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DE PETITIONE CONSUL ATUS

fortuna petitionis data est, quàm nuper homini novo C. Coelio ? Ille cum diiobus hominibus ità nobilissimis petebat , ut tamen in iis omnia pluris essent, quàm ipsa nobilitas : summa ingénia, summus pudor, plurima bénéficia , summa ratio ac diligentia petendi. Tamen eorum alterum Coelius, etiam cùm multo esset inferior génère, superior nullâ re penè , superavit. Quare si faciès ea , quae tibi natura , et studia , quibus semper usus es , largiuntur, quae temporis tui ratio desiderat , quae potes, quae debes,non erit difficile certamen cum iis competitoribus , qui nequaquam sunt tàm génère insignes quàm vitiis nobiles. Quis enim reperiri potest tàm improbus civis , qui velit uno suffragio duas in rempublicam sicas destringere ?

lY. Quoniam, quae subsidia novitatis haberes et habere posses , exposui : nunc de magnitudine petitionis dicendum videtur. Consulatum petis : quo honore nemo est, quin te dignum arbitretur; sed multi , qui invideant. Petis enim homo ex equestri loco summum locum civitatis; atque ità summum, ut forti viro, diserto , innocenti, multo ille idem honos plus amplitudinis , quàm caeteris afferat. Noli putare, eos, qui sunt eo honore usi, non videre, tu cum idem sis adeptus, quid

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tant une sédition. Combien vous êtes plus heureux que ne l'était naguère C. Célius ! Homme nouveau, il avait deux compétiteurs, dont la noblesse insigne faisait le moindre éclat; hommes d'un très-grand talent, de mœurs irréprochables, distingués pour leurs services, habiles et attentifs à tout dans leur candidature. Célius, cependant, l'a empoité sur l'un d'eux à qui il était bien inférieur par la naissance, et qu'il ne surpassait presque par aucun autre avantage. Si donc vous ne négligez aucun des moyens que vous donnent et la nature, et les études auxquelles vous avez consacré votre vie ; si vous faites ce que prescrit la conjoncture, ce que vous pouvez, ce que vous devez , vous lutterez avec avantage contre des compétiteurs moins illustres par leur brillante naissance, que fameux par leurs vices. Se trouverat-il en effet un citoyen assez pervers pour vouloir , par un seul vote, tourner à la fois deux poignards contre la république ?

IV. Après avoir exposé les avantages que vous possédez et ceux que vous pouvez acquérir pour rehausser la nouveauté de votre nom , je passe à l'impoi'tance de votre demande. Fous demandez le consulat : tous vous en jugent digne, beaucoup vous l'envient. Né dans l'ordre équestre , le poste auquel vous aspirez est le plus éminent de la république, et tel encore qu'il élève plus que toute autre personne, l'homme à la fois irréprochable, élo(|uent et courageux. Ne pensez point que la considération (pic vous promet le consulat échappe à ceux (\u'\ ont

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dignitatis habituriis sis. Eos vero , qui consiilaribus familiis nati lociim mfijorum coiiseciiti non sunt, suspicor tibi, nisi qui admodùm te amant, invidere. Etiam novos homines praetorios existimo, nisi qui tuo bénéficie vincti sunt, noUe abs te honore superari. Jam in populo quàm multi invidi sint , quàm multi consuetudine horum an-^ norum ab hominibus novis alienati , venire tibi in mentem certo scio. Esse etiam nonnullos tibi iratos, ex iis causis quas egisti, necesse est. Jam illud tute circumspicito, quod ad Cn. Pompeii gloriam augendam tanto studio te dedisti , num quos tibi putes ob eam causam esse amicos. Quamobrem cum et summum locum civitatis petas; et videas esse studia quae tibi adversentur ; adhibeas necesse est omnem rationem et laborem et diligentiam.

V. Et petitio magistratuum divisa est in duarum rationum diligentiam : quarum altéra in amicorum studiis, altéra in populari voluntate ponenda est. Amicorum studia beneficiis, et officiis, et vetustate , et facilitate , ac jucunditate naturae parta esse oportet. Sed hoc nomen amicorum in petitione latius patet , quàm in caetera vitâ. Quisquis est enim, qui ostendat aliquid in te voluntatis, qui colat, qui domum ventitet , is in amico-

