Chapitre IV
FORCE DE LA VOLONTÉ
A volonté!
Le Tarot des bohémiens porte inscrit, sur son feuillet onze, le simple et majestueux emblème de celte déesse.
On y voit une jeune fille, debout dans les plis d'un manteau d'apparat, et coiffée du signe cyeliquede la Vie universelle 00, dompter sans le moindre effort un lion en fureur, dont elle dot des deux mains la gueule rugissante. Sur son visage transparait la sérénité de la Force consciente d'elle-même ; l'altitude est si calme qu'on y lirait l'indolence, si la virilité de F acte n'infligeait un démenti à l'expression placide des traits.
Son genou fait saillie sous la robe, il semble ployé (l). Cet indice donne à penser que l'hiéroglyphe original la peignait assise. Sans doute un cartier malhabile, repro-
(1) Voir les éditions anciennes du Tarot.
duisant l'emblème primitif, aura cru pouvoir supprimer le fauteuil, sans prendre soin de redresser entièrement la posture du sujet.
Ce détail fautif se trouve corrigé dans le Tarot cTEtteilla, qui date de la fin du xviu* siècle. La déesse y est peinte sur un trône; contre son genou repose la tête du lion apaisé, qui va s'endormir. Une fois, par hasard, Etteilla nous semble avoir vu juste.
Qui ne connait, au moins de nom, ce perruquier gendelcttres, contemporain de Mesmer et de Cagliostro ? Peu enthousiaste de son gagne-pain cosmétique, il s'en élut un autre, et cultiva fructueusement les hautes sciences, en particulier celle du Tarot, que le savant Court de Gébelin venait de mettre à la mode : bref, le digne coiffeur, qui se nommait tout simplement Alliette, s'établit astrologue, devin et philosophe hermétique, sous son nom inversé d'Etteilla. Il ne manquait ni de clairvoyance naturelle, ni d'une certaine érudition tumultueuse et mal digérée. En son domicile de la rue de l'Oseille, au Marais, Etteilla, « professeur d'Algèbre (comme il s'intitulait) , astro-phil-astre et restaurateur de la cartonomancie pratiquée chez les Égyptiens, » donna, moyennant salaire honnête, des consultations et des leçons particulières. La vogue lui futbientôt acquise; il fit fortune et roula carrosse. Malheureusement, il se mêla d'écrire, et ses œuvres, — qu'on réunit d'ordinaire en deux forts volumes, ornés de figures en taille-douce,— ne donnent pas l'idée de ce que pouvaient être ces fameuses consultations divinatoires, qui ont fait courir tout Paris. — Doué d'une perspicacité peu commune, et
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d'une grande aisance dans le maniement des nombres et des figures, il étonnait chez lui, le crayon ou le compas à la main, parmi les bizarreries de ses diagrammes et le bariolage de ses tarots. Mais l'illusion tombe, en lace de son œuvre écrite. Cette pénible compilation, sans ordre ni clarté, trahit le manque d'instruction première et ne soutient pas la lecture... Etteilla fit pis encore: il publia une édition expurger du Tarot ! On peut dire que la fantaisie laborieuse mais biscornue de ce singulier correcteur a bouleversé de fond en comble les arcanes du Livre de Thoth, intervertissant Tordre des lames, el parfois substituant aux vieux symboles magiques les caprices d'une imagination superlativement brouillonne et déréglée. Une fois ou deux, néanmoins, il a rencontré juste, — et c'est, en vérité, le cas du feuillet qui nous occupe.
La onzième clef du Tarot s'explique et se commente d'elle-même. La déesse, assise ou debout, signifie toujours la Volonté vivante, dont la vertu, décuplée par Tentrainement, dompte sans effort la rébellion des forces instinctives et passionnelles.
Le lion, qui symbolise ces dernières, figure aussi leur milieu nourricier, la lumière astrale, dont il est un des plus antiques hiéroglyphes. A ce point de vue, le pentaclc exprime l'empire qif exerce la Volonté sur les fluides hyperphysiques, les Esprits élémentaires et les Lémures qui hantent la région sans limite.
L'apocryphe des Oracles de Zoroaslre, que nous avons déjà cité, à propos des mirages errants, désigne le lion comme la figure synthétique en quoi se résument, quand le voyant prolonge son extase, toutes les Puissances
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hallucinantes du royaume astral. « Cernes omnia leonem (1) », dit le texte latin.
« Le signe [zodiacal] «lu lion (peui-on lire au Irès estimable traité de Liglit of Egypt), symbolise la force, le courage et le feu... Kubbalistiqtienieiit, le signe du Lion ligure le cœur du Grand Homme, et représente le centre vital du système circulatoire lluidique de l'humanité. C'est aussi le tourbillon de feu de la vie physique (2). *
Telles sont les forces, également insurrectionnelles dans le monde et chez l'homme (dans les sphères du Macrocosme et du Microcosme), et que !a Volonté domine et dirige magiquement, — comme l'adepte des mystères chaldéens faisait des lions sacrés, nourris dans le
(1) Le chapitre des Démons et des Sacrifices, où se lit cette phraso. constitue une page essentielle, au point de vue des rites théurgiquos : Kli plias Lévi en a donné une belle traduction (Histoire de la Magie. pages .ri8-60).
Os curieux Oracles, recueillis dans les livres des alexandrins, qui volontiers s'y réfèrent, ont été imprimés par François Patricius. on tète de sa Magia Phitosnphica (llaitibtirgi, l.V.)3, pet. in-8o). On les trouve également in-extenso dans le Trinum magicum (Fraucofurti. iOlO ou 1603, in-12, pages 32040 1). La citation que nous avons faite se trouve à la page 315 de ce dernier recueil.
(2) La Lumirre d'Egypte (traduction française), Paris, Chamuel, I8ÎK», in -4°, fi g. (Page 18o, passim).
Cet important traité, dont nous venons de prendre connaissance (Décembre 189j) est à la fois un curieux ouvrage et une bonne action. Il n'est pas sans tache?, et plusieurs des critiques émises à son sujet semblent fondées. Néanmoins, bien que nos vues rie concordent pas sur tous les points avec celles de l'auteur, nous nous permettrons de recommander à notre public la Lumière d'Egypte. Certaines pages de ce livre nous ont paru émaner d'une source particulièrement intéressante. Knfin. pour emprunter une expression familière à Saint-Martin (comparant les diverses nourritures de l'intelligence), c'est quelquefois « du très bon ».
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temple en vue des épreuves, et qu'il devait rendre dociles au magnétisme du geste et de la voix.
