PAR SON FRÈRE QUINTUS
Vous possédez sans doute tous les moyens de réussir que peuvent donner l'esprit , l'expérience et l'étude ; cependant notre amitié m'impose, je crois, le devoir de vous soumettre les idées que m'a inspirées une méditation assidue sur votre candidature. Je me propose, non de vous rien apprendre de nouveau, mais de vous présenter rassemblées sous un seul point de vue , et dans un ordre raisonné, des choses qui, dans la pratique, semblent sans liaison entre elles et multipliées à l'infini (r).
Quelle est cette cité ? — Que demandez-vous ? — • Qu'êtes-vous? chaque jour, en descendant au forum, méditez ces idées: je suis un homme nouveau (2); je demande le consulat; je suis dans Rome. L'éclat de votre éloquence doit surtout relever la nouveauté de votre nom. Le talenta toujours obtenu dans Rome une grande considération ; et l'homme jugé digne de défendre des accusés consulaires ne peut-être jugé indigne du consulat. Puisque cette gloire est l'origine de votre
io8 DE PETIÏIONE CONSULATUS.
niam ab hâc laude proficisceris , et, quiclquid es, ex hoc es; ità para tus ad dicendum venito , quasi in singulis causis judicium de omni ingenio futurum sit. Ejus facultatis adjumenta , quae tibi scio esse seposita , ut parata ac promta sint, cura ; et saepè, quae de Demosthenis studio et exercitatione scripsit Demetrius, recordare. Deindè et amicorum multitudo et gênera appareant. Habes enim ea, quae novi habuerunt; omnes publicanos , totum fere equestrem ordinem , multa praetereà municipia, multos ab te defensos cujusque ordinis, aliquot collegia : praetereà studio dicendi conciliatos plurimos adolescentulos, quotidianam amicorum assiduitatem et frequentiam. Haec cura ut teneas commendando, et rogando, et omni ratione efficiendo , ut intelligant, et qui debent tua causa , referendae gratiae ; et qui volunt, obligandi tuî tempus sibi aliud nullum fore. Etiam lioc multum videtur adjuvare posse novum hominem, hominum nobilium voluntas, et maxime consularium. Prodest , quorum in locum ac numerum pervenire velis , ab his ipsis illo loco ac numéro dignum putari. Hi rogandi omnes sunt diligenter , et ad eos allegandum ; persuadendumque est iis, nos semper cum optimatibus de republicâ sensisse , minime populares
élévation , et que vous êtes par elle tout ce que vous êtes , présentez-vous constamment préparé à parlei' aussi bien que si chaque occasion devait offrir l'épreuve décisive de votre mérite. Les ressources que vous vous êtes, je le sais, ménagées dans cet art, tenez-les toutes prêtes et assurées au besoin ; et rappelez-vous souvent ce qu'a écrit Démétrius des études de Démostbène et de ses exercices assidus (3). Faites paraître ensuite le nombre et la qualité de vos amis. Plus heureux qu'aucun homme nouveau (4) , vous avez pour vous tous les publicains , l'ordre équestre presque entier, beaucoup de villes municipales f5), plusieurs corporations (6), tant de personnes de tous les ordres défendues par vous, une foule de jeunes gens que vous attache l'amour de l'éloquence, enfin des amis nombreux et assidus chaque jour près de vous; votre soin doit être de conserver ces avantages, et, par les prières , par les recommandations , par tous les moyens possibles, de persuader à ceux qui veulent vous servir et à ceux qui le doivent, qu'ils ne trouveront aucune autre occasion , les uns de vous prouver leur reconnaissance, les autres d'acquérir des droits à la vôtre. Rien ne seconde plus efficacement un homme nouveau que l'assentiment des nobles (7) , et surtout des consulaires. Il importe que les personnages au nombre et au rang desquels vous voulez parvenir, vous jugent digne de ce rang et de cette association. Il faut les solliciter vivement et les faire solliciter en votre faveur. Il faut leur persuader que , pour nos sentiments politiques (8),
1 1 o DE PETIÏIONE CONSULATUS.
fuisse : si quid locuti popiilariter, id nos eo consilio fecisse, ut nobis Cn. Pompeium adjungeremus, ut eum, qui plurimum posset, aut amicum in nostrâ petitione haberemus , aut certè non adversarium. Praetereà adolescentes nobiles , élabora ut habeas, vel ut teneas, studiosos tuî quos habes. Multùm dignitatis afférent. Plurimos habes : perfîce, ut sciant, quantum in his putes esse. Siadduxeris, ut ii, qui nonnolunt, cupiant , plurimum proderunt.
