CHAPITRE XVII
m U1iat*i doce caooot Be ondone.
La distance à laquelle était placée la table de whist , et le vif intérêt que prenaient les joueurs à leur partie, les avaient empêchés de voir ce qui se passait près de la cheminée. Le rôle de consolatrice fut donc laissé entièrement aux soins de Brunette , qui s'en acquitta du mieux qu*elle put. S'approchant , sans dire un mot, de lady Jnlia, qui était restée étendue sur le canapé, le visage inondé de larmes , elle lui mit sous le nez , et de manière à la faire tressaillir, un certain flacon de sels très-forts, que les dames de Glenfem emportaient toujours dans leurs voyages , et qui s'appliquait à tous les nez de la famille dans les occasions difficiles. I^ady Julia écarta brusquement de sa
m E55AI SCE LE MAMIAGE.
à » pfaepy M dr se iCHit à feston— W0mfék cammoÊàFt p^iipui bdr Joiia <e ffijuil â i^tmmrtr mbî Um|o«s et porloot.
Ladrlolia arait Irap pcw de bdr Mac-Farfane pov ie EfTcr catiérenaÉl à scni désespoir. EDe tâdia de reprendre vd peu de calme aTanl la dernière partie, et efle j parrint asseï pour n'aToir phif alors qs'on air triste et maossade. La bonne Grizzj dit qn'eDe était sans doote trës-fatigoée , et qne rien n'attristait connue la fatigne.
L'on se retira fers onso heures , et ladj Jolîa fut conduite par la maîtresse de la maison dans la belle chambre da rez-de-chaussée. Cette chambre était aussi grande que le salon , avec an lit de velours violet y doublé de satin couleur citron, frangé d'argent et garni d'un galon de passementerie d'un travail merveilleux. Les armes de la famille étaient brodées à la tête du lit, et les meubles étaient superbes.
Mesdemoiselles Jacky et Griczy furent logées au premier, dans la chambre verte, la plus ancienne do tout le château comme ameublement. Lo lit était immense, et les rideaux de damas élaienl d*une épaisseur à défier le jour et le moindre
ESSAI SUH LE MAHIÂGE. 954
courant d'air ; la cheminée présentait Taipect d'un véritable monuoient. Au milieu de la chambre l'on voyait une antique toilette habillée de taffetas jadis rose et gommé , et couverte d'une foute de. boites à poudres , à mouches et à fard , peintes en rouge chinois* En face de la cheminée s'élevait un grand portrait en pied^ dont la tète seule était restée visible au milieu d'une toile noire. C'était une tète sévère , coiffée d^une toque écossaise sur^ montée d'une longue plume.
Miss Gritzj prit un flambeau ^ et 5 l'élevant à la hauteur du portrait, elle le contempla pour la ving-» tième fois au moins , avec un sentiment de respect qui allait jusqu'à la frayeur.
u Certainement) dit-elle à sa sœur^ sir Énée était un homme bien eitraordinaire ; personne ne peut le hier. 11 possédait le don de seconde vue, et plusieurs de ses prophéties se sont réalisées ; d'autres sont restées inaccomplies , et c'est là qu'est le mystère ) car c'est vraiment incompréhensible. Par exemple, sa prophétie au sujet de notre famille est pour nous un abtme. Gomment une branche de l'arbre de Glenfern pourra-t-elle aider à rendre l'antique splendeur au château de Lock^-MarliefSi sir Sampson avait un fils , une de nos nièces pour-
t5i ESSAI SUR LE MARIAGE.
rait car ce ne serait certabemeot pas une de
nous deoi Mais sMl arrivait quelque acckleat
è lady Mac-Farlaae , et que sir Sampson eât une pareille idée, je déclare que ce serait manquer de respect à la mémoire de notre amie, et qae, malgré les instances de sir Sampson , même au boot
de plosieurs années de veofage, je je ne
M'est-ce pas ma sœur? p Et les idées de
Grizzy devinrent si embrouillées qu'elle ne pat sortir du labyrinthe qui s'était formé dans son imagination, et elle se coucha sans pouvoir en trouver le fil.