Quant à l'héroïne symbolique de l'emblème, nous la préférons assise, car elle représente alors la Volonté calme et robuste, sur le trône de l'inébranlable Raison. Et le fauve, vaincu par le double prestige de la fermeté jointe à la douceur, repose son mufïle apprivoisé sur les genoux de l'Immortelle î
L'indication n'est point négligeable encore, que fournit le signe vital universel placé sur la tète de la déesse. Il proclame, — ce huit renversé, — qu'en tous lieux de l'univers où la vie étend son empire, la Volonté humaine peut saisir le sceptre, et (pie sa sphère d'action n'a pas d'autres frontières que celles mêmes de l'existence cosmique, soit occulte ou manifestée.
La Volonté de l'homme, ainsi que Fabre d'Olivet l'a magistralement établi, constitue l'une des trois grandes Puissances qui régissent l'Univers.
Dans l'individu, comme dans l'être collectif humain, la Volonté embrasse et maîtrise de son étreinte unitaire les trois vies instinctive, animique et spirituelle, qui alimentent et soutiennent trois modifications de la Psyché : l'àme sensitive, l'âme passionnelle et l'àme intelligente. Le siège central de la Volonté réside en la partie médiane de l'Être humain ; mais cette faculté peut s'amoindrir ou s'accroître, descendre dans l'instinct ou ascendre dans l'intelligence, pour y séjourner plus ou moins à demeure.
Ces choses remémorées succinctement, car le Lecteur
les connaît déjà, notifions encore ce fait que nous atteste l'unanimité des traditions sacerdotales : qu'en la sphère d'Kdcn, avant la chute, la volonté d'Adam-Ève était créatrice, sans restriction ni tempérament à ce pouvoir quasi divin. L'homme universel exerçait la souveraineté dans toute Tétendue de l'enceinte organique dont il occupait le centre ; il y régnait au même titre que les autres dieux, — consubstantiels au Verbe comme lui, — régnaient chacun dans sa sphère propre ; au même titre enfin, s'il le faut dire, que ce Verbe divin lui-même régnait au plérôme intégral de la Divinité.
La Volonté d'Adam était le seul support des êtres innombrables dont il avait peuplé son domaine ; en sorte qu'il pouvait, d'une seule volilion, « les porter en un moment de l'être au néant et du néant à l'être ». Cette formule significative est de Fabre d'Olivet. Nous ne résistons pas au plaisir de citer ici quelques lignes de ce grand maître, qui met dans la bouche d'Adam un discours où notre premier père décrit, en style transparent encore t\ue.rotérique> les conséquences de sa témérité, et toute l'horreur de sa déchéance.
« Lp cours (pio suivait ma vie dans l'éternité s'arrêta; tout s'arrêta autour de moi ; et je vis, avec une indescriptible stupeur, (pie toutes les productions de mon Éden, et toutes les créatures que j'y avais mises, consolidées par une force qui m'était inconnue, ne dépendaient plus des actes de ma volonté. Un mouvement rétrograde avait tout envahi. Emporté avec tout le reste dans ce mouvement épouvantable, c'est en vain que j'essayerais de te peindre mon angoisse... C'est au milieu de cette angoisse que la voix du Très-haut se (il entendre à moi, et que sa miséricorde daigna y mettre un terme en changeant, par sa toute-puissance, le mode de mon exis-
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tenoe, que rien autre ne pouvait changer. Alors je pris des formes analogues à celles que mes productions avaient prises. Je devins corporel comme elles. L'Éternel Dieu aurait pu sans doute anéantir nies productions ; mais comme la souffrance, qui était la suite inévitable de ma faute, ne pouvait se guérir qu'en se divisant à l'infini, et que, plus elle était partagée et divisée, plus elle devenait supportable, et tendait d'autant plus vite à s'elTucer, il daigna faire concourir a ma guérison toute la nature corporelle qui était mon ouvrage. Ainsi la masse de douleurs qui devait peser à l'avenir sur la totalité des hommes à naître de moi, fut allégée dans un très grand degré par le partage qui en fut fait sur les animaux... Ils n'étaient pas plus innocents que mes descendants ne le seront ; car, encore une fois, tous ces êtres, sous quelque point de vue qu'on les considère, ne sont que moi, que moi-môme, dont l'unité est passée à la diversité (I). »
Primordialement, en Éden, les volitions de l'homme s objectivaient donc, dans l'instant qu'il les proférait. — Depuis la chute et la dissémination d'Adam-Êve en de multiples humanités à travers le temps et l'espace, cette magnifique prérogative créatrice semble ravie à l'homme (2). Aux yeux de l'observateur superficiel, la Volonté de chaque individu n'a plus sur la matière d'action réelle et directe que dans les limites du corps matériel ; même en cette sphère étroite, son autorité ne s'exerce que sur certains organes; le système nerveux moteur reste soumis k la Volonté; mais sur les nerfs sensitifs, son empire est presque nul.
(1) Caïn, pages 211-212, passim.
(2) L'être qu'ici nous appelons l'homme, c'est, — qu'on ne s'y (rompe pas, — le sous-multiple adamique, Adam halha-aretc yiXH S? au degré d é%olution où il se trouve actuellement sur la terre.
Tel est, en deux mots, — à première vue, — le misérable bilan terrestre de cette faculté déchue...
Mais, à observer les choses de plus près, pareille déchéance ne serait-elle pas plus apparente que réelle? Les cas n'abondent-ils point, où la Volonté reconquiert spontanément quelque influence directe sur les êtres et les choses du monde extérieur? Un peu d'entraînement enfin ne rend-il pas à cette faculté une part de son énergie virtuelle? N'en peut-on pas alors faire magiquement usage, pour le mal ou pour le bien? — Au point où nous en sommes de ce travail, la réponse n'est plus douteuse. C'est elle qui fera l'objet du présent chapitre.
Consultons la Genèse. Quand Ihôah chasse du « paradis terrestre » le couple symbolique, voici les termes de la sentence qu'il signifie à la Femme, type expressif de la faculté volitive d'Adam : — « Je multiplierai le nombre des obstacles physiques de toutes sortes, opposés à l'exécution de tes désirs, en augmentant en même temps le nombre de tes conceptions mentales et de tes enfantements. Avec travail et douleur tu donneras l'être à tes productions, etc. (I)... » Telle est la traduction profonde de Fabre d'Olivet. La version exotérique de Le Maistre de Sacy renferme un sens tout pareil, sous une image plus
enveloppée : « Je vous affligerai de plusieurs maux pendant votre grossesse; vous enfanterez dans la douleur, etc. (2)... »
Le Seigneur ne frappe donc point de stérilité la puis-
(1) Langue hébraïque restituée, tome II, page 316.
(2) Genèse, chap. m, >v. 16.
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sance volitive dont Ève est le svmbole; il la condamne à multiplier de laborieux efforts, pour obtenir un moindre résultat.
