‹ Essais dramatiquesChapitre 10 sur 74 · SUR CHARLES FOURNEL. XXI · texte numérisé non relu

SUR CHARLES FOURNEL. XXI

hardiesse de ses tableaux d'une préface explicative et d'un épilogue qui se terminait ainsi :

Adieu le style doux et grave.

Adieu la musique suave, Enchantements de nos beaux jours !

Emportez vos joyaux, vos perles, O rossignols, voici les merles !

Adieu! mais non pas pour toujours.

L'esprit a ses métamorphoses ; Il a quitté les airs, les roses, Il est dans sa mue aujourd'hui ; Demain il reprendra son aile, D'ailleurs sa vie est étemelle ; Il attend, faisons comme lui.

Malgré tout, il y avait des objections à faire, même du point de vue exclusif de l'art, à cette œuvre, si remarquable du reste par le relief et la vigueur de l'exécution. Je les fis. Voici comment l'auteur y répondit :

C'est bien à un mouvement d'humeur que les Folles images doivent leur existence. Mais on pourrait juger ce volume à un point de vue favorable aux idéalistes, dont je me glorifie de faire partie. Il n'y a qu'à se dire : c'est un homme épris de l'idéal qui a fait ce livre ironique ; il a vu le monde artistique et littéraire envahi par les magots ; il a vu le public ouvrir de grands yeux et il s'est dit : « Faisons voir à ce public qui nous tourne le dos que nous, idéaHstes, nous n'avons qu'à descendre pour en faire autant que ces va-nu-pieds.» Dans un jour de débauche artistique, je suis descendu et

NOTICE

j'ai fait du réalisme, si bien que plus d'un réaliste fut distancé au point qu'à Paris même l'on a dit : c'est trop fort! Maintenant, que les réalistes essaient de faire de l'idéal et l'on verra comment ils s'y prendront. S'ils font des porcs, c'est qu'ils ne peuvent faire des anges.

(Tournon, 20 juin 1862.)

La réponse prouve bien que le livre était une gageure, mais non que la gageure fût sensée.

Ce flot de rancune amère une fois tari, le poète revint à lui-même. L'un des genres qui se trouvaient représentés dans les Poésies de 1848, le genre des miniatures pieuses, fut repris pour luimême, cultivé, agrandi. De cette reprise est né le volume des Légendes, qu'il dédia à son ancienne élève, M™^ la grande-duchesse de Baden. Cette œuvre, caressée pendant six ans, polie, sertie et travaillée comme un bijou, objet, semible-t-il, de la prédilection de l'auteur, forme, avec le volume précédent, le plus parfait contraste. Des Fleurs du Mal nous remontons jusqu'à l'histoire des saints. Nous quittons Courbet et Beaudelaire pour Otto de Redwitz ou Angelico da Fiesole, les fanges hideuses pour les divines auréoles. Jamais le pinceau de Fournel n'a montré plus de savante naïveté que dans ces 42 pièces qui, de l'enfance de Jésus jus- Sainte Elisabeth de Hongrie, retracent les scènes les plus touchantes de la tradition chrétienne.

Page 1