‹ Essais de Theorie et d'Histoire LitteraireChapitre 12 sur 38 · DE LA PREMIERE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIERE ÉDITION

Si dans tous les temps il est difficile de faire accepter du public une œuvre de théorie littéraire, jamais la difficulté n'a été ni plus grande ni plus évidente qu'aujourd’hui. Les esprifs, tournés vers d'autres pensées, absorbés par d'autres préoccupations assurément fort légitimes, demeurent indifférents à ces questions, dont le principal avantage, si l’on ne considère que la vérité, dont le principal inconvénient, si l’on ne songe qu’au succès, est de ne toucher en rien aux passions et aux luttes des partis, bien quelles se rattachent par des liens nécessaires aux intérêts permanents des sociétés.

Il est toutefois, même aux époques les plus tourmentées, des hommes voués par nature ou par sagesse aux études calmes et désintéressées, qui, sans être insensibles aux graves émotions que les événements font naître, s’efforcent d’établir en eux une paix d’autant plus profonde qu’il y a autour d’eux plus de mouvement et de bruit, et poursuivent avec amour la recherche du vrai au milieu des mobiles erreurs et des tumultueuses agitations de la foule.

C’est à ces hommes que je m’adresse; c’est à eux que j'offre ces pages écrites dans la solitude et le recueillement ; c’est sur leur attention, et même, j'ose l’avouer, sur leur sympathie que je compte, n’ayant pensé qu’à eux dans mon travail, parce que je savais qu’eux seuls auraient le loisir ou la volonté d’y jeter un regard.

Je n’essaierai pas d’expliquer ici les intentions qui m’ont guidé : elles doivent ressortir naturellement de tout l’ensemble de cet ouvrage. Je ne tenterai pas non plus de justifier le dessein que j’ai formé, et accompli selon mes forces, d’écrire un livre sur une matière en apparence si usée, et cependant toujours si neuve : ceux qui m’auront lu pourront seuls dire si j’ai bien ou mal fait de l'entreprendre.

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