La désintégration de l'Homme universel, et l'emprisonnement de ses sous-multiples en des geôles de chair, opaques, et massives, — tels sont les obstacles qui, sous la loi de déchéance, entraveront dès l'abord la faculté créatrice dévolue à la nature humaine. Tout éparpillement substantiel comporte une diminution quantitative de la force lice à cette substance; et l'obseuration d'une enveloppe translucide autour d'un centre lumineux ne va point sans une altération qualitative, au moins apparente, des rayons qui émanent de ce foyer.
Mais dans l'acte même de bâtir cette prison temporaire — le corps, — quel merveilleux pouvoir créateur déploie la Volonté! Comme elle triomphe, jusqu'en son humiliation ! Ici, elle est collective et essentielle, non pas encore individuelle et réfléchie.
L'individu qui s'incarne ne se doute point, — plongé d'ailleurs en un engourdissement profond, — qu'un architecte et des ouvriers d'essence identique a la sienne travaillent à lui construire une habitation congruente à son nouvel état. L'édifice s'élève, en d'autres termes, sans qu'il en ait conscience : car celui qui trace le plan comme ceux qui l'exécutent ressortissent à cette moitié obscure de l'être humain, que nos psychologues modernes commencent à soupçonner sous le nom (Y Inconscient.
L'Inconscient est cette Entité absconse qui se manifeste en nous, cet alter ego, ce Moi non-moi qui pense, veut
LA f.LRF DE LA MAGIE NOIRE
et agit dans notre intérieur, sans que nous ayons nul sentiment, parfois nulle notion, de ce penser, de ce vouloir, de cet agir, étrangers et nôtres tout ensemble. Si les philosophes ont assigné pareille dénomination à cette chose si malaisée à définir, ce n'est point quelle apparaisse inconsciente en soi, ils n'en savent rien; c'est seulement parce que nous n'avons point conscience d'elle.
Notre Volonté propre, tout d'abord, consciente lorsqu'elle s'élève dans les modifications supérieures de l'être (intelligence, sagacité), ou qu'elle se maintient dans l'entendement et la raison, — ne l'est plus quand elle s'exerce dans le sentiment pur ou qu'elle descend dans l'instinct.
Il y a en outre, par rapport à la conscience individuelle (qu'on la suppose ou non développée), deux Inconscients collectifs : celui d'en haut et celui d'en bas. L'architecte du corps appartient à l'Inconscient supérieur, à l'Ame humaine collective par quoi l'Esprit universel se manifeste. Cet architecte est la Volonté de l'Espèce. — Quant aux artisans, ils relèvent de l'Inconscient inférieur et se meuvent dans le rovaume de l'Instinct : ce sont les énergies moléculaires que le Corps astral, cet entrepreneur de la bâtisse, évertue en les unifiant, et qui deviennent les âmes des cellules constitutives de l'organisme physique en voie de formation.
Mais entre l'architecte et l'entrepreneur, — entre la Volonté de l'Espèce et le Corps fluidique de l'individu, — se place un intermédiaire, dont il faut bien toucher un mot.
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Puisque nous ébauchons le rôle de la Puisssance volitive, dans la manifestation des individus sur les plans astral et physique, — peut-être l'instant est-il venu de mentionner l'importance d'une faculté occulte assez peu connue, et qu'on pourrait définir la matrice psychique du corps astral.
Sa notion formelle préservera les étudiants en Occulte de bien des quiproquos.
En effet, sans mieux s'expliquer, les Occultistes ont coutume de dire : d'une part, que le corps astral, étant périssable, doit après la mort se dissoudre lentement dans l'atmosphère terrestre; —d'autre part, que l'adepte doit, dès ici-bas, élaborer (prétendent les uns), épurer (soutiennent les autres) son corps lumineux : lequel, à l'issue de la terrestre épreuve, servira de char à l'âme affranchie, pour atteindre la Citadelle ignée et parfaire sa réintégration dans l'Unité céleste... On s'y perd!
Le malheur, c'est que certains enseignants ont toujours pris soin de confondre l'effet avec la cause : le corps astral avec la faculté plastique d'appropriation, pour ne pas dire qu'ils ont entièrement méconnu la nature de celle-ci. La faculté plastique n'est point un moyen-terme éventuel, un lien d'éphémère union entre le corps et l'àme ; elle tient d'une manière intime à l'essence de la Psyché, dont elle constitue l'instrument de précision et de mise au point pour les milieux où elles séjourneront ensemble.
Notifions-le donc à ceux qui l'ignorent : toute âme indi-
viduelle est pourvue d'une faculté plastique (1) invisible, qui, docile à la Volonté cflieiente de l'Espèce (essence elle-même émanée du principe ou archétype), tisse sur ce modèle un vêtement fluidique à l'àme : un corps sidéral, plus ou moins subtil, selon les divers milieux astraux qu'elle traverse. Si l'àme s'incarne sur une planète, c'est en vérité ce corps sidéral qui servira de patron k l'organisme matériel, dont les cellules s'agenceront en se juxtaposant sur les traits de son esquisse ignée. Mais, par ce fait, les deux formes corporelles, la visible et l'invisible, consomment un indissoluble hymen : la destinée leur est commune désormais, jusqu'à l'heure où la mort de la première sonnera l'agonie de la seconde.
C'est alors que, l'àme émigrant toute nue vers un autre séjour, la faculté plastique qui lui est inhérente aura mission d'élaborer pour elle un nouveau corps subtil, vêtement approprié aux nouvelles ambiances. Jusquelà, celte faculté se bornait au rôle de régulatrice k l'égard de l'ancien.
En effet, tant que l'àme humaine passe d'un milieu astral dans un autre sans s'incarner physiquement, le corps éthéré, expression actuelle de la faculté plastique, se subtilise tour à tour ou se condense, afin de demeurer en harmonie avec le milieu nouveau qui le baigne. Mais si l'àme,
(1) Ce que nous désignons par faculté plastique est connu des théosoplii-s védantins sous un nom différent — Cf., à V Appendice du présent tonn\ la iiot«- brève, mais substantielle, où M. Paul Sédir a résume les enseignements de l'Ksotérisine adwaïti sur ce point de doctrine. On constatera qu'il n'y a guère de différence entre la notion védantine du Corps causal et notre conception de la faculté plastique efficiente.
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emportée au torrent des générations, s'engouffre en un corps de chair, où son élastique forme astrale, captive et comprimée à haute tension, va, par son dynamisme expansif guidant le travail cellulaire, pourvoira la croissance de l'organisation corporelle : une invincible affinité relie dès lors les deux effigies ; l'objective et la subjective. L'union terrestre est consommée entre elles; leurs destins sont inséparables désormais.
