‹ Essais divers (volume 2)Chapitre 3 sur 10 · PATRIARCHE D'ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

PATRIARCHE D'ALEXANDRIE

I. Un des caractères les plus essentiels de la religion chrétienne est cette unité de croyance qu'elle impose à tous les 6dèles, et qui est en effet le lien le plus propre à maintenir les hommes dans la vérité. Dès les premiers temps , il se trouva des esprits indociles qui refusèrent de se soumettre à la loi commune, et qui, se fiant moins à la tradition et à l'autorité qu'aux lumières incertaines de leur raison, tentèrent de pénétrer des mystères inaccessibles à l'intelligence humaine, corrompirent le dogme sous prétexte de Téclaircir, et s'exposèrent à ruiner l'Église en la divisant. Dès les premiers temps, dis-je, on vit des hérétiques* Mais ce fut

surtout au quatrième siècle que n'iglise, sortie vie-

toricusc de Téprcuvc sanglante des persécutions, se vit assaillie par ce genre d'ennemis, plus dangereux peut-être que ceux qui avaient fait couler le sang des martyrs.

C'est à cette époque que naquit saint Athanase, peu d'années avant la persécution de Dioctétien , qui fut la dernière , et juste h temps pour combattre dès sa naissance celle de toutes les hérésies qui devait compromettre le plus gravement l'unité de l'I^glise. Dieu, qui le destinait à cette lutte, avait mis en lui tous les dons de la nature et de la grâce nécessaires pour faire de lui un invincible défenseur de la vérité : un esprit juste et pénétrant, une éloquence naturelle, ferme, nourrie, et dont l'austère mais puissante simplicité est d'autant plus remarquable qu'elle tranche avec le goût singulièrement déclamatoire de son temps ; une foi ardente , une charité profonde, un christianisme mule et simple comme TKvangile, un cœur généreux et désintéressé , enfin une fermeté inébranlable , un courage paisible , et cet héroïsme de sang-froid qui résiste , sans se lasser, aux inquiétudes , aux dégoûts , aux obstacles les plus divers et les plus multipliés. A toutes les époques, dans toutes les circonstances, Athanase eut été un chrétien accompli, un saint

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évècpej une Ame apostolique : appelé dons ces temps difficiles à sauver Tintégrité de la foi, il en fut presque lui seul le soutien. Pendant quarantesix ans que dura son minis((>re , il n'eut d'autre intérêt que celui de l'orthodoxie, d'autres ennemis que ceux de Tf^^glise catholique. Opprimé, persécuté pour elle et avec elle , il en était pour ainsi dire le vivant symbole. Sa cause était si inséparable de celle de la tradition orthodoxe que les hérétiques le considéraient comme leur ennemi personnel. Leur haine mettait tout en œuvre pour le perdre, car il semblait que l'autorité de l'I^glise dAt périr avec lui.

Sans cesse en butte à leurs violences ou à leur malignité, obligé de s'y dérober par l'exil et de céder la place à ces ennemis aussi puissants qu'implacables, cet homme héroïque ne fléchit pas, ne se lasse pas, ne désespère pas de sa cause. u L'erreur passera, dit-il; la vérité seule est étern nelle. »

Cette haute confiance en Dieu, protecteur de son Église , cette foi persévérante , cette constance que rien ne peut vaincre, parce qu'elle vient de Dieu et de la foi, voilà ce qui distingue particulièrement saint Athanase entre tous les saints héros

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que l'Église propose à notre imitation. Beaucoup d'autres saints nous montrent les vertus que l'Évangile inspire dans les circonstances ordinaires ; mais ces vertus fortes , ce courage actif qui appartient aussi au chrétien et qui devient nécessaire dans les moments d'épreuve et de lutte, nul ne nous en offre un plus parfait et plus glorieux modèle.

II. Nous n'avons pas de détails précis sur l'origine et les premières années de saint Athanase, on sait seulement qu'il naquit, vers la fin du troisième siècle, à Alexandrie, de parents chrétiens. On raconte que la première année de l'épiscopat de saint Alexandre , en 312 , Athanase , encore enfant , jouait un jour sur le bord de la mer avec quelques compagnons de son âge ; ils imaginèrent de contrefaire les cérémonies du baptême, et le jeune Athanase^ qui remplissait le rôle d'évéque, baptisa en cette qualité quelques-uns de la troupe qui ne l'avaient pas encore été. L'évéque, qui avait observé ce jeu, approuva ce baptême, défendit de rebaptiser ces enfants , et retint dès lors Athanase auprès de lui pour le préparer au ministère de l'Église. Tel fut, dit-on, le commencement de sa vocation. Quoi qu'il en soit de cette anecdote,

qoi ne passe pas pour être très-authentique , il paraît certain néanmoins qu'Athanase se trouva, au sortir de Tenfance, attaché à la personne de Tévéque en qualité de secrétaire. Il étudia la gram* maire et la rhétorique , et acquit une certaine connaissance de la littérature profane; puis, renonçant aux sciences humaines, il se livra tout entier à Tétude des livres saints; et bientôt, pour mieux joindre à la doctrine la pratique des vertus chrétiennes, il quitta la ville, se rendit auprès du grand saint Antoine, dans les déserts du mont Coizim, et fut pendant plusieurs années son disciple. Il s'exerça dans cette retraite aux pratiques les plus austères de la vie ascétique , et les conserva toute sa vie. De retour à Alexandrie, il Tut ordonné par saint Alexandre, devint diacre de son église, et commença dès lors à écrire pour défendre son évoque contre le schisme de Mélèce. Vers la même époque il écrivit ses deux premiers ouvrages dogmatiques, le Discours contre les gentils et le Traité de r incarnation du Verbe, Il pouvait avoir environ vingt-trois ans. Ce fut alors qu* Arius commença à répandre dans T Église même d'Alexandrie Thérésie célèbre dont saint Athanase devait être le principal adversaire.

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III. En traçant Thistoire de saint Ambroise, j'ai dit ce qu'était Arius et j'ai essayé de bien faire comprendre en quoi consistait sa doctrine ' . Go fut eo 320 qu' Arius commença à porter le trouble dans l'Église. Saint Alexandre était alors évoque d'Alexandrie; homme d'une éminente piété et Tortement attaché à la doctrine apostolique, il eut peut être à se reprocher d'avoir usé dans le principe de trop de ménagements pour ramener Arius. Aussi rhérésie (it-elle de rapides progrès, et en peu de mois Arius comptait déjà parmi ses adhérents douze diacres, sept prêtres et jusqu'à sept cenls vierges. Il y avait dans Alexandrie un très-grand nombre de ces vierges consacrées à Dieu : l'éloquence du novateur, son esprit, peut-être aussi sa figure douce et imposante , lui donnaient sur cette sorte d'auditeurs un incroyable empire. Il entra en relation avec deux évéques, Secundus de Ptolémaïs, dans la Pentapole, et Théonas de Marmariquc, en Libye; ils furent gagnés à sa cause. Alexandre, moins fort dialecticien que saint évéque, avait eu le malheur de dire que pour les choses incompréhensibles de la religion il fallait faire le sacrilii e

• Voy. ci-de86U8, p. <0.

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de son esprit; Arius prenait de là occasion d'exercer tous les jours aux dépens de Tévéque sa verve railleuse, et de faire admirer sa subtile et brillante argumentation. A son exemple, plusieurs des prêtres qui dirigeaient les églises d'Alexandrie hasardèrent des opinions nouvelles , et bientôt ne se trouvant pas assez forts pour se faire chacun un parti, ils se rallièrent h Tbérésie naissante et confondirent leurs erreur.s avec les siennes. Jésus- Christ ne fut plus qu'une simple créature, mais une créature parfaite par laquelle Dieu avait créé toutes les autres. Le Verbe n'était donc ni éternel, quoique antérieur au monde , ni Dieu en réalité , mais seulement de nom. Telle était la doctrine qui se prêchait tous les jours dans plusieurs églises d'Alexandrie, devant des auditoires de plus en plus nombreux, de plus en plus enthousiastes. L'évéque s'aperçut enGn du danger qui menaçait l'Église; il fit venir Arius, le réprimanda, le somma de se rétracter. Sur son refus, il convoqua dans Alexandrie un concile de cent évéques des provinces d'Egypte et de Libye; les opinions nouvelles y furent examinées et solennellement condamnées; leur auteur fut déposé du sacerdoce, excommunié et chassé de rÉglise et de la ville avec tous ses partisans.