déjà obtenu cette dignité. Quant aux rejetons de familles consulaires qui n'ont pas encore égalé les honneurs de leurs ancêtres, tous, je crois, hors ceux qui vous portent une affection extrême , sont jaloux de votre élévation. Parmi les hommes nouveaux parvenus à la préture , ceux que ne vous attache point la reconnaissance, répugnent également à se voir surpassés par vous en dignité. Dans le peuple même , vous n'ignorez pas combien vous avez d'envieux; combien de gens, par une habitude contractée dans ces derniers temps , sont peu portés en faveur des hommes nouveaux (20). Il est impossible encore que les causes que vous avez défendues ne vous aient pas fait quelques ennemis. Jugez enfin vous-même, si, par votre zèle extrême pour l'élévation de Pompée, vous ne devez pas craindre de vous être aliéné certaines peisonnes (1 1 ). Aspirant à la première charge de l'Etat , et instruit que bien des affections individuelles peuvent vous être contraires, il vous est indispensable d'unir la politique et la prévoyance à la persévérance et à l'activité.

V. Deux moyens de succès partagent les soins d'un candidat , le zèle de ses amis et la bienveillance du peuple. L'un est le prix des bienfaits , des services, de l'ancienneté des liaisons, de l'obligeance et de l'amabilité naturelle. Mais, dans la candidature, ce nom d'amis souffre une acception plus étendue que dans le reste de la vie : quiconque vous témoigne de la bonne volonté, de la considération, quiconque se montre fréquemment dans votre maison, doit être

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rum numéro est habendus. Sed tamen , qui sunt amici ex causa honestiore , cognationis , aut affinitatis, aut sodalitatis, aut alicujus necessitudinis^ his carum et jucundum esse maxime prodest. Deindè utquisqueest intimus, ac maxime domesticus, ut is amet, et quàm amplissimum esse te cupiat, valdè elaborandum est. Tùm ut tribules, ut vicini, ut clientes, ut denique liberti, postremo etiam servi tui : nam ferè omnis sermo ad forensem famam a domesticis émanât auctoribus. Denique instituendi sunt cujusque generis amici : ad speciem, homines illustres honore ac nomine, qui etiam si suffragandi studia non navant , tamen afferunt petitori aliquid dignitatis; ad jus obtinendum, magistratus ; ex quibus maxime consules, deindè tribuni plebis ; ad conficiendas centurias, homines excellenti gratiâ. Qui abs te tribum , aut centiiriam , aut aliquod beneficium , aut habeant, aut, ut habeant, sperent; eos prorsùs magnoperè et compara, et confirma. Nam per hos annos homines ambitiosi vehementer omni studio atque opère laborarunt , ut possent à tribulibus suis ea, quae peterent, impetrare. Hos tu homines, quibuscumque rationibus , et ex animo atque ex illâ summâ voluntate tui studiosi sint , elaborato, Quod si satis grati homines essent, haec omnia

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compté au nombre de vos amis. Mais rien ne sert davantage que d'être agréable et cher aux personnes que nous attache une cause phis respectable, telle que la parenté ou l'alliance, quelque liaison politique (22), ou quelque obligation. Plus ensuite un homme vous voit intimement et vous approche dans votre intérieur, plus vous devez tâcher qu'il vous aime et qu'il désire votre succès. Inspirez le même sentiment aux citoyens de votre tribu, à vos voisins, à vos clients, à vos affranchis, à vos esclaves enfin ; car notre réputation au forum émane presque entière de propos domestiques. Acquérez , en un mot, des amis de toutes les classes; pour l'éclat, des personnages qu'illustrent leurs noms et leurs dignités, et qui honorent leur candidat, lors même qu'ils ne travaillent point à lui obtenir des suffrages; pour être à l'abri de l'injustice , des magistrats, tels surtout que les consuls et les tribuns du peuple (aS); pour réussir auprès des centuries, des hommes qui y jouissent d'un grand crédit. Attachezvous et confirmez dans leur bonne volonté ceux qui peuvent payer (a/j), des suffrages de leur centurie, un bienfait qu'ils ont reçu ou qu'ils attendent de vous : car, de nos jours, des hommes accrédités sont parvenus, à force de soins et d'adresse, à pouvoir se promettre des citoyens de leurs tribus tout ce qu'ils leur demandent. Obtenez donc, par quelque moyen que ce soit , que de tels hommes vous servent de cœur et avec cette volonté efficacement prononcée. Si les hommes étaient aussi recoiniaissanls

