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l'homme s'y trempe fortement, et s'y fixe désormais dans sa voie, droite ou tortueuse; en un mot, qu'il en sort Esprit de lumière ou de ténèbres. Rien n'est plus vrai.

Dans la solitude, en effet, on vit face à face avec son Karma. L'atmosphère secrète des lieux déserts, qu'une perpétuelle saturation des volontés antagonistes n'a point neutralisée, banalisée, blasée, en quelque sorte, — une telle atmosphère est essentiellement réceptive d'un verbe, quel qu'il soit : la moindre pensée, le moindre vouloir, le moindre désir s'imprègnent dans la substance efficiente de l'Aôr; ils s'y développent et s'y manifestent avec une merveilleuse intensité.

Ce sont autant d'êtres potentiels, générés au jour le jour, suivant les caprices de la pensée et des aspirations, et qui exercent à la longue sur leur auteur une influence répercussive, que lui-même ne soupçonne pas. Car, le plus souvent, il n'a l'expérience que de la vie habituelle et mondaine.

Or, au cours de l'existence commune, les perpétuels échanges de fluides, d'idées, de vouloirs, impriment à une personnalité des variations dans sa marche, des fluctuations dans son allure, des hésitations dans sa pensée.... Il n'est pas jusqu'aux convictions les plus assises, que ne modifie peu à peu le souffle des ambiances. Le frottement use et polit insensiblement les tranchantes arêtes des individualités les plus anguleuses.

Mais, dans la solitude, l'homme ne subit aucune influence directe du dehors ; sa propre pensée, se repliant toujours sur elle-même, s'y repose avec complaisance et

LA CLEF DE LA MAGIE SOlUK

s'v réfléchit avec ivresse: aussi le solitaire aflirme-t-il inébranlablement sa marche, dans la direction où le portent ses habitudes cérébrales.

De ces observations, on peut induire un apophtegme : c'est que l'isolement absolu, qui trempe le caractère, n'élargit point l'intelligence ; l'on s'y façonne indomptable, — incorrigible aussi.

line légende rabbinique nous présente les Larves comme les enfants de la solitude d'Adam, rêvant à la femme archétype, avant que le Seigneur eût dédoublé l'homme primitif, pour donner naissance à Eve. Des ephialles recueillaient le témoignage de ces confuses aspirations et leur donnaient une forme.... Nous espérons qu'on nous entend.

Paracelse enseigne à son tour que ces sortes de fantômes sont engendrés abondamment, chaque fois qu'on laisse sécher au soleil des vêtements pollués. Son école ne fait en cola que reproduire l'opinion des anciens hiérophantes : une loi religieuse expresse interdisait aux peuples de la Grèce, d'exposer à la flamme de l'àtre les linges tachés de sperme ou de sang menstruel (I).

(1) « Lémures gignunlur per deperditiones œsticas spermatis et sanguinis menstrualis.

« Sunt ephemeri et maxime mortales. Constant aère coagulato in vaporc sanguinis vel spermatis, et quasi bulla quœ si ferro frangatur. périt anima imperfecta lemurum.

« Quccrunt simplices et credulos...

« Timidi sunt et fugitivi sicut avoseceli ctsemper mori reformidant. quia bulla aêris est vita eorum, et statu facile corrumpitur.

(Paracelse, cité par Klipha*. fa Clef des grands mystères, page 386).

L'on aurait tort de croire que ces prohibitions lussent puériles, ces précautions vaines : le sang est un liquide mystérieux ; il déborde d'une vie emphatique, expansive et prompte à revêtir, dès qu'on répand son véhicule, loutës les formes imaginables. Les abattoirs et les amphithéâtres sont devenus, de nos jours, des séminaires de Larves sans nom : nous ne souhaitons pas aux sceptiques d'empoisonner leur atmosphère individuelle par la fréquentation de ces lieux, tout dégoûtants de fantômes sanglants ; que de cas de folie et d'épilepsie n'ont point d'autre origine !

L'idée est à l'intelligence ce que le sang est au corps ; aussi les cogitations passionnelles engendrent des spectres à foison : les pensées libidineuses développent des fantômes de luxure; les rancœurs inavouées de lajalousie déterminent de vivantes obsessions, qui ravivent la plaie des cœurs envieux; les aspirations délirantes de l'orgueil génèrent des Larves inspiratrices de vanité jamais assouvie..., et ainsi des autres vices.