Notre Public s'en souvient à coup sûr : Si loin que le corps astral, abmatérialisé durant le sommeil ou l'extase, s'éloigne de sa coque matérielle, une chaîne sympathique reste tendue entre elle et lui. Sa rupture occasionnerait la mort. Corps physique et corps astral appartiennent tous deux à l'orbe de la terre, et quoi qu'on en ait dit, ni l'un ni l'autre n'en peut outrepasser les secrètes limites : ceux qui savent ne nous démentiront pas.
Lorsqu'un adepte, — mais le cas est si rare! — s'élance au delà de ces bornes, sur les ailes d'un corps éthéré, ce véhicule n'est point la forme astrale proprement dite. C'est le corps glorieux qu'a su élaborer cet adepte, réintégré dès ici-bas dans la plénitude de ses droits d'en haut: si bien qu'avant même de mourir, il est ressuscité d'entre les morts. Le corps glorieux (1), ce
(1) Le corps astral est formé de la substance fluidique empruntée telle quelle au nimbe de la planète : car, — bien que nous soutcnions> à rencontre de certains magistes. que le corps astral préexistait à la conception du fœtus, — il reste certain pour nous qu'au cours de la gestation, sa substance lluidique se renouvelle entièrement, par des échanges avec l'astral terrestre. C'est une; conséquence nécessaire de son commerce avec le corps matériel qu'il informe. — Il ne s'agit plus d'une adaptation provisoire au milieu, comme quand le corps astral changeait d'atmosphère sans s'incarner: il s'agit d'une modification
4 char subtil de l ame », comme l'appelaient les Pythagoriciens, n'est point captif de l'attraction terrestre; mais son acquisition, posthume chez le plus grand nombre, ne peut s'effectuer sur cette terre qu'au bénéfice d'une rare élite. Quiconque y parvient ressemble au prisonnier qui réussirait, dans son cachot même, à construire l'appareil aérostatique de son évasion.
Ce cas est d'ordre exceptionnel ; voici la règle. — Chaque fois qu'après une mort physique, l'àme émigré vers un autre monde, elle abandonne un cadavre visible à la voirie terrestre et un cadavre invisible à l'atmosphère occulte de la planète. Ce dernier est le corps astral, qui se dissout lentement, comme nous le disons au chapitre vi (la Mort et ses Arcanes). L ame alors, transférée en un autre séjour, se revêt d'une enveloppe neuve, appropriée aux conditions hyperphysiques du milieu nouveau qui la reçoit. Et c'est encore la faculté plastique, intimement liée d'une part à la Puissance volitive de l'espèce, d'autre part à la propre nature individuelle de la Psyché, — c'est la Faculté plastique qui élabore et qui adapte à l'àme pérégrine tel corps astral de rechange, plus dense
profonde, d'une appropriation définitive du corps astral à l'orbe planétaire, dont il ne pourra plus s'affranchir désormais.
Lo corps astral, tel quo nous le connaissons ici-bas, est donc fait de lumière astrale spécialisa.
Mais le corps spirituel, glorieux, est tissu de la pure substance édénale, agathomorphe ; alias de l'élément adamique (ÎT27N de Moïse), ou originelle Lumière de gloire.
L'un appartient au inonde de la déchéance; l'autre ne relève que du monde céleste, où s'épanouit Y Éternelle Sature de b\ehmc.
Ce corps glorieux, cVst l'expression définitive de lu faculté plastique ; son expression adéquate au pur éther reconquis.
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ou plus épuré, mais toujours en proportion de la sidéralité ambiante.
Nous venons de dire que cette faculté obéissait tout d'abord à la Puissance volitive de l'Espèce : cela, pour les traits généraux ; mais quelle se conformait aussi à la nature individuelle de l'âme : ceci, pour les traits particuliers. Les différences de physionomie sont dues, en très notable proportion, à l'influence irréfragable du Karma. Or si le Karma terrestre, tout d'alluvion fluidique etd'apport lémurien, réside au corps astral, il n'en saurait être de même du Karma intercyclique, produit d'une répercussion prolongée des corps astraux d'existences précédentes, sur la pure substance de l'âme ; celui-là se localise précisément dans la faculté plastique individuelle.
Cette mystérieuse faculté, dont l'homme n a pas le monopole, sculpte ou modèle la forme extérieure de tous les êtres; et, ce faisant, traduit leur nature propre en hiéroglyphes révélateurs desinnéités latentes en elle.
Ainsi, à quelque Règne qu'il appartienne, chaque être vivant se manifeste au monde des effigies et s'élit une apparence corporelle adéquate à ses vertus intimes, par l'entremise de sa faculté plastique, obéissante à la volonté de l'espèce.
En cette dernière, on doit voir une modification de la Volonté cosmique, — c'est-à-dire humaine, puisque de l'Univers à l'homme, l'essence est identique. La tradition unanime des sanctuaires nous désigne l'Homme, conçu dans son universalité, comme (Haut Y âme du Cosmos intégral; et toute âme de vie comme émanée, en mode di-
rect ou indirect, (le la substance biologique humaine (Adamah).
« Ihùah (lit-on au deuxième chapitre de la Genèse) avait formé hors de Vêlement adamique (1) toute l'animalité de la nature terrestre et toute l'espèce volatile des cieux ; il les fit venir vers Adam, pour voir quel nom relatif à lui-même cet Homme universel assignerait à chaque espèce ; et tous les noms qu'il assigna aces espèces, dans leurs rapports avec lui, furent l'expression de leurs rapports avec I âme vivante universelle (2).
Ce verset du Berœshitli a trait au mystère que nous dévoilons.
En nommant les animaux, Adam détermine les natures volitives qui, — au regard de sa propre nature univer-
(1) C'est-à-dire, l'Elément homogène d'où provient la substance d'Adam. — Mais Ihùah n'avait créé les animaux qu'en principes ; c'était à l'homme de les faire passer de puissance en acte.
Rien d'ailleurs n'est moins facile que de pénétrer ces arcanes du Gan-bi-Hédcn. Sur toute chose, il importe, pour ne se point égarer dans un labyrinthe de contradictions vocabulaires, d'avoir toujours présent à l'esprit, que Ihùah-.Elohim constitue l'Adam Céleste absolu. — et qu'Adam représente, en Edeii, un organe vivant de Ihùah, un /Eloha dVKlohim.
Par suite de sa déchéance, Adam se divise; la matière est l'instrument passif de cette division. L'homme matériel et tous les êtres vivants sont, (a des degrés plus ou moins proches), des sous-multiples d'Adam déchu, dont le corps matériel intégral n'est autre que l'Univers physique lui-même.
(i) IJerœshith, chap. n, ï. 1<) (Lant/ue hébraïque restituée, tome 11, pages 8i. et 31. ï).
Nous avons donné la version ésotérique de Fabre d'Olivet : nous allons transcrire en regard l'a peu près littéral de M. Sylvestre deSacy : « Le Seigneur Dieu ayant donc formé de la terre (!) tous les animaux terrestres et tous les oiseaux du ciel, il les amena devant Adam, alin qu'il vit comment il les appellerait. Kt le nom qu'Adam donna à chacun des animaux est son nom véritable. ».
