CHAPITRE XVIII
• No mother*! eare • Sbi«Idod my innooenco with prtyor. •
L'heureux moment si impatiemment attendu par la famille de Glenfern arriva en6n. Lady Julia, après de grandes douleurs, qui mirent sa vie en danger, accoucha, non pas d'.un héritier, pour perpétuer l'ancien nom de Douglas^ mais de deux filles qui ne pouvaient être qu'un nouveau fardeau pour la famille.
Le chagrin du vieux laird fut extrême. Il se promena de long en large dans le salon en s'écriant : <f Deux filles! Mais quelle étrange idée? D'où pourra leur venir des dots? t
Miss Grizzy déclara que c'était certainement très«malheureux ^ mais que le monde était plein de choses de ce genre , et que lady Mac-Farlane serait néanmoins bien étonnée.
Miss Jacky dit qu'il était à craindre qae lady Julia ne pût nourrir ses deux filles ^ et que cependant ce serait odieui d'avoir deui nourrices , car les nourrices étaient un grand embarras dans une maison bien rangée.
Henry^ dont toute la tendresse s'était réveillée au milieu des angoisses de sa femme, se jeta à genoux près du lit et couvrit ses mains de baisers. Lady Julia lui répondit en s'écriant : « Ah ! quelle horreur ! Avoir deux filles ! Et moi qui déteste les filles ! Et mon père qui aime tant les garçons! Hélas! si j'en avais eu un, peut-être m'aurait-il pardonné ma folie. »
La garde-malade entra, tenant les petites, qu'on avait habillées et que toute la famille contemplait avec des sentiments variés, u Ah! les charmantes petites créatures ! s'écria le père en les prenant dans ses bras; ah! qu'elles sont jolies! Tenez, Julia, embrassez nos chères petites; prenez-les, Julia. » Et il alla mettre les enfants près de leur mère.
» Otez-les! ôtez-les! dit-elle; comment pouvezvous les embrasser ainsi? Um elles sont affreuses, et elles crient déjà ! Tenez, voilà Psyché qui est jalouse, n Et la levrette sautant sur le lit, se mit à lécher
les mains de sa pâle maîtresse. Henry se détourna, le cœor plein d'amertume. « Elle aimera ses enfants plus tard, se dit-il; toutes les mères aiment leurs enfants; il n'y a pas d'exception. » Et il porta ses deux filles à ses bonnes tantes , qui en étaient fort embarrassées. L'on persuada à lady Julia d'essayer d'en nourrir une; mais les premiers moments de cette tâche difficile lui causèrent tant de souffrances et d'ennui, qu'elle y renonça immédiatement, mal* gré ses tantes, dont les instances n'eurent d'autre résultat que de lui causer une irritation qui pensa lui être fatale, en lui donnant de violents maux de nerfs. L'on fit venir la nourrice qui avait été retenue par précaution, mais elle refusa de nourrir deux enfants, et le laird refusa d'avoir deux nourrices. Il fut enfin convenu que la plus jeune des petites filles serait confiée aux tantes pour être élevée au biberon.
Les suites naturelles de cet arrangement furent qae l'enfant, née faible et délicate, perdit peu à peu ses forces y au lieu d'en acquérir, et que ses cris plaintifs annoncèrent ses souffrances. Mais ces cris ne produisirent d'autre effet sur la mère au cœur dur que de l'importuner et de faire renvoyer hors de sa chambre cette enfant grognon, qui,
disait^elle, pleurait pour rien. L'autre petite , de» meorée la favorite , se fortifiait , engraissait et embellissait à vue d'œil au sein d'une bonne nourrice. Celle-ci , avec la vanité et la ruse de toutes les nourrices , se récriait sur sa beauté, répétant qu'elle se* rait tout le portrait de sa jolie mère et qu'elle épouserait an moins un prince. De cette manière , lady Julia commença à prendre un peu d'intérêt à Tune de ses deux enfants, mais aux dépens de l'autre.
Les choses étaient dans cet état lorsque Henry vit dans un journal la nouvelle du retour en Angleterre du général Gaméron, qui avait passé plusieurs années dans l'Inde. Le général Gaméron était cet ami de sa mère , qui l'avait emmené Agé de huit ans en Angleterre pour le faire élever, et qui, plus tard, l'avait placé dans l'armée. Henry eut l'idée d'écrire à son premier protecteur, de lui faire le récit de ses malheurs et d'implorer son appui pour rentrer au service, car toutes les lettres écrites à ce sujet an comte de Gowland avaient toujours été renvoyées à lady Julia sans avoir été décachetées.
Ge même jour, M. et madame Archibald Douglas, qui avaient été passer un mois chez sir Malcolm, vinrent visiter la nouvelle accouchée, et
celle-cî ne répondit aux compliments de sa bellesœur que par des expressions d' ennui , de fatigue et de contrariété. « Je vous trouve bien heureuse de n'avoir pas d'enfant, lui dit-elle, et j'espère bien n'en avoir jamais d'autres. Connaissezvous à Londres quelque personne de la société accablée comme moi du malheur d'avoir des jumelles? » Madame Douglas répondit qu'il valait mieux avoir six filles que de n'en pas avoir du tout ; et elle demanda à voir ses petites nièces. On les apporta , et la différence qui existait entre elles frappa aussitôt madame Douglas , qui prit dans ses bras la pauvre petite malade dont le malaise était visible. « Je voudrais que cette enfant fût muette, dit lady Julia en se bouchant les oreilles ; elle pleure toujours , et mes nerfs eu sont par trop agacés.
— Pauvre petite créature! dit madame Douglas; elle a l'air de beaucoup souffrir !
— Souffrir! Et de quoi voulez-vous qu'elle souffre! Est-ce d'être la mieux soignée de toute la maison , car les vieilles filles ne font rien autre chose que de la tripoter, la bercer et la faire boire nuit et jour.
