‹ Essais des matériaux hydrauliquesChapitre 5 sur 66 · RAMOLLISSEMENT SIMPLE · texte numérisé non relu

RAMOLLISSEMENT SIMPLE

Le mécanisme par lequel se fait le ramollissement des mortiers est assez intéressant et n'a été élucidé que tout récemment par des recherches effectuées par M. Maynard au port de La Rochelle. On pourrait supposer à première vue qu'en immergeant un mortier poreux dans une solution renfermant des sels métalliques et, en particulier, des sels de magnésie, comme dans l'eau de mer, les sels pénètrent à l'intérieur du mortier par diffusion et que la chaux est remplacée sur place par la magnésie. En réalité, il n'en est rien, au moins pendant un temps très long ; il ne se fait tout d'abord aucune pénétration de la magnésie dans le mortier comme le prouvent les analyses chimiques, et cependant la chaux disparaît.

Le mécanisme de cette réaction peut être suivi très facilement, comme je l'ai fait, en remplaçant les sels de magnésie par des chlorures ou des azotates d'oxydes colorés, tels que ceux d'argent, de mercure, de cobalt, de cuivre. On voit se former à la surface des briquettes de mortier, une croûte continue et très foncée de l'oxyde métallique, mais si on vient à casser la briquette même après plusieurs mois de séjour dans la solution, on ne voit aucune coloration appréciable à l'intérieur. Lachauxsediffused'une

DESTRUCTION DES MORTIERS

façon continue vers la surface où elle précipite l'oxyde ; cette couche d'oxyde de moins en moins perméable ralentit de plus en plus la réaction de la chaux sur le sel de la dissolution et, en tout cas, même si elle ne l'arrête pas complètement, elle la ralentit suffisamment pour donner à la chaux renfermée dans le centre des briquettes le temps de venir de très loin se diffuser jusqu'à la surface et empêcher ainsi la pénétration du sel métallique. Cet enlèvement continu de la chaux amène naturellement un ramollissement progressif du mortier. Au bout d'un temps suffisamment long, lorsque la totalité de la chaux libre est ainsi disparùe. il est probable que les sels métalliques commencent à pénétrer ; mais on n'a pas jusqu'ici d'expériences précises sur ce point.

Quand on mesure la perméabilité à la diffusion des mortiers par les procédés que nous indiquerons plus loin, on trouve, au contraire, que la pénétration des sels solubles employés comme réactifs se fait très facilement à l'intérieur du mortier. Cette non-pénétration n'a lieu que dans le cas où le sel employé réagit sur la chaux du mortier et, de plus, réagit en donnant naissance à un précipité.

DECOMPOSITION AVEC GONFLEMENT

Décomposition avec gonflement. — A

propos de l'extinction de la chaux, nous avons signalé le fait que son hydratation est accompagnée d'une diminution du volume absolu, mais, en même temps, d'une augmentation considérable du volume apparent; cette augmentation considérable de volume donne naissance à des forces qui peuvent être assez considérables pour amener la désagrégation du mortier. Cest d'ailleurs là un cas exceptionnel, car la plupart des réactions produites au contact de Teau donnent naissance à des phénomènes de sursaturation et ensuite de durcissement. Pour avoir des gonflements semblables, il faut ou bien des réactions très énergiques et très promptes comme l'hydratation de la chaux qui se produit avant toute espèce de dissolution, ou des réactions donnant naissance à des corps très peu solubles, de telle sorte que, dans ce cas encore, la sursaturation ne soit pas possible. Un fait surprenant dans ce gonflement des mortiers est de voir que des forces parfois très faibles suffisent à la longue à amener des gonflements très importants ; des mortiers possédant une résistance mécanique considérable finissent par céder devant des forces continues qui sont à peine observables.

La raison de ce fait se rattache à la difîérence

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de solubilité d'un corps soumis à des forces mécaniques ; une tension très faible mais continue sur un corps un peu soluble et mouillé amène la dissolution des parties en tension dont la solubilité est plus grande et la solution sursaturée ainsi produite recrislallise en donnant naissance dans les vides voisins à des cristaux de même nature, mais sans tension. Ladisparition progressive et continue de toutes les parties du mortier en tension amène nécessairement à la longue sa déformation, cette déformation se produit sous l'action des forces les plus faibles, mais la grandeur de la déformation est proportionnelle, dans un temps donné, à la grandeur de l'effort agissant. Au bout d'un temps très long, des efforts très faibles arriveront cependant à amener une désagrégation totale du mortier.

11 est vrai que cet accroissement de solubililé se manifeste également pour le corps qui développe les tensions, en particulier, dans le cas de l'hydrate de chaux. Celui-ci relativement très soluble se dissout pour recristalliser à côté et bientôt les lensions développées au moment de son extinction s'annulent d'elles-mêmes : il y a donc là deux faits simultanés et contraires : la déformation suivie de dislocation du mortier et Tannulation de la cause de destruction. Suivant

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