II INTRODUCTION
ployer une autre somme de cinq cents millions, afin de donner à sa marine une puissance égale à celle de toutes les autres nations maritimes réunies. Nous songeons nousmêmes, — le sentiment national en fait un devoir au gouvernement, — à augmenter le nombre des unités de notre flotte par des constructions nouvelles, et Ton se propose, paraît-il, de demander aux Chambres un subside extraordinaire de deux cents millions, sans qu^il nous soit permis de réduire le budget de la guerre, avec la perspective prochaine, au contraire, — et peut-être imminente, — de devoir, à notre tour, substituer un canon perfectionné à celui qui est en usage dans Tarmée, afin de ne pas nous trouver dans un état d'infériorité à regard de TAUemagne.
Ces charges, qui se renouvellent sans cesse, la science trouvant toujours de nouveaux et de plus formidables moyens de destruction, pèsent cruellement sur la situation économique de toutes les nations, vouées ainsi à un travail de Sisyphe qui, épuisant leurs ressources, doit fatalement engendrer la guerre ou l'anarchie . Voilà Tœuvre du grand chancelier; nous l'avons dit, et il nous sera permis de le répéter.
De son côté, TefFondrement de l'empire ottoman, catastrophe inéluctable et prochaine pour beaucoup de bons esprits, mettra l'Europe aux prises avec des difficultés qu'il ne sera pas aisé de résoudre pacifiquement. Ce grave problème diplomatique intéresse en effet l'équilibre général, déjà si instable depuis les récentes perturbations qui en ont si fortement ébranlé les bases. Nul État ne peut donc s'abstenir de veiller, pour sa propre sécurité, à la disparition d'une monarchie autrefois si puissante,
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laquelle en s'écroulant laissera un vide qui ne peut être comblé à Favantage des uns sans un sérieux préjudice pour les autres, quels qu'en soient les bénéficiaires.
Dans de semblables circonstances, il ne saurait être superflu d'attirer Tattention publique sur les événements antérieurs qu'il est toujours utile de bien connaître pour mieux envisager les éventualités futures. A ce titre, nous réunissons en ce volume des études sur la Turquie et sur rÉgypte qui ont paru dans la Revue des Deux Mondes; nous y ajoutons un travail comparatif sur le comte de Cavour et le prince de Bismarck, ces deux perturbateurs de la paix du monde qui n'ont pas peu contribué à créer la situation actuelle. On voudra bien nous permettre, à cette occasion, de présenter ici un tableau sommaire de cette éternelle question d'Orient qui s'impose périodiquement à l'attention des gouvernements européens ; nous en dirons le passé, nous l'apprécierons dans son état présent. Un long séjour dans le Levant nous autorise peutêtre, et en tout cas nous encourage à entreprendre cette tâche, sans autre prétention, d'ailleurs, que celle d'apporter un bien modeste contingent aux informations qu'il importe, en ce moment, de réunir et de propager en les mettant en pleine lumière.