‹ Essais divers (volume 3)Chapitre 7 sur 25 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

« What cboice lo choMe for dalicaey bmi «

Personne ne dormit bien dans le manoir de Glenfern cette première nait qui suivit Varrivée de Douglas et de lady Julia. Douglas avait fait ample connaissance avec le caractère de sa femme depuis vingt-quatre heures, et il était en pleine jouissance de cette mortification qu'on éprouve lorsqu'on est honteux de la personne qu'on aime. Ce sentiment est dépourvu de cette dignité qui accompagne un profond chagrin, mais il ne manque pas d'intensité, et le pauvre Douglas ne put fermer l'œil, poursuivi qu'il était par cette fâcheuse découverte. Sa femme était un être frivole , sans affection et sans esprit. 11 se leva au point du jour, ayant plus réfléchi pendant cette longue nuit qu'il n'avait fait

jusqu'alors dans toute sa vie. II descendit dans la

salle à manger, où il fut fort étonné de trouver son

père déjà établi près d'une fenêtre ^ et occupé b

lire attentivement une brochure faite à l'intention

de justifier l'axiome que Rien ne doit être perdu.

C'étaient de longues instructions sur les moyens

de faire le plus de fumier possible , en le recueil*-

latit partout où il se trouve, car c'est là l'àme

d'un faire^valoir« Le laird demanda à son fils de

venir avec lui voir la quantité de cet ingrédient

dont il venait de se repattre l'esprit , et qui était

entassé dans la cour de sa ferme* Douglas y con*-

sentit avec joie, heureUi d'échapper k ses pensées

du moment. Son père le mena vers de nouvelles

plantations qu'il avait faites au nord de son manoir,

et k un grand étang desséché au midi, où il comp*

tatt faire une emblavure d'avoine au mois de mars.

Il lui montra encore d'autres améliorations agri*

coles que nous passerons sous silence, car tout le

monde n'a pas le droit d'ennuyer son prochain

comme un père à l'égard de son fils.

Quand ils rentrèrent pour déjeuner, lady Julia n'avait pas encore paru. Son mari alla la chercher, et trouva sa femme entourée de ses sœurs , qui finissaient de l'habiller» Ses tantes lui demandèrent

ce qu'elle voulait prendre, lui offrant du thé, du saumon froid et un hareng. « Je ne veux rien de toutes ces affreuses choses-là, » répondit-elle en repoussant le hareng avec dégoût. — « II ne faut rien mettre sous les yeux de notre nièce qui puisse la choquer, dit missGrizzy, cela est dangereux pour les jeunes dames mariées... Est-ce la forme ou l'odeur du hareng qui vous déplaît, ma chère? » dit-elle à sa nièce en se rappelant la forme et le son de l'instrument de la veille. Lady Julia la regarda sans répondre ; et la pauvre Grizzy continua : « Dieu merci , nous allons avoir lady Mac-Farlane tout à l'heure; car nous l'attendons, et j'espère bien que vous suivrez ses conseils. »

Le major Douglas se leva et ordonna au vieux Donald de faire atteler son phaéton pour midi précis. Les tantes se pincèrent les lèvres et se regardèrent sans rien dire. Mais le laird exprima sa surprise du brusque départ de son fils aîné. Miss Jacky dit alors à son neveu d'un air d'ironie : • En efiet, peut-on savoir la raison qui vous fait partir ainsi ? — Certainement, répondit le major, c'est parce que vous attendez des visites. » — Les deux tantes levèrent les yeux et les mains au ciel. — « C'est cette vertueuse lady Mac-Farlane que vous voulez éviter? dit la

bonne Grizzy les larmes aux yeui. — Oui, c'est celte insupportable lady Mac-Farlane que je veux fuir , » répliqua Douglas. Miss Grizzy tira son mouchoir de sa poche et essuya ses yeux. Madame Douglas adressa quelques paroles de douceur à son mari, qui ne répondit pas. i( Ah! laissez-le parler, continua miss Grizzy. Le caractère de lady Mac- Farlane est tellement au-dessus de la calomnie, que tout ce que peut dire Archibald ne lui saurait nuire. Lady Mac-Farlane est pleine de vertu et de talents ; elle est d'une très-noble famille ; elle a une grande fortune ; elle a un cœur excellent ; elle sait la médecine, et elle donne vingt jupons de flanelle par an aux pauvres femmes de sa paroisse. — Et puis , quelle épouse exemplaire ! dit miss Jacky. Elle a inventé trente-deux nouvelles espèces de drogues pour son mari, sir Sampson. Elle croirait oublier tous ses devoirs si elle négligeait un seul jour de lui en faire prendre. Sans elle, il y a longtemps que sir Sampson ne serait plus de ce monde ! — C'està-dire , répondit le major, qu'elle fait tout ce qu'elle peut pour l'envoyer dans l'autre monde, comme cela lui a déjà réussi avec quelques infortunés qu'elle a drogués ou plutôt très-certainement empoisonnés. » Â ces mots, miss Grizzy se

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renversa sur sod fauteuil ^ et iniss Jacky dit au laird avec dignité : << Mon frère j sir Sampson est votre ami ^ et vous ne devez pas laisser ainsi calomnier sa femme. — J'aurais fort à faire , ma sœur^ s'il me fallait défendre toutes les femmes de mes amis* Cependant 9 je blftme mon 61s pour la crudité de ses eipressions, car lady Mac«Farlane est une femme estimable , du moins je le crois, quoique elle ait une façon de s'exprimer un peu libre. Je désire donc, Archibald^ que vous restiei ici pour mettre fin à tout ceci et nous aider à bien recevoir nos bons voisins. »

Ces pafoles furent dites avec calme et dignité^ et le major touché salua son père d'un air de res* pect et de consentement.

. <t Mais nous avons oublié de manger, dit Douglas en regardant lady Julia. Que Voules-Tous que je vous serve , ma cbère ? ---* Je voudrais avoir da chocolat et des muffins. «^ Mais il n'y en a pas ^ dit Douglas d'un air sérieux ; demandez autre chose qu'on puisse vous donner. — - Eh bien I je mangerai volontiers un beefsteake. — Unbeefsteakel dit miss Jacky. — Un beefsteake ! dit miss Griuy. — Un beefsteake! s'écrièrent les trois filles. — Après une pause , miss Griaiy fit d)server qu'il fallatt oédef

aux fantaisies d'une jeune dame mariée; car, ajouta-t-elle, ce serait terrible si un enfant venait au monde avec un beefsteake sur la figure. »

Le beefsteake fut donc servi tout fumant, et lady Julia le fit disparattre tout entier, au grand étonnement des dames de Glenfern, qui ne mangeaient jamais de viande le matin.

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