Telles sont les Larves passionnelles et mentales, qui, au lieu de s'engendrer dans le nimbe extérieur, comme leurs congénères d'origine plus matérielle, se développent dans la substance même de l'âme! Celle-ci, règle générale, les évacuant à mesure, les refoule dans l'atmosphère fluidique individuelle. Cependant l'âme ne peut quelquefois les éliminer toutes, lorsqu'elles sont générées quotidiennement et à foison : alors, ces productions malsaines s'amalgament, d'une part avec la substance du corps sidéral, de l'autre avec celle de la Psyché même, qu'elles troublent, épaississent et modifient à la longue.

I8'f LA CI.EF DE LA MAGIK NOIRE

Nous verrons au chapitre VIt — la Mort et ses arcanes , —comment elles deviennent, à l'issue de la terrestre existence, les tortionnaires de l'àme, avant même que le supplice de la seconde mort n'ait commencé pour celle-ci.

Il n'est question, à cette heure, que des Larves évoluant dans le nimbe ou atmosphère occulte de chaque individu, quelle que soit d'ailleurs leur nature et leur origine. Toutes ne sont pas également meurtrières, mais toutes sont nuisibles, en ce qu'elles aliènent la liberté de l'homme et limitent ses potentialités de vouloir et d'agir : leur réaction la plus coutumière sur leurs auteurs se traduit par l'habitude, cette forme moins anodine qu'on ne peut croire de l'esclavage à tous les degrés. Les cas où l'on voit l'habitude dégénérer en obsession dénoncent, à peu près à coup sûr, la tyrannie des Larves de provenance corporelle, animique ou mentale.

Ces diverses créations aôbiques sont la conséquence fatale etle juste châtiment de tousles onanismes du corps, de l'àme et de la pensée. Elles vivent, ces coagulations de la lumière astrale ; mais c'est aux dépens du pervers qui les engendra, et qui les doit nourrir, — comme le marque fort bien Éliphas, — de toute la sève de son cœur et de toute la substance de son cerveau : elles l'obsèdent, le harcellent, et le vampirisent sans merci. — Et s'il demande aux livres de la Sagesse traditionnelle un moyen violent de s'en délivrer, ce n'est encore, hélas! qu'à ses risques et périls; car une si étroite solidarité le rattache à ces enfants de son délire, qu'il est sujet à se blesser lui-même en les dispersant. Nous traiterons, à propos du

!oup-garou,de ces effets répercussifs et mutuels, dont la réalité n'est que trop indiscutable.

Les médiums sont pour la plupart de pauvres valétudinaires, coutumiers sans le savoir d'un véritable onanisme cérébral, et qui marchent dans la vie, escortés, obsédés, souvent dévorés tout vifs par ces Larves : elles ne se coagulent qu'en les épuisant, puisque c'est à eux qu'elles empruntent la substance plastique dont elles ont besoin, pour s'objectiver et devenir sensibles.

En somme, ce sont bien là les vrais, les seuls démons ; caries esprits, même le plus profondément sombrés dans les abimes de la perversité, ne sont pas tout entiers mauvais ; tandis que ces Larves, — grimaces mensongères de l'Être, blasphèmes incohérents de la vie universelle, — se montrent invariablement nuisibles et dépourvues de toute conscience : il serait donc permis de voir en elles d'équivoques manifestations de l'abstrait qu'on nomme le Diable ou Satan.

Formant, pour ainsi dire, autant d'appendices vampiriques de l'homme dont elles remplissent l'atmosphère sidérale, elles vivent de sa vie, et les semblants d'intelligence qu'elles font paraître en des cas très rares, ne sont d'ailleurs et ne peuvent être que de vagues reflets de sa pensée.

Il messiérait fort de confondre ces Larves, — en qui les Kabbalistes ne voient que des écorces, des coques inanes (cortices, Kliphôth ni£*bp), — avec les essences spirituelles plus ou moins obscurées dans la nuit de la matière, qui flottent entraînées et ballottées aux torrents

génésiques des trois règnes inférieurs : minéral, végétal, animal.

Compactions de la lumière au bleu (Aôbôlh nmî*), les Larves proprement dites sont des subslances dépourvues d'individuelle entité. Parasites comme le gui de chêne (i ) , elles n'existent que par autrui : vienne h leur manquer ce support ontologique (2), elles rentrent dans le Nonêtre, dont elles sont comme des manifestations, nous allions dire des Anges, des Messies.

