‹ Essais divers (volume 2)Chapitre 8 sur 10 · XIX. Du rêiemoit et dv /*ttrnemvnt de · texte numérisé non relu

XIX. Du rêiemoit et dv /*ttrnemvnt de

femmes, — Rien ne prouve que Terlullien ail été un mauvais mari. Les deux livres qu il adresse h sa femme paraissent dictés par Tairection la plus tendre et le plus sincère intérêt. Mais en cherchant à se rendre utile h sa femme, il semble qu'il ait pris à tâche de déplaire à toutes les autres. D'autant plus que les femmes sont un peu comme les Hébreux qui disaient à Moïse : ^ Dites-nous des choses agréables et nous vous écouterons. » Voici deux livres où il leur dit les vérités les plus dures, et même un peu plus que la vérité ; ce n'est pas un sermon, c'est presque une satire. — « La fi^mme, dit-il, ne devrait vivre (pic pour expier dans la pénitence et dans les larmes sa faute héréditaire , et la perte du genre humain. Il a é(é dit : Tu enfavteras dans la doulein^ lu seras sous la puissance de Um mari et il te dominera. — Eve, c'est toi et tu l'oublies. Tu es la porte du démon,

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c'est toi qui as violé la première la loi divine, e'est à cause de toi que le Fils de Dieu a dû mourir, et tu songes à recouvrir d'ornements impudiques cette tunique de peau témoin de ta honte! A quoi passent-elles ce temps qu'elles devraient consacrer au repentir ? A inventer mille niaiseries, à faire chercher en tous lieux des raretés coûteuses, des perles et des diamants au fond des mers et des déserts où Dieu les avait cachés ! j» — Un poCte anglais a rendu en vers charmants cette idée , souvent exprimée du reste :

Full many a gem of purost ray serene The dark unfathom*d caves of océan bear ; Full many a flower is bom to blush unseonf And wasto its fragrance on thc desiTt air.

• Cescuriosités, dit Tertullien, acquises à grands frais, n'ajoutent nullement à la beauté des femmes, mais servent à faire connaître le vide de leur esprit.» — 11 leur reproche d'être incorrigibles et de rester les mômes toute leur vie : elles dissipent leur jeunesse et rougissent de leur vieillesse, laissant voir le honteux regret du temps d'iniquités qu'elles vont perdre. Si par hasard elles prennent un air grave, ce n'est pas par sagesse, c'est que l'âge gène leurs mouvements, ou que la mode leur

prescrit ce nouveau genre d'affectation. — Il demande à toutes, jeunes et vieilles, si elles comptent paraître au jour de la résurrection avec un visage fardé et de faux cheveux ornés de bijoux, et il veut qu'elles se montrent dès à présent telles qu'elles sont et telles qu'elles seront au sortir du sépulcre.

« La pompe et la parure, dit-il, ne sont pas choses pour soi; elles sont pour autruL La preuve, c'est qu'on se débarrasse au plus vite, dès qu'on est seule, de tout cet attirail gênant pour le corps et l'esprit. Pour qui donc les femmes chrétiennes prennentelles tant de soin de leur beauté ? Est-ce pour les fidèles? Ils doivent y être insensibles. Serait-ce pour les païens ? Du moins ils peuvent le croire. — Il doit leur suffire de plaire à leurs maris, et il ne faut pour cela qu'une simplicité décente.

» Toute celte parure est d'un mauvais présage pour la vertu de celle qui la porte. Comment se met-elle en état de satisfaire ses ruineux caprices, cette femme qui porte sur sa tête tout le revenu d'une province? — H y a grande présomption qu'une femme qui ne résiste pas à la vanité d'un bel habit ne résistera à aucune autre tentation.» — TertuUien se trompe; la toilette est

m TEUTULLIEN.

