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Enfin TOmbre d'un défunt, sa coque astrale moribonde est susceptible d'apparaître : réactionnée pour un
« Cela fait, le médium Eglington commence h entrer, suivant l'expression anglaise, en trance ; il va et vient, se promène, s énerve un p>eu, à la fa^on des derviches, piétine sur place, frotte et tord furieusement ses mains; puis il s'arrête tout à coup, croise les bras et devient immobile.
« A ce moment, sur diverses parties du vêtement du médium, apparaissent des plaques lumineuses et blanches, qu'on ne saurait comparer à la phosphorescence produite par le frottemont d'une allumette sur un mur dans l'obscurité, mais bien plutôt à « de la poussière de lune. » Puis ces plaques lumineuses disparaissent pour se réunir sur la poitrine du sujet, d'où elles tombent lentement en une nappe transparente suivant le corps, jusque sur le sol. Figurez-vous de la fumée lourde de cigarette, qui, une fois qu'elle a atteint le parquet, s'enroule en évolutions nuageuses, épaissit et remonte, toujours plus opaque, jusqu'au-dessus de la tête du médium. Alors celui-ci pousse un grandcri, tombe raide par terre, dans un état de catalepsie absolue, et, à sa place, la fumée lumineuse se matérialisant tout à coup, prend la forme d'un être quelconque, ou mort depuis longtemps, ou simplement absent. Cette matérialisation est complète ; l'individu dont on voit l'image est le même, visible pour tous : il parle, il marche, il est palpable. Quelquefois, l'expérience se prolongeant, il arrive que le médium, sans bouger de place, toujours étendu sur le sol, se matérialise lui-même, et apparaît à son tour à côté du spectre évoqué.
« Ces matérialisations sont encore d'une durée relativement assez grande; je n'en veux pour preuve que le fait suivant : un jour M. Tissot vit apparaître chez Eglington une jeune femme qui lui était chère, morte quelques années auparavant. En la voyant, il s'écria d'abord : — C'est bien elle ! Puis se remettant peu à peu, il ajouta : — Je ne lui croyais pas le menton aussi petit que cela.
« Il prit alors ses pinceaux, esquissa immédiatement son image, qui se dédoubla, et derrière laquelle parut celle d'Eglington, dont il fit aussi le portrait. 11 questionna son ancienne amie, mais il n'en obtint point de réponse.
« Les mains seules de l'apparition devinrent lumineuses, du côté de la paume, comme si elle cachait une lumière pâle. Tout ce que put obtenir le peintre, c'est un baiser que l'apparition lui rendit.
« Puis la femme évoquée et matérialisée, et le médium la dédoublant disparurent comme disparaîtrait une bulle de savon remplie de fumée de tabac qui crèverait tout à coup. » (Force psychique, Paris. 1 889, in-4, pages 6-8).
temps par la volonté de l'évocateur, nourrie de la forepsychique du médium, évertuée par le désir et l'ainoi d'une assistance unanime, l'Ombre présentera comme n pâle reflet de la personne dont elle a été l'enveloppe sidérale. — Quant au fantôme électro-vital, phosphorescence vaguement conforme à la silhouette humaine, ilsmontre, d'aventure, dans le voisinage d'une tombe, te premiers jours qui suivent l'inhumation d'une dépouili: charnelle : mais il ne s'en peut éloigner. Ce spectre est. au demeurant, parfaitement incapable de manifester k moindre reflet d'intellect ou de mémoire, pas même d'instinct. C'est un assemblage inerte de molécules, dégageant une pâle lueur...
Enfin l'on a pu voir, en des circonstances d'une insigne rareté, quelque âme céleste, revêtue d'une mission temporaire, — soit assumée ou acceptée, — se choisir un médium, à la personne duquel cette âme reste attachée, durant sa période de manifestation. Mais ce mystère n'a plus rien de commun avec la Nécromancie.
Peut-être notre Public s'attendait-il à trouver en ce chapitre des commentaires au problème de la Métempsycose, si célèbre dans les fastes mystiques de l'Antiquité. Mais on en conviendra, ces arcanes sont du ressort exclusif de notre troisième Septaine. Peut-être avons-nous même anticipé, en insistant, comme nous l'avons fait, sur la vie posthume de ce qui survit à l'animal humain, savoir l'être psychique émancipé de l'orbe terrestre. Du moins était-ce un empiétement nécessaire, et conforme à l'esprit de ce chapitre.