Elles s'attachent à lafaçon des sangsues ; elles mordent à môme la sidéralité d'un être réel, s'en nourrissent, y pompent leur vie d'emprunt et leur virtualité d'objectivation éphémère ; et, dépourvues qu elles sont de type essentiel qui leur soit propre, d'étalon générique sur quoi se modeler une forme, — elles se concrètent sur le patron sidéralde l'être dont elles deviennent ainsi les reflets animés, les appendices lémuriens, les mirages furtifs

Une Larve dans votre atmosphère, — c'est pour vous le fantômed'un très vague Sosie... ; maisd'un sosie qui vous énerve au physique et vous épuise, vous ébranle au moral et vous déprave, vous débilite à l'intellectuel et vous abrutit! C'est pour vous une ventouse toujours avide de substance vivante, une vulve braquée sans répit sur le phallus de votre intellect, une réceptivité qui aspire à toute heure, pour se les approprier en les déformant, les

( 1 , Lot comparaison n'est pas similitude: le gui de chitae, pour para* site qu'il soit, jouit d'une forme et d'une essence propres.

(2) Les Larves peuvent changer d'atmosphère individuelle ; mais jaunis, oucore un coup, elles ne peuvent vivre d'uno existence propre.

verbes viables auxquels votre esprit peut donner nais-

j sance.

• La potentialité absorbante, que déploient si puissam- J ment les Larves, est le propre de la substance mercurielle négati ve ( Aôb), qui leur sert de véhicule et dont elles sont les coagulations.

Qu'on s'étonne à présent de cette anomalie, problème jusqu'à ce jour insoluble pour les physiologistes : nous voulons dire l'innocuité relative du coït, même abusif, en regard de la prompte déchéance, physique et mentale, où tombent ceux qui s'adonnent aux vices solitaires... — Mystère de la Solitude,

Que dire de la fréquence de ces maladies de langueur si rapides, et de ces foudroyantes consomptions, qui traînent en quelques mois au tombeau l'homme le plus vit goureux, la femme la plus excellemment constituée, dans les cas d'emprisonnement cellulaire? — Toujours Mystère de la Solitude.

Tous ces êtres sont victimes, soit d'une invasion, soit d'une génération spontanée de Larves dans leur atmosphère fluidique...

Les Larves apparaissent les microbes, les bacilles, les vibrions de l'Invisible, — et nous serions tenté de croire ( n'était leur défaut d'entité et de forme propre), — qu'elles s'incarnent pour servir d'âmes vivantes à ces légionnaires infinitésimaux de la Destruction.

On peut considérer les Larves comme des agents léthi-

fères, des Puissances de dissolution émanées dllerebd).

(\) S'il est curieux d'approfondir ces théories, notre lecteur voudra

ou, d'une façon plus générale, des missionnaires de iVa — hàsh. Rivalisant d'inconsistance avec cet Être formidable, elles participent de sa nature ambiguë, — illusoire et pourtant réelle (i), intermédiaire entre le conscient et l'inconscient, flottante et ballottée de 1 être au non-ètre.

Donc, le mauvais solitaire, — ou Sorcier, — génère en masse, au hasard de sa déraison, au caprice de ses élans passionnels, ces parasites vampiriques dont il est fatalement condamné à mourir rongé : les Larves.

Mais le bon solitaire, — ou Mage, — opérant dans la plénitude consciente de son intellect et de sa libre volonté, donne méthodiquement naissance à des êtres potentiels, toujours bénéfiques, parfois conscients et intelligents. — « Toute pensée est une àme (2), » dit Mejnour, dans Zanoni. Nous verrons ailleurs comment tel produit de nos

bien conférer les chapitres i et vi de la Clef de la Magie noire, i et u du Problème du Mal. Alors il pourra se faire une idée de Sahàsh, soit qu'on veuille y voir l'agent dualistique producteur du Mal, ou l'instrument quaterno des extériorisations et des objectivations individuelles. U comprendra quelle parenté lie Kaïn yp, le Principe du Temps, à ce mystérieux Hereb ITJt facteur des désintégrations individuelles et des intégrations collectives; — cet Hereb qui apparaît le bras déployé et la main constrictivo de Mouth T\V2i l'Être accablant, dëvorateur, dont le rôlo providentiel est de ramener la Diversité à l'Unité, do réduire la circonférence au point central d'où jaillit le rayon qui la détermina, et de confisquer enfin les différenciations de la matière sensible, pour convertir toutes ses modalités particulières à l'homogénéité de la substance universelle et non différenciée.