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tibi parata esse debebant , sicut parata esse conficlo : nam hoc biennio quatuor sodalitates civium ad ambitionem gratiosissimorum tibi obligasti, M. Fundanii, Q. Gallii , G. Cornelii, G. Oicinini : horum in causis ad te deferundis quidnam eorum sodales tibi receperint et confirmarint, scio. Nam interfui. Quare hoc tibi faciendum est, ut hoc tempore ab iis, quod debent , exigas ; saepè commonendoj rogando , confinnando , curando ut intelligant, nulkuTi se umqiiam aHud tempus habituios referendae gratiae. Profecto homines et spe reHquorum tuorum officiorum, etiam recentibus beneficiis, ad studium navandum excitabuntur. Et omnino quouiam eo génère amicitiarum petitio tua maxime munita est, quod causarum defensionibus adeptus es ; fac ut plané iis omnibus quos devinctos tenes, descriptum ac dispositum suum cuique munus sit. Et quemadmodum nemini illorum moJestus nullâ in re unquam fuisti ; sic cura , ut intelligant , omnia te, quae ab illis tibi deberi putaris, ad hoc tempus réservasse.

VI. Sed quoniam tribus rébus homines maxime ad benevolentiam , atque ad haec suffragandi studia ducuntur, beneficio, spe, adjunctione animi, vel voluntate : animadvertendum est, quemadmodùm cuique horum generi sit inserviendum. Minimis beneficiis homines adducuntur, ut satis

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qu'ils doivent l'être, ces ressources vous seraient assurées. J'ose espérer même qu'elles ne vous manqueront pas, puisque, depuis deux ans, vous vous êtes acquis tous les gens attachés aux quatre citoyens les plus puissants dans nos comices , à M. Fundanius, à Q. Gallius, à C. Orcininus, à C. Cornélius [lo). J'étais présent, lorsque leurs amis vinrent vous confier leur défense : je sais à quoi ils s'engagèrent, et ce qu'ils vous garantirent. Vous devez aujourd'hui exiger d'eux qu'ils renqilissent leurs promesses : il faut les interpeller; les prier, les presser , et leur faire bien sentir qu'ils ne trouveront aucune autre occasion de se montrer reconnaissants. Le souvenir de ces services récents , l'espoir des services que vous pouvez encore leur rendre , les exciteront sans doute à secondei" votre demande. En effet, celle-ci est étayée principalement par les affections que vous concilie la défense des accusés. Efforcez-vous de bien distribuer et de faire bien remplir son emploi à chacun de ceux que vous avez obligés ; et si, jusqu'à ce jour, vous n'avez, comme je le sais, rien exigé d'eux , qu'ils sentent que vous avez réservé pour le moment actuel tout ce que vous pouviez attendre de leur reconnaissance.

VL Trois choses surtout nous acquièrent la bienveillance des hommes et les portent à briguer pour nous des suffi-ages : les bienfaits, l'espérance , l'affection volontaire ou née de la conformité de sentiments. 11 faut donc examiner comment on doit mettre en œuvre chacun de ces moyens. Les moindres

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causae putent esse ad studium suffragationis ; nedùm ii , quibus saluti fuisti , quos tu habes plurimos , non intelligant , si hoc tuo tempore tibi non satisfecerint , se probatos nemini umquam fore. Quod cùm ita sit, tamen rogandi sunt, atque etiam in hanc opinionem addiicendi, ut, qui nobis adhuc obligati fuerint , iis vicissim nos obligariposse videamur. Qui autem spe tenentur, quod gehus hominum multo etiam est diligentius atque officiosius : iis fac, ut propositum ac paratum auxiliuin tuum esse videatur : deniqiie ut spectatorem te suorum officiorum esse intelligant diligentem : ut videre te plané, atque aniinadvertere, quantum a quoque pioficiscatur, appareat. Tertium illud genus est studiorum voluntarium , quod agendis gratiis, accommodandis sermonibus ad eas rationes propter quas quisque studiosus esse tuî videbitur , significandâ ergo illos pari voluntate, adducendâ amicitiâ in spem faniiliaritatis et consuetudinis confirmari oportebit. Atque in iis omnibus generibus judicato et perpendito, quantum quisque possit, ut scias, et quemadmodùm cuique inservias , et quid à quoque exspectes, et postules. Sunt enim quidam homines in suis vicinitatibus , et municipiis gratiosi ; sunt diligentes et copiosi , qui etiam si anteà non studuerunt huic gratiae , tamen ex tempore elaborare ejus causa, oui debent aut volunt, facile

