosterné contre terre, Moïse dit à Aaron : a Prenez votre encensoir, « mettez-y du feu de l'autel et de l'encens dessus, et allez vite vers le « peuple, afin de prier pour lui ; car la colère est déjà sortie du trône « de Dieu, et la plaie commence à éclater. »
• Aaron Otce que Moïse lui commandait; il courut au milieu du peuple que le feu embrasait déjà, il offrit l'encens, et, se tenant debout entre les morts et les vivants, il pria pour le peuple, et la plaie cessa.
« Le nombre de ceux qui furent frappés de cette plaie fut de quatorze mille sept cents hommes, sans ceux qui avaient péri dans la sédition de Coré... »
(Nombres, ch. xvi, (V\ 42-49. Traduction Le Maistre de Sacy.)
sublime vision du Sinaï : des milliers d'Élus, réintégrés aux privilèges de la divine Essence, se pressent en une apothéose colossale, dans la fulgurante lumière d'Ihôah (t. 2). Le voilà, l'Allié céleste : il s'est levé de Séir !
La grande Communion des Saints de l'initiation dorienne, telle est donc Y Entité collective avec qui Moïse est en constant rapport, organique, hiérarchique et magique!
Tel est le Dieu de sa Théurgie, — la plus haute, la plus sainte, la plus légitime qu'Épopte ait jamais pratiquée.
Voilà l'Ame de lumière et l'Esprit de Vérité que voulait insuffler Moïse au cœur du peuple de son choix.
Un peuple « de col roide (1) », cet Israël nouveau; résistant, indomptable, mais obstiné et inflexible aussi î L'incarnation se fait mal... Un instant, l'Allié céleste perd espoir et patience et se désintéresse de la race juive ; il parle de la sacrifier, et d'établir Moïse à la tête d'un autre peuple plus grand et plus fort (2). C'est Moïse qui l'en dissuade.
Car cette race est brillante de vertus, parmi les ténèbres de ses vices. Elle pourra se vautrer en fait dans la plus crapuleuse idolâtrie ; rien n'effacera le dogme monothéiste, imprimé au fer rouge dans la chair de son cœur : lliôah JElohîm est un Dieu unique! — Puis, tel qu'un dragon commis à la garde d'un inestimable trésor, le défend sans l'ouvrir et sans le connaître, Israël,
(1) Exode, xxxm, fi. 3 et ,H.
(2) Xombre», xiv, 12.
se transmettant de génération en génération le précieux dépôt de la Genèse, cette réserve ésotérique du passé, grosse de l'avenir intellectuel d'un monde, Israël va mériter le titre de gloire hiéroglyphiquement inclus dans son nom : Stf"fcO"U% manifestation rayonnante de Dieu.
L'essentiel est garanti de la sorte ; la race juive satisfait à sa mission. Dans les limbes de l'Inconscient prophétique, jusques aux temps prescrits, sommeille encore la Parole qui sauve!...
Cependant, les successeurs du grand théocrate seront la plupart au-dessous de leur tâche, si facile et si simple comparée à la sienne. La lumière d'/Elohim va d'abord s'affaiblir, puis s'éclipser par degrés jusqu'à totale obscuration. Entre la Vérité vivante évoquée par Moïse et le Sacerdoce même élu par lui pour en devenir le réceptacle, un rideau de brumes s'interposera, ténébreux. A la faveur du crépuscule, les pontifes de la pire Goëtie porteront l'abomination dans le lieu saint; et la Lumière de gloire de Sina ne se fera plus connaître aux Nabis que par intermittences, en de rares éclaircies, ou parmi les ombres et les reflets d'une épiphanie orageuse.
Revenons à Moïse et résumons-nous. Ses rapports religieux avec l'Invisible apparaissent multiples et divers.
1° Ce prophète a surpris et extatiquement pratiqué V Absolu divin, dans le tabernacle de son incommunicable Unité.
