CHAPITRE XXIII
■ No, I don't pnrpoie to embark vîth thee > On the imooth lorface of a sommor lea. «
Lady Julia et son mari passèrent quelques jours dans ce qu'ils appelaient la solitude , c'est-à-dire entourés d'une douzaine d'amis; bientôt après, la jeune femme mit au monde un fils , qui fut reçu par Douglas avec des transports de joie. Il ne perdit pas un instant pour annoncer cette nouvelle au général Caméron, lui demandant en même temps de vouloir bien être le parrain du nouveauné. Le général était à sa campagne. Huit jours après , il répondit la lettre suivante :
< Mon cher Henry ,
» Dans un an, à pareille époque, j'espère vous » rendre la bonne nouvelle que vous venez de m' an-
» noncer, c'est-à-dire que j'espère vous annoncer à >' mon tour la naissance d'un gargon , car je vais me N marier, et l'on ne se marie que pour avoir des gar- » çons. La femme que j'épouse est la 611e de mon >« régisseur. Elle est jeune, d'une bonne santé, jolie » 6t d'une humeur égale. Par conséquent, elle est » ce que l'on appelle vulgaire dans votre beau » monde, et n'a jamais vu un vase chinois de sa vie. n Vos quatre cents livres de rente vous seront exac- » tement remises par mon banquier ; et à ma mort, » vous recevrez la somme de dix mille livres assurée » à vos enfants. C'est peu de chose, mon cher ami, » pour une belle dame comme celle que vous avez » fait la folie d'épouser ; mais , malgré cela , vous y êtes le maître de donner mon nom à votre fils , » si la chose vous plaît. Tout à vous.
>» W. Gaméron. »
La consternation de Douglas , en recevant cette épître, fut égale à la colère de sa femme. « 0 ciel! s'écria-t-elle, épouser la fille de son régisseur! Quelle honte pour ceux qui Tout connu ! On de* vrait l'enfermer. L'on devrait surtout faire une loi pour empêcher les vieux célibataires de se marier. »
— Les jeuDes aussi , s'écria à son tour le mal* * heureux Douglas, au souvenir des dettes que lui et sa femme avaient contractées dans la conviction que le général les payerait, conviction qui était partagée par tous les créanciers du jeune ménage ; car on savait le général Caméron aussi riche que généreux, et tout le monde connaissait sa vive tendreté pour Douglas ; mais tout le monde (et Henry lui-même ) ignorait à quel point il avait été choqué de la faiblesse de son protégé , de son mariage, de sa manière de vivre à Londres et du peu de cas qu'il avait fait de ses conseils. Toat cela avait fermenté dans la tête du protecteur et l'avait déterminé à prendre une résolution qui était pour le pauvre Douglas un véritable coup de foudre.
Le comte continuait à être de plus en plus malade, et il arriva un jour que le même journal annonça le mariage du riche général Caméron et la mort du noble comte de Cowland, cet homme éminent enlevé trop tôt au service de l'État.
Pour les esprits médiocres , pour les âmes faibles, il n'y a pas de juste milieu; jamais la modération ne leur vient en aide dans les circonstances difficiles de la vie. Pour eux l'espérance devient
immédiatement certitade; tout comme le désàp* pointement dégéoère aussitôt eo désespoir.
La situation de Douglas et de lady Julia était devenue tellement embarrassée qu'une catastrophe était inévitable. Le comte de Cowland avait exclu le nom de sa fille de son testament, et le mariage du général faisait connaître au public la perte d'un héritage qui semblait appartenir de droit à Douglas. Tous ses créanciers, ainsi que ceux de sa femme, tombèrent à la fois sar leurs meubles, sur Targenterie, sur les bijoux, sur les équipages. Tout fut saisi , et le mé* nage fut, pour ainsi dire» mis à la piH'te par leur principal créancier, le maître de l'élégant hôtel qu'ils avaient loué et fait arranger à crédit.
