‹ Essais divers (volume 3)Chapitre 16 sur 25 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

« Nov where'i tba lady of tba ctslU? •

Les voyageurs furent reçus par les tantes avec des acclamations de joie. Le laird lui-même sembla avoir oublié que son fils cadet avait refusé d'é« lever des troupeaux, et que sa belle-fille ne voulait pas être bergère.

A peine lady Julia fut«^elle assise, qui» miss Grizzy courut à son secrétaire, où elle prit une lettre qu'elle commença à lire à voix haute et d'un accent de triomphe. Voici la lettre :

u Ma chère enfant I

» La* santé de sir Sampson a été aussi mau- » vaise que possible, mais pas encore autant n que vos chemins qui Tout si bien secoué Tautre

»' jour, que je m'attendais à chaque cahot à lo y voir tomber en marmelade. Je vous dirai que M madame Hall est accouchée d'une fille, et je » voudrais savoir ce qui fait qu'on a toujours des » filles. Si vous le savez chez vous^ dites-le-moi. » Les garçons ont cela pour eux qu'ils peuvent y faire bien des sottises, et ensuite être bons à » quelque chose. Mais des filles!. .. Il faut que vous » veniez toutes passer la journée ici , mardi pro- » chain, et vous resterez aussi le lendemain si cela » vous fait plaisir. Mais , quand je dis toutes , je y veux dire un choix parmi vous tous. D'abord, y vous, ma chère fille, ainsi que votre sœur, avec » une de vos petites nièces à volonté, et surtout n votre nièce civilisée et charmante avec son su- » perbe mari. Je n'aime que les jolies figures à y la campagne. A propos, miss Braken s'est sauvée n avant hier avec le domestique de son père. » J'espère bien qu'il nettoiera ses couteaux sur le » dos de cette sotte créature.

y Bonjour. Venez de bonne heure, et faites-vous » très-belles. J'aurai du monde, et je suis votre » amie ,

n ISABELLA MaC-FaRLANE. »

Lady Jalia s'écria aussitôt qu'elle n'irait certainement pas; mais son mari lui fit changer d'idée en déclarant qu'il irait certainement, et qu'il serait ravi de voir de près le beau château de sir Sampson. Les tantes étaient dans le ravissement de cette partie, et les nièces auraient bien voulu être invitées toutes trois.

Le mardi arriva ; dès le point du jour , les tantes étaient sur pied, et à huit heures précises, le déjeuner fut servi, afin que les dames eussent le temps nécessaire pour préparer leur toilette et se mettre en état de plaire à leur patronne. A midi, elles étaient descendues au salon , parées de leurs plus belles robes, et miss Bruny, que le sort avait favorisée, s'était efforcée de ne pas mériter les reproches de lady Mac-Farlane. Elle avait frisé ses cheveui au point de les roussir , et s'était fait serrer les épaules en arrière, à l'aide d'un ruban couleur cerise qui formait un X sur le dos de sa robe de basin blanc. Mais elles attendirent deux mortelles heures, car lady Julia ne sortait jamais avant d'avoir dormi et joué avec ses chiens, lu les journaux, etc. Elle ignorait l'état d'angoisses dans lequel s'agitaient ses pauvres parentes. Elle ignorait l'énorme différence qu'il y a entre attendre en né-

gligé ou attendre en grande toilette, supplice spécial des dames de province , pour lesquelles la toilette est un événement. Ces pauvres tantes s'asseyaient avec des précautions infinies; elles s'étonnaient « regardaient la pendule , et rajustaient leurs coiffures.

Enfin, lady Julia parut en simple négligé du matin, ses beaux cheveux couverts d'un bonnet de gaze attaché sous le menton. Les tantes se regardèrent d'un air Irès-mortifié. Comme elles connaissaient toutes les robes de lady Julia, elles avaient décidé que leur nièce devait mettre une certaine robe de velours rose, et en conséquence, elles s'étaient entretenues la veille , à haute voix , du mérite des robes de velours qui n'étaient ni trop chaudes ni trop lourdes , parées mais pas trop parées , et pour lesquelles lady Mac-Farlane avait un goût particulier. « Le velours est très à la mode, dit missGrizzy. — Oui, ajouta miss Jacky; et ce n'est pas tout le monde qui peut en porter. » Mais il leur restait h peine le temps de se lamenter sur le sans-géne de leur nièce. Miss Jacky jeta un regard de colère à lady Julia, et miss Grizzy, un regard de tristesse sur le simple appareil qui devait déplaire à la no» ble châtelaine de Lock-Marlie. L'on monta promp*

ESSAI SUR LE MÀRIAOB. tn

tement dans lei deux voitures qui attendaient h ta porte ; mais les tantes eurent beau presser les cochers de ces deux équipages , les voyageurs furent devancés par la nuit, et en arrivant à la grande entrée, ils n^aperçurent ni lumières ni laquais, et personne ne répondit au son de la cloche qui tinta vainement pendant près d'un quart d*heure.

« Je déclare que ceci est bien alarmant, dit miss Grizzy. — C'est fort désagréable, dit miss Jacky; et je pense qu'il faut descendre de voiture et aller vers la petite porte. »

Gela fut fait par les voyageurs, et au bout de coups nombreux répétés par Técho du lac, on entendit des bruits de pas, et un jeune garçon ouvrit le grillage fixé dans la petite porte en demandant : « Qui va là?

