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justifie point de tels phénomènes d'iconogénie complexe : voilà, nous en conviendrons, ce qui tombe dès l'abord sous le sens... Mais ne serait-ce point le cas d'invoquer notre théorie des Êtres potentiels, des Dominations théurgiques, — ces mouvantes âmes collectives où tant de Psychés, ravies au même tourbillon exalté ou fanatique, cherchent et trouvent leur unité religieuse? où pullulent tant de Larves simiesques, et modelées à l'imagination des fidèles? où tant de concepts vitatisés, tant de mirages errants roulent et se succèdent, sous apparences conformes, nécessairement, aux rêves de leurs géniteurs? Le toutmù en d'irrésistibles courants de foi, d'enthousiasme et d'amour; influx de création, s'il en fut jamais, et dociles à la Volonté consciente de ces Égrégores dominateurs?
Les Potentiels collectifs, on s'en souvient, présentent des types de toute sorte et de toute hiérarchie, — depuis Michaël, allié céleste de Moïse et archange totalisant en soi la grande communion dorienne, jusqu'à l'Esprit sauvage qui rend ses oracles sous la tente du sacrifice, où les Indiens scalpeurs couronnent de chevelures sanglantes l'autel de Guiché-Manitou.
Autant Moïse diffère du sacerdote peau-rouge, autant diffèrent les deux Égrégores. L'àme fluidique de l'un n'a pas la même qualité arômale que le nimbe éthéré de l'autre. Les Ascendants font contraste : le cycle d'images familières qui s'y déploie ne se ressemble point. Chaque religion a ses rites, ses symboles, ses superstitions, ses hiéroglyphes, — ses signatures propres, en un mot. Ajoutons, ses serviteurs lémuriens, aimantés soit du Vouloir
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des thaumaturges, soit de celui qu'émet l'Entité collective d'unification.
C'est avec le concours de ces éléments divers que s'engendrent des courants d'images, ou spontanés et soumis à d'inflexibles lois, ou que provoque et dirige la magie consciente des prêtres. A tels points donnés d'intersection, sur le parcours fluidique, lémures et mirages se coagulent en apparitions béatifiques ou en spectres terrifiants. Qu'à ces points précis, mathématiquement déterminâmes, une matière se rencontre, malléable et réceptive, ou sujette à se modifier quant à la couleur et au grain, selon les angulaisons du magnétisme radiant ou les intersections de plans dynamiques : et des empreintes de figures variées, — emblèmes, pentacles, caractères hiératiques ou démotiques, — s'imprimeront dans le cœur de la substance modifiable, à la haute édification des fidèles, transportés de ferveur et de foi.
On sait d'ailleurs que les plus durs granits « s'éthérisent », lorsqu'un adepte leur applique, dans les conditions voulues, VAlkafiest spiritueux, autrement dit l'Agent universel dynamisé par le vouloir humain. A la faveur d'une extrême distension moléculaire, ces corps sont susceptibles de traverser d'autres matières solides, que leur porosité rend perméables; puis ils se rétablissent dans leur état primitif, dès que la vertu dilatante cesse de les actionner... Or, quelques secondes d'éthérisation suffisent h rendre plastiques et réceptifs à la photogravure astrale, les substances normalement les plus réfractaires.
Ce phénomène de gravure occulte, qui donne naissance aux gamahés dans le règne minéral, fournit, appliqué à un arbre de l'Asie, l'un des exemples les plus intéressants que nous puissions retenir. Le R. Père Hue a vu cet arbre, qui lleurit dans l'enceinte de la lamaserie de Koun-boum, au Thibet. La légende veut qu'il soit né de la chevelure de Tsong-Kaba, fameux réformateur bouddhiste au xivc siècle, et fondateur de la grande lamaserie de Kaldan, sise k trois lieues de Lha-Ssa, la capitale de l'Empire. Nous ne changerons pas un mot à la relation du digne missionnaire, qui a pu inspecter de très près Y Arbre aux dix mille images.
« Oui, (nous atteste le Père Hue) cet arbre existe encore et nous eu avions entendu parler trop souvent, durant notre voyage, pour que nous ne fussions pas quelque peu impatients d'aller le visiter. Au pied de la montagne où est bâtie la lamaserie, et non loin du principal temple bouddhique, est une grande enceinte carrée, formée par des murs en brique. Nous entrâmes dans cette vaste cour et nous pûmes examiner à loisir l'arbre merveilleux dont nous avions déjà aperçu du dehors quelques branches.