lé goût le p\(A passionné chez bien des femmes qui )roM hortil)^^ H vertueuses, tout eu tio vivant '((Ito piôttt s'ikabihùr. beaucoup d*Anglaîs jettent leurs femm^b dahs ce travors qui IteUr donne tatit d'otctt^ation, lot qui leut fait passât* aitt^i, entourée^ idc plum^d ietide gaze, Vépoque de feur Vie l\ineste auk jaloux. Les Anglaises changent de toilette deuk et tlTôis îôfs pat joùtr en voya(^6 ; eltes vout grimper aux Motita^ed do la Suiss^e eti grande toilette , èl eki fôhtune atiti'e en revenant. LeUf s mûris sont asBcz adroits pour leur faire crofre X{ue cela leur platl. Beaucoup d'enîants, un plus grand nombre de robes, cela remplit la vie. Les maris anglais permettent ces fantaisies , ces choses rares , ces choses charmantes, couleur de rose et de vert, qui suffisent à tant de femmes, quoi qu*en dise Tertullien. TertulKen aurait voulu que l'éducation dos Femmes fiU plus soignée et plus sérieuse. Il n^y a pas, dit-il, d'ignorance sans danger; ce qu*on ne sait pas , il Tant chercher à s'en instruire , et ce qu'on a appris , il faut le garder avec soin , en acquérant encore et toujours davantage. — lil voulait donner aux femmes des habitudes régulières et utiles : il voulait combattre leurs penchants frivoles par des occupations sérieuses, les sortir d'une agitation

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iputîlo çn donnait un aliment salutaire à leur artivite ^ ccmii^ Qj^ détourne une riviàre en lui creo* sont un nouveau lit. Une fois les bomies habitudes prises, on est sauvt^ Cultiver leur inlelliponce , c'est corriger Vwr principal défaut qui est 1q lé-^èreté, c'est aiïeripir leur vertu, et, en in^me temps, leur préparer une vie plus agréable ; car les joies frivoles passent vite , celles de rintolligenco sont durables ; elle^ vont toujours en croissant ; plus on en goùtCi plus on y trouve de bonheur. — TcttuUicn ordonne aux femmes de se tnire dans Téglise et de parler peu dans leurs maisons. Il leur recommande la charité jusqu à Texcés. Les bonnes œuvres, dit-il, ne scandalisent que les esprils pervers pour qui elles sont un reproche. Il les avertit d'éviter le scandale, et c'est à ce titre qu'il proscrit U parure , parce qu elle rappelle des désordri^s dopt il es^l toujours dangereux de réveiller ridép. Hm il est bien entendu qu'il ne faut pas se borner à craindre le scandale ; le vice en lui-même est ^f^cpfQ pl^s (laîssable que Tapparence du vice. SttUYçr Ift fonno, ce n'est rien sauver, ('/est |e fond qu'exige avant tout Tertullien ; i| luaiûfiAsto souvent ^w mépris pour les surfaces ini*nsougéres, et s'il attache ici tant d'importance aux deliors,

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c'est que les dehors sont ordinairement Temblème du dedans. En haine du vice, il faut fuir tout ce qui lui ressemble.

XX. De la patience. — Tertullien commence par déclarer qu'il ne possède pas cette vertu ; mais qu'il aime à en parler comme les malades aiment à parler de F avantage de la santé. 11 en fait le plus magnifique éloge, la déclare absolument nécessaire pour faire un bon chrétien , et déplore amèrement de n'avoir jamais pu parvenir àla pratiquer.

« La longanimité de Dieu à l'égard des pécheurs devrait suffire pour nous enseigner la patience ; mais il nous en a fait voir sur la terre le plus parfait, le seul parfait modèle, en la personne de Jésus- Christ. La vie toute entière de Notre-Seigneur n'est qu un enchaînement de souffrances et d'humiliations. Il n'a voulu quitter la terre qu'a près avoir savouré à longs traits le plaisir amer de la patience.

» Le contraire de la patience est la source de tous les vices et de tous les maux : la colère , qui a tant de fois troublé le monde et ensanglanté la terre, n'est autre chose qu'un défaut de patience ; on peut en dire autant de toutesles passions violentes.

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— La patience est compagne de la foi; celle d'Abraham fut mise à une rude épreuve ; elle y résista parce qu'elle était soutenue par la foi, et Dieu récompensa en lui sa foi et sa patience. — La loi chrétienne nous commande d'aimer ceux qui nous haïssent , et de faire du bien à qui nous fait du mal ; c'est par la patience qu'on arrive à cette sublime vertu de la charité : en supportant ses maux, on apprend à les pardonner. C'est par elle aussi qu'on arrive à ce détachement des biens du monde dont Jésus-Christ nous a donné le précepte et l'exemple. Quand on supporte aisément une perte , c'est qu'on n'est pas esclave de ses biens; quand on s'en afflige, au contraire, c'est qu'on attache aux choses de ce monde plus d'importance qu'elles ne valent. Celui qui ne sait pas endurer un larcin satisferait-il volontairement au précepte de l'aumône ? On n'hésite pas à donner quand on ne craint pas de perdre. Ainsi la patience donne naissance à toutes les vertus chrétiennes.