C'est ce rôle providentiel de Mouth qui inspira aux auteurs du Zohar cette sublime pensée : la Mort est le baiser de Dieu.

(1) Nahàsh n'existe point à proprement parler, et pourtant il est la source, la racine de l'existence matérielle.

(2) Zanoni, tome II, page 69.

volitions peut devenir un être parfaitement défini, par

suite de sa fusion avec un Élémental (l) Le mage est

un vrai créateur dans les limites de sa sphère d'action, puisqu'il produit et développe, à l'instar de l'Être suprême, des émanations de son verbe, — Puissances etlicientes de Charité, de Science ou de Lumière.

Certains mystiques ont nommé ces Puissances : les Anges du Ciel inférieur.

Il nous faut bien confesser ici que le sorcier, s'il joint à la perversité quelque vigueur d'intelligence et de vouloir, peut pareillement évoluer des êtres réels, de véritables démons.

(1) Sur ce point, les deux Écoles d'Occident et d'Orient sont en parfaite concordance dogmatique.

Kout-lloumi, l'initié thibétain, correspondant mystique de M. Sinnctt, lui a écrit une longue et importante lettre, que le Marquis de Saint- Yves a traduite intégralement dans sa Mission des Juifs. Nous en détachons ces lignes remarquables :

« Dans son évolution invisible, toute pensée humaine passe dans l'endroit dont l'ordre physique est l'envers et devient une entité active, en s associant, en s'unifiant avec un élément particulier, c'est-à-dire une des forces semi-intellectuelles des royaumes do la Vie.

« Cette pensée survit comme une intelligence active, comme une créature engendrée de l'Esprit, pendant une période plus ou moins longue et proportionnelle à l'intensité de l'action cérébrale qui l'a générée.

« Ainsi une bonne pensée se perpétue comme une Puissance active et bienfaisante, et une mauvaise comme un Pouvoir démoniaque et maléfique. De sorte que l'homme peuple continuellement sa course dans l'espace, d'un monde à son image, rempli des émanations de ses fantaisies, de ses désirs, de ses impulsions et de ses passions.

• Mais à son tour, ce milieu invisible de l'homme réagit, par son seul contact, sur toute organisation sensitive et nerveuse, proportionnellement à son intensité dynamique. C'est ce que les Bouddhistes appellent Shambda, les hindous Karma.

r. L'adepte crée sciemment ces formes ; les autres les génèrent au hasard... • (La Mission des Juifs, page 111).

Bénéfiques ou maléfiques, ces êtres forment une classe à part (1); ils sont, à vrai dire, autre chose que des Larves proprement dites.

Engendrées de l'aveugle instinct ou de la passion déréglée, les Larves n'ont point de consistance ontologique ; — par contre, les êtres produits de la libre intelligence et de la volonté réfléchie possèdent une substance psychique — bonne ou mauvaise, — et sont sujets à mener une vie propre, en se combinant avec un Élémental.

Cependant, par extension, les occultistes appellent souvent Larves toutes les substances lémuriennes qui ne jouissent pas d'une conscience bien nette, ou d'une personnalité bien tranchée.

.Notons unechose en passant, sur les apparitions en général.

Quand les Lémures sont condensés en fantômes, ils redoutent la pointe des épées et fuient tout objet aigu, susceptible d'entamer leur coagulât fluidique et de les dissoudre en soutirant leur vitalité; (on se souvientde ce que nous avons énoncé plus haut, au sujet du corps astral abmatérialisé).

Les Lémures périssent-ils alors tout entiers, ou perdent-ils seulement, avec leur corps éphémère, le moyen de se manifester? C'est ce qu'il ne convient pas d'éclaircir pour l'heure.

Quoi qu'il en s:)it, on peut dire que lout fantôme, d'où qu'il provienne et d'où qu'il vienne, disparait instantané-

(1) Celle des Concepts rtta/isès.

ment, lorsqu'une pointe métallique le traverse (I). La 1 dissolution en est signalée parfois, comme à Cideville, par un phénomène électromorphe, une étincelle suivie de

quoique perturbation atmosphérique Si le spectre

1 frappé d'une pointe ne s'est pas dissous, la vision est purement hallucinatoire ; ce critérium de l'objectivité fantômale est certain.