« Nos regards se portèrent d'abord avec une avide curiosité sur les feuilles, et nous fûmes consternés d'étonnement, en voyant, en clîet, sur chacune d'elles, des caractères tbibétains très bien formés ; ils sont d'une couleur verte, quelquefois plus foncée, quelquefois plus claire que la feuille elle-même. Notre première pensée fut de suspecter la supercherie des Lamas; mais après avoir tout examiné avec l'attention la plus minutieuse, il nous fut impossible de découvrir la moindre fraude. Les caractères nous parurent faire partie de la feuille, comme les veines et les nervures; la position qu'ils alTectent n'est pas toujours la même ; on en voit tantôt au sommet ou au milieu de la feuille, tantôt à la base et sur les côtés; les feuilles les plus tendres présentent le caractère en
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rudiment, à moitié formé ; l'écorce du Ironc et des branches, qui se lève à peu près comme celle des platanes, est également chargée de caractères. Si Ion détache un fragment de vieille écorce, on aperçoit sur la nouvelle les formes indéterminées de caractères, qui déjà commencent à germer, et, chose singulière, ils di lièrent assez souvent de ceux qui étaient par dessus. Nous cherchâmes partout, mais toujours vainement, quelque trace de supercherie : la sueur nous en montait au front...
o L'arbre des dix mille images nous parut très vieux : son tronc, que trois hommes pourraient à peine embrasser, n'a pas plus de huit pieds de haut ; les branches ne montent pas, mais elless étendent en panache et sont extrêmement loulîues; quelques-unes sont desséchées et tombent de vétusté ; les feuilles demeurent toujours vertes ; le bois, d'une couleur rougeâtre, a une odeur exquise et qui approche un peu celle de la cannelle. Les Lamas nous dirent que, pendant l'été, vers la huitième lune, il produisait de grandes fleurs rouges d'une extrême beauté.
« On nous a assurés que nulle part il n'existait d'autre arbre de cette espèce ; qu'on avait essayé de le multiplier par des graines et des boutures dans plusieurs lamaseries de la Tartarie et du Thibet, mais que toutes ces tentatives avaient été infructueuses (1). »
Prêtre aussi recommandable par son intelligence que par son caractère, l'observateur qui se porte garant du prodige de Koun-Boum n'est point de ceux dont il conviendrait de récuser le témoignage. Son récit, au reste, respire la franchise et commande le respect...
Le phénomène relaté parait moins incroyable, lorsqu'on songe à celui (contrôlé maintes fois) des écritures secrètes, soit crayonnées à dislance ou obtenues par précipi-
(1) Souvenirs de voyage dans la Tartarie et le Thibet, parle missionnaire line. — Paris, 18o7, 2 vol. in-12 (tome II. pages HG-117).
lation. C'est une des expériences favorites de nos médiums. Home en était coutumier, et l'ardoise de Slade est passée en proverbe chez les Spi rites. On se rappelle d'ailleurs les virulentes controverses motivées naguère par la correspondance du « mahatma » Koot-Hoomi, avec madame Blavatzkv, son élève.
Mais il y a quarante ans que le Baron de Guldenslubbé avait étudié et signalé ce phénomène. A la suite du livre curieux qu'il publia dès 1857, la Râilité des Esprits et leur écriture directe, se succèdent un grand nombre de planches où Ton a reproduit en fac-similé des spécimens d'écritures occultes, obtenues par l'auteur et plusieurs de ses amis, non pas les premiers venus. Citons entre autres MM. le comte d'Ourches, le général baron de Brewern, le colonel de Kollmann, le professeur Georgii, le baron Boris d'Uexkiïll, etc. — M. de Guldenstubbé a pu suivre le procédé de précipitation, qu'il attribue aux esprits des morts illustres que son désir évoque. Il plaçait primitivement un crayon avec une feuille de papier dans une petite cassette dont la clef ne quittait pas sa poche; il ne rouvrait la boite que pour vérifier la réussite de ses tentatives. Un jour pourtant, qu'il avait laissé la boite ouverte, il put constater que les caractères s'imprimaient d'eux-mêmes, en noir sur blanc, sans que le crayon y fût pour rien.