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services suffisent pour engager les hommes à seconder un candidat : à plus forte raison, ceux qui vous doivent leur salut ( et ils sont nombreux ) sentent que si, dans une occasion qui vous est personnelle, ils ne s'acquittent point envers vous, un blâme général les frappera sans retour. Il faut néanmoins les solliciter encore, et les induire à penser que vous pouvez, à votre tour, avoir des obligations à ceux qui vous en avaient eu jusqu'à présent. Ceux que vous attache l'espérance sont, de tous, les plus zélés et les plus actifs. Qu'ils vous voient toujours prêt et déterminé à les servir, toujours attentif aux soins qu'ils se donnent, toujours observateur exact, et juste appréciateur des services que chacun vou| rend. Quant à ceux qui, par choix, s'affectionnent à vous, employez, pour les confirmer dans cette disposition, et les remercîments, et les discours les plus appropriés aux motifs qui semblent déterminer chacun d'eux en votre faveur, et l'assurance d'une bienveillance réciproque, et enfin l'espoir de conduire cette première liaison jusqu'à l'attachement et l'amitié intime. Dans ces diverses classes d'hommes, discernez soigneusement ce que chacun peut faire, afin de savoir comment vous devez capter sa bienveillance, et ce que vous pouvez en espérer et en exiger. Il est des personnes très-accréditées dans leurs cités (26) et leurs municipalités; il en est d'autres pleines d'activité et de moyens, qui, sans avoir auparavant recherché ce crédit , peuvent néanmoins sur-le-champ s'employer efficacement })oin- le candi-

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possunt. His hominum generibus sic inserviendum est, ut ipsi intelligant, te videre, quid à quoque exspectes; sentire, quid accipias; meminisse quid acceperis. Sunt auteni alii, quid aut uihil possunt, aut etiam odio sunt tribulibus suis : nec habent tantùni animi, aut facultatis , ut enitantur ex tempore. Hos internoscas videto ; ne , spe in aliquo majore positâ, praesidii parum comparetur.

VIL Et quamquam partis et fundatis amicitiis fretum ac munitum esse oportet, tamen in ipsâ petitione, amicitiae permultae ac perutiles comparantur. Nàm in caeteris niolestiis habet hoc tamen petitio commodi, ut possis honestè, quod in caetera vitâ non queas, quoscumque velis , adjungere ad amicitiam ; quibuscum si alio tempore agas ut te utantur, absurde facere videare ; in petitione autem nisi id agas, et cum multis, et diligenter, nuUus petitor esse videare. Ego autem tibi hoc confirmo , esse neminem ( nisi ahquâ necessitudine competitorum ahcui tuorum sit adjunctus ) à quo non facile, si contenderis, impetrare possis ut suo beneficio promereatur, se ut âmes, et sibi ut debeas : modo ut intelligat, te magni aestimare, ex animo agere, benè se ponere, fore ex eo non brevem et suffragatoriam ,

dat, objet de leur gratitude ou de leur bienveillance: il faut les cultiver toutes , de manière qu'elles voient bien que vous savez ce que vous devez attendre de chacune d'elles, que vous sentez ce que vous en recevez, que vous vous rappelez ce que vous en avez reçu. Il est, au contraire, des êtres sans crédit, ou même odieux dans leurs tribus, dépourvus de l'énergie ou du talent nécessaire pour se rendre utiles dans l'occasion. Distinguez-les soigneusement, de peur de fonder sur eux une espérance trop étendue , à laquelle leurs faibles secours ue répondraient pas.

VIL Quoiqu'il soit nécessaire de se présenter assuré et soutenu d'affections déjà formées et consolidées, on peut néanmoins, dans la candidature même, acquérir des amis nombreux et utiles. Au milieu de tant de désagréments, cette position vous offre du moins l'avantage de pouvoir, sans honte, vous unir d'amitié avec qui vous voulez , ce que vous ne sauriez faire le reste de la vie. Vous paraissez absurde , en toute autre occasion, si vous prodiguez l'offre de votre amitié. Si aujourd'hui vous ne la prodiguez pas , et très-vivement , et à beaucoup de monde , personne ne vous croira au nombre des candidats. Or, j'ose l'affirmer, il n'est aucun honmie, s'il ne tient par quelque affection à l'un de vos compétiteurs, dont vous n'obteniez facilement, dès que vous vous y efforcerez, qu'il mérite , pour ses services, votre amitié et votre reconnaissance; il suffira qu'il pense que vous attachez un grand prix à ses bons offices, ({ue vous les ressentez sincèrement, qu'il les