IL Ac multùm etiam novitatem tuam adjuvat quod ejusmodi nobiles tecum petunt , ut nemo sit, qui audeat dicere , plus illis nobilitatem, quàm tibi virtutem prodesse oportere. Jam P. Galbam, et L. Cassium, summo loco natos, quis est, qui petere consulatum putet ? Vides igitur amplissimis ex familiis homines, quod sine nervis sint, tibi pares non esse. At Antonius et Catilina molesti sunt. Immo homini novo , industrio , innocenti, diserto, gratioso apudeos quiresjudicant, optandi competi tores ; amboà pueritiâ sicarii, ambo libidinosi, ambo egentes. Eorum alterius bona proscripta vidimus, vocem denique audivimus jurantis, se
nous avons toujours été unis au parti des grands et très-éloignés de celui du peuple; que si jamais nous avons parlé dans le sens populaire, nous ne l'avons fait que pour nous concilier Pompée, afin qu'un homme d'un si grand crédit secondât le succès de notre candidature, ou du moins ne s'y opposât pas. Un suffrage ajoutera beaucoup à votre considération ; c'est celui des jeunes gens nobles : sachez vous les acquérir et conserver ceux qui déjà vous sont acquis. A ceux-ci, dont le nombre est considérable, faites connaître combien vous comptez sur leur appui; et si vous amenez à désirer votre élévation , ceux qui n'y sont point contraires , ils vous deviendront trèsutiles.
IL Homme nouveau , il vous est surtout avantageux d'avoir, pour concurrents, des nobles, dont personne n'osera dire que leur qualité doit leur servir plus qu'à vous votre mérite. P. Galba, L. Cassius, sortent du sang le plus illustre : quelqu'un sait-il , toutefois qu'ils prétendent au consulat ? Vous voyez donc combien vous sont inférieurs des hommes de la première naissance , mais dénués de moyens personnels. Antoine etCatilina vous effrayent-ils davantage? Bien au contraire, un homme actif (9) , habile, éloquent, irréprochable, vu favorablement de tous les juges, doit souhaiter de pareils compétiteurs; tous deux assassins dès l'enfance, ruinés tous deux, tous deux perdus de débauches. Nous avons vu vendre judiciairement les biens d'Antoine; nous l'avons entendu affirmer avec serment qu'il ne pouvait, dans
lia. DE PETITIONE CONSULATUS.
Romae judicio aequo cum homine graeco certare non posse : et ex senatu ejectum scimus. Optimâ verô censorum existimatione, in praeturâ competitorem hahuimus, amico Sabiclio et Panthera, cum, ad tabulam quos poneret, non habebat. Quo tamen in magistratu amicain, quam palam domi haberet, de machinis émit. In petitione autem consulatûs, caupones omnes hic compilare per turpissimam legationem maluit , quam adesse , et populo romano supplicare. Al ter vero, dii boni ! quo splendore est ! primum nobilitate eâdem : num majore ? non , sed virtute : quamobrem , Antonius umbram suam metuit; hic ne leges quidem. Natus in patris egestate, educatus in sororis stupris, corroboratus in caede civium ; cujus primus ad rempublicam aditus in equitibus romanis occidendis fuit. Nam ilHs , quos meminimus, GaHis, qui tùm Titiniorum, ac Nanniorum, ac Tanusiorum capita demebant , SulJa unum Catihnam praefecerat , in quibus ille hominem optimum Q. CaeciUum, sororis suae virum, equitem romanum, nullarum partium, cùm semper iiaturâ, tùm etiam aetate jam quietum, suis manibus occidit.