«c Depuis ce moment, l'auteur, voyant l'inutilité du crayon, a cessé de le mettre sur le papier ; il place simplement un papier blanc sur une table chez lui, ou sur le piédestal des statues antiques, sur tes sarcophages, sur les urnes, etc., au Louvre, n Saint-Denis, à Vêgtise Saint- Ëtiennc-du-Mont.
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etc. Il en est de même des expériences faites dans les différents cimetières de Paris (I). »
Uien n'est plus réel que le phénomène des caractères sanglants qu'obtenait Vintras, empreints dans la substance même des hosties consacrées par lui ou par les prêtres de sa secte : hiéroglyphes le plus souvent blasphématoires, et signatures kabbalistiques des Forces désordonnées, aveugles ou malfaisantes de l'antique Goctie.
Que dire des cas de stigmatisation, mille fois avérés en mystique? La cr folie de la croix • consomme le miracle. La Foi et le Désir, ces modes indirects de la Volonté, réagissant sur d'ardentes imaginations, n'impriment-ils pas à la forme astrale, — et, par son intermédiaire, au corps physique, — les cicatrices de la Passion de Notre-Seigneur : l'empreinte de la couronne d'épines, et la marque des clous aux pieds et aux mains, et l'apparence contuse de la flagellation, et le stigmate du coup de lance au tlanc droit? — Les témoignages abondent.
Rappelons pour mémoire, en confirmation analogique du phénomène de la stigmatisation, l'expérience décisive de MM. Focachon et Liébeault, qui réalisèrent la pose d'un vésicatoire imaginaire, par simple suggestion? Uépispas tique idéal « prit » à merveille : le derme se souleva, s'emplit de sérosité laiteuse, enfin l'escarre apparut: une suite d'épreuves photographiques en fait foi, où l'on
(I) Pneutnaiologie positive et expérimentale. — La Réalité des Esprits et le phénomène merveilleux de leur écriture directe, démontrées, parle baron L de GuMenstubbé. — Paris, Franck, 18o7, in-8° (page 68).
peut suivre la marche et les progrès de la vésication ( 1).
Que si nous rapprochons de ces derniers faits la découverte déjà mentionnée du colonel de Rochas, sur F « Extériorisation de la sensibilité » et le phénomène do l'Envoûtement (2), il semble que nous puissions entrevoir le mécanisme parfaitement naturel des écritures spontanées, sous leurs principaux modes de manifestation.
La stigmatisation prouve en effet que, dans les limites du corps humain, le médiateur plastique peut, docile à Fessor du Désir, objectiver les signatures de l'imagination. Et les expériences du savant Rochas démontrent, d'autre part, qu'en des conjonctures définies, ce même médiateur plastique est parfaitement capable d'outrepasser les frontières anatomiques de la chair, pour manifester à l'extérieur les propriétés dont il dispose.
La Lumière astrale terrestre, âme physique et Imaginative de la planète, roule en ses ondes les simulacres de son rêve d'évolution ; elle est de plus le réceptacle de la vie (ou, pour mieux dire, de l'agonie posthume) des Écorces. Plusieurs races d'indigènes la hantent, dont nous avons détaillé la nature... Elle a enfin ses grands flux et reflux polaires, et ses vents et ses tempêtes comme l'Océan, — courants dont peut se servir la Volonté humaine, soit individuelle ou collective, quand elle a su les calculer. (Il existe, en magie, des instru-
(1) Voy. Fabart, Histoire de l'Occulte, Appendice (Lettre à M. Focachon, pharmacien à Charmes), pages 330-337.
(2) Voy. pages 453 et suiv. du présent tome.
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mentsdont c'est la seule destination). La Volonté peut faire plus : elle peut créer des courants nouveaux. C'est le mystère de la chaine magique. Il en a été question déjà au sujet des Entités collectives; nous y reviendrons encore par la suite.
Toute force, en magie, réside essentiellement dans la Volonté et dans la Foi.
Volonté et Foi sont les deux termes antinomiques d'une même Force, en ses modes spontané et passif. La Foi en soi-même et en sa puissance, voilà la base de la volonté individuelle. — La confiance en la volonté infaillible et bénéfique des dieux, voilà la base de la Foi collective.