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selle, — caractérisent ces êtres émanés de son verbe. Les facultés plastiques des individus se conforment à l'essence volitive de chaque espèce. Toute eftigie particulière, bestiale, va donc dépendre de la virtualité plastique où viennent s'inscrire ces essences.
Les animaux peuvent être conçus comme personnifications incarnées des passions divergentes, et souvent contradictoires, qui se disputent l'àme inférieure de l'homme; ou, plus exactement, comme monades adamiques déviées en tous sens, vers les extrémités polaires du dynamisme, dont Adam occupe le point central d'équilibre.
De telles notions, délicates à saisir, semblent d'ailleurs inédites. Soulignons-les.
Ainsi, les âmes bestiales consistent en modalisations outrancières et désharmoniques de l'àme humaine, jadis harmonieuse en Éden. Mais l'accord parfait est rompu...
Productions indirectes d'Adam, antérieurement à sa chute, — les animaux sont depuis lors (au même titre que les êtres incorporés des autres Règnes), autant d'atomes dispersifs de sa substance corrompue, autant de sous-multiples dégénérés de son unité dissoute. Car luimême s'est emprisonné sous l'écorce de ses productions. Ce n'est qu'au fur et à mesure d'une évolution progressive, que les monades de pure substance adamique, émergeant des âmes minérale, végétale, animale, pour revêtir les états nominal, puis spirituel, puis angélique, vont consommer leur céleste réintégration.
L'humanité terrestre achève, à l'heure où nousparlons,
de dépouiller la nature bestiale d'où elle est issue : mais cette âme inférieure ne desserre point son étreinte; il s en faudra violemment arracher.
VAnhna bruta, cette région basse de la psyché humaine et cosmique tout ensemble; cet empire où Xahàsh règne en despote ; cet orbe, réel et symbolique à la fois, qui encercle la planète et gravite autour de nous ; le satellite obscur (ainsi le nomment les adeptes d'une savante fraternité occidentale) : voilà le commun réservoir des âmes d'animaux non incarnés, — et le magique réceptacle d'une pseudo-spiritualité, plus meurtrière à l'âme que le matérialisme abject des savants théophobes contemporains.
La digression qu'on vient de lire importait pour l'intelligence, et de la faculté individuelle que nous nommons plastique, et de son rôle à l'égard de l'essence volitive spécifiée.
D'ailleurs, ces considérations nous amènent à la théorie des signatures, qui sont les empreintes naturelles où la faculté plastique de tout être frappe, à même les corps, ses sceaux révélateurs.
a Les secrets de la Nature, dit l'hiérophante de la Thréïcie, sont les mûmes que ceux de la religion, et il ne peut y avoir (prune doctrine, puisqu'il n'y a qu'un principe des êtres. Nous sentons, par l'impulsion de notre génie, que l'homme est né pour eonnoitre ; aussi nous devons lire la nature et la qualité des êtres sur leurs enveloppes. Savoir lire ces caractères est le premier degré de la science , mais ces natures et ces qualités ont des rapports entre elles, qu'on doit aussi savoir lire : les caractères en sont plus déliés, plus difficiles à lire ; c'est là le second degré de la science : mais dépouiller les êtres de leurs enveloppes, les voir tels qu'ils sont, esl le dernier degré de la
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science ; peu d'hommes y parviennent. C'est alors que l'homme est puissant en paroles et en œuvres... ( I ) »
La théorie des signatures est de tradition dans les différentes écoles d'occultisme.
Les adeptes de l'Astrologie, qui attribuent aux orbes célestes des vertus distinctes, et voient, dans les rayons dorés qui pleuvent sur notre terre, des influences fastes ou néfastes émanant des planètes et des constellations zodiacales, dans le jeu mutuel de leurs aspects contrastés, — les astrologues relèvent, à l'examen des êtres physiques des quatre règnes, les signatures des astres qui concoururent le plus à la formation de leurs etiigies.
Il parait superflu d'insister sur l'attribution classique des sept métaux de l'ancienne chimie, dont chacun représentait l'adaptation parfaite de l'un des sept termes planétaires du système de Ptolémée. Les substances minérales comportaient aussi une filiation astrologique, souvent plus complexe. Végétaux, animaux ont subi le même classement.
Sur cette base dogmatique des correspondances et des analogies, ont été calculés, formulés et prescrits le symbolisme cérémonial des grandes religions, et pareillement les rituels de la plus secrète magie, blanche ou noire (2). Il y aurait un beau livre à faire, sur l'ésoté-
(1) La Thréïcie, page 246.
(2) Cf. la Philosophie occulte d'Agrippa, Dogme et Rituel de la Haute Magie, par Kliphas Lévi, et l'excellent ouvrage de Papus : Traité élémentaire de Marjie pratique. On y trouvera des listes, tri précises et satisfaisantes, des correspondances planétaires sur quo repose le Cérémonial kabbalistiquc.
risme du culte catholique et ses correspondances, — dont l'estimable essai du F.*. Ragon, la Messe et $&> Mystères (I), est loin d'offrir la nomenclature exacte, et surtout complète.
Les Magistes de tous les temps ont voulu déchiffrer le langage des signatures.
Elles jouent un rôle de première importance dans les œuvres de Paracelse et de son école. Ce prodigieux génie universel de la science au xvie siècle, infatigable expérimentateur qui savait tant de choses, et devinait ce qu'il n'avait pu ni apprendre ni découvrir, Paracelse interrogeait à un triple point de vue la physionomie des choses, révélatrice pour lui, et du principe qui les avait formées, et des vertus latentes sous leur écorce. Astrologue, chimiste et médecin d'une égale transcendance, il étudiait l'histoire de la x\ature au miroir des hiéroglyphes où se trahit la Pensée créatrice; et pour peu que l'expérience et la sagacité lissent défaut au savant, le Mage forçait alors Uranie, Hermès et Esculape à se rencontrer en son laboratoire, pour y forger de concert la triple clef des arcanes où il aspirait.
Les livres de Paracelse seront consultés avec fruit, pour ce qui a trait aux signatures. Son contemporain, Cornélius Agrippa est explicite à cet égard, dans sa Philosophie occulte. Enfin, sous le titre de « Signatura rerum (2; », le glorieux mystique Jacob Bœhme a publié
(1) Cf. la Messe et la Magie, par Paul Sëdir, Cbamuol, éditeur (sous presse).
(2) Il n'existe de cet ouvrage allemand qu'une seule traduction, dirons-nous lïanraise ? Elle est en quelque sorte illisible. Klle a paru à
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un traité où ceux-là trouveront plaisir et profit, que ne rebutent point la méthode insolite, le style rocailleux et la terminologie barbare du théosophe de Gœrlitz.