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sed firmam et perpetuam amicitiam. Nemo erit , mihi crede, in quo modo aliquid virtutis sit, qui hoc tempiis sibi oblatum amicitiae tecum constituendae praetermittat : praesertim cùm tibi hoc casLis afferat , ut ii tecum pétant, quorum amicitia aut contemnenda, aut fugienda sit; et qui hoc, quod ego te hortor, non modo non assequi, sed ne incipere quidem possint. Nam quid incipiat Antonius homines adjungere , atque invitare ad amicitiam , quos per se suo nomine appellare non possit ? mihi quidem stultius nihil videtur, quàm existimare eum studiosum tui, quem non noris. Eximiam quamdam gloriam, et dignitatem, acrerum gestarum magnitudinem esse oportet in eo, quem homines ignoti, nidhs suffragantibus meritis, honore afficiant. Ut quidem homo nequam iners, sine officio, sine ingenio , cum infamiâ , nulHs amicis septus , hominem pkirimorum studio atque omnium bonâ existimatione munitum praecurrat , sine magna culpâ neghgentiae fieri non potest.

VIIL Quamobrem, omnes centurias multis et et variis amicitiis , cura , ut confirmatas habeas : et primum, id , quod antè oculos est, senatores, equitesque romanos , caeterorum ordinum navos homines et gratiosos complectere. MuUi homines urbani industrii , midti Hbertini in foro gratiosi

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place bien, et que, de cette occasion , doit naître une amitié solide et durable, et non point passagère et bornée au temps des comices. Non, il n'y aura personne, pour peu qu'il ait de sentiments honnêtes, qui laisse échapper cette occasion offerte d'acquérir votre amitié , surtout lorsqu'un sort favorable ne vous donne pour concurrents que des gens dont l'amitié est à mépriser ou à fuir, et qui, loin d'atteindre le but que je vous propose, ne peuvent même y prétendre. Comment Antoine essayerait-il de rechercher ses concitoyens , et de se les attacher, lors(ju'il ne })eut, de lui-même, les appeler par leurs noms ? Quoi de moins sensé que d'espérer qu'un homme que vous ne connaissez pas , s'empressera à vous servir? Pour faire porter aux honneiu's lui citoyen, par des gens qu'il ne connaît pas et dont on n'a point capté les suffrages en sa faveur, le comble de la considération et de la gloire, et les plus grandes actions suffisent à peine ; comment donc un homme méchant, inactif (26), noté d'infamie, pourrait-il, sans talent, sans crédit et sans amis, l'emporter sur vous qu'étayent le zèle d'un grand nombre d'hommes et l'estime de tous, si vous ne vous rendiez coupable d'une impardonnable négligence?

"VIII. Sachez donc vous assurer de toutes les centuries par des affections nombreuses et variées. Recherchez d'abord ceux qui sont le plus près de vous, les sénateurs, les chevaliers et les hommes actifs et accrédités dans les auti'es ordres de l'Etat. On trouve dans les tribus urbaines (27) beaucoup d'hommes

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navique versantiir, qiios per te, quos per communes amicos poteris siimere. Cura ut tuî cupidi sint : elaborato, appetito , allegato, summo beneficio te affici ostendito. Deindè habeto rationem urbis totius , collegiorum omnium, pagorum, vicinitatum. Ex iis principes ad amicitiam tuam si adjunxeris , per eos reliquam multitudinem facile tenebis. Posteà totam Italiam fac ut in animo ac memoriâ tributim descriptam comprehensamque habeas : ne quod municipium , coloniam , praefecturam , locum denique Italiae ne quem esse patiare , in qifo non habeas firmamenti , quod satis esse possit. Perquiras etiam et investiges homines ex omni regione , eosque cognoscas, appetas, confirmes; cures, ut in suis vicinitatibus tibi pétant , et tua causa quasi candidati sint. Volent te amicum, si suam à te amicitiam expeti videbunt. Id ut intelligant, oratione, quae ad eam rationem pertinet, abunde consequere. Homines municipales , ac rusticani , si nomine nobis noti sunt, in amicitiâ se esse arbitrantur : si verô etiam praesidii se aliquid sibi constituere putant, non amittunt occasionem promerendi. Hos caeteri , et maxime tui competitores ne norunt quidem : tu et nosti , et facile cognosces :