II ne manquait à Arius que Téclat d'une pareille condamnation pour devenir tout à fait un chef de secte. Il se cacha dans la ville , travaillant par luimême et par ses principaux adhérents à grossir son parti. EnGn , se voyant activement poursuivi , il se décida h sortir d'Alexandrie; mais ce fut pour répandre la contagion plus au loin. Il écrivit à tous les évoques d'Orient des lettres très-artiiicieuses et trèssoumises, leur exposant sa doctrine sous des couleurs avantageuses, ne la donnant que comme la réfutation de rhérésie sabellienne, et leur demandant humblement leur protection contre l'évéque d'Alexandrie. Il trouva un utile et zélé protecteur en la personne d'Eusèbe de Nicomédie, qui penchait déjà vers les doctrines qu* Arius venait de mettre au jour, et qui le recommanda aux évéques de Palestine. Ceux-ci l'accueillirent comme un homme injustement persécuté, prêtèrent l'oreille à sa nouvelle doctrine, lui permirent de la prêcher publiquement dans leurs églises , enfin lui offrirent leurs bons offices pour le réconcilier le plus promptement possible avec son évêque. De Palestine, Arius se rendit à Nicomédie, où se tenait la cour impériale; Eusèbe le présenta comme un homme extraordinaire; Constantia, sœur de Constantin et

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reoime de Tempereur Licinius, le vit, en fut charmée, et devint la plus ardente protectrice de sa doctrine. Arius fut alors regardé dans tout T Orient coDfime une victime de la jalousie de son év(>que. Sur les instances d'Eusèbe de Nicomédie, les ev«V ques de Palestine se déclarèrent hautement en sa favear, et Tun d'eux , le célèbre Kusèbc de Gésarée, plus recommandable du reste par son esprit que par sa foi , se chargea d'écrire le premier h saint Alexandre en faveur d' Arius et de ses opinions. Cette lettre était proprement une profession de foi de la doctrine arienne mitigée avec assez d'artifice pour écarter, s'il était possible, les scrupules de celui à qui elle était adressée. Mais le pieux évoque rejeta cette espèce de transaction qui cAt été dangereuse pour la foi orthodoxe, et, en réponse à la lettre d'Eusèbe de Césarée, qui avait été répandue dans tout l'Orient, il publia une lettre circulaire adressée aux évéques, et contenant la réfutation de l'hérésie. Un grand nombre d'évt^ques d'Asie et tous ceux d'Occident approuvèrent la foi exposée dans celte lettre, et condamnèrent Arius comme hérétique. Mais Eusèbe, de son côté, rompant toute mesure, convoqua, en Bithynie, tous ceux qu'il avait gagnés, et les réunit en une

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espèce de concile où la doctrine d'Arius fut proclamée seule orthodoxe. Ce fut là comme la déclaration de guerre. Celle démarche fut suivie d'un tumulte effroyable dans toutes les villes d'Orient, qui se trouvèrent divisées en deux camps. Arius allait préchant de ville en ville , répandant partout sa doctrine et la fureur de dogmatiser. Pour populariser ses opinions , il en fit un po6mc intitulé Thalie; c'était une sorte de cantique dogmatique, qui se chantait sur les mêmes airs que les chansons licencieuses qu'on désignait ordinairement sous ce nom. Il en fit d'autres à l'usage des mariniers, des artisans, des manœuvres, sur les airs les plus connus. Enfin il revint à Alexandrie, où sa présence souleva des émeutes journalières.

Cependant Constantin , devenu seul maitre de l'empire, faisait triompher partout la religion chrétienne. Il apprit avec douleur l'état déplorable où se trouvaient les églises d'Orient, et se rendit aussitôt à Nicomédie pour tAcher de rétablir la paix. Eusèbe s'empressa de le prévenir en sa faveur, et réussit aisément à tromper un prince qui avait plus de zèle que de lumières pour discerner Terreur de la vérité. L'évoque d'Alexandrie fut représenté

comme le seul auteur de tout le désordre. C'était lui, disait Eusèbe , qui, en provoquant des discussions oiseuses et en faisant d'une question de mots ane affaire de foi , avait jeté le trouble dans son église.

Le résultat de ces manœuvres fut une lettre que l'empereur adressa à la fois a Févéque et à Thérésiarque, les mettant tous deux au même niveau, leur distribuant à tous deux le blâme, les exhortant Tuu et l'autre à une prompte et sincère réconciliation .Cette lettre fut portée à saint Alexandre par le vénérable Osius, évéque de Cordoue, que Constantin avait amené avec lui d'Occident, et en qui il avait une entière conGance. Celui-ci vit de ses yeux la confusion qui régnait dans Alexandrie , l'audace des hérétiques et leurs pro** grès ; il prit une connaissance plus exacte de leur doctrine et assembla un concile ù Alexandrie pour les condamner ; mais il fallait une plus grande autorité pour abattre une faction déjà si puissante. Après avoir, dans ce concile, réglé quelques points de discipline et étouffé le schisme de Colluthus, qui s'était élevé à l'ombre de la grande hérésie, Osius retourna auprès de l'empereur. Ses discours et les lettres de saint Alexandre ne tardèrent pas à effa-

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cer les impressions produites parTartifice d'Eusèbe; Gonstanlin comprit que la chose était plus grave qu'on ne le lui avait fait croire , et que cette prétendue question de mots était d'un intérêt capital pour la religion. Il résolut de convoquer une assemblée générale de tous les évéques pour prononcer souverainement sur toutes les difficultés de dogme et de discipline et rétablir la concorde. Le lieu de cette grande assemblée fut fixé à ISicée , ville de Bithynie , assez voisine de Micomédie, où il faisait sa résidence. Des ordres furent donnés dans toutes les provinces pour fournir aux évoques tout ce qui leur serait nécessaire pour le voyage, et les transporter aux frais de l'empereur; le palais de Nicée fut préparé pour les recevoir.

IV. Ce fut le 18 juin de Tannée 325 que se tint la première séance. L'assemblée se composait de trois cent dix-huit évéques, venus de toutes les parties de la chrétienté ; la plupart vénérables par leur âge et leurs vertus , un grand nombre même ayant souiïert pour la foi dans les dernières persécutions et portant les glorieuses marques de leur dévouement. Outre les évéques, on y comptait beaucoup de docteurs et de théologiens, venus pour

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défendre OU combattre F hérésie. Enfin, cette réunion extraordinaire avait attiré à ^icée une afflaence considérable d'étrangers accourus de loin pour assister à ce grand spectacle. Parmi les païens, qui n'étaient pas les moins empressés, quelques- UDS se raillèrent des borgnes et des impotents de Nicée ; c'était ainsi quils désignaient les martyrs ; mais la plupart ne pouvaient se défendre d'une impression de religieux respect à la vue de cette héroïque assemblée. Quelques jours avant l'ouverture du concile , un de leurs philosophes se cou vertit soudainement h la voix du saint solitaire Spiridion, et sa conversion miraculeuse fit grand bruit. Ce fut sous ces auspices que s'ouvrit ce premier concile universel.

On s'occupa tout d'abord de Tarianisme. Arius comptait dans cette grande assemblée une vingtaine de partisans. Il parut lui-même, et exposa ses opinions avec son assurance ordinaire. Alors se mon* tra pour la première fois Athanase, encore tout jeune, et simple diacre de l'évoque d'Alexandrie. Ce fut lui qui eut la plus grande part h la réfutation de la doctrine d' Arius ; et parmi tant d'évéquei , on peut dire qu'il joua véritablement le premier rôle, et contribua plui que personne à la destruc-

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tion de Thérésie. Il fit voir combicu Arius rabaissait la religion chrétienne, puisque, selon lui, l'objet de r adoration des chrétiens ne serait qu'une créature, qu'un homme à peu près semblable aux autres. Il ajouta qu'en admettant ce Dieu créé , dépendant et diiïérent de Dieu le père , les ariens se rendaient même inférieurs aux Juifs et retombaient dans l'idolâtrie, puisqu'ils supposaient deux dieux. Tout le concile fut surpris de trouver dans un jeune homme tant d'éloquence et de doctrine. On était déjà peu disposé à favoriser l'hérésie, car la première fois qu' Arius avait exposé ses opinions , la plupart des Pères du concile s'étaient levés en tumulte, se bouchant les oreilles pour ne pas enteu* dre ses blasphèmes. Athanase acheva de convaincre et d'entraîner les esprits ; et les ariens , vaincus , conçurent dès lors cette haine furieuse qu'ils conservèrent toujours contre lui.

N'espérant plus se soutenir ouvertement, ils essayèrent d'échapper à la nécessité d'une rétractation , et de déguiser leur dissidence à la faveur de l'ambigutté des mots. Ils oiïrirent de reconnaître et de signer que le Verbe était Dieu, et de Dieu même; expressions qu'ils entendaient d'une façon particulière, et qui, dans leur pensée, s'appliquaient

aux créatures humaines. Cette interprétation subtile se Tondait sur les passages de T Écriture où il est dit que Dieu créa Thommc à sa ressemblance. n est vraisemblable qu'en proposant et en discutant cette formule, ils firent assez voir quel sens ils y attachaient ; les Pères du concile devinèrent leur artifice. On s'appliqua h écarter toute ambiguïté, h exprimer le plus clairement possible que le Fils ne fait qu'un avec le Père ; et ce fut dans une lettre d'Eusèbe de Nicomédie, le plus acharné défenseor d'Arius, qu'on trouva l'expression dont on fit choix.