Mais le nom qui s'impose à la plume, dès qu'il est question des hiéroglyphes naturels, est celui d'Oswald Crollius, auteur de la Royalle Chymie (1), à la suite de laquelle on trouve un opuscule assez considérable, sous ce titre: Traictédes signatures, ou vraye etviue anatomie du grand et du petit monde.
« Crollius (dit Éliphas, qui résume en une curieuse page les conclusions de cet auteur) Crollius cherche à établir que Dieu et la Nature ont, en quelque sorte, signé tous leurs ouvrages, et que tous les produits d'une force quelconque de lu nature portent, pour ainsi dire, l'estampille de cette force imprimée en caractères indélébiles, en sorte que l'initié aux écritures occultes puisse lire à livre ouvert les sympathies et les antipathies des choses, les propriétés des substances et tous les autres secrets de la création (2). Les caractères des
Francfort, sous le titre de Miroir temporel de V Éternité, 1664, pet. in-8o.
Cn jeune occultiste du plus sérieux mérite, M. Paul Sédir, initié des hauts grades martinistes et rosi-cruciens, prépare de la Signatura rerum une version exacte et française.
(1) Publiée en latin sous ce titre : Jiasifica Chemica, Francofurti, i(iu4, in-4° (souvent réimprimé). La traduction française, dont il existe quatre éditions, est de l. Marcel de Boulene. Nous en avons extrait, au ehap. I, quelques passages très significatifs, touchant le corps astral et la puissance magique.
(2) « ... Les charactéres et signatures naturelles (dit Crollius en sa Préface) lesquelles nous auons dès nostre création, non marquées auec l'ancre, ains auec le doigt de Dieu (ehasque créature estant un liuro do Dieu), sont la meilleure partie par laquelle les choses occultes sont rendues visibles et dcscouuertcs. »
Sans dédaigner les signatures purement astrologiques, Oswald Crollius s'attache de préférence aux indications médicinales que lui suggèrent
• lifîérentes écritures seraient primitivement empruntés à ces signatures naturelles qui existent dans les étoiles et dans les lleurs, sur les montagnes et sur le plus humble caillou. Les figures des cristaux, les cassures des minéraux, seraient les empreintes de la pensée que le créateur avait en les formant (1). Cette idée est pleine de poésie et de grandeur, mais il manque une grammaire à cette langue mystérieuse des inondes, il manque un vocabulaire raisonné à ce verbe primitif et absolu. Le roi Salomon seul passe pour avoir accompli < e double travail ; mais les livres occultes de Salomon sont perdus: Crollius entreprenait donc, non pas de les refaire, mais de retrouver les principes fondamentaux de cette langue
universelle du Verbe créateur.
« Par ces principes on reconnaîtrait que les hiéroglyphes
primitifs formés des éléments mêmes de la géométrie corres-
les analogies de forme, souvent très frappantes, qui homologuent les produits de la Nature et, en particulier, les plantes (leurs fleurs, leurs fruits, leurs tiges, leurs racines), soit au corps humain pris dans son ensemble, soit à telle de ses parties, à tel de ses organes. Quand la ressemblance s'impose, l'usage de la plante est indiqué pour la guërison des organes de pareil aspect. Notre auteur donne une nomenclature complète de cette pharmacie, que nous révèlent le doigt de Dieu et le sourire en lleurs do la Nature. Quelquefois les inductions de Crollius se fondent aussi sur l'analogie des contraires. L'ouvrage se termine par une table détaillée do la notation hiéroglyphique des corps : ces signos crochus et bizarres sont autant de petits pentacles. par quoi l'adepte d'Hermès révèle à ses initiés les propriétés chimiques ou physiologiques des substances, cependant qu'il les dérobe du même coupa la curiosité profane.
(1) Ne nous lassons pas de le redire : ïElohim n'a rien créé qu'en principe, en archétypo. — La mission édénale de l'Homme universel était d'extérioriser les êtres, en les faisant passer du principe idéal à l'essence réelle, et de l'essence à la manifestation sensible, par la seule magie de sa volonté. C'était donc Adam le créateur véritable, au sens que l'on attribue à ce mot; car il produisait les êtres au dehors, les rendait patents, en les tirant d'un principe occulte, interne et latent.
Mais il tomba lui-mémo dans les entraves de sa création ; et, se subdivisant à son tour, il se revêtit de matière, à l'instar de ses produits...
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pondraient aux lois constitutives et essentielles des formes déterminées parles mouvements alternés ou combinés que décident les attractions équilibrantes ; on reconnaîtrait, à leur seule figure extérieure, les simples et les composés, et par les analogies des figures avec les nombres, on pourrait faire une classification mathématique de toutes les substances, révélées par les lignes de leurs surfaces. Il y a au fond de ces aspirations, qui sont des réminiscences de la science édénique, tout un monde de découvertes à. venir pour les sciences. I'aracelse les avait pressenties, Crollius les indique, un autre viendra pour les réaliser et les démontrer. La folie d'hier sera le génie de demain, et le progrès saluera ces sublimes chercheurs qui avaient deviné ce monde perdu et retrouvé, cette Atlantide du savoir humain (I ) ! o
Notons, en attendant l'accomplissement de cette généreuse prophétie, que les moins aléatoires d'entre les modes de divination, énumérés au précédent chapitre, se réclament de principes invariables, et que leurs règles reposent tout entières sur la lecture et l'interprétation des signatures naturelles.
La Chiromancie, par exemple, charriée jusqu'à nous par la tradition des siècles, puis épurée naguère et rajeunie par Desbarrolles, enfin passée par les soins de Papus au crible d'une savante critique, — la Chiromancie attribue un sens absolu aux lignes de la main. Ajoutons qu'elle est rarement trompeuse, lorsqu'on la pratique avec prudence et discernement. Il est parfaitement logique d'admettre, en effet, que certaines passions — prenons l'avarice — se traduisent par tels mouvements coutumiers des muscles de la main. L'homme rapace a les
(\) Histoire de ta Magie, pages 370-371.
