‹ Essais divers (volume 3)Chapitre 9 sur 25 · CHAPITRE Vlir · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlir

« L'on se rend odieux par des défauts logera qui so montrent à chaque instant. •

Madame Douglas était sortie après le déjeuner pour aller visiter quelques pauvres affligés. Elle n'avait pas été témoin des larmes de lady Julia et de son nouvel accès de tristesse; mais elle avait vu assez de son caractère et de ses habitudes pour comprendre que des constrastes si choquants pour les uns et pour les autres ne pourraient marcher longtemps en harmonie, et que Tintérieur de Glenfern allait être profondément troublé. Elle s'intéressait à la jeunesse, à l'inexpérience et à la beauté de lady Julia. Elle sentait toute l'étendue du sacriBce qu'elle avait fait en épousant son beaufrère, plus peut-être que lady Julia elle-même.

Elle comprenait son antipathie pour les dames jeunes et vieilles avec lesquelles il loi fallait habiter, en attendant mieux; car il est facile de se rendre insupportable sans être vicieux, et les tantes de Glenfern eussent été plus agréables à vivre sans toutes les petites faiblesses et les minuties qui accompagnent la vertu des vieilles filles. Madame Douglas savait par expérience la difficulté de se soumettre à une foule de choses tourmentantes et ridicules , mais elle savait aussi qu'il faut se supporter les uns les autres, et elle se disait quelquefois, pour prendre patience et ne pas se révolter, que ses pauvres tantes, avec tous leurs travers et leur manque d'esprit, valaient peut-être mieux aux yeux de Dieu qu elle-même, qui les critiquait avec un sentiment de supériorité blâmable. Madame Douglas avait su par sa bonté se faire aimer de la famille de son mari , et elle vivait en paix au milieu d'êtres bornés qui lui inspiraient peut-être plus de répugnance qu'à lady Julia , parce que celle-ci ne leur était supérieure que par les manières élégantes et tout le raffinement du grand monde, tandis que madame Douglas, possédant une grande élévation d'âme et un esprit très -cultivé, s'abaissait charitablement au ni-

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veau de ses parentes. Parmi celles-ci, miss Jacky était certainement la plus désagréable, parce qu'elle était ce que l'on appelle la femme habile de la famille , et qu'elle tranchait sur toutes les affaires temporelles et spirituelles de la maison. Elle exerçait ses fonctions sans contrôle et sans rivale, débitant les lieux communs d'une manière pompeuse et doctorale. Elle découvrait sans pitié toutes les petites fautes et tous les petits abus qui se commettaient autour d'elle. Elle prodiguait des sermons aux pauvres sur les malheurs de la paresse. Mais, tandis qu'elle exhortait les femmes au travail, elle leur ôtaitle pain de la bouche en faisant tout par elle-même, robes, linge, raccommodages, filant et tricotant; cardant et tapissant sans relâche. La femme capable se devinait dans tout le maintien de miss Jacky au premier coup d'œil; ses lèvres étaient pincées; ses coudes en arrière; la taille roide et sans aucun contour; son chèle était mieux mis que les châles de tout le monde , et ses souliers, d'une forme particulière, faisaient beaucoup de bruit, à l'imitation de leur mattresse, qui était tout ce que l'on veut, excepté une femme capable ; car la véritable capacité se montre par le calme, la simplicité, et ne fait aucun embarras. Le

caractère de miss Grizzy n'a pas besoin d'un si long commentaire. Miss Grizzy avait aussi beaucoup de préjugés, mais elle était très-bonne; elle n'avait de prétention que dans sa manie d'écrire des lettres, et n'était célèbre intra-muros que par son amitié passionnée et soumise pour lady Mac-Farlane , qui était à la fois son oracle et son tyran. Les deux sœurs adoraient leur frère | chérisëaient leurs trois nièces, étaient fières de leurs deuî neveux, s'intéressaient à tous leurs parents les plus éloignés et se tenaient avec soin au courant des plus petits détails concernant chaque branche d'une nombreuse famille. Elles avaient toujours l'intention de bien faire , quoique le contraire fût souvent le résultat de leurs actions. Retournons avec ces vieilles jeunes demoiselles, comme on les appelait, dans leur salon, où elles attendent avec impatience l'arrivée de leur amie , après avoir 6té leurs harnais de promenade et examiné les ourlets de leurs trois nièces.

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