» C'est surtout contre les coups de la mort qu'il faut s'armer de patience : la perte de ceux qu'on aime est la plus cruelle de toutes les épreuves. Mais

un chrétien doit trouver deis consolations dans la

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foi : qu'il songo ù sa propre rnor( et i| la résurrection ; qu'il laisse aux païeqs Iq dQHJCHr 90i>8 pspéraiice. — Le chrétien qe dûjt jflruqjs se livrer ou désespoir : quelles qqe soient )es épreuves cjopt il plutt ù Dieu dp nous frapper, il ï\e wovfi. est pas pern)is de douter de sa justice ni ê^e sa bonté. »

Terlullien semble s'égarer un peu hors (je son sujet lorsqq'il (lit ù propos du précepte de tçndrc Vautrçjoue ; -r-<( La pierre lancée CQRtre iii) rp-

» cher revient frapper P^l"' H^' ^^ IfiPPépj Ift p<i~ » tience rend rhqmmç fli)S9i insensible qHX Qntr4i(j[§s ». qu'un rocher l'e^t au^ conps de celui qui le frappe, ^ il voit le plus souvent la ndolice d^ sp^ enn^nfiis » retomber sur leur tête, »> — Cpcj me pqrflUMnP mpniûre d'envisager la patjence^ dops |aqi|el|p l^ vengeance entre pour quelque chQsq. Je me tronipp fort, ou ce n'est plus lu cette résignation chrétienne qui doit conduire u la phorité; ce n'est plus qu*un calcul assez odjeux. La vertu chrétienne doit ôtre essentiellement désintéressée , et celle-ci plus qqe toute autre. — Il ajoute que la patience allège nos maux, les rend en réalité bien moins sensibles : dès qu'on se soumet avec courage, on est aussitôt sontenu, fortifié. Qui n'a pas fait cette douce expérience ?

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<( (4A piktieapo ost rornomont do toua lea ûg^ : dapi Venrapc^, ^lle oat tonchonto, a^mirablo au midi de U viOi Dt aublime dans la vioilloaso. — Qnant ^ PbUq qui consjato li supporter Iça souf^ francea corporelles , les païens m^mes en out donné de ^ombreux exemples; c'était une d^s vertus Iph plus estimées des philosophes anciens. Maia chef oux ellq était inspirée par un orgueil tout humain s chM pous elle doit venir do Pieu 1 et se proposer Dieu pour but *• elle doit ^tro lOU' teuue pas Veapéranoo et la foi. L'esprit » dit*iU n'est jamais pluii libre que quand le corps est affligé. Séparé du monde, l'esprit s'élùve verti Dieu; ç'qst alorn qu'il sent qu'il est immortel et libre. "

XXI. Ih f idolâtrie.^ «Tous les crimes, dit Tertullien, peuvent se ramener ou crime d'idolAtrie i l'idolfttrie les comprend tous : toutes les fois qu'on s'abandonne au vice on est idolâtre, car ou outrage Dieu ; et si ou se platt dans ridoUtrie 1 si on renonce h Dieu , c'est par complaisance pour le vice. On n'appelle communément idolâtres que ceux qui brûlent do l'encens et qui immolent des vie* timos devant les autels dos faux dieux; mais ce

crime comme tous les autres ne consiste pas seulement dans l'action. Dieu nous enseigne que c'est l'intention qui fait le crime. Veillons sur nos pensées y sur nos désirs ; ils nous rendent plus souvent que nous ne pensons fornicateurs , homicides , et par conséquent idolâtres : car qu'est-ce que l'ido* latrie sinon le culte et l'amour d'un objet que l'on préfère à tout, auquel on est prêt à tout sacrifier ? Insensés ! tout devient Dieu pour nous , excepté le Dieu qui a tout fait. »