Eusèbe disait dans cette lettre : u Si nous disons que le Fils de Dieu est incréé , par là même nous conressons qu'il est consubstantiel à son Père. » Ce terme de consubstantiel fut introduit dans le symbole, à la rédaction duquel prirent part Osius, Marcel d'Ancyre et Athanasc. Il ne restait plus qu'à prononcer solennellement la sentence , c'està-dire à accepter le symbole. Constantin voulut assister à cette séance décisive , pour donner plus de poids à un jugement qui pouvait être considéré comme celui de T Église entière. Il vint prendre place dans l'assemblée, sans gardes, accompagné seulement de ceux de ses ministres qui avaient ,

comme lui, embrassé le christianisme. Vôtu d'un hubit de pourpre et le front ceint d'une bandelette chargée de pierreries, par laquelle il avait remplacé la couronne de laurier depuis qu*il avait quitté Apollon pour Jésus-Christ, il s'assit au bout de la salle sur un siège d'or, mais plus bas que ceux des évoques, et se montra dans l'assemblée avec la dignité qui convenait au rang suprême, sans pourtant prendre la qualité de juge, se bornant au rôle de simple spectateur, et prêtant une oreille attentive à la discussion. En eflet, après un discours d'apparat qui fut prononcé par Eustathe d'Antioche, et auquel l'empereur répondit avec beaucoup de respect pour l'autorité de l'Église, la discussion recommença avec plus de chaleur et d'opiniâtreté que jamais. II est impossible d'imaginer tout ce qu'Eusèbe et ses adhérents inventèrent de difficultés et de subterfuges pour éviter de confesser la consubstantialité. On ne peut pas voir un plus curieux exemple de l'incroyable attachement qu'on prend pour une opinion quand une fois on s'est engagé à la soutenir. Enfin on en vint aux suffrages, et plus de trois cents évèques adoptèrent solennellement le symbole comme la seule profession de foi orthodoxe.

Outre l'exposé de la foi qu'on récile encore au-

jourd'hui dans Tordinairc de la messe, il contenait la condamnation formelle des principales propositions d'Arius; ses partisans refusèrent d'aLord tout d'une voix d'y souscrire , mais Constantin fit entendre qu'il veillerait au maintien de la doctrine établie, et qu'il fallait se soumettre ou renoncer à l'épiscopat. Dès le lendemain Ëusèbe de Gésarée vint signer sans restriction le symbole. L'autre Eusèbe, qui, dans toutes ces conjonctures, se montra le plus obstiné du parti, essaya encore de faire accepter une profession de foi qui revenait à peu près à celle qu'on avait adoptée , mais qui ne contenait pas le mot con substantiel ; on n'en voulut pas entendre parler. Découragés par ce dernier effort, placés entre l'acceptation pure et simple et une rébellion ouverte qui entraînait la déchéance , la plupart de ses partisans se rendirent; il ne resta plus avec lui que Théognis de Nicée, Théonas et Secundus de Libye. Il n'était pas encore à bout d'expédients; il oiïritde signer la profession de foi complète, mais déclara qu'il ne pouvait souscrire à la condamnation d'Arius, dont on interprétait mal, disait-il, les pensées et les intentions. Cet accommodement fut rejeté comme tous les autres. Enfin, le concile, voyant qu'il était impossible

de venir à bout de tant d'obstination , condamna Eusèbe et ses trois adhérents comme hérétiques y et les déposa ; Constantin prononça aussitôt contre eux une sentence d'exil. Il n'y avait plus de ressources ; il fallait subir Texil ou s'humilier ; les hérétiques préférèrent le dernier parti , espérant sans doute se ménager ainsi les moyens de recommencer leurs intrigues, comme ils y réussirent en effet. Arius, le premier, donna l'exemple; il demanda grftce , désavoua formellement ses erreurs , en fit une abjuration publique, se réconcilia avec l'Église, et fut même réintégré dans ses fonctions, à condition de ne plus retourner h Alexandrie. Secundus et Théonas, ses plus anciens et ses fidèles sectateurs, suivirent aussitôt son exemple et reçurent leur pardon. Enfin Eusèbe se trouvait seul avec Théognis de Nicée; obligé de renoncer à l'épiscopat , aux honneurs et aux affaires de la cour qu'il aimait passionnément, il fléchit, fit agir ses amis auprès de Tempereur, parvint à l'intéresser en sa faveur, et trompa môme les Pères du concile par les démonstrations du repentir le plus sincère. Il obtint sa grftce et celle de son dernier partisan , moyennant un désaveu solennel de tout ce qu'ils avaient soutenu avec tant de persévérance ; ils furent re-

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placés sur leurs sièges, quoiqu'on leur eAt déjà désigné des successeurs.

La grande aflaire du concile était terminée. Les dernières séances furent employées à régler divers points de discipline : Tordination et les prérogatives des évéques, celles des métropolitains , les mœurs des prêtres , les fonctions des diacres , la réconciliation des hérétiques, des apostats et des excommuniés, l'époque de la fête de Pâques, etc. Les décisions du concile furent rédigées en vingt canons qu'on envoya dans toutes les églises. Enfin, l'assemblée se sépara le 25 août ; les séances, toutes fort longues et très-remplies, avaient duré un peu plus de deui mois.

V. La paix semblait pour longtemps rétablie dans l'église d'Alexandrie. La suprématie du patriarche avait été formellement prononcée par le concile ; les méléciens avaient été condamnés ainsi que les ariens ; les uns et les autres se soumirent humblement, mais ils ne tardèrent pas à relever la tète. Mélèce mourut, et cet événement, qui semblait devoir éteindre son schisme, lui donna au contraire une nouvelle vigueur ; car au lit de mort il se choisit un successeur, et remit ses prétentions

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aux mains d'un nommé Jean, un de ses principaux sectateurs, plus ambitieux et plus entreprenant que lui-même. En même temps Eusèbe, demeuré à la cour et soutenu en secret par la sœur de l'empereur, travaillait à relever Tarianisme. Tel était Tétat des choses lorsque saint Alexandre mourut , cinq mois environ après son retour du concile. A ses derniers moments, il appela plusieurs fois Athanase à haute voix; celui-ci avait disparu. « Athanase, reprit le vieillard, vous pensez vous garantir par la fuite, mais la fuite ne vous garantira pas. » En effet, quoique absent , Athanase fut choisi par la voix unanime du peuple , et appelé malgré lui à ce ministère épiscopal qu'il redoutait avec tant de raison.

Cette élection fut un triomphe pour les catholiques et un coup de foudre pour les sectaires. Outre qu Athanase s'était assez fait connaître au concile de Nicée, on savait déjà que depuis plusieurs années c'était lui qui avait dirigé et soutenu le vieil évoque dans ses démarches contre l'hérésie. Les méléciens entrèrent en révolte ouverte, prétendirent que Télection avait été vicieuse, et remplirent toute l'Egypte de troubles. Eusèbe saisit celte occasion pour les rattacher h son parti; il

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leur envoya des députés pour s'entendre avec eux sur les n)oyens de perdre leur plus redoutable en* nemi, et dès lors, de schismatiques devenus hérétiques, les méléciens firent cause commune avec les ariens. Leur chef, accompagné de Vévéque de Pélusium et du moine Paphnuce, se rendit auprès de Tempereur pour accuser Athnnase. Us attaquèrent son élection , et de plus se plaignirent de sa tyrannie , à laquelle ils attribuèrent tous les désordres qui venaient d'éclater. Tous les jours on vit arriver à la cour de nouveaux ecclésiastiques d'Egypte, qui représentaient Athanase comme le perturbateur de T Église. Ils en vinrent bientôt à demander le rétablissement d'Arius dans Alexandrie, alléguant qu'il n'y avait aucune raison de l'en tenir éloigné puisqu'il avait souscrit à la foi de Nicée, que l'intolérance du nouvel évoque perpétuait seule la discorde, qu'il fallait l'obliger h recevoir un homme au retour duquel il ne s'opposait que par pure jalousie, que c'était enfin le seul moyen de contenter tout le monde et de rétablir la paix. Cette dernière considération était toutepuissante sur l'esprit de Constantin, qui était sincèrement affligé de toutes ces querelles; il écrivit à Athanase une lettre sévère en lui enjoignant de

recevoir Arius. Athanase répondit avec respect et fermeté; il n'eut pas de peine à faire comprendre que le rappel d' Arius ne pouvait être que trèsdangereux ; il fit voir en même temps combien son retour à l'orthodoxie paraissait peu sincère, à en juger par les efforts qu'il faisait, lui et les siens, pour reconstituer son parti; quant aux méléciens, il se plaignit fortement de leur insolence et dénonça leur union avec le parti d'Eusèbe. Constantin hésitait : les ennemis du patriarche crurent nécessaire défaire un nouvel effort; ils l'accusèrent d'avoir établi sur le peuple d'Alexandrie un nouveau tribut de robes de lin ; cette accusation fut aussitôt réfutée par deux de ses prêtres qui se trouvèrent alors à Nicomédie. Pour infirmer le témoignage de ces deux prêtres , ils prétendirent que l'un d'eux avait, par l'ordre d' Athanase, brisé un vase sacré chez un ecclésiastique. Enfin ils accusèrent le patriarche d'avoir fourni de l'argent à un certain Philumène pour se révolter contre l'empereur. Quelque mal appuyées que fussent ces calomnies, les accusateurs avaient néanmoins un grand avantage, c'était d'assiéger l'oreille du prince et de parler contre un absent. Athanase vint à Nicomédie, vit Tempereur, et dès lors se

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justifia sans peine. Constantin lui témoigna la plus

grande considération, conçut une haute estime

pour ses lumières et ses vertus, et le renvoya en

protestant qu'il l'avait appelé pour le voir et non

pour le juger. Cependant £usùbe s'était fort com*

promis ; ses intrigues avec les envoyés des mêlé-

ciens n'avaient pu rester cachées; il s'était enhardi

jusqu'à les recevoir et les loger chez lui; il fut

déposé, conformément à la sentence du concile, et

envoyé en exil ainsi que son Gdèle Théognis de

Nicée ; Arius et son principal disciple, encore une

fois vaincus, furent relégués en Illyrie.

