CHAPITRE XIV
« And joyons veu the scène in early sumuicr.
Henry ne rentra que fort tard de sa promenade désespérée 9 et sans avoir diné. Mais son cœur était trop plein de tristesse pour lui laisser quelque autre pensée. Il raconta à sa belle-sœur Alice les détails de ce qui s'était passé dans la matinée ; et Alice lui conseilla d'amener sa femme à Lock- Marlie, la semaine suivante, dans l'espérance qu'une petite distraction aiderait lady Julia à passer le temps. L'invitation fut acceptée très-volontiers par le ménage, et l'idée de ce changement de lieu consola la belle jeune femme, et lui rendit un peu de bonne humeur, surtout lorsqu'elle sut que les vieilles sauterelles (comme elle appelait ses tantes) ne seraient pas de la partie.
Le lendemain , il vint des visiteurs à Glenrern . D'abord , un bon pasteur des environs dont lady Julia ne fit que rire, ainsi qu'elle avait coutume de le faire pendant tout le temps du service divin, au grand scandale de ses tantes. Ensuite, arrivèrent lady Mac-Farlane et sir Sampson, toussant moins qu'à l'ordinaire et plus galant que jamais. Peu après, on annonça M. et madame Green. Madame Green s'excusa de n'être pas venue plus tôt à Glenfern , à cause de la scarlatine de ses enfants , qui n'étaient pas tous bien guéris. « Gomment! s'écria lady Mac-Farlane , vous sortez de la scarlatine, et vous venez chez vos voisins leur apporter votre peste sans leur en demander permission! Dans quel temps vivons-nous! Vous feriez bien mieux , madame scarlatine , de rester chez vous à soigner votre marmaille plutôt que de nous apporter ici votre triste figure dans ce grand chapeau, où vous avez l'air d'être au fond d'une cour. » Elle appela Philistin d'une voix de Stentor; lui dit de prendre sir Sampson , de le mettre dans sa voi~ ture ; et elle s'en alla à grands pas, laissant tout le monde stupéfait, excepté lady Julia qui riait aux éclats de la confusion générale.
Le lundi matin, lady Julia monta en voiture avec
SOD mari et Bella qui les accompagnait , car c'était son tour de sortir. Le temps était superbe, et le soleil donnait de la beauté et de la gaieté même aui tristes montagnes de Gleufern couvertes de bruyères, d'ajoncs et de genêts. En sortant de la vallée , une scène nouvelle s'offrit à leurs yeux. La vue s'étendait sur le lac de Lock-Marlie, dont les eaux bleues et limpides réfléchissaient les rochers , les bois et les prairies dont il était environné. Le paysage était animé par un joli village, que dominaient les tours du beau château de Lock-Marlie entouré d'arbres séculaires : le tout appartenant à sir Sampson Mac^ Farlane. Ce spectacle était enchanteur. Mais les trois voyageurs étaient également dépourvus d'ima* gination poétique. Henri déclara qu'il viendrait passer une journée sur le lac, pour manger du poisson frais. Sa femme dit que le paysage manquait de statues et de kiosques. Bella ajouta qu'il serait impossible d'établir des courses de chevaux sur un terrain si inégal.
L'on arriva, en côtoyant le lac, à la jolie demeure du major Douglas , un peu élevée , au milieu d'une pelouse de velours vert, qui avançait jusqu'au bord de l'eau, avec des massifs d'arbres variés qui lui faisaient comme deux bouquets touf^
fus placés de chaque côté de la tête d'un géant. Les maîtres de la maison reçurent les voyageurs au bas du perron, et les menèrent dans une antique chambre circulaire ornée de gradins couverts des plus belles fleurs. « Oh ! mais c'est charmant, s^écria lady Julia en arrachant une branche de roses blanches ; c'est charmant ! et j'adore les héliotropes. — Et elle se mit à les plumer. — Et qu'est-ce donc que celte fleur-là? — Et elle s'approcha d'un jasmin du Gap ; mais Alice se jeta devant son jasmin , et s'écria : — Grâce pour mes chères fleurs! je ne veux pas qu'on les touche. — Et moi, je n'aime les fleurs que pour être coupées, répondit lady Julia. Mais, en Ecosse, l'on ne s'amuse de rien. »
Madame Douglas l'arracha bien vite du voisinage de ses pauvres fleurs, qui lui coûtaient tant de soins, et l'emmena dans le salon, qui était gai et élégant. Lady Julia s'écria de nouveau : « C'est charmant I un bon feu! les fenêtres ouvertes! un bon canapé ! des albums ! des paysages ! un joli tapis ! seulement la glace est trop petite ; elle ressemble à un miroir de barbier , et il faudrait des bras dorés sur cette cheminée. »
L'on fit une promenade avant le diuer; mais lady Julia, qui était grosse, ne put marcher long--
temps, et se plaignit de rhumidité de l'air. Les deux frères continuèrent leur tournée agricole , et Henri fut tout étonné de tout ce que lui montra son frère, de son air de bonheur, du confort dont il jouissait, de tout ce qu'il avait fait pour augmenter sa fortune, et en même temps embellir et as* sainir le pays. De son côté, lady Julia s'étonnait de Tair de gaieté et de santé qui épanouissait le visage de tous les habitants de cette demeure. Mais ni le mari, ni la femme n'enviaient ce genre de bonheur qui , au fond , leur semblait une sorte de niaiserie.
Tant que la nouveauté dura , et que la comparaison de Lock-Marlie et de Glenfern resta fraîche dans la mémoire de lady Julia, tout alla bien. Mais tout s'efface, tout passe ; la monotonie de cette vie pastorale ne tarda pas à ennuyer lady Julia ; et ce fut sans trop de regrets qu'elle quitta sa bellesœur pour aller rejoindre ses tantes, objets de ses frayeurs et de son antipathie ; mais la vue du lac lui donnait le mal de mer ; l'herbe était trop verte, elle sentait l'humide; on mangeait toujours la même chose, et l'on se couchait trop tôt. Madame Douglas écoutait toutes ces plaintes avec un sentiment de véritable pitié, n Ohl pensait-
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elle, quel vide laisse le manque d'instruction et le dégoât de toute occupation suivie I Cette infor* tunée va être mère, et que pourra-t-elle donc ap*^ prendre à ses enfants, comment saurait-elle les ài^ riger, elle qui est incapable de se diriger elle** même! *» Ce fut sans regret qu'elle YÎt partir cet être ennuyé et inamusable^ qui, au bout de quinie jours, reprit tristement, mais également sans re« gret, la route de Glenferû.