‹ Essais divers (volume 3)Chapitre 13 sur 25 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

« S«e uhtt deligbt !n lilvao droam appetr. ■

Le déjeuner fut silencieux, et Henry vit que son père était de mauvaise humeur. Quand les dames rentrèrent dans le salon pour prendre leur ouvrage, le laird dit à son fils ; « Que signifient tout ce train, tout ce bruit) toutes ces maladies de votre ibmme ? De pareilles scènes sont capables de faire sortir un homme de son bon sens. Est- elle folle, votre lady? Dans tous les cas^ il lai faudra changer de façon de vivre lorsque vous serez devenus fermiers. Elle aura d'autrô bétail h surveiller que ses vilains petits chiens. » —Douglas rougit, se mordit les lèvres et ne répondit rien. — « Voyons, continua te laird 9 causons un peu de nos arrangements. TeneZ) voilà le plan. Je vais vous indiquer Tasso-

lement de chaque pièce de terre , et ensuite nous verrons les pacages ; car je suis d'avis d'en établir de nouveaux dans les pièces humides. Nous allons tracer les rigoles d'assainissement; ces prés vous permettront un accroissement de bestiaux, et ce sera tout profit, n Tandis que le laird parlait, Douglas cherchait dans sa tête le moyen de sortir de ce guêpier sans se brouiller avec son père. Il regardait sans voir, il écoutait sans entendre.

Ensuite, le laird lui montra le plan de l'habitation, qui était toute neuve, disait-il , n'ayant pas reçu un badigeon depuis sa naissance. Le laird, ayant tout expliqué à son fils , ôta ses lunettes , et lui demanda ce que cette ferme devait rapporter par an : « Je n'en sais absolument rien , mon père. — Dites toujours; dites n'importe quoi, pour que je sache si vous m'avez compris , oui ou non. — Eh bien! mon père, je crois, j'imagine que cette ferme ne rapporterait pas plus d'une soixantaine de guinées par an. — Soixante démons! s'écria le laird en sautant d'indignation et bouleversant tous ses papiers ; par ma foi , je crois que vous êtes un vrai idiot, monsieur mon fils. Soixante guinées, Glakendon ! Mais vous êtes plus ignorant en ces matières que cette vache qui est là-bas, et plus bête

que son veau ! Sachez donc qu'on peut tirer de Clakendon plus de quatre cents livres par an. Mais, dans vos mains , je vois que cette ferme tomberait à rien. Au surplus, prenez-la ou laissez-la. Je ne puis rien faire de plus pour vous. » — Toutes sortes d*émotions se peignaient successivement sur le visage du pauvre Douglas pendant que son père faisait sa harangue. La honte, l'indignation, la colère le faisaient rougir et pâlir tour à tour, mais la frayeur que lui inspirait son père et l'état de dépendance dans lequel il se trouvait lui fermèrent la bouche. Le laird, voyant ce visage atterré et se méprenant sur les motifs de cette émotion , se radoucit tout à coup, et tendant la main à son fils, il lui dit : « Eh bien ! n'en parlons plus. Je vois que vous Vous repentez. C'est bien. Vous ferez de votre mieux, et moi je vous mettrai en possession le plus tôt possible. En attendant, soyez toujours le bienvenu chez moi, mon cher fils. — Je vous suis fort obligé , mon père , fort reconnaissant de vos bonnes offres, répondit enfin Douglas décidé à se tirer de cette fâcheuse affaire ; mais, comme vous l'avez dit , je suis tellement ignorant en agriculture, que je ne ferai jamais rien qui vaille en ce genre. Ainsi qu'il ne soit plus question de Clakendon.

N'en parlons plus* — Si, eti effets Voosétiec livré h vous-même ^ mon ehër Henry^ ce que vous dites pourrait bien arriver» Mais je suis là pour vous diriger, et le jugement vous viendra quand vous aurez vu ma méthode et suivi mon exemple. Vous deviendrez plus actifs et votre femme moins paresseuse. — Mais ma femme est incapable de vivre de cette manière , mon père< Son éducation a été toute différente de ce qu'il faudrait pour tenir une ferme. Ses habitudes sont celles d'une grande dame élevée dans le luxe, et.^.. -^ Je ne vois pas en quoi elle est supérieure aux autres femmes par son éducation et ses habitudes. Elle me semblerait plul6t inférieure. Et quant au luxe ^ pourvu que Ton sache jouer une marche sur l'épinette, ou faire sa partie de whist, c'est tout ce qu'il faut en fait de luxe. — Mais elle déteste la campagne. — Elle Taimera quand elle y sera chez elle^ et qu'elle aura plu«* sieurs enfants. — Mais le climat de l'Ecosse ne lui convient pas. — Le climat de Glakendon est trcs-doux , la maison étant située à Tebri du vent, t Voyant que tous ses efforts étaient inutiles pour faire comprendre h son père la résolution où il était de ne jamais être fermier, Douglas se trouva dans la nécessité de formuler la chose en paroles claires

et précises. Il dit donc à son père qu'il ne voulait pas de ses offres qui le couvriraient de ridicule , et que c'était une idée extravagante de vouloir faire des fermiers d'un jeune officier et de son élégante femme.

L'indignation du laird, à cette déclaration formelle, peut se comprendre. H devenait évident pour lui que son fils méprisait l'agriculture, qu'il comptait pour rien la beauté des troupeaux , l'abondance des récoltes, l'assainissement de tout un pays. Il ressentit la colère que ressentent les pères en découvrant qu'ils ont des fils volontaires et des belles^filles impertinentes. Henry, doué d'un caractère doux et faible, tie put cependant vaincre sa mauvaise humeur en entendant le laird l'accabler d'injures et de moqueries, il répondit sur le même ton, et après une violente altercation ils se séparèrent aigris l'un contre l'autre. Henry se réfugia che2 sa femme, dans un état d'agitation qui le rendit insensible aux lamentations et aux pleurs de lady Julia. Il continua à se promener dans la chambre avec une figure bouleversée et gardant un silence absolu; enfin tout prêt d'éclater, il sortit brusquement de la maison , et se mit à marcher à travers champs 9 sûns iiavoir où il allait.

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