doigts crochus, et sa main s'exerce volontiers au £resti eonvulsif de saisir. Cette habitude peut déterminer telh ligne spéciale, ou telle croix, ou telle étoile, expressive* de rapacité, au regard exercé du chiromancien. Nouï supposons à priori ce qui précède, sans même nous enquérir si, en fait, l'avarice se traduit de cette façon. Cela importe peu pour notre raisonnement... Allons plus loin. Imaginons un sujet qui apporte en naissant ce stigmate, dans le bagage de son Karma. L'hypothèse n'a rien que de vraisemblable, puisqu'on sait déjà que le corps physique se brode, pour ainsi dire, cellule par cellule, sur le canevas de la forme astrale, (cette adaptation de la faculté plastique, strictement adéquate au milieu). Voilà donc l'avarice, avec tout ce qui s'ensuit, inscrite dans la main du sujet, et clairement lue par l'expérimentateur. C'est un premier résultat. Quant au surplus, qui empêchera l'habile chiromancien de bâtir, sur cette donnée psychologique, renforcée de plusieurs indications adjacentes, tout un édifice de conjectures, moyennant un calcul de probabilités? Et, pour peu qu'il soit intuitif par surcroit, ou lucide, la vraisemblance des prédictions ne s'érigcra-t-elle pas en quasi-certitude?... Rien n'interdit à la Raison la plus méfiante d'admettre ces conclusions-là. Mais si l'on veut, sur la foi d'un grand nombre de vieux auteurs, faire de la « Chiromance » un infaillible critérium de l'avenir du consultant, fixé dans ses moindres détails, et lui prédire des naufrages sur mer, par exemple, ou remploi de grand vizir, ou la mort dans un incendie : les initiés, qui savent comment l'avenir s'engendre et dans quelle mesure la libre Volonté, jointe à
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l'influence providentielle, modifie la trame fatidique des ■événements futurs (si difficile elle-même à augurer, fut-ce [>ar à peu près!) les initiés ont peine à s'interdire, — la politesse étant de stricte obligation chez eux, — un doux l faussement d'épaules. On peut raisonner mèmement, à l'rgard de tous procédés divinatoires, dont l'interprétation des hiéroglyphes naturels fournirait la clef.
Mais il est d'autres signatures spontanées, que l'occultiste déchiffre et interprète à l'heure même de leur manifestation (souvent fugace) au monde des effigies.
L'art divinatoire en tire également parti, non sans succès; à ce point de vue, les principes demeurent toujours les mêmes, et nous n'avons rien à dire de particulier. Ce qui précède trouve son application dans tous les cas...
Les phénomènes de cet ordre valent d'ailleurs d être signalés. Ils sont dus invariablement à des formes astrales, et touchent aux problèmes de la faculté plastique et de la volonté efficiente.
Notre Public, mis au courant des propriétés essentielles de la Lumière astrale par nos ouvrages antérieurs et les précédents chapitres du présent tome, n'a eu garde d'oublier l'une des plus caractéristiques et des plus étranges: sa vertu configurative et conservatrice des formes et des reflets, des arômes et des sonorités mêmes.
Ses courants charrient d'innombrables êtres fluidiques, dont le corps astral est sujet à se manifester sur le plan sensible, soit à titre d'instable apparence, soit sous un
mode d'illusion plus prolongée. Nous avons nommé les principaux d'entre eux. Les formes astrales d'animaux, de plantes et de substances minérales aussi, flottent et circulent en ces ondes striées d'énergies diffuses et saturées rie mirages errants (fantômes de choses abolies et d'événements lointains). Chaque vague de lumière astrale est une page révélatrice du livre universel des vies.
Concevez présentement, Lecteur, que ces comparses de l'existence subjective se décèlent pour la plupart, — du moins en ces régions basses de l'atmosphère hyperphysique où nous les observons, — avides d'objectivations même passagères, affamés de corporéité sensible, assoiffés d'illusoire réalité. C'est que les êtres en période durable de subjectivisme, et bien vivants de cette vie arômale, répugnent à la frontière mitoyenne des deux existences, au cercle inférieur de l'Astral planétaire: un autre séjour leur est assigné. Mais ceux-là seuls se pressent aux portes de la citadelle physique, qui, moribonds de la vie subjective, se trouvent en instance de très prochaine incarnation. (Exceptons pourtant les Larves et certains daïmones, abrutis ou sensuels, ou pervers, qui se tiennent sans trêve à l'affût d'un morceau de matière à conquérir ou à posséder).
Si les âmes en quête d'incarnation trouvent de suite à s 'incorporer normalement, elles paraissent au monde matériel, sous une effigie revêtue de signatures conformes a leur essence. Dans le cas inverse, ces âmes, dépaysées au seuil de la matière comme au pied d'une muraille qu'elles ne peuvent franchir, s'acharnent à y grimper et plaquent leur empreinte sur la surface de tout objet ca-
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pable de la recevoir: tel un voleur, qui a tenté l'escalade d'une propriété, laisse sur le plâtre ou le crépi du mur le témoignage de son infructueux effort: on y relève l'empreinte de sa main, la marque de son pied, etc..
C'est ainsi que des Invisibles, dont le savant Aksakofl expérimenta la présence, plongeant leur main tluidique en un vase de paraffine liquéfiée, puis dans un bain d'eau froide, ont fourni des moulages d'une surprenante perfection.
C'est ainsi que la forme sidérale d'orties brûlées a pu s'imprimer dans un bloc de glace, en des circonstances d'ailleurs toutes fortuites, que Jacques Gaffarel relate en ces termes :
a Comme M. du Chesne, sieur de la Violelte... s'amusoit auec M. de Luynes, dit de Formentières, conseiller au Parlement de Paris, à voir la curiosité de plusieurs expériences, ayant tiré de sel de certaines orties bruslées, et mis la lesciue au serein en hyuer, le matin, il la trouua gelée, mais auec cesle merueille, que les espèces des orties, leur forme el leur figure estoient si naïvement et si parfaictemenl représentées sur la glace, que les viuantes ne l'estoyenl pas mieux. Cet homme estant comme rauy, appela ledit sieur Conseiller pour estre tesmoin de ce secret, dont l'excellence le fit conclure en ces termes :
Secret dont on comprend que, quoi/ que le corps meure. Les formes font pourtant awr cendres leur demeure.
■ A présent ce secret n'est plus si rare, car M. de Claues, vn des excellens chimistes de nostre temps, le faiet voir tous les iours (I). »
(1) Curiosité: inouyes sur ta Sculpture ta fismanique des Persans, Horoscope des Patriarches et Lecture des Estoilles, par I. Gaffarel. — Paris, 1629, in-8° (pages 211-212).