YI. Cependant, trois ans s'étaient h peine écoulés que déjà les affaires avaient complètement changé de face : Eusèbc était rétabli sur sou siège épi* scopal, et Arius recommençait ses prédications. Ce prompt revirement marque moins la faiblesse du prince que le pouvoir d'une obsession journalière mOme sur les meilleurs esprits. Eusèbe et Arius Bvaient auprès de Constantin une protectrice adroite et zélée en la personne de Constantia. £lle sut peu â peu justifier l'évéque exilé, se porta garant do soQ orthodoxie, et finit par obtenir son rappel.

Eusèbe recommença aussitôt ses intrigues, mais

4U SAINT ATHÂNÂSE.

avec plus d'adresse et de secret. On en revint à cette histoire d'un ecclésiastique chez qui Âthanase avait fait briser, disuiton, un vase sacré. Ce prétendu ecclésiastique était un nommé Ischyras, de la Maréote, qui avait été ordonné parle schismalique Golluthus, et il qui le patriarche avait interdit les fonctions du sacerdoce ; on répandit qu'il avait été aflreusement maltraité. En même temps Ârsénius, évoque d'Hypsèle, ayant été obligé de fuir à cause d'un crime , se jeta aussi dans les bras des hérétiques ; ils le firent cacher et prétendirent qu'Athanase lui avait fait couper la main et l'avait fait mettre à mort. Ces deux accusations furent portées devant l'empereur, et on produisit même une main d'homme qui était , disait-on , celle de la victime. Obligé de se, défendre, Athanase fit chercher Arsénius, qui fut arrêté h Tyr , et reconnu par l'évéque môme de cette ville. L'autre calomnie fut déjouée par la rétractation d' Ischyras, et le patriarche fut justifié. On parvint cependant encore à obscurcir dans l'esprit de Constantin ce qui était si clair ; on obtint que lesévêqucs rassemblés en Palestine, à l'occasion de la dédicace du saint sépulcre , tiendraient un concile où serait examinée la conduite du patriarche d'Alexandrie.

SlIKT ITUAKISE. 115

Eusdbe a^aît tra¥aiilé loogtemps d^avance à se préparer ce triomphe ; il avait reooaé des iotelligences avec tous ses anciens adhérents, avait gagné de nouveaux évéques, avait fait renverser Eustathe d' Antioche et Eutrope d'Aodrinople , soos prétexte qu'ils étaient sabelliens, et les avait fait remplacer par des hommes du parti. Le concile se trouva composé de tous les évéques secrètement on notoirement attachés à l'arianisme. A leur tète figuraient les deux Eusèbe, Théognis, et tous ces évéques de Palestine qui avaient été les premiers protecteurs de Thérésie. Le concile fut réuni à Gésarée, c'est-à-dire dans une ville que son évéque empoisonnait depuis dix ans des doctrines et de Tesprit d'Anus ; en6n, pour que rien ne manquât à la violation des règles ecclésiastiques , le comte Denis fut appelé pour présider. Voilà devant quelle assemblée fut cité saint Athanase. Il refusa d'abord de s'y rendre; mais, songeant que c'était se mettre dans son tort, il céda, et demanda seulement que l'assemblée fût transférée à Tyr; ce qu'on fut obligé d'accorder. Il comparut escorté d'un grand nombre d'évéques de sa province, venus avec lui pour aider à sa justiGcation. On eut l'indignité de

le faire rester debout comme un coupable avéré ; il

it

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voulut récuser Eusèbc et quelques autres dont la haine contre lui était connue ; on ne tint pas compte de ses réclamations. On attaqua d*at>ord son ordination, son élection. Vint ensuite l'histoire d'Ischyras; les évoques de la Maréote prouvèrent la fausseté de toutes ces accusations. On produisit alors une prétendue vierge qui déclara que le patriarche lui avait fait violence; comme cette maU heureuse achevait sa déposition , un des prêtres venus avec Athanase se leva, et l'adressant à elle : u Gomment , lui dit-il , vous prétendei que je vous ai fait violence ? « ~ « Oui , s'écria-t-elle en le OMUitrant du doigt, c'est lui, je le reconnais. » Tous les assistants se mirent à rire ; Athanase et les siens insistèrent pour qu'on s'assurât de celte femme, et qu'on lui fit dire par qui elle avait été apostée ; mais ou l'avait déjà fait échapper. Les accusateurs osèrent pourtant poursuivre : ils s'écrièrent en tumulte qu'il y avait des crimes plus importants à eiaminer, et, tirant d'une boite une main desséchée» ils déclarèrent que c'était celle d'Arsénius qu'Athanase avait tué. Mais Arsénioa, depuis la première accusation, était revenu secrètement auprès du patriarche ; il parut avec ses deui tnains entière». Ce fut alors un bruit épouvantable

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dans l'assemblée; on cria qu'Athanase était un magicien ; Jean , le chef des méléciens , sortit farieux, et les antres, se jetant avec rage sur le patriarche, l'auraient mis en pièces si les soldats ne l'avaient arraché de leurs mains.

Comment l'assemblée osa-t-elle encore se réunir après tin pareil scandale? comment tonte cette affaire ne fut-elle pas écrasée sous le ridicule et Tindignation? C'est ce qu'on a peine h s'expliquer. Athanase s'était embarqué pour aller trouver l'empereur dans sa nouvelle résidence de Constantinople ; une fois parti, on le déposa, on lui interdit de retourner à Alexandrie; puis les mêmes évéques qui exilaient Athanase firent rentrer en même temps Arius dans le sein de l'Église. Constantin, prévenu par tout son entourage, avait consenti k voir Arius ; celui-ci lui présenta une profession de foi h peu près conforme au symbole, et l'empereur, convaincu de sa bonne foi, le recommanda luimême au concile.

Athanase, à son arrivée à Constantinople , demanda une audience h l'empereur, qui refusa de le voir. Il fut obligé de se placer sur son passage et obtint qu'on fit venir ses accusateurs, et qu'il lui fût permis de se justifier devant le prince. Lesévê-

ques du concile se contentèrent d'envoyer six d*entre eux, les plus animés et les plus artificieux. Ne pouvant plus soutenir les accusations précédentes, ils en imaginèrent une autre, et assurèrent qu'Athanase avait menacé d'empêcher qu'on ne transportât du blé d'Alexandrie à Gonstantinople. Eusèbe soutint cette accusation par serment, et cinq évoques d'Egypte, qui s'étaient laissé gagner, déposèrent contre leur patriarche. Soit crédulité, soit lassitude, peut-être aussi dans l'espoir de rétablir la paix en sacrifiant celui contre qui tout le monde semblait conspirer , Constantin confirma la sentence des évoques de Tyr , et condamna Athanase à l'exil. Il fut relégué à Trêves, dans les Gaules, où il fut reçu avec le plus grand respect par tous les fidèles et par Constantin, fils atné de l'empereur. Il y resta environ seize mois, depuis le commencement de février 33G, jusqu'au moment où l'on apprit la mort de Constantin , arrivée le 22 mai 337.

YII. Ce fut pendant ces deux malheureuses années que l'hérésie victorieuse jeta dans tout l'Orient de profondes racines. Arius osa rentrer en triomphe dans Alexandrie ; mais tout le peuple ca-

tholiqae se souleva ; on lai refusa l'entrée des églises ; il y eut des séditions si violentes qae Constantin crut devoir le faire revenir à Constantinople pour Texaminer lai-méme avec plos d'attention. Il exigea qu'il signât devant lui les décrets du concile de Nicée et le symbole ; Àrius souscrivit à tout sans hésiter ; il lui 6t encore jurer qu'il se soumettait sans restriction, sans détour d'esprit, à la foi établie dans ce concile. Ârius prononça ce serment d'un air convaincu et avec toutes les apparences de la sincérité; l'empereur, enfin, ne pouvant croire que tout cela ne fût que mensonge, enjoignit à l'évéque de Constantinople de recevoir Arius à sa communion. L'évéque Alexandre déclara qu'il n'y consentirait jamais; Eusèbe lui dit insolemment que, s'il ne le recevait pas dans huit jours, il serait déposé. Et en effet, avec l'aide des évéques de son parti , il n'était que trop en état d'accomplir sa menace : dans ce moment même , il les avait réunis en concile à Constantinople, et avait fait déposer le courageux Marcel d'Ancyre. C'était déjà le quatrième évéque dont ils se débarrassaient ainsi ; et ces quatre évéques étaient ceux qu'on avait vus à Nicée combattre le plus vigoureusement l'arianisme.

Toute la population catholique était consternée, le parti arien triomphait; le saint évéque, n'espérant plus de secours que du ciel, passait les jours en prières dans 1* attente de la catastrophe. On était déjà au samedi, veille du jour où Àrius devait être solennellement reçu à la communion ; il parcourait la ville accompagné d*Kusèbe et escorté d'une foule immense ; tout ù coup il fut saisi d'une violente dyssenterie, et s'étant retiré h l'écart, il mourut subitement; on le trouva qui rendait ses entrailles avec tout son sang. Cette mort épouvantable fit une révolution dans la ville; tous les catholiques y virent un jugement de Dieu ; le parti arien fut un instant consterné , et Ton crut encore une fois qu'il ne s'en relèverait pas. Mais la mort de Constantin lui donna plus de force et de liberté qu'il n'en avait jamais eu. Ce prince avait été sincèrement attaché h la foi orthodoxe. Il n'avait rien tant à cœur que l'union de l'Église. Sa complaisance pour sa sœur et son aflTcction pour l'indigne Eusèbe l'avaient entraîné à favoriser, sans le savoir, les vues des hérétiques, mais sans autoriser l'hérésie; il allait être remplacé, a Constantinople, par un prince tout arien, disciple d'Eusôhe et de Constantia.