2° Il a connu, adoré, glorifié Ihôah /Elohîm, savoir Dieu manifesté dans la Nature par son Verbe éternel.
Ihôah n'est-il point resté le Dieu d'Israël par excellence ?
3° Moïse a fait alliance théurgique avec YÊgrc'gore de la grande Communion des Élus. — Le mystique interlocuteur du théurge, l'Adonaï personnel réalisant Y Image divine, n'est autre que le plus sublime des Collectifs humains, réintégré dans la Loi du Règne de Dieu.
4° Enfin, certaines prescriptions du culte sanglant de Moïse donneraient à penser qu'il entretenait de massives colonnes de substances élémentales ou lémuriennes, qui devaient lui servir pour les œuvres de sa Magie sacerdotale, lorsqu'il ne jugeait pas à propos de recourir aux prérogatives de son alliance, et d'évoquer l'Égrégore.
Voilà des nuances bien complexes pour le discernement des sémites « au col roide ». Engagé par son chef dans ces multiples voies de l'Art sacerdotal, le peuple hébreu, ignorant comme il l'était, fût tombé promptement dans l'idolâtrie. Or Moïse voulait, avant tout, imprimer le verbe monothéiste dans la conscience d'Israël ; il voulait que son dogme unitaire fût l'étoile sainte des destinées juives. Aussi, réservant pour les initiés de tradition orale toutes ces périlleuses distinctions, il se garda bien d'en embarrasser son peuple.
En toutes circonstances, c'est toujours Ihôah iElohim qu'il met en avant. 11 est Tunique Adonai, le Seigneur, dieu d'Israël.
Des ennemis sont-ils taillés en pièces ? Le Seigneur les a livrés au bras vengeur de son peuple... — Un passage de cailles pourvoit-il à la nourriture des juifs au désert? Le Seigneur a envoyé des cailles... — Une décharge fluidique a-t-elle foudroyé Nadab et Abiu, cou-
LA ROl'E DU DEYRNIH
pables d'une imprudence en offrant l'encens? Une flamme sortie du Seigneur les a dévorés (i).
Dans les envoyés de Dieu, c'est Dieu que le rédacteur de la Genèse enseigne à voir. C'est si vrai, que Jacob, ayant lutté avec l'Ange, donne au lieu de la rencontre « le nom de Phanuel ou Phcniel, c'est-à-dire la face de Dieu, en disant : J'ai vu Dieu l'ace à face, et cependant, mon âme a été sauvée (2). »
Presque toujours, quand Moïse parle du Seigneur à propos d'un fait historique ou d'une prescription sacerdotale, et non point au sujet des mystères cosmogoniques ou théogoniques, c'est son Allié céleste qu'il entend ; c'est-à-dire la plus noble Entité collective qui puisse humainement représenter et divinement suppléer l'Ètredes-Êtres.
Si l'on insistait pour mieux connaître cet Égrégore de la grande Communion des Élus, nous n'hésiterions pas à le désigner par son vrai nom : StfDS, MICHAEL.
Michaël est (pour notre tourbillon), le tabernacle du
(1) Les manifestations ignées ou fulgurantes, à travers quoi le Seigneur se révèle et rend des oracles, frappe ou guérit, prononce la bénédiction ou l'anathème, etc., — manifestations qui abondent à toutes les pages de la Bible, — ont fait délirer bien des exégètes. Jéhovah (ose écrire M. Renan), • ce bizarre agent électriforme •» (p. 290), « est le Roûah universel sous formo globale, uno sorte de masse électrique condensée » (p. 289». (Histoire d Israël, t. I. passim.)
Pareils commentaires, qui témoignent peut-être chez leur auteur de plus de naïveté encore que de malice, somblent la mieux éloquente critique du système juif d'exclusive centralisation diviniste. Tout ramener exotériquement au Jéhovah personnel, c'est éluder les interprétations polythéistes qui pourraient naître en l'esprit des foules... Mais toute médaille a un revers.
