VI INTRODUCTION
précédé, le traité d'Unkiar-Skelessi, en vertu duquel une armée russe vint camper sur les hauteurs de Constantitinople. Une clause finale stipulait que le Bosphore resterait ouvert à la marine moscovite pendant que les Dardanelles continueraient à être fermées aux flottes des autres puissances.
A aucune autre époque de son histoire, la Turquie n^avait couru de plus graves dangers ; jamais aucun vassal n^avait entrepris de ravir au sultan sa puissance souveraine ; jamais le chef de TEmpire n'avait dû confier à des mains étrangères, avec la garde de sa capitale, le soin de sa sécurité personnelle. Jamais non plus aucun gouvernement européen n'avait conquis sur la Porte une influence aussi prépondérante que celle dont la Russie pouvait, à ce moment, revendiquer le bénéfice.
Cet état de choses, en les alarmant, éveilla Fattention des autres puissances et provoqua leur intervention diplomatique. Ne pouvant s'abuser lui-même sur le caractère et les effets de la protection qu'il subissait, le gouvernement turc accueillit avec empressement les avis qui lui venaient de toute part; il consentit à conclure avec Méhémet-Ali un arrangement qui laissait le pacha en possession de la Syrie. Les Russes évacuèrent Constantinople, mais leur présence avait conquis à l'empereur Nicolas un prestige qui rejaillit sur son représentant en Turquie. Au palais, à la Porte, le crédit de cet agent
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diplomatique resta tout-puissant, dominant celui des agents des autres cours. C'est de cette époque que datent plus particulièrement les jalousies, les rivalités diplomatiques dont Constantinople n'a cessé, depuis, d'être le théâtre.
L'orgueilleux Mahmoud ne s'accommoda pas longtemps de l'accord conclu avec l'agrément et en quelque sorte sous la médiation des puissances. Il employa ses soins et toutes ses ressources à reconstituer son armée; et en 1839, se persuadant qu'elle était en état d'aborder et de vaincre les troupes égyptiennes, il engagea de nouveau la lutte. La rencontre eut lieu au pied du Taurus, à Nezib; fidèle à la fortune du vieux pacha, la victoire couronna la vaillance de ses soldats plus disciplinés et mieux commandés; Méhémet-Âli se retrouva, comme en 1833, maître des destinées de la Turquie.
L'Europe reprit l'alarme. Unie à l'Autriche, principale intéressée au maintien de l'empire ottoman, sinon à son entière intégrité, l'Angleterre résolut, en se concertant avec les autres puissances, de prendre des mesures collectives pour garantir la Turquie contre toute entreprise de Méhémet-Ali. Le cabinet britannique, qui avait pris l'initiative de ces négociations, s'en ouvrit avec celui de Saint-Pétersbourg. L'empereur Nicolas fit à ses propositions un accueil empressé et inattendu. II envoya à Londres un diplomate avisé possédant sa confiance, avec la mission de se prêter à tout arrangement, pourvu qu'il fût conçu de façon à atteindre rapidement le but que l'on se proposait. Il ne prévit pas qu'en prêtant son concours, en cette occasion, il s'exposait à abdiquer, entre les mains de l'Angleterre, l'influence souveraine qu'il exer-
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çait à Constantinople, due au succès de ses armes et à rhabileté de sa diplomatie; que, pour la reconquérir, pour ressaisir les sympathies des chrétiens d'Orient fort troublés par le secours qu'il avait accordé à la Porte, il lui faudrait, avant longtemps, courir les chances d'une guerre formidable.
Grâce à sa participation, l'accord s'établit rapidement à Londres, et on décida de faire emploi de la force pour restituer la Syrie au sultan, pensant mettre ainsi la Turquie à l'abri de toute nouvelle agression venant de son turbulent vassal ; on se réservait d'adopter d'autres dispositions s'il résistait aux résolutions des alliés de la Porte. On s'entendit sur cette double base à l'exclusion de la France, qui ne pouvait consentir, même éventuellement, à dépouiller Méhémet-Ali de l'Egypte dont il avait, avec notre assistance, relevé l'antique prospérité. L'Angleterre se chargea de l'exécution des mesures arrêtées à Londres ; elle déploya des forces maritimes considérables unies à de faibles contingents de troupes de débarquement turques et autrichiennes ; à l'aide de l'insurrection que de nombreux agents surent provoquer dans tout le Liban, les amiraux mirent rapidement en pleine déroute l'armée égyptienne, qui dut se réfugier sous le canon de Saint-Jean-d'Acre. Après ce premier succès, l'amiral Napier fut envoyé devant Alexandrie; il ouvrit, avec Méhémet-Ali, des négociations qui aboutirent à des préliminaires de paix devenus plus tard, par un nouvel accord de toutes les puissances, la France comprise, les bases de l'arrangement en vertu duquel l'Egypte a été constituée en vice-royauté au profit de son fondateur et de sa descendance.