Lady Mac-Farlane avait voulu par politesse conduire elle-même ses hôtes dans leurs appartements; elle mena la nièce Brunette dans mie chambre au bout d'un grand corridor, et comme cette chambre était immense, ainsi que toutes les belles chambres de Lock-Marlie , la pauvre Bra-« notte, en y entrant, jeta autour d'elle un regard effrayé. Cette vaste pièce était tendue d'une étoffe de couleur foncée. Le lit se trouvait placé dans une encoignure, et, entre le lit et la cheminée, il y avait un grand intervalle sombre , que les regards craintifs de la pauvre fille n'osaient appro*fondir.
« Vous trouverez ici tout ce qu'il vous faut, enfant , lui dit la noble châtelaine ; mais s'il vous manque quelque chose, vous ferez bien de vous en passer, car personne autre que vous ne loge dans ce corridor, et même Ton couche rarement dans cette chambre. Ainsi, bonsoir. »
La pauvre Brunette, dominée par la frayeur, regarda du côté du lit et s'écria : « Mais un chat pourrait bien s'être glissé dans le fond de cette chambre. — Un chat? eh bien! quand cela serait, qu'avez-vous à redouter d'un chat? Avez- vous peur d'être mangée? Étes-vous cette fée qui était femme le jour et souris la nuit? Allons, dormez. » Et lady Mac-Farlaue descendit l'escalier en chantant l'air
Madame la souris, Ëtes-vouspar ici?
Ne craignez pas ce chat, Il court après un rat.
Brunette sentit son cœur défaillir lorsqu'elle entendit les derniers sons de la voix se perdre dans l'escalier. EnGn, après avoir cherché partout, elle se coucha l'esprit plein de fantômes noirs, gris et blancs.
Le jour vint, et le soleil éclaira de ses plus
sa
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beaux rayons les tours bleuâtres du château qui s'élevaient au-dessus du lac, au niveau de vieux chênes plus que séculaires. Le paysage était enchanteur, mais tous les charmes de la nature s'étalaient en vain aux regards attristés de la malheureuse Julia. Les bois, les ruisseaux, les montagnes, toutes ces belles choses lui étaient devenues odieuses. Son imagination lui représentait des salles de spectacle , des bals , des courses de chevaux , etc. Appuyée sur le balcon d'une des croisées de Lock« Marlie , elle pleurait et suivait du regard son mari, qui se promenait sur la pelouse depuis le point du jour, et qui était peut-être encore plus triste que sa femme.
Le déjeuner fut assez animé, parce que lady Mac-Farlane mettait beaucoup d'entrain dans la conversation et qu'elle ravivait ses voisines en leur disant des choses désagréables. Les tantes annoncèrent qu'elles partiraient vers midi, mais lady Mac- Farlane déclara que , puisqu'elles avaient pris leur jour pour venir, elles voudraient bien prendre le sien pour partir. « Je vous avais invitées pour dtner jeudi et pour vous en aller vendredi ; puisque vous voilà installées, vous resterez. » Les tantes furent enchantées de cette cordialité, et lady Julia
n'en fat pas fâchée , car Teiistence somptueuse de Lock-Marlie lai paraissait on paradis, comparée à la mesqoine hospitalité de Glenfeni.
Lady Mac-Farlane et sir Sampson lai montrèrent la galerie de tableaux , la collection de pierres d'Ecosse et de marbres, les porcelaines de toute sorte, les magots, les coflTrets antiques. La promenade , le billard et des visites que vinrent faire plusieurs voisins occupèrent le reste de la journée. Le lendemain, il y eut un splendide dîner servi en vaisselle plate. Les lustres furent allumés, et toutes les dames des environs étaient en grande parure. Ladj JuHa , dans son négligé du matin et couchée sur un canapé , attirait tous les regards. Elle répondit à peine aux salutations empressées de ces curieux de province, dont l'accent écossais aurait seul suffi pour lui donner des vapeurs. Le lende* main , on reprit la route de Glenfern , et la malheureuse jeune femme se retrouva dans le petit salon , vis-à-vis de son beau-père et à cdté de son mari, qui était tombé dans une sorte d'état d'in-* différence et de distraction, symptôme d'un profond découragement chez les hommes doux et faibles.