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liahilos, beaucoup traffranchis adroits et influenls aujorum. Ceux d'entre eux que vous pourrez gagner, soit par vous-même, soit par des amis comnuais. travaillez de toutes vos forces à vous les concilier; sollicitez-les, faites -les solliciter; témoignez-leur qu'ils peuvent vous rendre le service le plus important. Occupez-vous ensuite de la ville entière, de toutes les corporations, des villages, des hameaux voisins. Si vous y intéressez en votre faveur les personnages principaux, vous pourrez, grâce à leur influence, compter sur le reste des citoyens. Ayez ensuite toujours présentes à la pensée et à la mémoire, l'Italie entière et ses divisions, afin de ne pas laisser une municipalité , une colonie , une préfecture (28), un seul endroit enfin où vous ne vous assuriez un appui suffisant. Cherchez même , et découvrez des hommes de chacun de ces pays; faites connaissance avec eux , captez et affermissez leiubienveillance, afin([ue, parmi leurs compatriotes , ils sollicitent des suffrages , et se fassent , pour ainsi dire , candidats en votre faveur.[Ils vous désireront pour ami, dès qu'ils croiront fjue vous désirez leur amitié. Pour qu'ils n'en doutent pas, employez les discours les plus propres à le leur persuader. Les habitants des municipalités et de la campagne pensent être nos amis dès qu'ils nous sont connus de nom , et s'ils croient encore pouvoir s'assurer en nous un appui , ils ne manquent point l'occasion de le mériter. Les candidats, en général, et vos compétiteurs surtout, ne connaissent point ces hommes-là ; vous les coiniaissez

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sine quo amicitia esse non potest. Neque id tamen satis est, tametsi magnum est, si non conseqiiatur spes utilitatis atque amicitiae , ne nomenclator solum, sed amicus etiam bonus esse videare. Ita cùm et hos ipsos , propter suam ambitionem , qui apud tribules suos plurimum gratiâ possunt, tuî studiosos in centuriis babebis : et caeteros, qui apud aliquam partem tribulium propter municipii, aut civitatis, aut collegii rationem valent, cupidos tuî constitueris, in optimâ spe esse debebis. Jàni equitum centuriae multô facilius mihi diligentiâ posse teneri videntur. Primùm cognoscendi sunt équités; pauci enim sunt; deindè adipiscendi ; multo enim facilius illa adolescentulorum aetas ad amicitiam adjungitur. Deindè habebis tecum ex juventute optimum quemque , et studiosissimum humanitatis. Tùm autem quod equester ordo tuus est , sequentur illi auctoritatem ordinis, si abs te adhibebitur ea diligentiâ, ut non ordinis solùm voluntate, sed etiam singulorum amicitiis eas centurias confirmatas habeas. Tàm studia adolescentulorum in suffragando, in obeundo, nuntiando , in assectando mirificè et magna , et honesta sunt.

IX. Et quoniam assectationis mentio facta est, id quoque curandum est , ut quotidianâ cujusque

déjà, et vous aurez peu de peine à les connaître (29) parfaitement ; ce qui est essentiel pour vous les attacher. Mais, quoique important, cela ne suffit pas, si vous ne leur donnez l'espoir d'être affectionnés et servis par vous; si vous ne paraissez non-seulement bon nonienclateur (3o) , mais encore ami reconnaissant. Inspirant ainsi le désir de vous servir aux hommes qui ont du pouvoir sur quelque portion de leurs concitoyens , par des relations de municipalité , de cité (3 1 ) , ou de corporation ; et, en même temps, assuré, au sein des centuries , de ceux à qui l'expérience de la brigue donne un grand poids dans leurs tribus , vous pouvez concevoir des espérances bien fondées. Il vous sera, je crois , plus aisé encore de réussir auprès des centuries de l'ordre équestre. Il faut connaître (Sa) tous les chevaliers; ils sont en petit nombre; vous les attacher ; l'âge même des jeunes gens rend leur amitié plus facile à acquérir, et d'ailleurs vous rassemblerez sans peine autour de vous les sujets les plus distingués d'entre eux, et les plus amis de l'éloquence ; enfin, vous êtes vous-même chevalier, et tous voteront dans le sens de leur ordre, si vous avez soin de vous en assurer les centuries par l'affection de chaque individu, non moins que par le vœu de l'ordre entier. Et rien n'est plus utile à la fois et plus honorable que le zèle de ces jeunes gens qui escortent un candidat, et, parcourant les centuries, lui rapportent ce qui l'intéresse, etbriguent pour lui des suffrages. IX. Puisque j'ai j)ai'lé du cortège d'un candidat, j'observe (ju'il est indispensable fie rc'uiiir cIkuiug