Gaflarel, qui était plus initié qu'il ne seyait d'en convenir, à une époque où le bûcher de Gauffridy fumait encore en Provence, tandis qu'on apprêtait à Loudun celui d'Urbain Grandier, — prêtres tous deux comme l'auteur des Curiositez inouyes, perdus l'un et l'autre sur l'éternel grief de sorcellerie, — Gaflarel lire de ce qui précède une induction logique et fort bien amenée. Quel prétexte, qu'une inoffensive expérience de « physique végétative », pour lui permettre d'aborder tout naturellement le terrain brûlant de la spectrologie ! Dans l'espèce, la similitude doctrinale s'impose à tel point, que toute transition semble superflue :
« D'iYv (poursuit l'Astrologue du grand Cardinal) d'icy on peut tirer ceste conséquence, que les ombres des Trespassez, qu'on void sonnent paroistre aux cimetières sont naturelles, estant la forme des corps enterrez en ces lieux, ou leur figure extérieure, non pas l'aine (i), ny phantosmes bastis par les démons, comme plusieurs ont creu... Estant très certain qu'aux armées, où plusieurs se meurent, pour estre à grand nombre, on void assez souuent, principalement après vne bataille, do semblables ombres, qui ne sont (comme nous auons dit) que les figures des corps excitées ou esleuées, partie par vne chaleur inter ne, ou du corps, ou de la terre, ou bien par quelque externe comme celle du soleil, onde la foule de ceux qui sont encore en vie, ou par le bruit et chaleur du canon qui esehaufîc l'air (2) »
(!) Cela est parfaitement correct au point de vue occulte. Il s'agit là de coi/ues i nattes, de corps astraux en phase de dissolution, ombres vaquant autour de leur dépouille mortelle, à quoi les rattache une secrète affinité. Ces values formes peuvent être encore quelque chose de moins: la phosphorescence de la vitalité cellulaire, étroitement liée au cadavre (Jiva des théosophes bouddhistes).
Cf. chap. Il, page 202. et chap. VI. passim,
(2) Curiosités inouïes, pages 213 21 i.
FORCE DE LA VOLONTÉ
Il y aurait à glaner, au livre de Gaffarel, un nombre notable d'observations singulières; il traite assez pertinemment du plus constant et du moins croyable des phénomènes de signature spontanée: nous voulons dire — ces figures naturellement gravées au cœur des cailloux et des marbres les plus denses, et qu'il nomme Gamahez, ou camaïeux. On en a vu de délicatement peintes et comme modelées en ronde-bosse parcouches multicolores, dans la substance même du marbre ou du granit; si bien que, pour sculpter la figurine, en rejetant la gangue ou l'enveloppe adhérente, on n'aurait qu'à suivre avec le ciseau les veines intérieures coloriées : on obtiendrait ainsi — et Ton a obtenu — des statuettes polychromes qui sembleraient en mosaïque, si, de toute évidence, elles ne formaient une seule masse avec la pierre environnante ; masse compacte qu'il fallut scier en deux, afin d'obtenir une coupe, ou difficultueusement tailler à vif, pour dégager la statue enganguée en un caillou fort dur.
Le prodige, en vérité, c'est que ces figurines, inexplicablement empreintes au centre de la pierre, ne représentent point toujours des objets tels que la nature les produit; mais de véritables compositions artificielles, — on le jurerait du moins, — et que l'intelligence humaine semble avoir pu seule concevoir, la main de l'homme seule exécuter : « comme est ceste colomne (écrit Pierre de Lancre) que i'ay veuë en l'Eglise Sainct-Georges à Venize, dans laquelle on void l'image prétieux d'vn lesus-Christ crucifié, qui s'est trouué miraculeusement dans le marbre, si bien graué dans sa durté, qu'il n'y a peintre qui le sçeût mieux figurer. Et vue autre colomne
l\ CLEF DE LA MAGIE NOIRE
de la flagellation, auec une teste de mort, en ceste pienv ou marbre qui sert d'ornement au deuant de l'autel. Lancre cite encore quelques exemples analogues ; il décrit entre autres, d'après Pline et Solin, « l'Agathe du Roy Pyrrhus, dans laquelle se voyoit naturellement emprainte l'image d'vn Apollon qui sonnoit de la Cy thare au milieu des neuf Muses, qui paroissoient toutes distinctement, auec leurs enseignes; etc.. » Enfin, à lu page 39 de notre exemplaire de Y Incrédulité et Mescreatur du Sortileye (Paris, Buon, 1022, in-4'), d'où nous avons transcrit ces lignes du conseiller de Lancre, on peut lire en marge une note manuscrite, d'une très lisible écriture xviii* siècle, ainsi rédigée : « Un Christ crucifié étoit aussy représenté dans un caveau de marbre rembruni, emplacé dans la muraille de clôture du cœur («/V), dans l'aile droite de la Cathédrale de Paris. Je l'ay vu le 22 août 1769. — Pr C. A. B. » On trouve, dans les ouvrages latins du Père Kircher, jésuite (1), plusieurs reproductions en taille douce de camaïeux analogues.
Quelles Puissances du royaume astral ont pu donner lieu à de pareils phénomènes? Le Lecteur l'a déjà deviné.
— Halte-là! s'exclamerait ici un théologien primaire.
(I) Voy. outre autres le tome II du Mundus Subterraneus (Amsterodami, apud Jansonium, 1664, 2 vol. in-folio), pages 27 à 48.
Un auteur presque oublié, en qui l'on peut voir, à de certains égards, l'ancêtre intellectuel de Darwin, — J.-B. Robinet, reproduit la ligure de certaines productions spontanées, très analogues aux camaïeux. — Voir la planche n° IV, à la page iiu de son remarquable ouvrage, dont le seul titre est bien significatif: Vue philosophique de la gradation naturelle des /ormes de l'Etre, ou les Essais de la \a titre qui apprend a faire l'homme (Amsterdam, 1 768. in 8°. fig ).
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N'avez- vous point honte de parler phénomènes naturels, quand le miracle vous crève les yeux? — Quel miracle? répliquerons-nous... Miracle divin, sans doute, pour chaque fois que la Force créatrice inconnue a l'ait concurrence aux fabricants de bondieuseries de la place Saint-Sulpice; mais miracle diabolique, apparemment, à l'égard decetteagathe païenne de l'idolâtre roi d'Épire? Tant il est vrai, qu'en bonne théologie, des causes non seulement divergentes, mais radicalement contradictoires produisent des effets d'une rigoureuse identité î...
L'origine de ces singularités physiques dépend h coup sûr, quel que soit l'esprit de leur composition, d'une loi productrice invariable : loi de nature, comme toutes les lois, et pas plus divine que diabolique. L'idée première provient de sources différentes, soit; mais l'exécution est une, et tous les gamahés ou camaïeux portent même marque de fabrique. Si l'artiste inventeur change, l'artisan graveur ne change point. C'est toujours la lumière astrale, configurative et plastique.
Quant h l'auteur du croquis, il faut distinguer. Il y a camaïeux et camaïeux. — S'agit-il de simples images d'êtres ou de choses, tels que la nature les produit? Point de ditîiculté bien grande : ce sont photogravures de mirages errants, fortuitement imprimés dans quelque substance réceptive. — Il n'en va pas ainsi de la genèse des camaïeux d'une composition savante, d'un agencement en quelque sorte réfléchi, comme nous en avons cité plusieurs exemples.
Que l'hypothèse d'une empreinte, — sigillée à même la pierre selon l'esquisse sidérale d êtres particuliers, — ne