SAINT ATHANASE. m

VIII. Constantin avait, par son testament, partagé son empire entre ses trois fils , Constantin , Constance et Constant. Le premier eut l'Occident, c'est-à-dire les Gaules et T Espagne, qu il gouvernait déjà depuis longtemps; Constant eut l'Italie, l'Arrique et rillyrie , et Constance régna sur l'Orient. À peine entré en possession de son empire, le jeune Constantin, qui avait eu occasion de reconnaître les vertus d'Â.thanase> le renvoya dans son église, avec une lettre adressée aux Alexandrinà , portant que son père n'avait éloigné ce saint homme que pour le dérober aux entreprises de ses ennemis , qu'il l'aurait certainement rappelé si la mort ne l'eût prévenu, et que lui-même se faisait un devoir d'accomplir à cet égard la volonté paternelle. Constance n'osa pas s'opposer à cette mesure , et saint Athanase rentra dans Alexandrie au milieu des acclamations du peuple , après deux ans et demi d^ absence. Les ariens travaillèrent aussitôt à détruire ce qu'ils n'avaient pu empêcher. Toute la nouvelle cour était à eux ; et Constance lui-même laissant assez voir ses sentiments , on ne faisait plus difficulté autour de lui de professer les doctrines que le concile de Nicée avait condamnées.

Il avait donné toute sa confiance 5 Eusèbe, ainsi

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qu'à un prêtre arien qui avait gagné celle du grand Constantin dans ses dernières années , et entre les mains duquel ce prince même avait laissé son testament. Ces deux hommes se plaignirent auprès de Tempereur du retour d'Athanase, qui, disaient-ils, violait les lois canoniques en se replaçant de force sur un siège d'où il avait été déposé par un concile. Ils ajoutaient que ce retour avait livré Alexandrie à de nouveaux troubles, et que le patriarche ne se soutenait que par la violence. Enfin ils l'accusèrent d'avoir détourné à son profit l'argent et le blé que le grand Constantin lui avait fait donner pour distribuer aux pauvres. Saint Athanase envoya auprès de Constance quelques-uns de ses ecclésiastiques, qui démontrèrent la fausseté de ces accusations. Constance, sachant que le saint évéque était soutenu par ses frères , n'osa pas le condamner. Les eusébiens s'adressèrent alors au pape Jules, et lui demandèrent des lettres de communion pour un arien d'Alexandrie nommé Piste, qu'ils avaient choisi comme successeur d' Athanase; celuici envoya aussi des députés au pape, qui lui firent connaître que ce Piste avait été excommunié à Nicée avec l'évéque arien Secundus, qui l'avait ordonné prêtre. En même temps, cent évéques

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d'Egypte et de Libye, rassemblés h Aleiandrie en concile 9 écrivirent une lettre synodale contenant Tapologie de leur patriarche et Thistoire de toutes les calomnies inventées par les ariens. Ceux-ci, pressés de s'expliquer, demandèrent la convocation d'un concile à Rome , promettant d'y apporter des preuves. Athanase y fut appelé et s'y rendit en effet, mais attendit inutilement ses accusateurs. Pendant ce temps , Eusèbe avait fait déposer Paul , évéque de Gonstantinople , pour s'emparer de ce siège, qui commençait à devenir le premier de l'Église d'Orient. Il convoqua contre Athanase un concile à Antioche; et ne l'ayant pas obtenu tel qu'il le souhaitait, parce qu'il s'y trouvait un certain nombre d'évéques attachés à l'orthodoxie, il se contenta d'y faire passer entre autres décrets un canon qui défendait à tout évéque déposé de se rétablir sans la permission d'un concile. L'assemblée s'étant ensuite séparée, il réunit ses partisans en conciliabule , au nombre de quarante , en présence de Constance ; on renouvela toutes les calomnies anciennes et nouvelles dirigées contre saint Athanase; on le déclara dûment dégradé; enfin on ordonna évéque d'Alexandrie un certain Grégoire de Cappadoce , qui avait été prêtre sous Athanase et

qui s'était depuis longtemps jeté dans l'hérésie. Athanase cependant s'était lassé d'attendre et était revenu dans Alexandrie : ce fut là qu'il apprit le conciliabule et ses résultais, en même temps que l'arrivée de celui qu'on lui donnait pour successeur. C'était vers la fin du carême, peu de temps avant les fêtes de Pâques de l'an 342. Philagre, préfet d'Egypte , fit afficher tout à coup une lettre impériale en forme d'édit, qui signifiait au peuple d'Alexandrie la décision du concile d'Antioche. Toute la ville fut frappée de stupeur ; bientôt de tous côtés on éclata en murmures d'indignation ; les églises se remplirent d'une multitude consternée qui demandait le maintien de son évêqne , et qui croyait le protéger par sa présence. Grégoire arriva, escorté de cinq mille soldats sous les ordres d'un général des armées de l'empereur et d'un eunuque du palais. A ces troupes se joignit toute la populace arienne, juive et païenne de la ville, que le préfet fit armer d'épées et de bfttons. Au moment où les catholiques étaient rassemblés dans les églises, dans l'attente de ce qui allait se passer, ces bandes effrénées s'y jetèrent et mirent tout ù feu et à sang. Philagre lui-même leur donna l'exemple en pénétrant à leur tête dans le temple où le

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saint patriarche célébrait l'office divio. Oo met le fea an baptistère , on massacre les fidèles , on dépouille les vierges, ou pille l'église » on brise les vases sacrés 9 on profane l'autel et le sanctuaire : juifs et païens célèbrent par des orgies cet insigne aOront fait à la religion chrétienne , et les ariens encouragent et imitent leurs sacrilèges. Toutes les églisea d'Alexandrie furent en un même jour saccagées et profanées par les excès les plus monstrueux . Le jour du vendredi saint les mêmes scènes se renouvelèrent. L'évéque Grégoire fit prendre, dans l'espace d'une heure, trente-quatre personnes, prêtres et laïques, vierges et femmes mariées, et les fit fouetter publiquement : plusieurs évêques qui se trouvaient dans la ville furent également saisis et maltraités, entre autres saint Potamon, qui avait survécu à la persécution de Maximin, et qui mourut ici des blessures dont on le laissa couvert. Athanase avait été obligé de fuir; il écrivit une lettre circulaire adressée à tous les évêques or^ thodoxes pour leur faire connaître ce qui venait de se passer. Cette lettre commence par une allusion touchante à l'histoire du lévite d'Ëphraïm, dont l'afilictioUy dit-il, n'était pas comparable à la sieune.

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qui H*(^tnit dopuiii longtempu jnlA dnnu Thi^r^ifl. AtluiiiRM) cepondnnt n'Atait InsiiiA d*nttnndro ot était roYotui dnim A1o\niuirio : (*o Tul Ih quMl Apprit le conriiinbulo ni ttr» r(^Hullat!i, on m(^mo tnmpdqtio rnrriv(Jo do colui qu'on lui dotinnit pour Huccniitioor. (Vi^tnit vorn la lin du cnr(^mo, \m\ do tompMvant loii f^tott do PAquoA do Inn IW2. Phiingro, préfet d*l^^gypto , lit niTidior tout h coup utio lotlro impérinlo ou Tormo d'(^dit, qui iiignifinit nu pouplo d*Aloxnndrio In d(^ciitiou du concilo d*Anliocho. Toute In villo fut rrnpp(^o do ntupour ; biontAt do louit cAtéi on Mntn on murmuron d*indignntion ; loit Aglinei no rom|)Iin*nt d'uno muUitudo conMlorui^o qui dc« mnndnit lo mninlit^n do hou Av<^quo , ol qui croyoit lo prol(^gor par nn pri^Honro. (Irrtgoiro nrrivn, onrorl(^ do cin(| milita fioIdntH douiv Ioa ordroA d*un gi^nt^rnl dofi nrnu^ofi do Tompi^rour ol «run ounuquo du pnlniH. A (m«h troupoM so joignit touto In populn(*o nrionno, juivo ot jinVonno do In villn, quo h^ pri^rol lit nrmor d*(^p(^oH ot do bAtouN. Au mommit où loH rntlioli(pioN (^tniont raMNondtti^H dnufi Icn ôgliMOH, dniiK Tnltonto do ro (pii nllnit ho pnitficr, ro» bnndoM oiïr(^n(^oM H*y jotftront ot miront tout li Toti ot h finng. Philngro lui-ni/^mo lour donnn roiotnplo on prtntMrnnt A lour l/^to dnn» lo toniplo où k

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siiot patrUrcbe célébrait Toffice divin. On met le Ira aa baptistère , on massacre les fidèles , on dépouille les vierges , on pille l\^glise , on brise K^ Vises sacxés, on profane T autel et lo sanctuaire ; joift et païens célèbrent par des orgies cet insigne liront fait & la religion chrétienne , et les arions eacooragcnt et imitent leurs sacrilèges. Toutes les igliseï d'Alexandrie furent en un même jour sacrajfées et profanées par les excès les plus monstrueux. Le jour du vendredi saint les mêmes scènes se renouvelèrent. L*évèque Grégoire lit prendre, dans 'espace d'une heure, trente-quatre personnes, prêtres et laïques, vierges et femmes mariées, et b fit fouetter publiquement : plusieurs évèques ]ui se trouvaient dans la ville furent ègalemeiil ttiNs et maltraités , entre autres saint Potamon , fii avait survécu à la persécution do Maximin, et i|ui mourut ici des blessures dont on le laissa couvert. Athanase avait été obligé de fuir; il écrivit iae lettre circulaire adressée à tous les évèques or* ibodoxes pour leur faire connaître ce qui venait de w passer. Cette lettre commence par une allusion touchante à Vhistoire du lévite d'Éphraïm, dont liffliction» dit-il, n'était pas comparable ù la lieiiiie.

