XXV. De la monogamie. — De la pudioité
— Du voile des vierges. — Le reste des écrits de Tertullien date du temps de sa révolte déclarée contre TÉglise. Le traité de la monogamie (contre les secondes noces) est intitulé aussi Contre les psychiques. On sait quel sens il attachait à ce mot. Il y répète avec plus de violence et d'exagération que jamais les mêmes doctrines que dans les livres à sa femme et dans le livre de la chasteté. Le veuvage, dit-il, no doit être consacré qu'à prier pour l'époux qu'on a perdu. 11 rappelle les exemples de chasteté et de fidélité les plus célèbres de l'antiquité païenne. « Rougis, ajoute-t-il, chair qui as revêtu Jésus- Christ. ))
Le traité de la pudicité roule encore sur le même
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sqjjet. CeU^ vertu est, dit-il, la fleur des moeurs, r honneur du corps, la gloire des deux sexe^^^ le foxidement de la sainteté. 11 se plaint qu'elle commence à devenir rafi e (dans le sens rigoureui^ aù il la prenait). Il refuse h l'Église le droit 4e pardctp* ner aux adultères et aux fornicateurs ; c'est \^ , selon lui, le crime que l'Apôtre appelle crin^e irrémissible. La fornication et l'idol&trie sont (a même chose devant Dieu. — « Ce péché, dit-il, est placé dans le Décalogue entre l'homicide et l'idol&trie ; c'est pour nous faire connaître sa malice parle rang qui lui est donné, et pour l'égaler à ces deux crimes. » — 11 rappelle tous les désordres et toutes les tragiques histoires que l'impudicité a produits; il la représente comme la source do tous les forfaits : a Voilà, dit- il, le cortège infernal que je crois voir quand je considère cette dangereuse passion. Qu'on n'allègue pas l'antiquité ni les patriarches ; la loi nouvelle a détruit l'ancienne ; le plaisir permis aux hommes charnels ne l'est plus aux chrétiens : Qu'est-ce que le chrétien? C'est un homme revêtu du cilicc et couvert de cendre. »
Le livre où Tertullien soutient que les vierges doivent être voilées fut écrit d'abord en grec. Le
ttiite en est pria dans Vépitre aux Corinthiens, où saint Paul recommande aux femmes de se voiler tfâand elles entrent à Tégtise, afin, probablement, qne liés hommes qai assistent au sacrifrce de la messt n^ Boient occupés qu'à s'examiner eux-mêmes. Il révient surVhabillement des femmes : a Une femme, dtt-i1, platt d'autant plus à son mari qu'elle dépliait aux autres hommes. Femme, soyez voilée par égard pour votre époux ; mère, par respect pour vos enfants ; vierge , par égard pour vos parents. 11 faut se garder de scandaliser son prochain; la vue des femmes est toujours tin péril pour le chrétien, et il est aussi naturel à un chrétien de rougir en les voyant qu'à une vierge de rougît quand elle est vue. Il faut cacher ce visage dangereux pour l'âme de ses frères; les tenter, c'c^t aller contre le précepte qui commande d'aimer son prochain comme soi-même. Ce n'est pas pour Dieu que les vierges veulent se montrer : Dieu Voit à travers les voiles les plus épais ; malheur à la vierge qui veut se faire voir aux hommes , elle n'est déjà plus vierge , elle a perdu la véritable virginité, celle del'ftme. o
\Xy\. Du jeûne.— Les montanisles trouvaient
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les psychiques (c'est-à-dire les catholiques) trop indulgents en tout ; ils les accusaient de condamner le jeûne et l'abstinence. L'Église a pris soin dès le commencement d'éviter tous les excès et de concilier ses lois avec la faiblesse humaine ; l'hérésie de Tcrtullien a consisté à rejeter cette sage modération ; il n'est pas le seul qui , dans la ferveur des premiers temps, se soit égaré par excès de zèle.
i( C'est par la gourmandise, dit-il, qu'Adam s'est perdu et nous a perdus avec lui. La gourmandise marche de front avec la luxure : ce n'est qu*un autre genre de concupiscence; l'une ne va pas sans l'autre. Dieu a permis à l'homme, il est vrai, d'user pour sa nourriture de toutes les productions de la terre et de la chair des animaux ; mais il l'a permis pour laisser à l'homme le mérite d'une privation volontaire. Faut-il se borner à ne pas faire ce qui n'est pas permis? Est-ce là servir Dieu? Nous lui devons plus que la soumission d'une stricte obéissance ; ne craignons pas de descendre pour l'amour de lui jusqu'à la soumission de la flatterie.» — Tel est le raisonnement dont Tcrtullien appuie son austérité montaniste , et tel est le fond de sa doctrine. C'est faire trop peu que de se
soumeltre à la loi ; il faut passer outre ; il faut se faire meilleur que la loi ne Texige.
Il passe en revue toutes les austérités y tous les jeûnes dont il est parlé dans T Écriture, et s'attache à faire valoir l'exemple de Moïse, de David, des prophètes et des saints. Mais Dieu exige-t-il de tous les hommes qu ils soient des prodiges de sainteté? Gela ne fait pas un doute pour Tertullien : à ses yeux, quiconque n'est pas parfait est damnable. Il n'imagine pas qu'on puisse être moins absolu , moins exalté que lui. C'est l'erreur d'une àme énergique, mais c'est une erreur, et c'est la gloire de l'Église de s'en être si sagement préservée.
H va chercher jusque dans le paganisme des exemples d'abstinence et de sobriété. II parle des jeûnes religieux usités chez les païens dans certaines circonstances, et reproche aux catholiques d'être au-dessous même des adorateurs du démon. EnGn, il termine, comme il a commencé, par un torrent d'injures, qui font plus de tort à l'auteur qu'à ceux auxquels il les adresse.