La doctrine orphique et pythagoricienne du voyage cosmique des âmes faisait, — telle que nous l'avons exposée, — le fond de l'enseignement occulte, dans tous les sanctuaires du vieux monde.
Qu'on fouille les emblèmes mythologiques des nations, et Ton reconnaîtra l'universalité de cette doctrine, immuable en dépit des multiples fabulations qui lui servirent de voiles.
Au début de l'ère chrétienne, ce dogme fondamental s'était introduit, avec la Gnose, dans l'Ésotérisme médullaire de la Religion nouvelle. Malheureusement les indiscrètes révélations du Gnosticisme, ses savants désordres, ses scandaleuses orgies de spiritualité l'ont fait proscrire et répudier in toto et sous toutes ses formes, alors qu'il ne convenait que d'opérer une sélection judicieuse, dans ce richissime trésor d'éléments hétérogènes.
Quel magnifique manteau PÉglise pouvait tailler à ses hiérophantes, dans l'étoffe si précieuse des mystères de la gentilité !
Les gnostiqucs l'avaient senti. — Leur premier tort fut de confondre syncrétisme éclectique avec synthèse unitaire. — Leur seconde erreur fut de multiplier les formes symboliques du Vrai, et d'ouvrir, au détriment de la grande Assemblée, nombre de petites chapelles. — Leur troisième faute (un crime de lumière!) fut de divulguer, dans le parvis du temple, ce qui devait rester secret dans les cryptes initiatiques du sanctuaire.
Les gnostiques furent condamnés : ils devaient letre.
Mais, avec l'ivraie, l'Église romaine a rejeté le pur froment...
Sous prétexte d'épuration, le Catholicisme s'est appauvri ; nous pourrions dire qu'il s'est ruiné... Toutefois, quand sonnera l'heure de la Providence, que l'Église interroge l'esprit de ses dogmes vulgarisés, et son Ésotérisme lui sera rendu. La réserve des richesses spirituelles qu'elle a renoncées existe toujours, ensevelie sous les décombres de la lettre morte. Vienne, oh ! vienne l'immortel Pontife qui déterrera le trésor!
Les hérésies des premiers siècles ont consisté toutes en des adaptations plus ou moins heureuses.plus ou moins opportunes, du vieil Occultisme rénové.
Nous emprunterons un exemple à la doctrine très remarquable d'un grand mage chrétien, dont nous avons déploré les erreurs, tout en magnifiant sa science et ses vertus (1). Du môme coup, nous reviendrons à notre propos.
Le savant hérésiarque Manès, ou Manichée, nourri des
(t) Cf. notre tome I (le Temple de Satan), pages 139-140 (en note), et pastim.
Nous avons eu le tort, dans cette première septaine, de ne pas distinguer suffisamment la pure doctrine de Manès, de celle que lui ont attribuée les controversistes hostiles.
L esotérisme de Manès fut erroné sur quelques points : mais la monstrueuse doctrine des deux Principes, devenue célèbre sous le nom de Manichéisme, n'est imputable qu'aux perfides adversaires qui ont tiré des enseignements du maître de fausses conclusions, et aux disciples imbéciles qui les ont soutenues. • Rien n'est moins prouvé (dit Fabre d'Olivet), que Manès eût en effet admis deux Principes opposés du Bien et du Mal, indépendants, éternels, et tenant d'eux-mêmes leur existence propre et absolue .. » (Vers doré* de Pythagore, page 221).
plus secrètes traditions des temples, nous parait fort révélateur sur la question du périple cosmique des âmes. Son génie austère et puissant a revêtu ces hauts arcanes d'un symbolisme inoubliable, en sa simple et grandiose étrangeté. Il les a frappés dans leur forme d'un cachet indélébile... Les adversaires de l'hiérophante, obstinés à prendre indistinctement tous ses dogmes au pied de la lettre, n'ont pas eu de peine à en faire ressortir l'extravagance, en tant que notions positives (1); mais l'ésotéricien, qui les étudie comme symboles, admirera leur lucide profondeur : car ils sont d une grande science et d'une grande beauté.