« Au récit du crime commis coutre l'épouse du lévite, tout Israël fut saisi d'épouvante et de douleur ; il n*y eut personne qui ne se seuiit frappé personnellement par un si sanglant outrage, et qui ne s*annâl contre les auteurs de cet cx^^crable forfait. Ceux qui s'en étaient rendus coupables ne tardèrent pas 5 en porter la peine L'excès

auquel on vient de se porter a quelque chose encore de plus violent et de plus propre à soulever votre indignation : jamais si criminel attentat ne fut osé contre l'Église. Alors une seule femme fut outragée ; il n'y eut qu'un lévite qui eut à se plaindre ; ici c*est TÉglisc tout entière, c'est tout l'ordre sacerdotal qui est déshonoré par cette sacrilège profanation; c'est la discipline et la foi de l'Église qui sont en péril »

Vient ensuite rémouvant récit des horreurs qu'il a vu commettre sous ses yeux.

IX. Après avoir envoyé ce manifeste à toutes les églises de la chrétienté , Athanase retourna à Rome, où le pape Jules le reçut comme un martyr de la foi. Vers le mâme temps arriva aussi dans cette ville Tévéque Paul de Constantinople , une seconde fois chassé par les ariens. Eusèbe venait de mourir, laissant T Église aussi en désordre qu'il avait pu le souhaiter; les catholiques réélurent Paul ; les hérétiques lui opposèrent Macédonius et furent soulenus par llernr.ogènc, lieuteuaut de

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Tempereur. Une violente sédition éclata dans la ville; Hermogène fut pris et mis en pièces, ses troupes dispersées , Paul maintenu de force; mais le retour de Constance obligea les catholiques à se soumettre, et fit triompher Tévéque arien. Ainsi ce prince se déclarait ouvertement : après avoir autorisé par sa présence le conciliabule d'Ântioche, et par ses ordres les violences commises à Alexandrie, il avait, au moyen des mêmes évèques, ou même sans leur intervention et par de sim|iles édits, déposé tous ceux qu'on savait opposés à l'hérésie; de sorte que tous les sièges de T Église d'Orient étaient maintenant occupés par des hérétiques. Le pape Jules était entré en pourparlers avec ces évéques d'Orient, leur reprochant de n'être pas venus à Rome comme ils Pavaient promis; Eusèbe lui avait répondu très -insolemment, en lui disant que tout avait été réglé h Anliochc. Il leur écrivit de nouveau après la mort de leur chef, pour se plaindre des violences dont on s'était rendu coupable envers Athanase. En même temps Constant, demeuré seul empereur d'Occident depuis 340, fit des démarches auprès de son frère Con stance pour obtenir qu'un concile général fût assemblé. Celui-ci envoya eu Itulic quatre évèques

eusébiens , porteurs d'une profession de foi asseï spécieuse, mais où ils avaient évité le root consubstantiel. Ces députés parurent devant les évoques d'Occident réunis à Milan, auprès de Constant ; on voulut leur faire condamner les doctrines d'Arius; ils s'y refusèrent obstinément et se retirèrent furieux. Cependant Constance consentit à la convocation d'un concile général, qui fut retardé seulement par la guerre qu'il soutenait alors contre les Perses. Enfin en 347, les évoques furent convoqués à Sardique, métropole des Daces, entre la Thrace et TUlyrie, sur la limite des deni empires. Les évéques d'Orient furent fort surpris d'y voir paraître Athanase, Marcel d' Ancy re, Asclépas de Gaza ; ils demandèrent aussitôt qu'ils ne fussent admis que comme accusés ou comme suppliants ; voyant qu'ils n'étaient pas les plus forts, ils se retirèrent; et tout le fruit qu'on attendait de ce concile se trouva ainsi perdu. Au reste, il n'en pouvait être autrement : il n'y avait pas d'accord possible avec des hommes qui ne voulaient pas être éclairés, et dont le parti était pris d'avance. Il ne s'agissait plus, comme à Nicée, d'une discussion de dogme, mais d'une question de personne; les deux camps étaient formés : ils étaient en pré-

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sence, et désormais irréconciliables. Restés seuls, les évéques catholiques revirent toutes les accusations dirigées contre Athanase et les autres évoques déposés par les ariens; ils furent absous et leur rétablissement fut ordonné; vaine sentence qui ne fit que rendre plus éclatante la révolte de l'hérésie. Dans le même temps les évéques eusébiens s'étaient arrêtés à Philippopolis , en Thrace; et dans cette assemblée, qu'ils intitulèrent véri-* table concile de Sardique, ils confirmèrent les condamnations qu'ils avaient prononcées, et excommunièrent le pape Jules et Osius de Gordoue. Forts de la protection de Constance, ils firent saisir, maltraiter, emprisonner, exiler nombre de per^ sonnes opposées à leur parti , obtinrent un ordre de fermer tous les ports d'Egypte à Athanase ainsi qu'à ses partisans, et même de les mettre à mort si on les trouvait à Alexandrie; ces ordonnances animèrent à la persécution le farouche Grégoire, et cette malheureuse ville fut plus que jamais remplie de deuil et de calamités. Le saint patriarche n'avait d'autre ressource que d'attendre la fin de tant de violences ; il se retira à Naïsse et bientôt à Aquilée auprès de l'empereur Constant, qui entreprit de solliciter son rétablissement, et qui enfin

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menaça de le ramener les armes à la main. Gon* stance, qui se voyait engagé dans une guerre malheureuse contre les Perses, n osa pas résister; au commencement de Tannée 349, Grégoire ayant péri dans une sédition provoquée par son insupportable tyrannie, l'empereur d'Orient écrivit à Athanase en termes pressants pour l'engager à revenir dans son église, le priant en même temps de venir le voir à Antioche. Athanase s'y rendit en effet , et fut reçu avec les témoignages du plus grand respect. Tout ce qui avait été fait contre lui et contre ceui qui avaient soutenu sa cause fut aboli ; Paul de Gonstantinople et deux antres évéques déposés remontèrent sur leurs sièges; Gonstance se montra plein de zèle pour la foi orthodoxe et pour la paix de l'Église. Il essaya néanmoins d'obtenir d' Athanase qu'une des églises d'Alexandrie fût donnée aux ariens; celui-ci répondit en demandant qu'on rendit une de celles d'Antioche aux eustathiens (c'était le nom qu'on donnait aux catholiques restés Gdèles à la doctrine de saint Eustathe, leur évéque); l'empereur répondit que rien n'était plus juste; mais il n'en fut plus parlé. Athanase partit d'Antioche portant aux Alexandrins une lettre par laquelle l'empereur

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leur marquait qu*il leur renvoyait *f le père et le patron de leur église. » Des ordres étaient donnés aux gouverneurs des villes et des provinces pour qu'il fût traité avec les plus grands égards. Il parcourut ainsi la Syrie comme en triomphe, vit à Jérusalem le saint évéque Macaire, qui avait réuni dans cette ville tout ce qu il restait d'évéques orthodoxes dans la province ; Athanase fut reçu avec empressement à leur communion, et ils envoyèrent à ceux d'Egypte et de Libye une lettre synodale pour les féliciter. Sa marche, jusqu'à Alexandrie, ne fut qu'une longue ovation à la gloire de l'Église et de l'orthodoxie. Cette ville enfin l'accueillit comme son libérateur, et sa présence y ranima une ferveur extraordinaire pour la religion. Cet entraînement se répandit même dans toute la chrétienté; un grand nombre d'eusébiens abjurèrent, et quelques-uns môme de ses ennemis les plus déclarés se réconcilièrent avec lui et avec l'Église.