III. Quid ego nunc dicam, petere eu m consulatum, qui hominem carissimum populo romano,
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Rome , plaider à crédit égal contre un Grec ( i o) ; nous l'avons vu expulsé du sénat. Noté si avantageusement par les censeurs , il demanda la préture en même temps que vous (ii) : Sabidius et Panthera l'assistaient ; il n'avait pu trouver d'autres amis pour surveiller les scrutins (12). Préteur, il entretint publiquement chez lui une maîtresse acbetée dans la prison des esclaves. Candidat consulaire , il a mieux aimé piller toutes les bôtelleiies , en voyageant sous le prétexte bonteux d'une légation libre (i3) , que d'être à Rome et de solliciter les suffrages du peuple. De quel éclat , grands dieux ! brille votre autre rival! aussi noble que le premier, a-t-il plus de vertu? Non; mais plus d'audace. Antoine craint jusqu'à son ombre : Catilina ne craint pas même les lois. Né d'un père ruiné, élevé par une sœur adultère , c'est dans le carnage des citoyens qu'il a fait l'essai de ses forces , et son premier pas dans les affaires publiques a été le massacre des chevaliers romains. Créé par Sylla, seul chef de ces Gaulois dont nous garderons longtemps le souvenir, et qui égorgèrent alors les Titinius, les Nannius , les Tanusius; ce fut au milieu d'eux qu'il assassina, de ses propres mains, le mari de sa sœur, Q. Cœcilius , chevalier romain, homme irréprochable, étranger à tous les partis, dévoué en tout temps au repos par son caractère, et alors surtout par sa vieillesse.
IlL Dirai-je que cet homme qui vous dispute le consulat est le même qui, aux yeux du peuple, j)ro-
Il/, DE PETITIONE CONSULATUS.
M. Marium , inspectante populo romano , vitibiis per totam urbem ceciderit ? ad bustiim egerit? ibi omni cruciatu vivum lacérant ? stanti collum gladio sua dexterâ secuerit , cum sinistrâ capilliinri ejus à vertice teneret ? Caput siiâ manu tulerit, cùni inter digitos ejus rivi sanguinis Allèrent ? Qui posteà cum histrionibus et cum gladiatoribus ità vixit, ut alteros libidinis, alteros facinoris, adjutores haberet ? Qui nulluni in locum tàm sanctum, ac tàm religiosum accessit, in que non , etsi in aliis culpa non esset , tamen ex sua nequitià dedecoris suspicionem relinqueret ? Qui ex curiâ Curios et Annios , ab atriis Sapalas , et Carvilios, ex equestri ordine Pompilios, et Vatios sibi amicissimos comparavit ? Qui tantùm liabet audaciae, tantùm nequitiae, tantùm denique in libidine artis et efficacitatis , ut propè in parentum gremiis praetextatos liberos constuprarit ? Quid ego nunc tibi de Africâ, quid de testium dictis scribam ? nota sunt : et ea tu saepiùs legito. Sed tamen hoc mihi non praetermittendum videtur, quod primum ex eo judicio tàm egens discessit, quàm quidam judices ejus antè illud judicium fuerunt : deindè tàm invidiosus, ut aliud in eum judicium quotidiè flagitetur. Hic se sic habet, ut magis timeat, etiam siquierit, quàm ut contemnat , si quid commoverit. Quantô melior tibi
DE LA DEM4NDE DU CONSULAT. 1 1 j
mena par toute la ville, en le battant de verges, M. Marins, le citoyen le plus chéri du peuple; qui le traîna au monument de Catulus (r4\ et l'y déchira par les plus affreux supplices ; qui , saisissant d'une main les cheveux de l'infoi'tuné encore palpitant (i5), lui trancha la tête de l'autre main, et porta en triomphe cette tête, qui inondait ses doigts de ruisseaux de sang ? Le même qui , depuis, a toujours vécu parmi des histrions et des gladiateurs , ministres , les uns de ses débauches , les autres de ses forfaits ; qui n'a jamais abordé les lieux les plus saints, les plus vénérables, que sa perversité n'y fît naître quelque soupçon d'infamie , lors même qu'il ne s'y trouvait pas d'autre coupable que lui (i6)? Le même qui choisit pour amis, dans le sénat, des Curius et des Annius(i7); dans l'ordre équestre, des Vettius et des Pompilius ; et parmi nos clients ( 1 8), des Carvilius et des Sapala ? Le même enfin dont l'audace, la scélératesse, la profondeur dans l'art de corrompre sont telles, que ses débauches ont souillé des enfants nobles , presque dans les bras de leurs pères?... Parlerai-je de sa préture en Afrique (19)? des témoins entendus contre lui ? on a publié leurs dépositions ; relisez-les sans cesse. Mais, ce que je ne dois pas omettre, c'est qu'il est sorti de ce jugement aussi pauvre que quelques-uns de ses juges l'étaient avant de l'absoudre, et si odieux, que chaque jour on s'efforce de le remettre en jugement. Telle est enfin sa position, qu'il redoute plus de dangers en demeurant tranquille, qu'il n'en brave en exci-