Homme de volonté, le héros, dont Napoléon peut servir de type contemporain, témoigne d'une aveugle confiance en « son étoile », ce qui revient à dire qu'ignorant les lois fatidiques, il s'appuie cependant sur le Destin. Un tel tempérament objectif heurte de front tous les obstacles et les brise ; jusqu'au jour où lui-même, se heurtant à quelque Destin plus rigide que le sien propre, en est écrasé. — Le héros se jette en avant et paie de sa personne : en un mot, agit par soi-même.
Homme de foi, le mystique entre en communion avec un cercle de pensée et d'action où domine une Volonté, bonne ou mauvaise. Un tel tempérament subjectif laisse agir en lui, soit Dieu, manifesté par le concours de ceux qui veulent le bien et y aspirent; soit Satan même, qu'on peut définir à ce point de vue la Volonté collective dans le mal. — Le mystique, en un mot, agit par autrui.
Homme de volonté el de foi tout ensemble, le véritable adepte n'ignore point que dans l'accord équilibré de ces deux puissances, réside la suprême force magique : le Magnes intérieur et occulte n'est pas autre chose. Un tel tempérament harmonique entre dans un cercle de volontés unies, sans abdiquer en rien la sienne propre. Additionnant sa force et celle de ses adelphes, il commande en son nom comme au leur. Il prend empire sur les fluides et met l'embargo sur l'escadre des volontés adverses. — L'adepte agit, en effet, par lui-même et par les autres.
Il est écrit que la Foi transporte les montagnes, il n'est pas moins certain que rien ne résiste à l'emprise de la Volonté. Que dire de l'etticacité où parvient la Volonté adeptale, qui participe harmonieusement des deux?
Le Désir même est créateur, parce qu'il procède indirectement aussi de Tune et de l'autre : il tient de la Volonté, par le despotisme inconscient de son coup d'aile, et de la Foi par sa confiance irraisonnée et souvent déraisonnable en la satisfaction où il appète.
Nous avons insisté sur le problème des signatures naturelles, traductions hiéroglyphiques très précises des spécialités innées, dont la Faculté plastique reçoit le protocole de la part des Vouloirs collectif et individuel : à l'effet d'en transmettre l'empreinte à la forme sidérale. Celle-ci élaborera le corps physique en conséquence.
Ce mécanisme de la virtualité créatrice, impliquant la volonté pour point de départ et la matière pour ultime aboutissement, importait à bien connaître, premier que d'entreprendre ce qui nous reste à dire, sur l'emploi de la volonté humaine, en magie cérémoniale.
Gomme transition, Saint-Martin nous offre un épisode singulièrement instructif, et dont notre Public est invité à faire son profit. Les quelques pages, d'apparence bizarre, que nous allons lui faire connaître, renferment, en pratique aussi bien qu'en théorie, plus de valables secrets que tant d'ouvrages fort massifs, sérieux et solennels à en bâiller, et qui traitent ex professo de sciences occultes. Le Lecteur se tienne pour averti!
Quel amateur d'occultisme, en conscience, (et nous n'exceptons pas la postérité intellectuelle de Saint-Martin), a pris la peine de méditer « Le Crocodile, ou la guerre du Bien et du Mal, poëme épico-magique en 102 chants, œuvre posthume d'un amateur de choses cachées? » ... Par un tacite accord, les nombreux admirateurs du grand mystique s'abstiennent même de critiquer cette « erreur d'un maître » (c'est le cliché reçu). — Hé bien, nous l'attestons ici, — et pas un initié véritablement instruit ne nous démentira, — le Crocodile est ime prodigieuse épopée burlesque, où se trouve la révélation du Grand Arcane, du Mysterium magnum de Jacob Bœhme.
Tous les personnages sont allégoriques : Madame Jof, épouse du Joaillier des mondes, n'est autre que la Foi, la Sagesse ou la Sophia céleste ; — Scdir, c'est V « homme de désir», qui cherche la Vérité sainte, sans abdiquer son rôle d'hommed'action, par quoi il se rend utile à ses concitoyens; — le volontaire Ourdeck (Aourd\-Esch Ttf d'^tf, la Lumière du Feu), représente le Médium naturel qui devient adepte, et dont les facultés astrales s'affinent et se subliment dans la Lumière de gloire; — enfin Hache!