Pour nous en tenir aux Larves proprement dites, elles i manquent, faisions-nous observer, de type générique et î par conséquent de forme qui leur appartienne en propre. Cela est si vrai, qu'elles sedéterminent exactement sur le modèle des individus qu elles hantent (2) ; — bien plus,

( 1 » Qu'on n'oublie pas, qu'en effleurant d une pointe le corps astral condensé d'un médium ou d'un magicien en phase de bilocation, l'on risquerait fort de commettre un homicide. (Voy. le Temple de Satan. pages 402-404,— et le chapitre VI! du présent tome).

(2) « Le jésuite Paul Saufldius, qui a écrit sur les mœurs et les coutumes des Japonais, raconte une anecdote bien remarquable Une troupe de pèlerins japonais, traversant un jour un désert, vit venir à elle une bande de spectres dont le nombre était égal à celui des pèlerins, et qui marchaient du même pas. Ces spectres, difformes d'abord et semblables a des larves, prenaient en approchant toutes les apparences du corps humain. Bientôt ils rencontrèrent les pèlerins cl se mêlèrent à eux, glissant en silence entre leurs rangs : alors les japonais se virent doubles, chaque fantôme était devenu l'image parfaite eteomme le mirage de chaque pèlerin. Les japonais effrayés se prosternèrent, et le bonze qui les conduisait se mit à prier pour eut avec de grandes contorsions et de gran Is cris Lorsque les pèlerins se relevèrent, les fantômes avaient disparu et la troupe put continuer librement son chemin. Ce phénomène, que nous ne révoquons pas en doute, présente les doubles caractères d'un mirage et «l'une projection soudaine de larves astrales, occasionnés par la chaleur de l'atmosphère et l'épuisement fanatique des pèlerins. » (La Clef de* granit Mystères, pages 548-249).

Celte citation d'Éliphas, qui trouve ici sa raison d'être, aurait pu être également réservée pour le chapitre III, qui traite des phénomènes collectifs.

variant de contour avec une inconcevable souplesse, elles se décalquent sur le patron fugitif de ses pensées.

Changent-elles d'atmosphère fluidiquc ? Se détachentelles d'un être pour en obséder un autre? — C'est une mutation de forme instantanée, leur nature simiesque se pliant aussitôt à la ressemblance de leur nouveau père nourricier. Pour se coaguler et prendre une figure visible, elles empruntent à ce dernier la substance biologique requise : aussi l'être obsédé ressent-il une subite impression de froid pénétrant, et même a-t-il conscience d'une déperdition vitale assez notable.

Tel est le cas du médium qui s'efforce de produire en public des fantômes astraux. Son vouloir étant habile à modifier l'aspect de ces coagulats, il sait, pour peu qu'entraîné convenablement, les revêtir de toutes les formes qu'il arrête en son imagination. Faire apparaître une main, un pied, une tête, l'apparence d'un animal, ou même celle d'objets de toute autre nature, telsqu'un meuble, une carafe, un bouquet, — tout cela, pour certains médiums extraordinaires, n'est qu'un jeu.

Cette magie des transmutations touche de très près, d'une part aux mystères de la Lycanthropie, de l'autre à ceux de la Palingénésie; une nuance seule l'en distingue: les phénomènes de palingénésie et de lycanthropie se réduisent à des modalisations du double élhéré d'un animal ou d'une plante ; tandis que le corps astral n'est pas acteur, mais instrument, dans l'esquisse des formes extérieures par coagulation d'une larve ; il joue seulement (comme l'indique son nom de médiateur plus-

tique) y un rôle d'intermédiaire entre la volonté du médium et l'être lémurien qui constitue l'appendice fluidique de celui-ci.