X. Toute cette prospérité ne fut pas de longue durée : en 350, Magnence, préfet des Gaules, s'étant révolté. Constant, surpris à l'improviste, n'eut de ressource que dans la fuite; il fut poursuivi et tué auprès d'Elne, dans la province Nar-

bonnaise. Athanase et Torthodoxie perdaient en lai leur meilleur protecteur. La bonne volonté de Constance était à bon droit suspectée; et d'ailleurs il n'était pas douteux que les ariens ne fissent les derniers efforts pour le ramener à leurs sentiments. Cependant, aussitôt après la mort de son frère , il écrivit à saint Athanase pour lui renouveler l'assurance de sa protection ; mais il faut dire qu'il était alors menacé à la fois par les Perses, par l'usurpateur Magnence, et par les entreprises de Vétranion, préfet d'Illyrie, qui, sous prétexte de combattre le rebelle, venait de prendre les armes et de revêtir la pourpre. Bientôt même uu troisième prétendant s'éleva dans Rome : c'était Népotien, neveu de Constantin, qui fut un instant maître de la capitale de T Occident. Tous ces embarras se dissipèrent plus aisément qu'on ne l'aurait cru : Népotien périt le premier par les armes de Magnence; Vétranion, qui n'avait pas osé se révolter ouvertement, et qui prétendait agir au nom de Constance, fut obligé de se soumettre : ne se sentant pas soutenu par ses soldats , il quitta la pourpre, et fut trop heureux de conserver la vie. L'empereur marcha enfin contre Magnence , qui fut défait à Murse, en Pannonie, en 35i, et

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repoussé de là jusqu'en Gaule , où il parvint à se maintenir encore une année ; mais , abandonné de ses propres soldats, il se donna la mort, en 353. Pendant ce temps-là, Thérésie avait commencé à relever la tête. Paul, évéque de Gonstantinople, fut encore une fois renversé; Philippe, lieutenant de l'empereur, se saisit de la personne du saint évéque et l'emmena en exil à Gueuse^ en Asie, où il fut si cruellement maltraité , qu'il mourut en peu de jours. Macédonius, rétabli à Goustantinople , signala son retour par les plus cruelles vengeances. Ursacius et Valens , évéques d'illyrie, qui avaient désavoué tout ce qu'ils avaient fait contre Athanase, retournèrent ouvertement au parti contraire, et osèrent alléguer pour leur justification qu'ils ne s'étaient rétractés que pour complaire à l'empereur. Peu de temps avant la bataille de Murse, les évéques orientaux convoqués à Sirmich en Pannonie y tinrent un concile où ils condamnèrent Photin , évéque de cette ville , qui prêchait la doctrine de Sabellius; cette condamnation en soi fut approuvée de toute l'Église; mais ils profitèrent de cette occasion pour mettre à Sirmich un évéque de leur communion ; en même temps , ils confirmèrent le formulaire de leur prétendu concile de

Sardique, et en ajoutèrent un nouveau, qui ne valait pas mieux. Ainsi, le parti se reformait, et tout présageait pour Alhanase une nouvelle persécution. En effet, le pape Jules étant mort à cette époque, les évéques d'Orient écrivirent à Libère, son successeur, pour lui demander de retrancher de sa communion le patriarche d'Alexandrie. Ils lui reprochaient d'avoir déposé plusieurs évoques hors de sa juridiction, lors de son voyage à travers la Syrie, et ils lui faisaient un crime d'avoir célébré Toffice divin dans une église non consacrée. Libère fut d'abord prévenu par ces imputations et manda saint Athanase pour rendre compte de sa conduite ; celui-ci fit assembler en synode soixante-quinze évéques de sa province , qui écrivirent à Rome et le justifièrent pleinement. Mais c'était surtout auprès de l'empereur que ses ennemis travaillaient à le ruiner. Ils l'accusèrent d'avoir eu des intelligences avec Magnence. En même temps, ils assuraient à Constance que le patriarche avait toujours été son plus grand ennemi , qu'il avait tout fait pour le brouiller avec ses frères, et que dans ses entrevues avec Constant, il s'était efforcé de pousser ce prince à la guerre civile. Constance, se trouvant à Arles peu après la mort

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se virent menacé» d'Atrc persécalés à leur tour, sort assez ordinaire de ceux qui, après avoir donné l'impulsion à l'esprit novateur, prétendent lui fixer des bornes. Cependant les évéques de Itimini justifiaient par leur orthodoxie les prévisions défiantes (les ariens. L'assemblée s'était divisée; les ariens (''talent allés se réunir dans une autre église, et les évéques catholiques, restés seuls, avaient déclaré qu'il fallait revenir au symbole de Nicée. Les ariens députèrent quelques-uns des leurs en Orient vers Tempereur, qui ordonna aux évèques catholiques de signer le formulaire qui venait d'être adopté ù Séleilcie. Ils furent retenus comme prisonniers dans Rimini et traités avec tant de rigueur qu'ils finirent par céder en sauvant de leur mieux les apparences. On voulut contraindre tous les évoques d'Occident h souscrire à ce môme formulaire, et ce fut l'occasion do nouvelles persécutions. I^e pape Libère, revenu & lui-même, fut obligé de fuir, et resta caché dans les catacombes. Toute résistance fut étoulTée. Athanase, du fond de sa solitude , troubla seul la joie des ariens en répandant son Traité dca synodett^ éloquente protestation contre l'asservissement scandaleux des assemblées chrétiennes. Peu de temps après. Ma-

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ne se contentaient pas de cette promesse , l*emperear les réunit dans son palais et leur enjoignit impérieusement de signer : » C'est moi, dit-il, qui suis l'accusateur d'Athanase, et cela suffit pour vous obliger à croire que ce que ces évoques vous disent de ma part est la vérité même. Jo veux que vous signiez à Vinstant cette condamnation et que vous entriez dans la communion de mes évoques. » Et comme les envoyés du pape représentaient qu'il faudrait au moins entendre celui qu'on accusait : c Sachez, ajouta-t-il, qu'il faut que ma volonté tienne lieu de canon dans l'Église. » Ce fut le signal d'une persécution effroyable. Tous ceux qui résistèrent furent exilés et maltraités comme l'avaient déjà été tant d'évéques martyrs de l'orthodoxie. Libère fut arrêté , transporté de Rome à Milan, et l'empereur, ne pouvant triompher de sa résistance, le relégua en Thrace. Osius fut de même arraché de son siège , amené en présence de l'empereur et emprisonné ù Sirmich. Enfin, l'ordre fut donné de saisir Âthanasc et de l'envoyer à Milan. On avait tout fait déjà pour l'attirer par la ruse ; il avait été fort étonné, en 354, de recevoir une lettre de l'empereur qui r autorisait à venir en Italie, comme s'il en avait

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Tait la demondo. Se doutant du piégc qu*on lui tendait , il avait envoyé un des évoques de sa province pour répondre à sa place et présenter sa défense \ mais c*était à sa personne qu'on en voulait; les ariens ne croyaient pas leur triomphe assuré tant qu'ils ne se seraient pas défaits de lui. Dans la nuit du 8 au février 35U , le peuple étant réuni dans Téglise de Théonas avec le patriarche pour célébrer la veille d'une grande fête qui tombait le lendemain , Syrianus , lieutenant de Tempereor, investit cette église avec ses troupes et y pénétra de vive force. On vit se renouveler alors les mêmes excès qu'en 342; le peuple fut massacré , l'église dévastée conmie elle l'avait été lors de l'attentat de Philagre. Saint Athanase, au miheu de ce désordre , demeurait sur son siège , se faisant lire un psaume et attendant le coup de la mort ; ses clercs l'entraînèrent malgré lui et l'emportèrent meurtri à travers la foule. 11 se tint caché dans la ville; bientôt on apporta l'ordre de le faire mourir, et comme on ne put découvrir sa retraite, on s'en vengea sur ceux de sa communion, qui furent impitoyablement massacrés; la nouvelle église consacrée par Athanase, qu'on appelait la Césarée , fut le théAtre des mêmes vio^

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lenccs et des mêmes profunations que Téglise de Théonas; il ne fut plus possible au peuple catholique de s'assembler dans les temples abandonnés ù la brutalité des ariens. Bientôt arriva un nouvel évoque arien : il était de Cappadoce comme le premier, et se nommait Georges; il entra en fonc* tiens vers la fAte de Pâques, et s'annonça, comme l'avait fait Grégoire , par des su|)plices et des persécutions. Saint Athanase, ne se trouvant plus en sûreté 9 sortit de lu ville et se réfugia dans les déserts de la Thébaïde. On le chercha dans toute l'Egypte, on le poursuivit de retraite en retraite; traqué comme une béte fauve, il échappa aux persécuteurs grâce au dévouement des saints solitaires. Du fond de sa retraite, il publia son Apologie adressée ù Constance; dans cet écrit, il 5o justifiait des crimes dont on l'accusait, rappelait à Tempereur toutes les attaques dont il avait été depuis si longtemps Tobjet, et rapprochait les honneurs dont ce prince l'avait comblé en «*M0 des injures grossières qu'il lui prodiguait maintenant. En môme temps, il écrivait aux fidèles d'Alexandrie pour les encourager dans la lutte sanglante qu'ils avaient à soutenir contre l'hérésie. C'est de cette époque que datent sa Lettre circulaire oux

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thanase : Deux saints obbés, Paromon et Théodore,

étaient venus visiter le patriarche dans sa retraite ,

et il les entretenait du danger qu'il courait d*étre

saisi d'un moment à 1* autre. Les deux solitaires se

mirent à rire , et comme il leur en demandait la

raison 9 Théodore lui dit : » A Theure qu'il est,

Julien vient d'être tué en Perse ; votre vie n'est

plus en danger. » C'était le 27 du mois de juin

362 ; Julien était mort en eflet la nuit précédente,

en déployant, selon les uns, sur son lit de mort

une fermeté stoTque; selon d'autres, en s'écriant

avec rage : » Tu l'emportes, Galiléen! » et en

blasphémant tous ses dieux.