Lady Julia, après une quantité d'attaques de nerfs, de spasmes, de sanglots et de cris, envoya chercher un fiacre, y fit mettre ses deux enfants avec une bonne , et dit à son valet de pied de la faire mener à l'hôtel de Cowland, laissant son mari dans la compagnie d'un de ses amis, qui cherchait en vain à lui donner du courage.
Lady Julia laissa ses enfants dans le fiacre , et monta seule chez son frère, qu'elle trouva dans, un petit salon lisant quelques papiers jetés sur une table. Il ne parut ni fâché ni étonné de la visite
de sa sœur; et, lorsqu'elle lui raconta les désastres arrivés dans l'intérieur de leur ménage , par suite des dernières dispositions de son père et par le mariage du général Caméron , lord Lindsore lui dit : (c Ma chère, la vie est pleine de ces choses-là. J'espère que votre mari trouvera quelques moyens pour se tirer d'affaire. En attendant, je vous offre l'hospitalité chez moi. Amenez Douglas, ainsi que vos enfants, et restez ici tant que vous voudrez. »
Puis il sonna, ordonna au valet de faire venir la femme de charge, recommanda à celle-ci de mettre en ordre les appartements de lady Lindsore pour sa sœur et pour ses neveux, et dit à Julia qu'il dînait à huit heures, qu'il déjeûnait seul, et que ses domesti^es étaient assez nombreux pour les servir tous , sans qu'elle prit l'embarras d'amener les siens.
Julia monta aussitôt dans l'appartement qui lui était destiné, suivie par la femme de charge, qui poussait de gros soupirs.
Pendant les dix minutes qui s'étaient écoulées depuis sa rentrée dans l'hôtel héréditaire , sous le toit paternel, lady Julia avait fait de grandes découvertes dans les vérités religieuses et morales , sur lesquelles elle n'avait guère réfléchi jusqu'à-
lors. Elle venait de découvrir que le bien sort du mal, que tout Boit par s'arranger pour le mieux ici-bas, et que tout ce que Dieu veut est bien et bon. tf Gomme il est heureux pour moi que toutes ces choses soient arrivées ainsi ! se dit-elle intérieurement. Quel bonheur que lady Lindsore ait fait une si grande folie ! Quel bonheur que ce vieux général se soit marié au moment de la mort de mon pauvre père ! » Lady Julia répandit bien quelques larmes au souvenir de son père, mais sans ressentir ces tristes et saintes émotions qu'aurait éprouvées une ftme tendre et capable de réflexions profondes en voyant les chambres désertes, et l'air froid et silencieux de ces beaux -appartements vides et fermés, rangés avec symétrie, et offrant l'image de la mort.
Lady Julia n'éprouva qu'un sentiment de frayeur en traversant ces appartements pour se rendre dans ceux du premier étage, dont elle allait prendre possession.
Les appartements de sa belle-sœur offraient un aspect bien différent de ceux du comte , avec lesquels ils rivalisaient d'élégance, mais dans un genre plus féminin, plus léger et plus gai. Tout ce que le génie inventif des divers pays avait imaginé de
plus varié avait été mis en œuvre pour désennuyer la jeune femme , qui venait de fuir le toit conjugal afin de trouver des plaisirs plus vifs dans les che* mins du vice, où elle allait se perdre.