C'est ainsi que Manès représente le cycle zodiacal sous la figure d'une immense roue, à la circonférence de laquelle sont suspendus douze vases, remplis d'âmes vivantes. A mesure que la roue tourne, ils se vident les uns dans les autres : ainsi les âmes font le tour du cycle universel. C'est la machine du Salut. La meilleure épigraphe à ce pentacle est dans une belle parole de Jean Reynaud : « Je me souviens d'avoir longtemps pratiqué l'Univers... »
Poursuivons, sans commentaires, l'exposé des emblèmes de Manès. Ses contemporains, — Archélaùs en particulier, et saint Épiphane, les ont interprétés gauchement; ils ont même jeté quelque désordre dans leur suite normale; mais il n'importe. Voici (quant à l'objet qui nous occupe) le résumé essentiel du symbolisme manichéen :
— C'est par la vertu du Christ, type et synthèse de
(1) Celait d'autant plus facile, — d'autant plus perfide aussi, — que la réalité y est étroitement mariée au Symbole.
l'humanité, que se régénèrent les âmes, polluées durant leur séjour dans les corps. — Le Christ est Amour et Sagesse : la Sagesse du Christ se concentre dans la lune, et sa Vertu (ou son Amour) dans le soleil. — Ces astres majeurs (1) sont deux vaisseaux voguant par l'éther sans limites : la lune est pleine d'une eau subtile et translucide ; du soleil s'irradie un feu très pur. Ce sont comme deux bains, où les âmes se dépouilleront tour à tour des terrestres macules (2).
— Elles séjourneront d'abord dans la lune, pour y être mondifiées par l'eau (TJwp, unda, miuidus) et par la Sagesse (ou gnose de la Vérité) ; puis dans le soleil, où elles seront purifiées par le feu (trop, purus) et par l'Amour (vertu essentielle du Christ).
— Le vaisseau sélénique (barque d'isis) reçoit toutes les âmes qui s'élèvent de la terre ; il se remplit peu à peu deleur substance éthérée. — Quand elle est pleine d'âmes, la lune s'en décharge dans le soleil; puis elle se remplit à nouveau et se vide encore de la précieuse liqueur. — La plénitude de son disque est un signe qu'elle regorge d'àmes passagères ; après que le soleil en a reçu livraison, la lune, à son premier quartier, ne présente plus que le profil d'une barque égyptienne : un faible croissant argenté. — Ainsi, dans le système des phases de la lune, s'inscrit l'hiéroglyphe de sa providentielle fonction.
— Le soleil est le paradis de notre système planétaire...
(1) Majeurs, — à notre point de vue terrestre.
(2) Dans le môme sens mystique, il est écrit qu'après avoir été baptisé par l'eau, le chrétien doit «Hre régénéré dans le feu et l'Esprit saint.
Mais l'état d'âme glorifiée dans la cité solaire représente t-il le dernier terme de l'évolution adamique ? Tant s'en faut. — Du soleil, enseigne Manès, les âmes seront transférées dans Y air parfait ou dans la colonne de lumière et de gloire, qui n'est autre que la voie lactée. Ce séjour, patrie originelle des âmes, est leur Ciel perdu et regagné. . .
C'est la doctrine du Songe de Scipion : N'y est-il pas formellement énoncé que les âmes, parties de la voie de lait, y seront réintégrées un jour? « Hlnc profecti (animi) hùc revertuntur. »
Telle était d'ailleurs la figure universellement reçue, dans les temples de l'antiquité, pour faire pressentir les destinées finales de l'homme, au giron de l'Unité reconquise. Le Songe de Scipion ne fait que résumer les notions unanimes à cet égard.
Une analogie bien frappante et bien significative est à relever, entre ces doctrines formulées à Rome et celles des philosophes gaulois, que leurs collègues romains qualifiaient volontiers de barbares. Dans le système des Bardes druidiques, les âmes humaines, purifiées par de successives transmigrations, aboutissent finalement à la voie lactée, que ces mystagogues nomment la ville de Cwyon (la cité de l'homme archétype). — C'est Adainah de Moïse, la patrie céleste de l'Unité, dans sa localisation symbolique.
Quoiqu'il ne nous appartienne pas d'aborder en ce volume le mystère de la réintégration définitive, dont nous parlerons au tome III, nous avons tenu à fixer sur
ce point d'un trait de plume la doctrine ésotérique des sanctuaires. Cette doctrine, nous l'avons appuyée sur l'identité des emblèmes qui l'exprimaient : car on obtiendra la même réponse, soit qu'on aille en Perse interroger Manès, héritier chrétien de Zoroastre et de Pythagon? rénovés, soit qu'au fond des forêts de la Gaule et de la Bretagne, on prête l'oreille à la voix lointaine des Druides, ces interprètes inspirés du vieux génie de l'Occident.
(Section 14)
La Tempérance (quatorze) = Mutations = Changements = Combinaisons = Échanges (Magie des Transmutations.)