Ce développement se ressent de la rigueur intempérante vers laquelle Tauteur incline visiblement dans ce traité. Il condamne tous les métiers qui servent ou favorisent l'idolâtrie. C'est se rendre complice des païens que de fabriquer ce qui sert à leur culte profane ; il n'est pas plus permis de fabriquer des idoles que d'en adorer. — « 11 vaudrait mieux, dit-il, mourir de faim, ce qui est, après tout, une mort comme une autre; cette mort serait sanctifiée par le martyre. Vous serez pauvre ? Eh bien ! vous serez de ceux que Jésus* Christ appelle bienheureux. Vous n'aurez pas de quoi manger? Dieu y pourvoira. Est-ce un chrétien qui montre cet attachement honteux aux intérêts du monde? Pas d'intérêt qui doive prévaloir

contre la loi de Dieu. Personne ne peut servir deux maîtres à la fois. 11 faut renoncer à Jésus-Christ ou porter sa croix. On demande s'il est permis d'assister aux fêtes profanes ; déchirez donc les pages où il est écrit : Le monde se réjouira, vous^ vous serez dans les pleurs; et encore : Fous qui riez, vous pleurerez, n — Tertullien défend aux chrétiens d'accepter les dignités et les magistratures civiles, parce que la plupart de leurs insignes ont leur origine dans Tido- Ifttrie; c'était aussi l'opinion d'Origène. Nicole combat fortement cette doctrine; elle rend impossible, en effet, une société chrétienne. Plus modéré dans son Apologétique , Tertullien représentait les chrétiens comme citoyens, comme membres de la société civile; ici, il veut que tons prennent pour modèle Jésus-Christ , qui , dit-il , aurait pu se faire roi et s'environner de toutes les pompes et cTc toutes les grandeurs humaines, et qui ne l'a pas voulu : il a préféré vivre obscurément dans la pauvreté la plus absolue, ne possédant rien en propre, et déclarant qu'il était venu non pour être servi, mais pour servir. En dédaignant les grandeurs humaines, il les a condamnées; ce sont les pompes du diable

Déjà , dans son second Livre à sa femme, Terti^liep dit (ffie la pauvreté convient au chrétien, et (^\\ est bien difficile de faire so^a salut dans Topulence; ici^ il le regarde comme impossible. Jésus- Christ n a été sur la terre ni puissant ni riche ^ aucun chrétien ne doit Tétre. Un chrétien ne saurait être empereur; comment oserait-il s'asseoir dans la pourpre, lui, disciple de celui qui est né dans une étable? Les honneurs dea chrétiens, comme le royaume de Jésus-Christs pe 30ut pas. de ce monde.

11 proscrit aussi formellement le métier des armes : Jésus-Christ, en désarmant Pierre, a désarmé tous les chrétiens. — A propos de la charité , de cette vertu divine que ne soupçonnait pas le paganisme, il fait remarquer combien aimer ceux qui nous aiment est une vertu facile; aimer celui qui nous persécute, c'est là ce qui n'appartient qu'au chrétien. 11 parlo^ encore et toujours des philosophes qui feignent de chercher la vérité et qui passent leur vie à la dénaturer; il humilie leur sagesse orgueilleuse devant la vertu simple et sublime du christianisme. — «Toute la sagesse profane s'est propo3é pour ubjet le plaisir et le hienôtrc , choses qui naissent et qui périssent chaque

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jour; le chrétien a pour but Véternité, et Dieu poUr juge. Aussi, dans sa vertu, point de ces artifices métisongers par lesquels on en impose aux homâles et à soi-môme ; point de détours , do sublilibés ingénieuses pour faire passer le crime sous le nom dé vertu. Dieu pénètre au Tond du cœur, découvre ces intentions cachées, réfute ces sopbismes; on se trompe soi-même plus aisément qii'oh ne le trompe ; nous serons jugés au dernier jour, non-seulement sur nos actes, mais sur nos plus secrètes intentions, n