Les médiums de cette force ne sont pas légion. Le plus grand nombre se contente de transsuder une certaine dose de force psychique et d'en saturer leur nimbe, où les Indigènes de V Astral (dont nous parlerons bientôt) viennent se manifester et s'ébattre. Les Elémentaux, — et très rarement les Élémentaires, — qu'attire ce bain de vie extravasée, entrent alors en communication avec les assistants et se mettent volontiers en dépense de phénomènes fluidiques. Parmi ces Invisibles, il en est pourtant de plus avisés et de moins prodigues, qui, n'ignorant pas ce qui se consume de force nerveuse en de pareils jeux, ménagent le médium, aux fins de ne point tarir en lui la source complaisante où leur sensualité s'abreuve. Ils en jouissent le plus longtemps possible, mais ils n'ont garde d'en abuser; et, pour prolonger le plaisir, divertissent le cercle des badauds spirites par d'interminables confidences, dont (de la meilleure foi du monde) l'imaginative réactionnée du « truchement des esprits » fera tous les frais : et le médium-écrivain de faire crier sa plume, et le médium à incarnations de multiplier ses pantomimes et ses ventriloquies, au cours de séances qui n'en finissent plus ! ... Du reste, il est présumable que les Invisibles venus du dehors ne négligent point eux-mêmes, pour obtenir des « effets physiques », de mettre à profit les Larves qui peuplent le nimbe hospitalier de l'Évocateur.

La plupart des médiums, procédant par objectivait

tions de Larves ou par évocation des Élémentaux (consciente ou non), en sont quittes pour un peu de fatigue, sauf à payer chèrement un jour pareille collaboration . Quelques rares, en qui l'on peut voir d'intuitifs occultistes, ne procèdent que par sorties en corps astral, partielles ou complètes. Plutôt que subir l'esclavage du pauvre possédé que les Larves dévorent tout vif; plutôt même que d'appeler à l'aide les capricieux génies des éléments, ils préfèrent prendre sur soi les frais dynamiques et les dangers immédiats de l'expérience, — quitte à tomber, celle-ci durant, en condition seconde on même en catalepsie (i). Ils réalisent ainsi des apports d'objets matériels, et parviennent à distendre leur sidéralité jusqu'à produire tous les phénomènes ubiquitaires, — où sans doute excelleront toujours les magiciens noirs et les passifs de la médianité, qui ne vont pas sans le déploiement de toute une légion de Larves ou d'Élémentaux.

Mentionnerons-nous ici ces prétendus médiums dont le talent se réduit à des subtilités d'escamoteur? On ne saurait trop se mettre en garde contre ces faussaires, ingénieux à toutes les contrefaçons phénoméniques.

Uappellerons-nous la manie commune à tant de médiums excellents, qu'on voit compromettre l'évidence de

[i \ Beaucoup de médiums et de magiciens no peuvent extérioriser leur force, même partiellement, sans perdre connaissance et offrir les symptômes de la catalepsie : c'est ce que les fakirs de l'Inde appellent dormir du sommeil des Dieux ou dpi Esprits. — D'autres ne tombent dans cette phase léthargique, que s'ils réalisent la projection intégrale de leur sidéralité.

faits probants à coup sur, par un déplorable mélange avec des phénomènes impudemment et parfois grossièrement simulés? Nous avons fait ailleurs (1) nos réserves à ce sujet, en démêlant la vraie cause d'un charlatanisme aussi fréquent: elle réside dans la superbe obstinée de ces glorieux, qui, mettant leur amour-propre à donner le change sur une maladie où ils voient leur maitrise, se trouvent acculés à la supercherie et contraints de suppléer tant bien que mal aux intermittences de cet Agent qui les épuise, et qu'ils appellent leur forée.

Il est à propos de faire observer, en effet, que la faculté d'extériorisation fluidique n'est point normale chez l'homme, à son présent degré d'évolution. Cette faculté tout exceptionnelle se développe spontanément, ou s'acquiert par la persévérance de l'effort. Spontanée, on doit y voir l'effet d'une maladie véritable, qui se trouve déjà mentionnée au précédent tome (2), et dont nos lecteurs doivent comprendre à cette heure la cause et l'origine probables.... Maladie fort enviée, en tous cas, et volontiers contrefaite de ceux qui n'en sont pas atteints.

Pour un médium conscient et volontairement actif; pour dix médiums loyaux et surs qui sont strictement passifs, l'on rencontre peut-être trente industriels douteux et cinquante escamoteurs sans vergogne.

(I) Le Serpent de ta Genèse, tome I (le Temple de Satan), pages 121- 122. — Il est juste «l'avouer, pourtant, qu'on voit de bons médiums tricher d'une manière inconsciente et en parfaite candeur d'âme. iCf. le récent livre de M le colonel de Rochas, l'Extériorisation de la Motricité, Paris, Chamuel, 1 SUC. in-8').

yt) Ibid., p. 399.

Tel est, au surplus, le cachet des phénomènes non simulés, qu'un observateur d'expérience ne parvient à s'y méprendre qu'en y mettant de la bonne volonté.