— Je pense, ma sœur, que, si vous étiez victime de pareils soins, vous en seriez malade comme
elle. Passée de bras en bras, sans pouvoir prendre aucun repos, et nourrie d'une nourriture in* digeste !
— Pas du tout, ma sœur, ce n'est rien autre chose qu'un mauvais caractère , et la nourrice le croit aussi. Elle est devenue très-laide ù force de pleurer, et je ne la trouve plus la même que lors* qu'elle est venue au monde .Voyez quelle différence avec sa sœur! »
En effet, l'autre petite était blanche et rose, la peau tendue, le sourire sur les lèvres, avec de grands yeux bordés de longs cils.
« Emportez donc la criarde! s'écria lady Julia; les pleurs de cette enfant me feront mourir!
— Hélas! dit madame Douglas, que ne donnerais-je pour entendre la voix d'un enfant vivant! d'un enfant a moi I Que je serais heureuse si cette enfant négligée, rejetée, pouvait tout à coup m'appartenir !
— Assurément, je vous la donnerais volontiers, dit lady Julia.
— Et moi, je serais bien heureux de trouver une mère à ma chère petite Sabine, ajouta le pauvre Henry, qui, assis près de la fenêtre , avait été le témoin muet de toute cette scène.
)6i ESSAI SUR LE MARIAGE.
— Ah I mon cher frère, serait-il possible ! s*écria madame Douglas» en embrassant l'enfant » qu'elle avait calmée par de doux mouvements. Youlei-* vous tous les deux me la donner? Soyez sûrs que je Faimerai comme la mienne propre; et, dans un mois, vous la verrez aussi bien portante que sa sœur. »
Henry sentit ses yeux pleins de larmes à T accent de sa belle-sœur, et se dit à lui-même : « Abl que mes enfants n'ont-elles une mère comme Alice ! » Il la remercia avec chaleur; mais il lui fit observer qu'avant tout il fallait l'agrément de son frère, et il ajouta que les hommes, en général, aiment peu ces sortes d'arrangements, qui souvent dérangent leur intérieur.
« Vous avez raison, n dit tristement madame Douglas. Et elle sortit^ emportant l'enfant, pour chercher son mari.
Le major reçut sa requête avec assez de froi«» deur. Il ne comprenait pas ce goût qu'avait pris subitement sa femme pour une petite fille lar* moyante qui la tourmenterait nuit et jour. « Encore, disait-il, si c'eût été un gros garçon de cinq ans , à la bonne heure. »
Alice soupira , et les larmes coulèrent bientût
sur ses joues en contemplant le visage Déiri et Vexpression de tristesse répandue sur ce visage ^ peine formé.
f( Que Dieu te protège, pauvre pelVte îtifortunée! dit-elle en sanglotant. Hélas! tout lo vnonde te rejette. Mais ta misère finira bientôt « Qu'il est triste de ne vivre que quelques joun, faute de soins et par manque d'afiection! » KUe couvrît de baisers la petite fille, qui tenait un de ses doigts serré dans sa petite main amaigrie ,
Le major fut attendri par le chagrin de sa femme. Il s'approcha d'elle et lui dit : « Chère Alice, si vous désires sérieusement vous charger de celte enfant, et que mon frère veuille vous la donner, prenons-la; maiscroyei bien qu'elle vous causera une foule d'embarras dont vous ne vous doutei nullement.
— Que me font les embarras , mon cher ami î Figure«-vous que la mère de celte enfant la déteste et ne veut pas la voir, et que vos tantes la font mourir par l'exc<^s d'une tendresse absurde !
— En ce cas , prenons-la , ma chère , et soignons-la comme si elle était la nètre. Vous avec raison et j'avais tort. »
Madame Douglas remercia son mari avec l'ex-
iU ESSAI SUR LE MARIAGE.
pression de la joie la plas vive et coarut faire part de cette bonne nouvelle à ses parentes, qui restèrent confondues.
» Je déclare , dit miss Grizzy, que la petite Sabine est aussi bien qu'une petite fille de cet ftge puisse être. Il est vrai qu'elle pleure beaucoup et qu'elle est très-maigre; et c'est là ce qui m'étonne, car, chaque jour régulièrement , je lui ai fait avaler de la potion de lady Mac-Farlane contre les convulsions.
— Quant à moi, dit miss Jacky, je sais parfaitement ce que signifient les cris de la petite Sabine. Elle crie pour avoir une nourrice comme sa sœur. Mais si l'on commence une fois à céder aux désirs d'un enfant , il n'y a plus de bornes , car ils sont très-fins et savent prendre avantage de notre faiblesse. (Et miss Jacky jeta un coup d'œil de pitié sur madame Douglas.) Si Sabine était ma fille, je la nourrirais plutôt de pain et d'eau que de céder à ses fantaisies. Il est par trop ridicule de permettre à un enfant à peine ftgé d'uu mois d'en faire ainsi à sa tête, n
Madame Douglas savait qu'il était inutile de raisonner avec les tantes; elles les laissa se lamen* ter et monta chez sa belle-sœur avec son petit
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X^ents nécessaires poor te P'«!^'^'^^^* *«» /e.
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ÏL mena sa beUe-sœur à la yorfore et «« put trouver une parote pour '^ff^'J^f^a frère d'avoir bien voulu consentir aux désirs d A/ice. jj serra teurs mains, regarda sa paarre enfant et resta longtemps sur te seuil de la porte de cette tristehabitation, en contemplation devant cette voiture qui montait la côte, d'où Alice lu. envoyait des signes d'amitié, puis il retomba dans ses réûexions. « Le mal a un terme dans te cours de la Tettebien s'achète, « se disait-.l en soupirant.