(2) Genèse, xxxu. y. 30.
Seigneur ; or il est écrit : « In sole posuit Deus tabernaculum suum... » Notons ici que Michaël n'est qu'un /Eloha d\4Slohim, qu'un membre vivant de Ihôah Adonaï, le Verbe éternel ; enfin» qu'Adonai même n'est que la manifestation de Wodh ou d'Atn-Soph, *pD , le Dieu suprême et irrévélé.
Par rapport à l'Absolu, c'est-à-dire contemplé de haut en bas, le Verbe universel est l'Homme typique, l'Adam Kadmon du Zohar; relativement à nous, c'est-à-dire conçu de bas en haut, le Verbe est Ihôah lui-même, ou Dieu manifesté.
Ainsi l'homme-synthèse et Dieu manifesté se confondent, et dans cette identité sublime (1) réside un des plus profonds mystères de la tradition kabbalistique. o Qui peut accorder ensemble (dit Éliphas) le Dieu de la terre et l'Homme du Ciel, en touchant au point fixe de leur union : celui-là a trouvé le G.'. A.*.; arcane indicible, puisque c'est l'alliance du Kether humain et du Rether divin, figurée par la lutte de Jacob avec l'ange. Parcet arcane, Lucifer se fait Dieu, non plus en se révoltant,
(1) « La lance composée de quatre métaux (voy., pour la description de ce symbole, Des Erreurs et de la Vérité, Edimbourg, 1775, in-8», p. 35) n'est autre chose que le grand nom do Dieu composé de quatre lettres nï.-p. C'est l'extrait de ce nom qui constitue l'essence de l'homme; voilà pourquoi nous sommes formés à l'image et à la ressemblance de Dieu : et ce quaternaire que nous portons, et qui nous distinguo si clairement de tous les tUres de la nature, est l'organe et l'empreinte de cette fameuse croix, dans laquelle l'ami Bœhme nous peint si magnifiquement l'éternelle génération divine, et la génération naturelle de tout ce qui reçoit la vie, soit dans ce monde, soit dans l'autre. • (Correspondance de Saint-.\fartin avec le baron Kirchberger de Liebistorff, p. 45).
l\ ROUE DU DEVENIR
mais en obéissant librement à Dieu. Qui aures habet audiendi audiat!... C'est le Non-ens d'en-haut équilibré par celui d'en-bas, et de ces deux négations jaillit une affirmation inattendue et immense, qui est adéquate à l'homme-dieu (1). »
Pour en revenir à l'Allié de Moïse, sa déification exotérique se légitime par une frappante analogie. Puisque Chrishna, manifestant Wishnou sur la terre, a pu légitimement dire : Je suis Wishnou ! — pourquoi Michaël, manifestant Ihôah au Ciel des âmes, ne pourrait-il pas dire : Je suis Ihôah?
Si quelque Puissance a le droit de prendre exotériquement le nom de l'Étemel, c'est bien cette vivante Synagogue de ses Élus, la plus haute expression collective du Verbe humain divinisé !
Néanmoins, en donnant le Dieu qui se manifestait dans la nuée pour l'éternel Dieu-des-dieux, Moïse a fait en quelque sorte ce dont l'auteur juif du Seplier Toldos incrimina plus tard Jésus de Nazareth : d'avoir montré aux nations, comme étant la véritable pierre cubique du Temple, un cube d'argile fait à la ressemblance de cette mystérieuse pierre de l'angle, qu'il n'était parvenu à dérober...
Il ne nous appartient pas d'en dire davantage. Nous n'avons nulle autorité pour juger Moïse, pas plus que le Kabbaliste auteur du Sepher Toldos Jeschu n'était qualifié, ce semble, pour se faire l'arbitre de notre Messie.
(1) Correspondance de l'Abbé Constant avec le baron Spédaliéri, Mss. Cahier, p. 72).