XXn. Exhortation à la chasteté. — Tertullien s'égare ; il est montaniste ou il le sera bientôt. C'est ici le même sujet que dans ses Livres à sa femme, et c'est la même doctrine, mais plus outrée. Chose remarquable! plus il s'arme d'austérité f plus il nous découvre sa faiblesse ; on sent qu'il ne se jette dans un excès que par horreor pour on autre; s'il veut anéantir la chair, c'est qu'il en Gonnatt trop la puissance ; il la hait , et pour être sûr de la vaincre , il irait volontiers jusqu'à la nier. Jamais anachorète n'a lotte phis dkovlooreosement contre les assauts de la vobpté; jamaii âme plos éuergiqoe n'a dompté des

plus rebelles. Quels mots, quelles descriptions pourraient faire comprendre ces combats de Tàme contre le corps, ces énergiques efforts de la cbasteté mieux que ce pénible aveu de Tertullien : « Certes , il est plus facile de mourir une fois pour la chasteté que de vivre toujours avec elle ? » Aussi il redouble de rigueur; ce n'est pas assez de résister à la volupté, il faut Tanéanlir. Nonseulement il proscrit ici les secondes noces , qu'il égale à un véritable adultère, mais le mariage même lui parait à peine licite : « Après tout, dit-il, l'acte en est le même que celui de la prostitution : l'un et l'autre procèdent de la concupiscence.» Quant à l'adultère, c'est un crime irrémissible. Il trouve mauvais que les évoques n'interdisent pas toujours et dans toutes les églises l'accès des sacrements aux adultères, aux foruicateurs et aux libertins. — m Jésus-Christ, dit-il, a permis qu'on l'accusât de tous les crimes, hormis celui de la fornication ; il mettait tant de prix à la chasteté qu'il nous en a fait, par son exemple, connaître tout le mérite. Jésus-Christ n'a pas voulu être marié; il a voulu avoir une mère vierge. Le corps humain est devenu son temple ; flétrir et déshonorer son corps est donc un sacrilège. La plus

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haute perfection et le souverain bonhei^^ cette virginité première qui ne connatt qu'on regrette si amèrement d'avoir contii^ ensuite le célibat volontaire que plusieurs chrétiens pratiquent dans le mariage. Au t«-^-^ ^^^f^ rang se place un chaste veuvage quand la^ '^

rompu la première union. » — Au delà ^ ^^

crime, selon TertuUien. '

XXIII. De rdme. — Nous entrons tai^^ dans les erreurs de TertuUien : voici un ^^^^ 'ii où il nomme formellement le Paraclet. r>* -^ - ^ ^^gi ce traité est sous tous les rapports un de^ ^'^

dignes de l'auteur ; c'est un de ceux qui f^ • ^^^s le mieux voir les côtés faibles de son esjr^ • ^^'^^ semble qu'au milieu des embarras de la p^ ^ ; " où il s'était placé il ait perdu cette lucidité ^\ '^'^ prit, cette haute raison dont il faisait preuy^ ^^ tre les hérétiques; il tombe dans une créd /•'*" puérile, dans un matérialisme grossier; le docf s'est fait peuple, et il a pris au peuple ses pj.^gés les plus vulgaires. Lui qui a si dign^i^ conçu la sublime majesté de l'essence divio^ *i méconnaît la noblesse de l'fime humaine et rapeti^n sa nature. Il veut qu'elle ait une forme , un se^e

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tme coutettr ; (p^tWe st reprodaîse comme un être vivant et corporel se reproduit ; il la suppose logée dans le cceùr et pense qu'elle se nourrit moralement comme te corps matériellement. La preuve, selon lui , que l'tme est corporelle, c'est qu'il est parlé dans l' Écriture d'Ames qui brûlent dans les flemmes de l'Enfer, et qui y sont dévorées d'une st>if ardente. Il a su interpréter les expressbn^ figurées dont '9c sert l'Écriture en parlant de Dieu, et il veut absolument pï^ndre à la lettre cefles qui s'appliquent h l'âme.

Tertullien avait beaucoup éltïdié les philosophes païens : on le voft malheureusement trop bien dans le traité qui nous occupe par les erreurs qu'il y a semées. Mais tout en s'égarant sûr les pas des philosophes, tout en se perdant avec eut dans une métaphysique obscure et stérile, il s'emporte contre cui plus violemment que jamais. C'est ici qu'il définit le philosophe » un animal de gloire, » animal gkriœ; expression énergique qu'on pourrait rendre par notre locution française un être tout pétri de vanité^ si cette locution n'avait perdu de sa force en devenant banale. 11 prend à tâche de rabaisser même la mort de Socrate ; et je lui reprocherais volontiers de parodier ce qu'il y a de