XIII. L'armée donna pour successeur à Julien, Jovien, dont le règne fut trop court pour l'Église. Ce prince a été loué même par les historiens païens, qui reconnaissent qu*il était sage, appliqué, affable, généreux. Il était, de plus, très-attaché à la religion et très- zélé pour la paix ; il pensa que le meilleur moyen de la rétablir était de s'attacher inviolablement aux dogmes appuyés sur l'autorité d'un concile universel. Son premier acte fut de prononcer le rappel de saint Alhanase , ù qui il demanda un exposé de la foi orthodoxe. Celui-ci

470 SAINT ATHÂNASE.

années du règne de Constance , les zélés ariens avaient secoué toute contrainte ; Acacius de Césaréc avait été le chef de cette fraction du parti qui professait formellement la doctrine de Thérésiarque. Un nommé Aétius d'Antioche avait été plus loin ; ne reconnaissant dans le Christ que son humanité, il était parvenu, par les moyens les plus odieux , à populariser ses erreurs. Il semblait que toutes les hérésies fussent permises , et que l'orthodoxie fût seule poursuivie. Enfin, cependant, la discorde se mit entre toutes ces sectes. Un concile eusébien tenu à Ancyre condamna les doctrines d' Aétius. Pour mettre fin aux troubles qui commençaient à se déclarer, on résolut de fixer le dogme dans un grand concile qui fut convoqué d'abord à Nicomédie, puis à Nicée; ensuite, on aima mieux réunir à part les évoques d'Occident, dont on se défiait; ils furent assemblés à llimini pendant que ceux d'Orient siégeaient ù Séleucie en Isaurie. Ce fut dans cette assemblée de Séleucie qu'on vit clairement quelles dissensions l'arianisme avait excitées dans l'Église. Il y fut présenté jusqu'à neuf formulaires différents. La faction d' Acacius s'empara de l'esprit de Constance, et les semi-ariens

SAINT ATUANASR. 477

n)ort(!(! Jovicn mit dniLS lo cIcMjil toute Pl^glUo ca- (ii()li(|nn. Vulentinien, qui lui succéda, était orthodoxe, mais il permit cependant oux évéques ariens d'assembler, à Lampsaque, un concile où ils adoptèrent le formulaire de Séleucie. HientAt, il associa à Fcmpire son frère Valons, qui se laissa gagner par les ariens ; do sorte que l'Orient fut de nouveau livré ù r hérésie.

Athnnase rentra en lice : le pape Damasc, dans un concile tenu ù Rome, ayant excommunié les év/^ques ariens, Athanase assembla ceux de sa province , qui adressèrent au pape une lettre synodale pour s'associer à cette décision. Kn même temps il en adressa une autre à tous les évéques d* Afrique pour les affermir dans la foi de Nicée et combattre le formulaire arien ; puis il écrivit contre Thérésie de Macédonius et contre celle d'Apollinaire, toutes deux nées de Tarianisme, et répandues parmi ses sectateurs. Une nouvelle persécution ne pouvait pas tarder à l'atteindre. En eiïet, en 3((U, Valons, tout à fait maîtrisé par les ariens, envoya à tous les gouverneurs de province l'ordre de chasser les év^(|ues qui avaient été déposés par Constance et rétablis par Julien. Cette fois, le peuple d'Ab^xandrie s'insurgea pour conserver son évèque ; si bien

m SAINT ATIIANASE.

cédonius de Constantinople fut Tauteur d'une nouvelle secte qui nia la divinité du Saint-Esprit, comme Arius avait nié celle du Verbe. Athanase fut encore le premier à le combattre dans sa Lettre à Sérapùm.

XU. 11 y avait déjà cinq ans que durait cette cruelle persécution , quand la mort de Constance vint enfin rendre la liberté à l'Église. Le prince qui lui succédait venait d'abjurer ouvertement le christianisme et s'annonçait comme le protecteur de l'ancienne superstition : il fallait qu*on sortit de l'insupportable tyrannie de Constance pour que r avènement de Julien parût un bienfait. Le nouvel empereur crut que le véritable moyen de détruire le christianisme était de l'abandonner à ses propres divisions. Il prononça le rappel de tous ceux que Constance avait bannis, sans distinction de secte ; mais ce calcul impie tourna au profit de l'Église orthodoxe : tous les évéqucs catholiques s'empressèrent de revenir à leurs sièges. Cependant saint Athanase n'osait encore sortir de sa retraite, car l'usurpateur Georges était tout -puissant dans Alexandrie. Enfin, ce misérable , qui s'était rendu aussi odieux aux juifs

SAINT ATIIANASE. 473

et aux paTeus qu'au peuple catholique , fut massacré dans une émeute. Le saint patriarche put alors rentrer dans la ville (362). Son retour y rétablit complètement le catholicisme, et Thérésie fut réduite à se cacher. Il ne permit aucune recherche contre ceux mêmes dont la fureur avait éclaté avec le plus d'acharnement; il ne songea qu'à soulager le peuple épuisé par une si longue tyrannie et qu'à remettre la religion en honneur; sa bonté, sa modération, sa charité apostolique ramenèrent promptement un grand nombrede ceux dont Taveuglement ou la crainte avait fait des persécuteurs. Dès les premiers jours de son rétablissement, il réunit un concile où parut saint Eusèbe de Verceil, qui revenait aussi de Texil , et oh Lucifer de Cagliari envoya deux de ses diacres pour le représenter. On Gt, dans cette assemblée, de sages règlements pour la prompte réconciliation de ceux qui avaient embrassé l'hérésie par faiblesse.

Cependant les païens, sous la protection de l'Empereur, s'agitaient dans tout l'empire, affectaient d'insulter aux chrétiens par le faste de leurs cérémonies, et commençaient à faire des martyrs; ceux d'Alexandrie, tres-peu nombreux, ne pouvaient se soustraire à la visible réprobation de toute la

population chrétieuDe, devenue chaque jour plus fervente et plus unie grâce au zèle de son saint évéque. Ils s'en plaignirent à Julien , lui déclarant que la présence d'Athanase rendait impossible à Alexandrie le rétablissement du paganisme.

Julien vit avec colère la prospérité renaissante de l'Église, et le peu d'autorité du culte qu'il essayait de relever ; il fut bientôt amené à employer la violence. 11 ordonna qu'Athanase sortît à l'instant d'Alexandrie, ajoutant qu'il avait permis aux évoques de rentrer dans leur pays, mais non dans leurs églises ; il donna même , dit-on , secrètement l'ordre de le mettre à mort. Athanase, encore une fois obligé de s'enfuir, remontait le Nil sur une barque pour retourner dans la Thébaïde, lorsqu'il apprit qu'on le poursuivait pour le tuer, et qu'on était près de le rejoindre ; il rebroussa chemin, rencontra les assassins , passa sans être soupçonné , et revint se cacher dans la ville. Peu de temps après, la mort de Julien lui permit de reparaître.

On assure que cette mort fut annoncée à plusieurs saints par des visions miraculeuses , et que saint Athanase, entre autres, en eut connaissance le jour môme; voici comment Ammonius raconte ce fait, qu'il tenait, dit-il, de la bouche même d'A*

thanase : Deux saints abbés, Pammonet Théodore, étaient venus visiter le patriarche dans sa retraite , et il les entretenait du danger qu'il courait d'être saisi d'un moment à l'autre. Les deux solitaires se mirent à rire , et comme il leur en demandait la raison, Théodore lui dit : » A l'heure qu'il est, Julien vient d'être tué en Perse ; votre vie n'est plus en danger. " C'était le 27 du mois de juin 362 ; Julien était mort en cflet la nuit précédente, en déployant, selon les uns, sur son lit de mort une fermeté stoîque; selon d'autres, en s' écriant avec rage : » Tu l'emportes, Galiléen! » et en blasphémant tous ses dieux.

XIII. L'armée donna pour successeur à Julien, Jovien, dont le règne fut trop court pour T Église. Ce prince a été loué même par les historiens païens, qui reconnaissent qu'il était sage, appliqué, affable, généreux. 11 était, de plus, très-attaché à la religion et très- zélé pour la paix ; il pensa que le meilleur moyen de la rétablir était de s'attacher inviolablement aux dogmes appuyés sur l'autorité d'un concile universel. Son premier acte fut de prononcer le rappel de saint Athanase , à qui il demanda un exposé de la foi orthodoxe. Celui-ci

rassembla tous les évéques de sa juridiction , qui rédigèrent une profession de foi conforme au symbole de Nicée. Jovien voulut mAme entretenir Âthanase, le fit venir à Ântioche, et, par plusieurs conférences avec lui, s'affermit dans la croyance de l'Église catholique. Bientôt arrivèrent auprès de Jovien des députés de toutes les sectes ariennes , espérant s'emparer de sa confiance ; mais ils étaient prévenus. Ceux d'Alexandrie essayèrent de renouveler toutes les calomnies imaginées contre Âthanase ; l'empereur les reçut fort mal.

Les ariens étaient réduits au silence ; ce furent deux années de repos pour l'Église et pour son infatigable défenseur. Il employa ses loisirs à visiter les monastères de la Thébaïde. 11 les avait déjà parcourus dans les commencements de son épiscopat; depuis, il avait passé, comme nous l'avons vu , tout le temps de la persécution de Constance parmi ces pieux solitaires ; ils lui firent un accueil empressé, et l'abbé de Tabenne vint même audevant de lui , avec une longue file de religieux , jusqu'à Hermopolis, à près de cent lieues de son monastère.

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