Explorateur, en ce chapitre, des arcanes de la solitude, nous avons particulièrement insisté sur la nature déconcertante des Larves fluidiques, calamileuses compagnes de tout humain qui s'entète, insociable et fanatique, à vivre dans l'isolement. La voix unanime des premiers siècles chrétiens nous désigne la Thébaide comme la patrie légendaire des apparitions et des mirages : et la célèbre eau-forte où Jacques Callot a buriné la Tentation de Saint-Antoine ferait un pendant fort convenable à la planche pittoresque et malheureusement assez rare du Sabbat des Sorciers, dont Pierre de Lancrc illustra la seconde édition de son Tableau de l'Inconstance des Mauvais anges (Paris, Buon, 1613, in-4°).

Les Larves sont, par excellence, les spectres de la solitude.

Mais au royaume de l'Astral pullulent d'autres races d'êtres spirituels ou pseudo-spirituels, susceptibles de se manifester transitoirement ici-bas, par le ministère du médium.

Les uns sont, pour ainsi dire, les indigènes de /' Astral; d'autres n'y séjournent que de passage. Quelques-uns n'y paraissent qu'à titre exceptionnel, en missionnaires, ou comme ambassadeurs. 11 sera traité de chacun en son lieu. Pourtant, dès cette heure, une classification sommaire ne semble point hors de propos.

Los principaux Indigènes de l'Astral (i) sont: 1° les Mirages errants, — 2° les Élémentau.v} — 3° les fllémentaires, — 4° les Ombres, — et 5° les mauvais Daimones. L'on peut aussi ranger dans cette classe les vivantes créations de l'Intelligence et de la Volonté humaines, savoir: les Concepts vilalisés, la plupart des Puissances collectives et les Dominations Ihéurgiques (faux dieux).

Les Passagers de l'Astral sont les Ames humaines, s'il est permis de dire, en instance d'incarnation.

Les êtres enfin qui ne paraissent dans ce royaume inférieur de la nature que pour accomplir une mission, sont les Ames glorifiées et les Anges célestes.

I. — L'apocryphe des Oracles de Zoroastre vaticine d'un feu bondissant, configuratif et plastique; d'un feu plein d'images et d'échos, et encore d'une lumière qui abonde, rayonne, parle et s'enroule (2). Voilà bien ce fluide astral, intarissable en Mirages errants. — Pas un être ayant eu vie, pas un fait accompli jadis, pas un verbe proféré, pas une passion ayant dardé son éclair au ciel psychique, qui n'aient laissé leur trace vécue, leur

(1) Nous voulons dire V Astral proprement dit ou inférieur, car il faut s'entendre. — Certains adeptes de la Science généralisent le terme «Astral », jusqu'à y comprendre les régions mystérieuses ou liabitent les Réintégrés, dans l'irradiation plus subtile de la Lumière de gloire.

(2) « Ignis simulacrum saltatim in aère in tumorem extendens : — veletiam ignem in figurât uni unde vocem currentem — Yel lumen abundans. radians, streperum, convolutum... » (Trinttm mngicum. Franco!"., 1629, in-12, Oracula Chaidîeoruni ; U(rmones,sacrifiriaf page 344). — Cf. V. l'atricii Magiam philosophiram, (Hamburgi, 1!>03, in-8, fol 44).

reflet sonore, leur image ou leur écho dans cet infini réceptacle des témoignages du passé, mouvant miroir où s'incruste en traits de feu le contour des êtres et des choses jadis réfléchis. Tel est ce mystérieux Livre du Jugement dont parle l'Écriture, et qui sera manifesté grand ouvert à l'heure suprême, pour que chacun puisse lire, au cours de sa propre vie écoulée, le brevet de son triomphe ou la sentence de sa condamnation. Mais ce livre, clos aux regards profanes, les enfants de la Sagesse ont licence de le feuilleter à loisir.... Fantômes des êtres, des choses, fantômes des événements aussi (1), les mirages errants s'y déroulent en suite confuse d'hiéroglyphes, que les adeptes et les voyants ont toujours su évoquer et rétablir dans l'ordre normal : le grand labeur est ensuite de les interpréter et de les rendre en un texte hiératique, où se révèle le passé, s'explique le présent et se motive l'avenir !

Voilà pour les Mirages errants : simples images fluidiques (2), impersonnelles, inconscientes.

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