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plu» b^u àam le paganisme. La mort de Socrate, un peu théâtrale comme toutes celles des philosophes, est bieo au-dessous, je T avoue, de la simple verta chrétienne ; mais pouvait-il la deviner? Est-ce une raison pour lui refuser toute grandeur ? Socrate, selon Tertullien, o est qu un faux brave di^ertant en public sur l'immortalité de Tàme, s'agitant pour ne pas faiblir , cherchant à s'étourdir liû-n^ôme et surtout k étonner ceux qui l'environnent, préoccupé d'une vaine gloire et dominé par l'orgueil jusqu'^ son dernier instant. — Pourquoi celte interprétation maligne? Est-il donc nécessaiire à la gloire du christianisme que rien absolument n'ait été louable avant lui?

Tertullien prouve T immortalité de l'âme par la gronde répugnance que nous avons pour la mort. U veut aussi prouver l'unité de Dieu par celle de YùmQ. Il n'y a, dit-il, qu'un Dieu dans le monde comme il n'y a qu'une âme dans l'homme. Il combat le système des réminiscences de Platon , et la métempsycose de Pythagore^ et pense que la curiosité de l'âme^ ail sujet des choses de l'autre vie, prouve qu'elle est neuve, qu'elle n'a pas servi à animer d'autres corps. Il dit que sa substance doit être la même pour tous, et que c'est la diversité des corps qui

donne aux âmes leurs différents caractères et empêche leur uuirormité de paraître.

Une autre preuve de Timmortalité de Tftme, c'est ce sentiment si vif qu'elle en a; c'est elle qui j sûre de survivre au corps , domine ce corps au point de lui faire braver la mort malgré toutes ses répugnances. C'est elle qui nous révèle ce que nous savons du corps et de ses facultés; mais elle se connaît mieux elle-même et plus sûrement.

Tertullien parle de la mort avec l'éloquence que ce sujet a inspirée à presque tous les écrivains chrétiens. « C'est, dit-il, par la contemplation de la » mort qu'on s'accoutume à la foi, qu'on s'attache » à l'espérance , qu'on apprend à la fois à vivre » et à mourir. On n'entre dans la vie qu'à la conr> dition d'en sortir ; la mort doit être le but de la » vie. » Il fait l'éloge des prières pour les morts et croit à leur efficacité : il dit avoir connu une femme née de parents chrétiens et morte à la fleur de l'âge peu de temps après son mariage ; elle s'était endormie dans la paix du Seigneur; le jour de son enterrement, au moment où le prêtre commençait les prières accoutumées » on la vit croiser sur sn poitrine ses mains , qui ne retom-

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bërent à ses côtés qu'après que les prières eurent été finies.

On a loué ce traité de l'&me et on Ta beaucoup critiqué. C'est au moius un des ouvrages de Tertullien les plus mêlés. Il faut se rappeler son éducation première , toute païenne et toute philosophique, son originalité et son indépendance d'esprit. u Les idées sont libres, comme il le dit lui-même, » et Dieu a permis qu'elles vinssent toutes à l'es- » prit. » Il les produit toutes telles qu elles se présentent. C'est là ce qui explique les contrastes et les contradictions qu'on remarque dans son caractère et ses écrits ; c'est ce qui fait de lui un auteur plein d'imprévu : il lui arrive quelquefois de finir un traité dans un sens tout différent de celui qu'il s'est proposé au début.

XXIV. De la chair de Jésus ^Christ, — De la résurrection de la chair. — Ces deui traités , qui se suivent , sont le développement de la doctrine énoncée à la fin du traité sur l'ftme ; ils ont pour but commun de prouver la résurrection de la chair avec l'âme au jour du jugement dernier. Les marcionites et les valentiniens rejetaient ce dogme. A l'imitation des philosophes