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generis, et ordinis, et aetatis iitare. Nam ex eà ipsâ copia conjectura fieri poterit, quantum sis in ipso campo virium ac facultatis habiturus. Hujus autem rei très partes sunt : una salutatorum, quùm domum veniunt; altéra deductorum; tertia assectatorum. In salutatoribus , qui magis vulgares sunt , et hâc consuetudine , quae nunc est, plures veniunt, hoc efficiendum est, ut hoc ipsum minimum offîcium eorum tibi gratissimum esse videatur. Qui domum tuam venient, iis significato te animadvertere, et eorum amicis, qui illis renuntient , ostendito , saepè ipsis dicito. Sic homines saepè , quùm obeunt plures competitores, et vident unum esse aliquem qui haec officia maxime animadvertat, ei se dedunt , deserunt caeleros, minutatim ex communibus proprii, ex fucosis firmi suffragatores evadunt. Jàni illud teneto diligenter, si eum , qui promiserit , fucum (ut dicitur ) facere audieris, aut senseris; ut te id audisse, aut scire dissimules ; si quis tibi se purgare volet, quod suspectum esse arbitretur, affirmes te de illius voluntate nunquam dubitasse, nec debere dubitare. Is enim , qui se non putat satisfacere , amicus esse nullo modo potest. Scire autem oportet, quo quisque animo sit, ut et quantum cuiquc confidas, constituere possis.

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jour près de vous une multitude d'hommes de toutes les classes, de tous les âges, et de tous les ordres. Leur affluence est le pi'ésage de ce que vous trouverez de crédit et de partisans dans les comices. Trois sortes de personnes la composent : les clients qui viennent vous saluer chez vous; ceux qui vous conduisent au forum ; et ceux qui vous suivent partout. Aux premiers, qui prodiguent leur hommage à plus de monde, et qui, grâce à l'usage étabU, sont les plus nombreux, montrez que vous attachez un grand prix à cette légère marque de considération ; prouvez à tous ceux qui viennent chez vous, que vous les remarquez ; témoignez-le à leurs amis , qui doivent le leur redire; dites-le fréquemment à eux-mêmes. Souvent ainsi les hommes qui vont saluer plusieurs compétiteurs, s'ils en distinguent un plus attentif à leurs soins, se livrent à celui-là et abandonnent les autres ; et insensiblement, à leur hommage banal et peu sincère, succède, pour servir votre demande, un zèle exclusif et inébranlable. Si vous découvrez , ou si l'on vous fait apercevoir dans les promesses d'un client l'intention de vous tromper, ayez grand soin de dissimuler que vous le sachiez ou qu'on vous l'ait dit. Si quelqu'un veut se justifier, connue craignant de vous être suspect, affirmez que vous n'avez jamais eu , que vous ne devez point avoir de doute sur son affection; car jamais celui qui se croit soupçoimé par vous , ne vous sera sincèrement attaché. N'en cherchez pas moins à pénétrer les intentions réelles (le clia{[ne individu, afin d'y pro|)orlioniu'r volrc

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Jam deductorum officiiim , qiio majiis est, qiiàiii salutatorum , hoc gratins tibi esse sigiiificato atque ostendito, et , quoad ejiis fieri poterit, certis temporibus descendito. Magiiain affert opinionem , magnani dignitatem quotidiana in deducendo frequentia. Tertia est ex hoc génère assidua assectatorum copia. In eâ quos voUmtarios habebis, cura ut intelHgant, te sibi in perpetuum suinnio beneficio obligari. Qui autem tibi debent, ab iis plané hoc munus exige, qui per aetatem ac negotium poterunt , ipsi tecum ut assidui sint. Qui ipsi sectari non poterunt, necessarios suos in hoc munere constituant. Valdè ego te volo , et ad rem pertinere arbitror, semper cum multitudine esse. Praetereà niagnam affert laudem , et summani dignitatem , si ii tecum erunt , qui à te defensi , et qui per le servati, ac judiciis liberali sunt. Haec tu plané ab iis postulato, ut quoniam, nulla impensâ, per te alii rem, alii honestatem, alii salutem ac fortunas omnes obtinuerunt, nec aliud uUum tempus futurum sit ubi tibi referre gratiam possint, hoc te officio rémunèrent.