— C'est nous qui avons été invités par Mylady et qui venons la voir,

'^^ Mylady ne reçoit pas ce soir , répondit le garçon) elle m'a dit de lâcher les chiens et de fermer les grosses serrures de bonne heure.

— Comment , mylady ne reçoit pas ce soir ! s'écrièrent les tantes. Est-ce que sir Sampson?.... *— Ah ! c'est différent, dit le garçon. Sir Sampson,

VOUS pouvez bien le voir. Il n'a rien dit. Ainsi y attendez un moment, et je vais vous ouvrir* «

Les voyageurs entrèrent, escortés par le garçon, qui, après s'être pourvu d'une lampe , les conduisit à la porte d'une tourelle, et de là, par un étroit escalier et un long corridor, jusqu'à on vestibule dont il ouvrit brusquement la porte, la* quelle donnait dans un petit salon où sir Sampson était étendu en robe de chambre de flanelle rose et à moitié endormi. Il se retourna d'un air ef* faré en entendant le bruit de la porte, et resta confondu à la vue du groupe qui envahissait son cabinet.

« Est-ce que vous ne nous reconnaissez pas, sir Sampson? s'écria miss Jacky en s' avançant vers lui. Et voici notre nièce lady Julia bien fatiguée d'avoir grimpé ce petit escalier de la tourelle, qui.... — Lady Julia Douglas! s'écria le baronnet, et par un escalier de service. Âh ! quelle trahison ! Où est lady Mac-Farlane ? où est Philistin ? Être introduite ainsi dans le chftteau de Lock-Marlie, la fille du comte de Cowland; et moi, dans un tel costume l » Et sir Sampson tremblait de colère et sonnait avec violence.

Le garçon parut de nouveau.

u OÙ sont les gens ? demanda-t-il brusquement. — Ils sont tous chez Sandymore. — Où est Mylady? — Au haut du château. — Appelez Philistin y et avertissez Mylady. — Nous irons nousmêmes la chercher au laboratoire , là-haut, dit miss Grizzy. Ainsi, ne vous inquiétez pas, sir Sampson ; nous y mènerons notre nièce , et Henry restera avec vous, si vous le voulez. »

Et les dames prirent le chemin de l'escalier qui conduisait au laboratoire. Lady Julia s'amusait assez de la manière originale dont on les recevait. C'était quelque chose de nouveau pour elle. Miss Grizzy s'en lamentait en disant : « Je ne comprends rien à tout ceci; il faut qu'il soit arrivé quelque grand malheur : je n'ai pas osé le demander à sir Sampson. Il a les nerfs si délicats! Mais, certainement, tout ceci cache un mystère. »

Les dames arrivèrent au haut de la maison , et frappèrent à la porte du laboratoire.

u Que voulez -vous donc? dit une voix peu amicale.

— C'est nous, répondit Grizzy d'un accent plein de crainte.

— C'est vous? répondit la même voix. Je vou-

drais bien savoir quelle est Timbécile qui s'appelle c'est nous. N'avez-vous pas d*autre nom?

— Pouvons-nous entrer, mylady? » dit plus hardiment miss Jacky, et elle ouvrit courageusenaent la porte de ce sanotum sanctorum.

Lady Mac-Farlane était debout devant une petite cheminée, et semblait occupée à faire bouillir dans un pot quelque drogue qui répandait une odear très*forte dans cette chambre remplie de livres, de fioles, de paquets d'herbes sèches, de graines dans des boites, et semblable à une officine d'apothicaire.

Lady Mac-Farlane regarda entrer les quatre dames sans leur adresser la parole.

u Est-ce que vous ne voyez pas qui nous sommes, chère ludy? demanda Grizzy en essayant de prendre un air enjoué.

— Qui vous êtes? Sans doute, je lésais; mais, ce que je ne sais pas, c'est ce que vous venez faire ici, sur les toits de mon château. Le savez-vous vous-mêmes? — J'avoue que.... que.... s'écria la pauvre Grizzy d'une voix enrouée par l'émotion. -—Taisez-vous, ma sœur, interrompit miss Jacky; puis, s'adressaiit à lady Mac-Farlane, elle lui dit avec majesté : u \otre réception, mylady, est aussi

peu polie qu'elle est étrange ; car noud sommes Tenues ici pour répondre à votre invitation. Nous sommes venues le jour indiqué par vous*môme , et nous sommes reçues d'une manière à laquelle nous ne nous attendions pas , surtout à cause de noire nièce, lady Julia Douglas. — Vraiment! mes filles^ dit lady Mac-Farlane toujours debout, le dos tourné au feu et les moins derrière le dos. Vraiment ! vous avez perdu la tête ; vous n'êtes pas dans votre état ordinaire ; vous me semblés tout à fait folles : voilà tout» — Dans ce cas ^ reprit vivement miss Jacky, nous ne sommes pas dignes de tenir com^pagnie à lady Mac-Farlane, et ce que nous avons de mieux à faire, c'est de sortir d'ici au plus vite^ Allons, ma sœur. Venez, mes nièces. — Âh ! ma sœur, vous êtes trop emportée , s'écria Grizzy en fondant en larmes. Je suis sûre que... que... — Autrefois, vous passiez pour avoir le sens com* mun, dit lady MaC'Farlone en regardant miss Jacky qui était rouge de colère. Mais j'ignore ce que vous en avez fait , de ce sens commun si nécessaire au bonheur des gens du monde. Avouez qu'il n'est pas ordinaire de tomber , ou plutôt de monter comme vous venez de le faire, au milieu de la nuit, chez des voisins qui ne pensaient pas plus à vous

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