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p^atQ^iç^çn5^ , ils rahais^aiç^t le çprps, ne Iqi accordaient aucune dignité, et ne croyaient pas qu'il dut ôtre pqns^ryé. \\s w pouvaipiit çfoire que J^^us-ChrUt eût vécu «vec m cprps iç^e\ ; ils supposaient qu'il u en ayajt ^u que r^ppareuce; ne cqupf^yant pas, disaient-ils, qne Dipu pût ^ubir les ifffiru^ités ç.( les sp^OVapces inhéreq^^s au corps l^qroain. Cette upiniou, qu'on y prepne garde, i\^\mi tout le mérite de la ré4emptiQn qf anéaptit Iç^ sacrifice de Jésus-Chrisf. Tpctullieu l'iivait if]è^ coq^l^attu dans sa réponse au( hérétique^ ; il la réfute ici et par Ip rai^qpn^ffl^Qt et pi|r l'autorité de TÉcnture et dçs Évangiles. — « ^Mr quqi Marcion appuie-t-il sqp systèpae? c'est que suppqsitiqn gratuite, une pure imaginatioq. Un pc gueil insensé se révolte à l'idée des souQrapces et des humiliations de Jésus-Christ ; on veut comme Ids juifs un Dieu triomphant, un Dieu entour^ de gloire l)umaine. Qn veut une rédemption sans peine , une expiation sans doMleur ; on réduit la descente du Fils de Dieu sur la terre à upe simple formalité. Ce n'est plus qu'une visite qu'il nous a faite en se montrant à nous sous une apparepce sensil^le; du reste, en quoi a-t-il ennobli la substance bnmfiline, commet l'a-t-il relevée s'il ii'^pas

partagé ses souffrances et son abaissement ? La pauvreté de Jésus-Christ, ses privations, les outrages auxquels il s'est spurois, sq croix, sa passion, sa nort) tout cela n'est plus qu'un vain simulacre ; il nous a fait croire qu'il s'était fait hoipmc, il a feint de souffrir , il nous a (rompes par les démonstrations ipeosongères d'une fausse flou|eur- Voilà dans quelles absurdités toni^e Marcjon ; m^is i| le faut bien s'il veqt pomMtre le dpgme de |p résurrection de la chair ; car s'il est une fois é^pr bli que 1|| chajr de Jésus- Christ fut sen^blable à |p nôtre , jl y aura grande préspu^ption que cette c|)^ir ressuscitée en lui ressuscitera de même (|ans t^us les hqipn^es. — La démonstration de l'humanité de Jésus-Christ niène donc à celle de la résurrection des porps.

^ Tpus les bpmuies ont eu le sentiment 4e l'inn- ^ortalité de leur é(re. En vain quelques philosqphes se sont aveuglés eui-mémes par des raisonnen^ents plus ou moins spécieux; l'instinct du vulgaire est plus sf^r que la raison des philqsophes; ^e toqt temps on a rendu des honneurs aux mor^ comme à des êtres qui n'avaient pas cessé d'exister en cessant de vivre avec nous. Du reste les philosophes eux-n^ênnes ont souvent re-

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connu rimmortaiité de Tâme : ils étaient dans le chemin de la vérité, mais ils ne Tont pas connue tout entière. Ils ont trop rabaissé le corps ; ils se sont plu à déclamer contre l'abjection de son origine , contre la grossièreté de sa matière , contre sa faiblesse et son peu de durée. Jésus-Christ a donné à tout Thomme, au corps comme à l'ftme, une nouvelle dignité; il a ennobli le corps par la souffrance. C'est l'âme qui veut, mais c'est le corps qui souffre. Admis avec l'âme aux plaisirs et aux douleurs , aux mérites et aux démérites de cette vie , il doit partager avec elle la peine ou la récompense. »

L'excellence de la chair est relevée par son union avec l'âme et par le caractère sacré que lui confèrent les sacrements. — « C'est la chair qui est » plongée dans l'eau baptismale pour purifiq^ l'Ame : » c'est elle qui reçoit l'onction sainte ; c'est elle » qui se sanctifie par le signe du salut ; c'est elle V qui se nourrit de la chair et du sang de Jésus- » Christ, afin que l'âme soit nourrie de la sub- » stance de Dieu; c'est elle encore qui, par ses » macérations, par ses tortures, déchirée, brûlée, » mise en pièce par les bourreaux, mérite au conw fesseur chrétien la couronne céleste. Cette chair

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» sacrifiée n'aara-t-ellc pas gagné sa résurrection? » — ^ttPonr comprendre la résurrection, il faut étudier ces paroles de saint Paul : Ce qu'on shne ne prend vie qu'après avoir été mort. Tout meurt pour renaître , tout se renouvelle par la dissolution. »

Nous avons déjà vu cette idée exprimée dans TApologétique ; elle est ici reproduite dans tous ses détails.

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