Ce grimoire syro-chaldaïque, presque contemporain de Jésus-Christ, accuse le « fils de Miriam » d'avoir accompli tous ses prestiges à laide du Nom incommunicable ttHHSOn 3^ (Schéma Hamphorasch), dérobé au temple de Jérusalem, dont il aurait forcé les portes par de coupables enchantements.Suivent des récits de prodiges plus surprenants encore que ceux des Évangiles... Retenons ce fait au passage, que les miracles de Jésus étaient chose hors de doute au sentiment des Juifs de son temps.
Nous aurions pu nous étendre beaucoup plus sur le mode de génération comme sur le rôle des Entités collectives humaines, étudiées soit au point de vue religieux, soit au point de vue social. Le peu d'exemples que nous avons proposés serviront de jalons de repère, pour le cadastre d'une région peu fréquentée des penseurs. Nous nous flattons d'avoir dit à ce sujet des choses assez neuves et généralement insoupçonnées.
L'intégration collective est une réalité aussi constante, sur les plans astral et psychique, que les combinaisons de la chimie, par exemple, sur le plan matériel.
Bien des questions laissées dans l'ombre à dessein s'éclaireront, si l'on sait faire usage de la loi, si féconde en imprévu, dite de l'analogie des contraires.
Ainsi, la Communion des Saints, dont Michaël est la personnification lumineuse, comporte pour antithèse la Synagogue des pervers, dont l'incarnation ignée sera Samaël SsDD, le Satan ésotérique de la Kabbale.
Il messiérait de confondre ce Collectif caco-psychique
(d'une réalité formidable à de certaines époques, quand des divisions intestines ne stérilisent point sa vigueuren l'opposant à elle-même), — avec le Satan légendaire, griffu et cornu, digne fils des imaginations fanatiques et qui n'est, comme on Ta laissé entendre plus haut, qu'une Image astrale vitalisée...
Nous terminerons ce chapitre par quelques strophes très remarquables du marquis de Saint-Yves (1), touchant Samaël. On y verra la description, plus vraie que réslle, du phénomène dont, page 310, nous réservâmes l'examen : savoir, ce que peut être le corps astral totalisé d'une Entité collective, aux yeux du Voyant admis à ce très exceptionnel spectacle :
c Quand la nuit vient, Satan, dans la forêt de chênes Sonne, et son vrai Sabbat accourt, éclairs de haines
Roulant des sombres monts.
Les Vosges, répondant aux Alpes, tonilrucnl, Et, dans cette clairière où leur chef luit, se ruent
Des troupeaux de Démons.
c II en vient de partout; ils ont toutes les formes Des Vices accouplés aux Passions difformes,
Eternel rut boueux ; Il en vient du sommet de toute Hiérarchie, II en jaillit du gouffre où gît toute Anarchie,
Et tous sont monstrueux...
« Au milieu, double corne au front, Monstre électrique, Le vrai Satan, celui du Rit ésotérique, Météore géant,
( t ) Jeanne d'A rc victorieuse, pages 113-114, pastiiit .
Assis sur un Dolmen, les regarde et préside; Kl tous disent : — c Salut au premier Homicide, Koi des rois du Néant ! »
c A ces mots, rayonnant, Flamme et milliers de flammes, Satan a resplendi, car ces Feux sont les Ames
Du front aux pieds, selon le crime ; et sous son aile Droite ou gauche, selon que TA me criminelle Fut homme ou femme ici (i)... •
<h L'auteur aurait pu dire aussi justement:
«< ... Selon que l'àmc criminelle Est homme ou femme ici. •
Les âmes criminelles des vivants font aussi bien partie du corps de Samaèl que les âmes perverses des morts, — cl cela est un grand mystère.
Qu'il s'incorpore ainsi
(Section 1 1 )
La Force (onze) sa Énergie = Ses moyens de déploiement (Force de la Volonté).