X. Et quoniam in amicorum studiis haec omnis ratio versatur : qui locus in hoc génère cavendus sil , praelermiltendum non videlur. Eraudis atque

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c'oufiance. Plus utiles que ceux qui se contentent de vous saluer chez vous, ceux qui vous conduisent au forum doivent recevoir le témoignage et la preuve que leurs services vous sont aussi plus agréables. Autant que vous le poiu'rez, descendez avec eux au forum à des heures réglées , l'affluence qui , tous les jours, y accompagne un candidat, ajoute beaucoup à sa dignité et à sa réputation, La troisième classe est celle des hommes qui vous escortent assidûment. A ceux qui le font volontairement , témoignez qu'un si éminent service vous inspire une éternelle reconnaissance. Exigez de ceux qui vous doivent cet office, qu'ils ne vous quittent jamais, autant que le permettront leur âge et leurs affaires. Quand ils ne pourront vous accompagner , qu'ils chargent de ce soin les personnes qui leur sont attachées. Je désire vivement , et je crois très-important pour votre succès (jue vous paraissiez toujours au milieu d'une foule nombreuse. Ce qui vous acquerra une gloire et inie considération innnenses , c'est que l'on voie autour de vous ceux dont vous avez défendu les causes , et qui vous doivent leur salut et leur absolution dans les tribunaux. Puisqu'ils ne peuvent trouver aucune autre occasion de vous prouver leur gratitude , demandezTleur franchement ce service, pour récompense unique d'avoir conservé gratuitement, aux uns l'honneur, aux autres la fortune et la vie.

X. Cette partie de la candidature dépend tout entière du zèle de nos amis : je ne dois donc point passeï- sous silence les précautions qu'elle exige. Par-

i38 DE PETITIONE CONSULATUS.

insidiarum , et perfidiae plena sunt omnia. Non est hujus temporis perpétua illa de hoc génère disputatio , quibus rébus benevolus et Simulator dijudicari possit. Tantùm est hujus temporis admonere. Summa tua virtus eosdem homines et simulare tibi se esse amicos , et invidere coegit. Quamobrem È7i:ij(^ap[xet'ov iUud teneto, nervos atque artus esse sapientiae , non temerè credere. Et cùm tuorum amicorum studia constitueris , tùm etiani obtrectatorum atque adversariorum rationes et gênera cognoscito. Haec tria sunt : unum ex iis, quos laesisti; alterum, qui sine causa non amant; tertium, quicompetitorum valdè amici sunt. Quos laesisti , cùm contra eos pro amico diceres , his te plané purgato : necessitudines commemorato, in spem adducito, te in eoruni rébus, si se in amicitiam contulerint , pari studio atque officio futurum, spondeto. Qui sine causa non amant , eos aut beneficio , aut spe , aut significando tua ergà illos studia futura, delinito, dans operam , ut de illâ animi pravitate deducas. Quorum voluntas erit abs te, propter competitorum amicitias, alienior, his quoque eâdem inservi oratione, quâ superioribus ; et, si probare poteris, te in eos ipsos competitores tuos benevolo esse animo ostendito. XI. Quoniam de amicitiis constiluendis satis

DE lA DEMANDE DU CONSULAT. 139

tout sont à craindre la ruse, les embûches, la perfidie. Ici sans doute serait déplacée l'interminable discussion des caractères auxquels on peut distinguer l'ami vrai du faux ami : il suffit, sur ce point, d'éveiller votre attention. L'excellence de vos vertus a forcé les mêmes hommes à vous porter envie et à feindre de vous aimer. Retenez-donc ce précepte d'Epicliarme :

Ne point croire légèrement Voilà le nerf de la sagesse (33).

Après vous être assuré les services de vos amis , il faut connaître les motifs et les diverses classes de vos ennemis et de vos adversaires. Vous en avez de trois sortes : ceux que vous avez offensés; ceux qui vous haïssent sans cause; ceux qui sont fortement attachés à vos compétiteurs. Auprès de ceux que vous avez offensés en plaidant contre eux pour un ami, excusezvous de bonne foi sur la nécessité où vous étiez d'agir ainsi; donnez-leur l'espoir, promettez-leur que, s'ils veulent devenir vos amis, vous soutiendrez leurs intérêts avec autant de zèle et d'activité. Pour guérir de leur prévention défavorable ceux qui vous haïssent sans cause, adoucissez-les par de bons offices, par des espérances, par l'assurance que vous chercherez à leur être utile. Les mêmes moyens vous serviront à l'égard de ceux que vous rend contraires leur amitié pour vos compétiteurs; montrez même pour ceux-ci de la bienveillance, si vous pouvez le faire avec quch^ue vraisemblance.

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