« Gomment lady Lindsore a-t-elle pu avoir le courage de quitter ce charmant appartement? n dit lady Julia à la fenmie de charge. Celle-ci répondit : <c Je m'étonne bien plus, mylady, qu'elle ait eu le courage d'abandonner ses petits enfants, qui ne la reverront plus. C'est là ce qui est vrai* ment malheureux I »
Lorsque lady Julia eut fini ses arrangements dans son nouveau domicile et qu elle se fut assurée de tous les agréments qu'elle y trouverait, elle retourna au petit salon pour remercier son frère, qui s'apprêtait à sortir pour faire sa promenade accoutumée. Elle lui demanda de vouloir bien lui prêter quelque argent pour délivrer son mari de la situation cruelle où il se trouvait. Le jeune comte de Cowland lui répondit avec une tranquillité parfaite : M Ma chère , je n'ai pas un sou , et notre père , qui a mangé son portefeuille à soutenir son parti politique , ne m'a laissé que des dettes. Mais les dettes de votre mari sont si peu de chose , comparées aux. miennes, que je vais faire dire à mes
gens d'affaires de payer ces bagatelles dès demaÎD. Invitez Douglas à venir dîner. Nous aurons des pâtés de faisans , et je lui ferai goûter d'un vin de Chypre incomparable, sur lequel je serais bien aise d'avoir son avis, n
Lady Julia , transportée de joie, écrivit aussitôt à son mari pour lui dire combien ib étaient heureux d'avoir de si petites dettes, comparées à celles de son père, de son frère et de sa belle-soBur, et le prier de venir la retrouver à l'hôtel de Cowland, dont tontes les portes leur étaient ouvertes.
Henry ne reçut pas le billet de sa femme, car une demi-heure après son départ, il avait été arrêté pour dette, à la requête de son carrossier, et mis en prison.
Lady Julia eut des attaques de nerfs en apprenant cette nouvelle. Elle se faisait une idée de ki prison pour dettes d'après la Bastille, les geôles de l'Autriche, ou les souterrains de l'inquisition, dont elle avait lu les terribles descriptions. L'obscurité, les rats, le pain et l'eau, les chaînes, la paille humide et les gros verrous rouilles : telles furent les images qui flottèrent devant ses yeux pendant toute la nuit.
Elle se leva de bonne heure , et courut, baignée
de larmes , près de son frère , auquel elle raconta avec terreur et désespoir toutes ses angoisses au sujet de cette horrible prison , à laquelle elle ne pouvait songer sans frémir.
Lord Gowland ne put s'empêcher de rire aux éclats en écoutant ce récit passionné. « Vous ignorez, ma chère, à quel point le Kiug's Bench est un endroit délicieux. L'on s'y amuse nuit et jour, et j'y ai, dans ce moment, plusieurs de mes amis les plus chers , qui ne voudraient en sortir pour rien au monde. — Gomment, mon cher frère, Douglas n'est pas couché sur la paille et n'a pas soupe avec du pain dur? Âhl tant mieux! mais, n'importe; faites-le sortir, mon cher frère; il vous en aura une éternelle gratitude. >>
Lady Julia retourna aux Soins de sa toilette. Son deuil était ravissant. Les dentelles noires lui allaient à merveille ; et le jais noir resplendissait sur ses bras blancs et autour de ses belles boucles soyeuses. De son côté , le comte fit venir un de ses agents, auquel il donna ses pleins pouvoirs pour retirer Douglas de la prison; il s'était d'ailleurs occupé de son beau-frère, et il avait obtenu pour lui, par un échange, une place de son grade dans un régiment qui partait pour les Indes.
Douglas arriva le lendemain à T hôtel de lord Gowland, et y fut reçu avec grande joie. Mais, lorsque sa femme apprit qu'il devait partir sous peu de jours, et qu'il allait quitter l'Angleterre pour longtemps, elle éclata en sanglots.
Douglas, qui comptait bien emmener avec lui sa femme et ses enfants, se hâta de la rassurer en lui disant qu'il n'avait jamais songé à se séparer d'elle et qu'ils partiraient tous ensemble pour les Indes. Ceci était cent fois pis. Les larmes changèrent de nature et devinrent amères. Lady Julia reprocha à Douglas de vouloir encore l'emmener au milieu des sauvages. Elle Tassura qu'elle ne voulait à aucun prix quitter son pays natal, qu'il n'avait qu'à se dépécher de revenir, et qu'en attendant son retour, elle resterait à soigner son frère, si bon pour elle.
L'orgueil de l'homme et l'affection de l'époux se révoltèrent contre tant de légèreté, de versatilité et d'indifférence. Douglas prodigua les reproches à sa femme; elle lui répondit par des sarcasmes , et cette dernière scène d'intérieur se termina par un froid et éternel adieu.